ARTICLE
Les coronavirus félins apppartiennent à la famille des
Coronaviridæ. Ces virus enveloppés à ARN
sont tout particulièrement sujets aux mutations ponctuelles,
les ARN polymérases ne possédant pas de système
de correction d'erreur efficace. Deux autres phénomènes
peuvent expliquer l'extrême variabilité génomique
des coronavirus : l'existence d'un taux élevé de recombinaison
intergénomique (mis en évidence pour le virus de l'hépatite
murine in vitro et in vivo), qui favorise l'émergence
de souches variantes sur le terrain, et celle de recombinaisons illégitimes
entre virus différents. Il semblerait également que des
délétions génomiques peuvent contribuer à
expliquer la variabilité du génome de ces virus [1]. Ainsi,
dans des conditions naturelles, circulent des souches de coronavirus
félins très variables dans leur caractère pathogène.
Toutefois, sont distingués deux grands types de souches : les
coronavirus non pathogènes (FECV), à l'origine d'infections
asymptomatiques chez les adultes ou de diarrhées bénignes
chez les chatons, et les coronavirus pathogènes (FIPV) qui provoquent
une maladie : la péritonite infectieuse féline (PIF).
Cette maladie à médiation immune, qui touche les félidés,
a été décrite pour la première fois aux
États-Unis par Holzworth en 1963 [2]. Cliniquement, on en distingue
principalement deux formes, l'une effusive qui se caractérise
par l'apparition d'épanchements thoraciques et/ou abdominaux,
l'autre non effusive qui se manifeste par divers symptômes selon
le ou les organes atteints. De nombreuses interrogations demeurent,
en particulier sur la pathogénie de la PIF. Cette maladie pose
un réel problème en milieu infecté, puisqu'aucun
traitement ne présente une réelle efficacité et
qu'en France, aucun vaccin n'est encore disponible.
Caractéristiques
structurales
Les coronavirus sont des particules virales grossièrement
sphériques, polymorphes et de différence de taille très
marquée (60 à 200 nm de diamètre) [3, 4] L'acide
nucléique, d'une taille de 30 kb, est constitué d'une molécule
d'ARN monocaténaire de polarité positive [4]. Les coronavirus
possèdent une enveloppe qui provient de la cellule hôte (figure
1).
Au sein de cette bicouche lipidique, se trouvent enchâssées
les glycoprotéines virales. Il s'agit des glycoprotéines
S ou E2 (projections en forme de massue de 20 nm de longueur), M ou E1
et sM ou E [4, 5]. L'enveloppe confère au virus une sensibilité
aux solvants des lipides (éther, chloroforme et détergents)
[7].
Le génome des coronavirus félins, de taille élevée,
possède deux régions non codantes principales : l'une
en 5' de 200 nucléotides incluant la séquence leader,
l'autre en 3' de 400 nucléotides incluant une séquence
polyadénylée d'environ 100 nucléotides. La partie
codante comporte différentes régions, chacune comprenant
un ou plusieurs cadres de lecture. Les deux premières ORF (en
5'), qui correspondent au gène pol et codent pour une
protéine de 700 kDa clivée en plusieurs produits, représentent
les deux tiers du génome viral (près de 20 kb). L'ORF
1b présente des motifs caractéristiques des polymérases
et hélicases. Le tiers restant code pour les protéines
structurales (S, M, sM, N) et non structurales du virus, synthétisées
dans les cellules infectées [8].
Classification
Les coronavirus félins appartiennent à
la famille des Coronaviridæ et au genre coronavirus. Ces
derniers peuvent être classés en plusieurs groupes selon
leurs parentés antigéniques, sachant que tous les membres
du genre possèdent des déterminants antigéniques
de nucléocapside communs. Les coronavirus ont été
répartis dans trois groupes principaux avec pour virus « types
» le virus de la gastro-entérite transmissible du porc (TGEV),
le virus de l'hépatite murine (MHV) et le virus de la bronchite
infectieuse du poulet (IBV). Les coronavirus félins se trouvent
dans le sous-groupe comprenant le virus de la gastro-entérite transmissible
du porc (TGEV), le coronavirus canin (CCV), le coronavirus respiratoire
humain (HCV-229E), le coronavirus respiratoire du porc (PRCV), le coronavirus
du lapin (RbCV) et le coronavirus de la diarrhée épidémique
porcine (PEDV) (tableau 1).
On distingue, parmi les coronavirus félins, les
souches de type FIPV, agents de la PIF, des souches entéritiques
dites FECV, à l'origine d'infections asymptomatiques chez les adultes
ou de diarrhées bénignes chez les chatons. Différentes
souches ont été répertoriées (figure
2). Les plus virulentes provoquent une PIF chez la plupart des
chats inoculés par voie oronasale (FIPV-79-1146 et FIPV-DF2) [10].
La souche FIPV-UCD1 est responsable d'une PIF chez des chats soumis à
une exposition prolongée [11]. Les souches de faible virulence,
comme FIPV-UCD2, FIPV-UCD3 et FIPV-UCD4, peuvent provoquer une PIF expérimentalement
(mais plus difficilement) ; elles seront à l'origine d'une infection
asymptomatique ou d'une péritonite infectieuse mortelle selon la
réponse immunitaire du chat infecté [12]. Le caractère
infectieux et la virulence sont très différents selon la
souche considérée et dépendraient également
de la voie d'inoculation [13].
Actuellement, aucun test sérologique ne peut
distinguer les anticorps dirigés contre une souche pathogène
de type FIPV de ceux dirigés contre une souche de coronavirus entéritique.
Les essais pour différencier sérologiquement des chats infectés
par le FIPV et des chats qui ont été au contact d'une souche
de type FECV se sont jusqu'à présent soldés par des
échecs [14, 15]. Leur proximité antigénique est telle
qu'il est probable que les souches FIPV et FECV sont mutantes d'une même
espèce virale. Une étude a montré que les génomes
des souches TS-DF2 et FECV-1683 présentent 99,6 % d' homologie
[16].
Les coronavirus félins ont été classés
en deux groupes selon la réactivité qu'ils présentent
vis-à-vis de certains anticorps monoclonaux dirigés contre
la protéine S (tableau
2), classification qui est également le reflet de leurs
caractéristiques biologiques mais qui n'est pas corrélée
à leur virulence [17].
Propriétés
biologiques
Multiplication virale
Le cycle viral des coronavirus s'effectue en 8 à 10 heures dans
le cytoplasme [8]. Les virus TGEV, CCV, HCV-229E et les coronavirus
félins sont capables d'infecter certaines cellules hôtes
grâce à l'interaction des spicules virales avec l'aminopeptidase
N, enzyme protéolytique située entre autres sur la membrane
apicale des entérocytes [18]. Le cycle viral se déroule
de la façon suivante. Après pénétration
du virus dans la cellule hôte (par fusion avec la membrane plasmique
ou endocytose), l'ARN génomique est décapsidé et
se comporte comme un ARNm puisque le gène pol est traduit
directement. L'ARN polymérase ARN dépendante, présente,
une heure après l'infection, un brin d'ARN () transcrit
qui sert de matrice pour l'élaboration de six ARN sub-génomiques
différents et d'ARN génomiques : les ARNm sub-génomiques
et l'ARN génomique, coiffés et polyadénylés,
comportant une séquence « leader » en 5', et formant
une série coterminale en 3', particularité du cycle réplicatif
des coronavirus. Seule la partie 5' des ARNm sub-génomiques est
traduite ; si quelques ARNm sub-génomiques sont structurellement
bi- ou tricistroniques, la majorité sont fonctionnellement monocistroniques.
Ainsi, sont synthétisées les protéines S, N, M
et sM des virus. La protéine M n'est pas glycosylée dans
le réticulum endoplasmique granuleux (REG) et les résidus
sucrés sont ajoutés après maturation dans l'appareil
de Golgi, contrairement à la protéine S qui est glycosylée
dans le REG. Puis, les ARN génomiques sont encapsidés.
La maturation et l'assemblage des nouveaux virions interviennent dans
le réticulum endoplasmique et de l'appareil de Golgi. Enfin,
les virions sont libérés par exocytose et peuvent conduire
à la mort des cellules infectées ou à la formation
de syncytia [4]. Les coronavirus n'entraînant pas d'inhibition
de synthèses des protéines cellulaires, ils peuvent conduire
à des infections persistantes in vitro comme in vivo
qui s'accompagnent ou non de la production de nouveaux virions (figure
3).
Les coronavirus félins sont constitués de quatre protéines
structurales majeures : M, N, S et sM ou E (tableau
3).
* La protéine S
La protéine S des coronavirus possède
un poids moléculaire de 180 à 205 kDa. Elle comprend une
séquence signal N-terminale, une portion importante située
à l'extérieur de l'enveloppe virale, une partie transmembranaire
et une portion C-terminale hydrophile tournée vers l'intérieur
de l'enveloppe [19]. Elle est responsable de la fixation des virions aux
récepteurs, de l'induction de la fusion de l'enveloppe du virus
avec la membrane de la cellule cible ; elle induit également la
synthèse d'anticorps neutralisants et stimule la réponse
T cytotoxique de l'animal infecté [4].
Certains auteurs ont pu observer que la durée
d'incubation d'une péritonite infectieuse et sa rapidité
d'évolution étaient bien inférieures chez des chats
qui possèdent des anticorps anticoronavirus, comparées à
celles de chats à sérologie négative [20]. Ce phénomène
de sensibilisation repose exclusivement sur la circulation d'anticorps
[20, 21]. Les anticorps sensibilisants sont dirigés contre la protéine
S [22, 23]. Selon différents auteurs, in vitro, certains
anticorps dirigés contre M seraient également facilitants
[24]. In vitro, les anticorps dirigés contre la protéine
S favoriseraient la phagocytose des coronavirus par les macrophages, en
facilitant l'interaction entre l'ensemble virus/fraction Fc des immunoglobulines
et les récepteurs des cellules macrophagiques [25]. Il a été
ainsi constaté qu'in vitro, la réplication dans les
macrophages d'une souche FIPV-79-1146 est plus importante en présence
d'anticorps anticoronavirus [24]. Ces résultats expliquent sans
doute en partie ce qui peut être observé in vivo chez
l'animal dans certaines conditions expérimentales [23]. Des essais
de vaccination semblent d'ailleurs confirmer la relation étroite
existant entre le phénomène de sensibilisation qui peut
être envisagé in vivo et les observations faites in
vitro. En effet, un virus recombinant vaccine contenant le gène
codant pour la protéine S n'a pas protégé les chats
vaccinés mais a conduit, à l'inverse, à leur mort
plus rapide après l'épreuve [26].
Si la protéine S favorise la synthèse d'anticorps facilitants,
elle favorise également une réponse immune neutralisante
[22]. Afin de localiser précisément ses sites impliqués
dans le développement de l'une ou l'autre de ces deux réponses,
Corapi et al. (1993) ont exprimé différents fragments
(trois grands fragments et 12 sous-fragments) de la protéine
S dans E. coli sous forme de protéines de fusion (figure
4). Par une technique de radio-immunoprécipitation, ces
mêmes auteurs ont testé la capacité de reconnaissance
de ces protéines de fusion par des anticorps monoclonaux neutralisants
ou facilitants. Cette première étape a permis de montrer
que le fragment S6 de la protéine S (situé dans la partie
N-terminale de la protéine S) était reconnu. Pour affiner
la localisation des sites antigéniques neutralisants ou facilitants,
le gène S a été partiellement séquencé
chez des mutants obtenus à partir de la souche 79-1146 contre-sélectionnés
en présence de différents anticorps monoclonaux neutralisants
et de complément (tableau
4). Ainsi, deux domaines bien distincts sur la protéine
S ont été identifiés. Il semblerait que ces deux
sites (A1 : 538-591 et A2 : 643-656) soient tous deux nécessaires
au développement d'une réponse immune facilitante, tandis
que l'un des deux pris isolément (A2 : 643-656) entraîne
la synthèse d'anticorps uniquement neutralisants. Cela permettrait,
selon les auteurs, d'envisager une stratégie vaccinale basée
sur l'utilisation d'un peptide synthétique ou d'un vecteur recombinant
comprenant ce deuxième site antigénique [25].
* La protéine M
La protéine M est une glycoprotéine de l'enveloppe virale
de 25-30 kDa pour laquelle seulement 10 % de la portion N-terminale
se trouve extériorisée [4]. Un segment hydrophile d'une
vingtaine de résidus N-glycosylés se trouve exposé
à la surface des virions. La protéine M comporte également
trois hélices a-hydrophobes consécutives enchâssées
dans la membrane en épingle à cheveux. En partie C-terminale,
une région amphiphile est associée à la face interne
de la membrane ainsi qu'un segment hydrophile d'une quinzaine de résidus.
La protéine M est nécessaire à la maturation du
virus [4]. M induit la synthèse d'anticorps qui ne sont neutralisants
qu'en présence de complément.
* La protéine sM
La protéine sM est codée par l'ORF4 ; elle est également
présente chez les virus CCV, TGEV et PRCV. Il s'agit d'un polypeptide
transmembranaire d'environ 80 acides aminés qui, associé
à la protéine M, régule l'assemblage et le bourgeonnement
des particules virales. La co-expression de M et de sM permet la formation
de pseudo-particules.
* La protéine N
Une protéine struturale commune à tous les coronavirus
est la protéine N. Cette glycoprotéine de poids moléculaire
45-50 kDa ne semble pas induire la synthèse d'anticorps facilitants
[22]. Phosphorylée sur des résidus sérines, fortement
basique, elle présente une forte affinité pour l'ARN.
Elle possède différents domaines : un domaine très
conservé de 70 acides aminés (tiers N-terminal), deux
domaines basiques dont l'un est riche en sérine et une région
acide à l'extrémité C-terminale. Cette protéine
prend part à la formation de la nucléocapside [4]. Par
ailleurs, elle pourrait jouer le rôle d'interrupteur qui permettrait
de jouer entre la transcription de l'ARN lu comme ARNm et la réplication
de l'ARN lors de l'élaboration de nouveaux virions [8].
Transmission dans les conditions naturelles
Dans les conditions naturelles, la contamination se
fait sans doute par ingestion et/ou inhalation. L'excrétion de
virus se produit dans les selles et les sécrétions oronasales
[4, 7, 20, 23, 28, 29]. Un chat sensible est habituellement contaminé
au contact d'un chat infecté excrétant le virus [7].
Un contact étroit entre les chats semble nécessaire
pour qu'il y ait contamination, bien que la possibilité d'une transmission
indirecte ne puisse être exclue [5, 28]. En effet, une étude
a montré qu'il était possible d'isoler le FIPV pendant 3
à 7 semaines sur des surfaces sèches [7]. Cependant, comme
la quantité de virus décroît avec le temps et qu'une
quantité minimale est nécessaire pour qu'il y ait contamination,
on estime que les risques de contamination sont limités après
2 ou 3 semaines [7]. Toutefois, sur le terrain, il est probable que la
transmission indirecte soit d'un impact limité [30].
Les chatons nés de mère infectée sont surtout
contaminés après le sevrage par voie oronasale à
un âge où leur titre en anticorps d'origine colostrale
devient faible. Ils sont alors contaminés par leur mère,
par d'autres adultes porteurs asymptomatiques ou par d'autres chatons
[13, 30]. Chez un chaton âgé de 3 mois, un titre positif
est le reflet d'une infection [31]. En effet, l'immunité transmise
passivement par la mère à sa descendance ne persiste qu'au
plus 4 mois. Certaines études ont montré que des chatons
nés de mère infectée par le FIPV pouvaient résister
lors d'une exposition à une souche pathogène de coronavirus
[12]. Cela, ajouté à la longueur de l'incubation, expliquerait
que les chatons ne présentent des symptômes que vers l'âge
de six mois.
Physiopathologie
La pathogénie de la péritonite infectieuse
féline est encore incomplètement élucidée.
Elle repose sur l'interaction existant entre le virus et l'animal infecté
[13, 32]. Certains auteurs ont pu mettre en évidence la circulation
d'immun-complexes au cours de la maladie [33]. Cela fut confirmé
par d'autres études qui ont montré que la péritonite
infectieuse féline était une maladie à médiation
immune, et que les anticorps circulants semblaient contribuer à
sa progression [20, 34, 35].
L'infection par un coronavirus félin se fait
par voie oro-nasale. Le virus se réplique initialement dans les
cellules épithéliales de l'oropharynx [32], du système
respiratoire ou de l'intestin grêle [4] selon la voie d'inoculation,
et dans les ganglions lymphatiques locaux régionaux. Après
cette phase de multiplication locorégionale, une virémie
primaire, qui dure environ une semaine et intéresse principalement
les monocytes, apparaît 2 à 6 jours après l'infection
[5, 20, 34]. Elle permet la colonisation de différents organes
où les cellules cibles sont les macrophages (nud lymphatique,
foie, rate). Cette primo-infection se traduit rarement cliniquement. Néanmoins,
le chat peut présenter une rhinite, une conjonctivite ou une entérite
modérées. À ce stade, il excrète du virus
dans ses sécrétions oronasales et dans des selles de façon
continue ou intermittente. Après avoir surmonté cette infection
aiguë, la majorité des chats restent porteurs sains du virus.
Leur devenir dépend de différents facteurs : la souche et
la dose de virus, l'efficacité de leur réponse immunitaire,
leur résistance propre (patrimoine génétique), leur
âge, l'existence d'infections intercurrentes (leucose féline)
ou de divers facteurs de stress. Ces différents facteurs déterminent
si le chat finalement présentera une infection asymptomatique ou
une péritonite infectieuse féline [5, 11, 12, 37].
La grande majorité des chats infectés
par un coronavirus félin ne déclarent pas de maladie mais
présentent un titre en anticorps anti-coronavirus félin
positif. Chez ces chats, un portage chronique du virus peut exister dans
différents organes comme le foie, la rate, les reins et peut-être
les tissus lymphoïdes.
Certaines études ont montré que des lésions
intéressant les villosités de l'épithélium
intestinal, la sous-muqueuse et les tissus environnants pouvaient persister
chez certains animaux. Toutefois, si les lésions intestinales ou
péri-intestinales peuvent être à l'origine d'occlusion
intestinale, elles n'entraînent pas la mort des chats atteints de
façon systématique. Des lésions oculaires inflammatoires
chroniques peuvent également se développer. Non mortelles,
elles sont les seules à répondre favorablement à
une corticothérapie.
En milieu infecté, 5 % des chats développent
une péritonite infectieuse féline, maladie à médiation
immune, mortelle dans 100 % des cas. Pour ces chats, une seconde virémie
intervient qui conduit à la colonisation massive de différents
organes (reins, foie, poumons...). Il semblerait que, chez ces derniers,
la réponse immune cellulaire soit insuffisante pour permettre à
l'animal de surmonter l'infection. Si cette réponse immune cellulaire
est faible et associée à une réponse humorale forte,
les chats déclarent une PIF humide. Si les chats présentent
une réponse humorale et cellulaire modérée, ils déclarent
une PIF sèche. Certains auteurs ont émis l'hypothèse
que la réponse immunitaire cellulaire est efficace lorsqu'elle
permet d'éliminer les macrophages infectés avant l'apparition
d'anticorps anticoronavirus félins (FIPV) susceptibles de susciter
chez les chats infectés l'apparition de symptômes [38]. De
même, une forte réponse immune muqueuse (IgA) au niveau de
la porte d'entrée du virus contribuerait à la protection
des chats contre les souches de type FIPV.
Pour les formes effusives, les lésions reposent
sur l'interaction entre le virus et les anticorps apparaissant chez l'animal
infecté. Les anticorps peuvent interagir avec les antigènes
viraux exprimés à la surface de cellules infectées
et susciter ainsi l'activation de la cascade du complément, provoquant
ainsi des lésions tissulaires importantes. En particulier sont
libérés les fragments C3a et C5a responsables
d'une augmentation de la perméabilité vasculaire. Par ailleurs,
des complexes anticorps-particules virales peuvent se déposer sur
les endothéliums vasculaires et susciter la libération,
par les macrophages infectés, de cytokines et autres métabolites
toxiques à l'origine de lésions périvasculaires.
Ainsi, l'IL1 favorise le recrutement des polynucléaires neutrophiles
et l'adhésion des macrophages sur l'endothélium vasculaire.
Elle peut être également à l'origine d'hyperthermie
et stimuler une hypergammaglobulinémie. L'IL6, produite par des
cellules endothéliales vasculaires lésées, et les
macrophages induisent l'activation de lymphocytes B et l'apparition de
fièvre. Les leucotriènes B et les prostaglandines E2 (PGE2)
libérés par les macrophages et les neutrophiles augmentent
aussi la perméabilité vasculaire et favorisent l'hyperthermie.
PGE2 peut également favoriser la réplication virale en s'opposant
à l'action des interférons. Cela conduit à une vasculite
aiguë à l'origine de l'apparition d'exsudat par extravasation
de liquide riche en fibrine à partir des vaisseaux lésés.
Les macrophages du liquide d'épanchement, eux-mêmes infectés,
s'attachent à la surface des séreuses des organes abdominaux
ou thoraciques, infectent de nouvelles cellules de ces organes, ce qui
conduit à l'obtention de lésions pyogranulomateuses. Pour
la forme sèche, les macrophages infectés s'attachent à
la paroi de vaisseaux sanguins de différents tissus richement vascularisés
tels les reins, les poumons, le système nerveux central. Cela conduit
à l'apparition d'une vascularite à l'origine d'une lésion
granulomateuse périvasculaire, voire d'une coagulation intravasculaire
disséminée qui résulte des lésions vasculaires
multiples provoquées par les dépôts d'immun-complexes
et de l'inflammation sévère du foie.
Pour la forme sèche, les premières étapes
de l'infection sont probablement identiques à ce qui vient d'être
évoqué pour la forme humide. Les lésions histologiques
de cette forme clinique s'apparentent à celles de la tuberculose
ou de certaines mycoses pour lesquelles la réponse immune cellulaire,
partiellement intense, contribue à expliquer la nature des lésions
observées. Les lésions pyogranulomateuses correspondent
au développement de lésions vasculaires et périvasculaires
nécrotiques qui atteignent les organes en surface mais peuvent
également toucher les parenchymes. Ces lésions sont retrouvées
dans les ganglions mésentériques, le foie, la rate, le pancréas,
le péritoine...
Les lésions oculaires, plus fréquentes avec les formes
non effusives, résultent de la présence de lésions
pyogranulomateuses et nécrotiques centrées sur des lésions
vasculaires qui se situent principalement dans l'iris, les corps ciliaires
et la rétine. Les lésions du système nerveux central,
multifocales ou diffuses, touchent le plexus choroïde, les méninges
ou l'épendyme et correspondent à une méningo-encéphalomyélite
pyogranulomateuse.
Réponse immune de l'hôte à
l'infection
En réponse à une infection primaire, l'immunité
du chat est à médiation humorale et cellulaire. Les anticorps
neutralisants anticoronavirus félin apparaissent 10 à 14
jours après l'infection et leur titre augmente progressivement
pour atteindre son maximum après 30 jours. Leur présence
n'est pas le garant d'une protection, même s'il existe une forme
d'immunité contre la péritonite infectieuse féline.
La réponse immune T cytotoxique d'un chat infecté
a été très peu étudiée et, de ce fait,
elle est appréhendée de façon indirecte. Différents
éléments tendent à prouver son rôle décisif
pour protéger le chat contre la maladie [12, 13, 39, 40]. Les symptômes
observés chez l'animal malade sont plus sévères si
le chat présente une infection comme la leucose féline [40].
De même, après exposition par voie orale, une augmentation
de la dissémination du virus dans les macrophages et des lésions
intestinales plus sévères ont pu être observées
chez des chatons dont le thymus a été enlevé comparés
à des chatons non thymectomisés [39]. Enfin, la réponse
immunitaire cytotoxique pourrait participer au développement des
lésions granulomateuses observées lors de l'apparition d'une
PIF non effusive, lorsque celle-ci n'est que partiellement protectrice
[21, 40] (figure 7).
Les quelques essais de transmission d'immunité par les sérums
de chats résistant au FIPV lors d'exposition se sont soldés
par des échecs, même si le sérum contient des anticorps
susceptibles de neutraliser le virus [21, 33, 36]. Pourtant les anticorps
colostraux transmis passivement de la mère aux chatons semblent
protecteurs. Une hypothèse permettrait d'expliquer ce phénomène.
Les anticorps colostraux sont le plus souvent homologues de la souche
infectant le chaton, ce qui n'est pas forcément le cas lors d'essais
expérimentaux utilisant des sérums immuns. Par ailleurs,
dans les conditions naturelles, en milieu infecté, tout se passe
comme si se développait au cours du temps une immunité
protectrice chez les chats infectés. En effet, le suivi de plus
de 800 chats pendant six ans, appartenant à différents
élevages infectés, a montré que le risque de voir
apparaître un cas de péritonite infectieuse féline
diminuait à mesure qu'on s'éloignait de la date supposée
de contamination de l'effectif [41]. Il n'est donc pas encore certain
que le rôle sensibilisant des anticorps, observé dans certaines
conditions expérimentales, existe dans des conditions naturelles.
Vaccination des chats
contre la péritonite infectieuse féline
La pathogénie de la PIF reposant sur la circulation
d'anticorps rend difficile la mise au point d'un vaccin. Elle implique
le choix d'une stratégie vaccinale qui permette de concilier une
forte stimulation de la réponse immune à médiation
cellulaire et/ou humorale protectrice et une faible réponse humorale
sensibilisante. Par ailleurs, la nature des souches rencontrées
sur le terrain est très variable et on a pu constater que des chats
qui semblaient bien protégés contre une souche bien particulière
ne l'étaient plus lorsqu'ils étaient confrontés à
une autre souche virale [13].
Les essais de vaccination réalisés jusqu'à
présent se sont révélés décevants (tableau
5). L'utilisation de virus vivants antigéniquement proches
du FIPV, tels que le TGEV, le CCV et HCV-229E [28, 42, 48], n'a pas permis
l'apparition d'anticorps hétérologues pouvant conférer
une protection aux chats vaccinés. Les chats vaccinés à
l'aide du TGEV ont produit peu d'anticorps neutralisants et n'ont pas
été protégés lors d'une exposition par voie
orale ou parentérale de TGEV virulent [42]. La vaccination de chatons
âgés de 14 semaines par aérosol en utilisant le CCV
a été à l'origine de titres élevés
en anticorps neutralisants. Pourtant aucune protection n'a pu être
observée [48]. De même, la réplication chez le chat
du HCV-229E s'est avérée limitée ou inexistante et
aucune protection ne fut constatée lors d'exposition au FIPV [28].
Les vaccins inactivés sont d'un intérêt
limité pour protéger les chats contre la PIF dans la mesure
où ils induisent peu ou pas de réponse T cytotoxique. Pourtant,
ils induisent la synthèse d'anticorps neutralisants qui conservent
longtemps un titre élevé. Mais leur utilisation est un échec
car la sensibilisation prime sur l'immunisation.
D'autres essais, utilisant cette fois des souches de
coronavirus félins avirulentes (par voie oronasale) [21] ou de
très petites quantités de virus pathogène (FIPV-UCD1)
[21], ont également été infructueux.
À ce jour, aucun vaccin n'est encore disponible
en France. Un vaccin a pourtant été commercialisé
aux États-Unis et dans différents pays européens.
Il est basé sur l'utilisation d'une souche thermosensible (FIPV-DF2),
atténuée par passages multiples en culture de cellules,
administrée par voie intranasale, capable de se multiplier à
la température des cavités nasales (31°), mais mal
à température corporelle (entre 38 et 39°) [43]. Il
semble expérimentalement conférer 40 à 80 % de protection
lors d'exposition selon la souche de virus utilisée [44]. Son innocuité
et son efficacité sur le terrain sont encore controversées
[31]. Plusieurs problèmes peuvent se poser lors de son utilisation
: il ne peut être administré qu'à partir de la seizième
semaine alors que la transmission du virus intervient chez les chatons
dès l'âge de 6 semaines. De plus, une vaccination récente
provoque une réponse sérologique positive qui entrave le
dépistage des animaux infectés. Par ailleurs, il semble
que la souche vaccinale thermosensible ne protège les chats que
si les doses de virus d'épreuve sont faibles (lors d'expositions
aux souches FIPV-1146 ou FIPV-DF2) ; par ailleurs, le vaccin pourrait
être à l'origine d'un phénomène de sensibilisation
plus fréquent si la voie d'épreuve est intranasale comparé
à la voie aérosol [45]. Avoir une idée pronostique
de l'efficacité et de l'innocuité du vaccin en milieu infecté
ne semble pas chose facile puisque a priori on ignore quelles sont
réellement les souches et les quantités de virus qui circulent.
Enfin, les vaccins recombinants viraux permettant d'exprimer
la protéine S se sont révélés inefficaces,
voire même dangereux (voir supra) [26]. L'utilisation d'un
vecteur vaccine exprimant la protéine M de la souche 79-1146 n'a
permis de protéger que 3 chats vaccinés sur 8 tandis que
1 chat témoin non vacciné sur 8 a survécu après
l'infection [46]. Un essai de vaccination sur 6 chats et 4 témoins
a été mené en utilisant un adénovirus recombinant
de type 5 qui exprimait également la protéine M sous contrôle
du promoteur de l'adénovirus de type 2 (MLP) : 50 % des chats se
sont avérés protégés lors d'une exposition,
tandis qu'une mortalité de 100 % était observée chez
le lot témoin [47]. L'utilisation d'un vecteur vaccine exprimant
la protéine N n'a conféré aucune protection aux chats
lors d'expositions par voie oronasale avec une souche FIPV-79-1146 [46].
CONCLUSION Les
informations dont nous disposons sur la biologie moléculaire des
coronavirus félins sont encore limitées comparées à
celles que nous avons sur le MHV ou l'IBV. De nombreuses questions restent
encore sans réponse qui concernent en particulier la compréhension
de la pathogénie extrêmement complexe de la maladie. Il faut
retenir que le mécanisme de facilitation observé in vitro
et dans certaines conditions expérimentales fait que le FIPV
est tout particulièrement intéressant puisqu'il se rapproche,
pour cet aspect de sa pathogénie, d'autres maladies comme la dengue
ou le sida, pour lesquelles l'infectivité est également augmentée
en présence d'anticorps dirigés contre le virus.REFERENCES
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