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Les coronavirus félins


Virologie. Volume 2, Numéro 3, 205-13, Mai-Juin 1998, Revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : V. Gonon, .

Résumé : Les coronavirus félins, membres de la famille des Coronaviridae, sont des virus enveloppés qui possèdent un ARN simple brin de polarité positive. Leur réplication repose sur un mécanisme qui conduit à de nombreux événements de recombinaison. Ce sont des agents pathogènes pour les chats dont la virulence est très variable selon la souche concernée. Certaines sont à l’origine d’infection asymptomatique, mais d’autres provoquent une maladie à médiation immune, fatale et systémique appelée péritonite infectieuse féline (PIF). Cet article présente succintement des informations concernant la structure, la réplication, l’immunité naturelle et la transmission des coronavirus félins. La pathogénie de la PIF n’est pas encore complètement élucidée. Toutefois, elle permet de comprendre les problèmes rencontrés pour parvenir à vacciner les chats contre la péritonite infectieuse féline.

Mots-clés : Coronavirus – Chats – Biologie moléculaire – Sensibilisation – PIF.

Illustrations

ARTICLE

Les coronavirus félins apppartiennent à la famille des Coronaviridæ. Ces virus enveloppés à ARN sont tout particulièrement sujets aux mutations ponctuelles, les ARN polymérases ne possédant pas de système de correction d'erreur efficace. Deux autres phénomènes peuvent expliquer l'extrême variabilité génomique des coronavirus : l'existence d'un taux élevé de recombinaison intergénomique (mis en évidence pour le virus de l'hépatite murine in vitro et in vivo), qui favorise l'émergence de souches variantes sur le terrain, et celle de recombinaisons illégitimes entre virus différents. Il semblerait également que des délétions génomiques peuvent contribuer à expliquer la variabilité du génome de ces virus [1]. Ainsi, dans des conditions naturelles, circulent des souches de coronavirus félins très variables dans leur caractère pathogène. Toutefois, sont distingués deux grands types de souches : les coronavirus non pathogènes (FECV), à l'origine d'infections asymptomatiques chez les adultes ou de diarrhées bénignes chez les chatons, et les coronavirus pathogènes (FIPV) qui provoquent une maladie : la péritonite infectieuse féline (PIF). Cette maladie à médiation immune, qui touche les félidés, a été décrite pour la première fois aux États-Unis par Holzworth en 1963 [2]. Cliniquement, on en distingue principalement deux formes, l'une effusive qui se caractérise par l'apparition d'épanchements thoraciques et/ou abdominaux, l'autre non effusive qui se manifeste par divers symptômes selon le ou les organes atteints. De nombreuses interrogations demeurent, en particulier sur la pathogénie de la PIF. Cette maladie pose un réel problème en milieu infecté, puisqu'aucun traitement ne présente une réelle efficacité et qu'en France, aucun vaccin n'est encore disponible.

Caractéristiques structurales

Les coronavirus sont des particules virales grossièrement sphériques, polymorphes et de différence de taille très marquée (60 à 200 nm de diamètre) [3, 4] L'acide nucléique, d'une taille de 30 kb, est constitué d'une molécule d'ARN monocaténaire de polarité positive [4]. Les coronavirus possèdent une enveloppe qui provient de la cellule hôte (figure 1).
Au sein de cette bicouche lipidique, se trouvent enchâssées les glycoprotéines virales. Il s'agit des glycoprotéines S ou E2 (projections en forme de massue de 20 nm de longueur), M ou E1 et sM ou E [4, 5]. L'enveloppe confère au virus une sensibilité aux solvants des lipides (éther, chloroforme et détergents) [7].

Le génome des coronavirus félins, de taille élevée, possède deux régions non codantes principales : l'une en 5' de 200 nucléotides incluant la séquence leader, l'autre en 3' de 400 nucléotides incluant une séquence polyadénylée d'environ 100 nucléotides. La partie codante comporte différentes régions, chacune comprenant un ou plusieurs cadres de lecture. Les deux premières ORF (en 5'), qui correspondent au gène pol et codent pour une protéine de 700 kDa clivée en plusieurs produits, représentent les deux tiers du génome viral (près de 20 kb). L'ORF 1b présente des motifs caractéristiques des polymérases et hélicases. Le tiers restant code pour les protéines structurales (S, M, sM, N) et non structurales du virus, synthétisées dans les cellules infectées [8].

Classification

Les coronavirus félins appartiennent à la famille des Coronaviridæ et au genre coronavirus. Ces derniers peuvent être classés en plusieurs groupes selon leurs parentés antigéniques, sachant que tous les membres du genre possèdent des déterminants antigéniques de nucléocapside communs. Les coronavirus ont été répartis dans trois groupes principaux avec pour virus « types » le virus de la gastro-entérite transmissible du porc (TGEV), le virus de l'hépatite murine (MHV) et le virus de la bronchite infectieuse du poulet (IBV). Les coronavirus félins se trouvent dans le sous-groupe comprenant le virus de la gastro-entérite transmissible du porc (TGEV), le coronavirus canin (CCV), le coronavirus respiratoire humain (HCV-229E), le coronavirus respiratoire du porc (PRCV), le coronavirus du lapin (RbCV) et le coronavirus de la diarrhée épidémique porcine (PEDV) (tableau 1).
On distingue, parmi les coronavirus félins, les souches de type FIPV, agents de la PIF, des souches entéritiques dites FECV, à l'origine d'infections asymptomatiques chez les adultes ou de diarrhées bénignes chez les chatons. Différentes souches ont été répertoriées (figure 2). Les plus virulentes provoquent une PIF chez la plupart des chats inoculés par voie oronasale (FIPV-79-1146 et FIPV-DF2) [10]. La souche FIPV-UCD1 est responsable d'une PIF chez des chats soumis à une exposition prolongée [11]. Les souches de faible virulence, comme FIPV-UCD2, FIPV-UCD3 et FIPV-UCD4, peuvent provoquer une PIF expérimentalement (mais plus difficilement) ; elles seront à l'origine d'une infection asymptomatique ou d'une péritonite infectieuse mortelle selon la réponse immunitaire du chat infecté [12]. Le caractère infectieux et la virulence sont très différents selon la souche considérée et dépendraient également de la voie d'inoculation [13].
Actuellement, aucun test sérologique ne peut distinguer les anticorps dirigés contre une souche pathogène de type FIPV de ceux dirigés contre une souche de coronavirus entéritique. Les essais pour différencier sérologiquement des chats infectés par le FIPV et des chats qui ont été au contact d'une souche de type FECV se sont jusqu'à présent soldés par des échecs [14, 15]. Leur proximité antigénique est telle qu'il est probable que les souches FIPV et FECV sont mutantes d'une même espèce virale. Une étude a montré que les génomes des souches TS-DF2 et FECV-1683 présentent 99,6 % d' homologie [16].

Les coronavirus félins ont été classés en deux groupes selon la réactivité qu'ils présentent vis-à-vis de certains anticorps monoclonaux dirigés contre la protéine S (tableau 2), classification qui est également le reflet de leurs caractéristiques biologiques mais qui n'est pas corrélée à leur virulence [17].

Propriétés biologiques

Multiplication virale

Le cycle viral des coronavirus s'effectue en 8 à 10 heures dans le cytoplasme [8]. Les virus TGEV, CCV, HCV-229E et les coronavirus félins sont capables d'infecter certaines cellules hôtes grâce à l'interaction des spicules virales avec l'aminopeptidase N, enzyme protéolytique située entre autres sur la membrane apicale des entérocytes [18]. Le cycle viral se déroule de la façon suivante. Après pénétration du virus dans la cellule hôte (par fusion avec la membrane plasmique ou endocytose), l'ARN génomique est décapsidé et se comporte comme un ARNm puisque le gène pol est traduit directement. L'ARN polymérase ARN dépendante, présente, une heure après l'infection, un brin d'ARN (­) transcrit qui sert de matrice pour l'élaboration de six ARN sub-génomiques différents et d'ARN génomiques : les ARNm sub-génomiques et l'ARN génomique, coiffés et polyadénylés, comportant une séquence « leader » en 5', et formant une série coterminale en 3', particularité du cycle réplicatif des coronavirus. Seule la partie 5' des ARNm sub-génomiques est traduite ; si quelques ARNm sub-génomiques sont structurellement bi- ou tricistroniques, la majorité sont fonctionnellement monocistroniques. Ainsi, sont synthétisées les protéines S, N, M et sM des virus. La protéine M n'est pas glycosylée dans le réticulum endoplasmique granuleux (REG) et les résidus sucrés sont ajoutés après maturation dans l'appareil de Golgi, contrairement à la protéine S qui est glycosylée dans le REG. Puis, les ARN génomiques sont encapsidés. La maturation et l'assemblage des nouveaux virions interviennent dans le réticulum endoplasmique et de l'appareil de Golgi. Enfin, les virions sont libérés par exocytose et peuvent conduire à la mort des cellules infectées ou à la formation de syncytia [4]. Les coronavirus n'entraînant pas d'inhibition de synthèses des protéines cellulaires, ils peuvent conduire à des infections persistantes in vitro comme in vivo qui s'accompagnent ou non de la production de nouveaux virions (figure 3).

Antigénicité

Les coronavirus félins sont constitués de quatre protéines structurales majeures : M, N, S et sM ou E (tableau 3).

* La protéine S

La protéine S des coronavirus possède un poids moléculaire de 180 à 205 kDa. Elle comprend une séquence signal N-terminale, une portion importante située à l'extérieur de l'enveloppe virale, une partie transmembranaire et une portion C-terminale hydrophile tournée vers l'intérieur de l'enveloppe [19]. Elle est responsable de la fixation des virions aux récepteurs, de l'induction de la fusion de l'enveloppe du virus avec la membrane de la cellule cible ; elle induit également la synthèse d'anticorps neutralisants et stimule la réponse T cytotoxique de l'animal infecté [4].
Certains auteurs ont pu observer que la durée d'incubation d'une péritonite infectieuse et sa rapidité d'évolution étaient bien inférieures chez des chats qui possèdent des anticorps anticoronavirus, comparées à celles de chats à sérologie négative [20]. Ce phénomène de sensibilisation repose exclusivement sur la circulation d'anticorps [20, 21]. Les anticorps sensibilisants sont dirigés contre la protéine S [22, 23]. Selon différents auteurs, in vitro, certains anticorps dirigés contre M seraient également facilitants [24]. In vitro, les anticorps dirigés contre la protéine S favoriseraient la phagocytose des coronavirus par les macrophages, en facilitant l'interaction entre l'ensemble virus/fraction Fc des immunoglobulines et les récepteurs des cellules macrophagiques [25]. Il a été ainsi constaté qu'in vitro, la réplication dans les macrophages d'une souche FIPV-79-1146 est plus importante en présence d'anticorps anticoronavirus [24]. Ces résultats expliquent sans doute en partie ce qui peut être observé in vivo chez l'animal dans certaines conditions expérimentales [23]. Des essais de vaccination semblent d'ailleurs confirmer la relation étroite existant entre le phénomène de sensibilisation qui peut être envisagé in vivo et les observations faites in vitro. En effet, un virus recombinant vaccine contenant le gène codant pour la protéine S n'a pas protégé les chats vaccinés mais a conduit, à l'inverse, à leur mort plus rapide après l'épreuve [26].

Si la protéine S favorise la synthèse d'anticorps facilitants, elle favorise également une réponse immune neutralisante [22]. Afin de localiser précisément ses sites impliqués dans le développement de l'une ou l'autre de ces deux réponses, Corapi et al. (1993) ont exprimé différents fragments (trois grands fragments et 12 sous-fragments) de la protéine S dans E. coli sous forme de protéines de fusion (figure 4). Par une technique de radio-immunoprécipitation, ces mêmes auteurs ont testé la capacité de reconnaissance de ces protéines de fusion par des anticorps monoclonaux neutralisants ou facilitants. Cette première étape a permis de montrer que le fragment S6 de la protéine S (situé dans la partie N-terminale de la protéine S) était reconnu. Pour affiner la localisation des sites antigéniques neutralisants ou facilitants, le gène S a été partiellement séquencé chez des mutants obtenus à partir de la souche 79-1146 contre-sélectionnés en présence de différents anticorps monoclonaux neutralisants et de complément (tableau 4). Ainsi, deux domaines bien distincts sur la protéine S ont été identifiés. Il semblerait que ces deux sites (A1 : 538-591 et A2 : 643-656) soient tous deux nécessaires au développement d'une réponse immune facilitante, tandis que l'un des deux pris isolément (A2 : 643-656) entraîne la synthèse d'anticorps uniquement neutralisants. Cela permettrait, selon les auteurs, d'envisager une stratégie vaccinale basée sur l'utilisation d'un peptide synthétique ou d'un vecteur recombinant comprenant ce deuxième site antigénique [25].

* La protéine M

La protéine M est une glycoprotéine de l'enveloppe virale de 25-30 kDa pour laquelle seulement 10 % de la portion N-terminale se trouve extériorisée [4]. Un segment hydrophile d'une vingtaine de résidus N-glycosylés se trouve exposé à la surface des virions. La protéine M comporte également trois hélices a-hydrophobes consécutives enchâssées dans la membrane en épingle à cheveux. En partie C-terminale, une région amphiphile est associée à la face interne de la membrane ainsi qu'un segment hydrophile d'une quinzaine de résidus. La protéine M est nécessaire à la maturation du virus [4]. M induit la synthèse d'anticorps qui ne sont neutralisants qu'en présence de complément.

* La protéine sM

La protéine sM est codée par l'ORF4 ; elle est également présente chez les virus CCV, TGEV et PRCV. Il s'agit d'un polypeptide transmembranaire d'environ 80 acides aminés qui, associé à la protéine M, régule l'assemblage et le bourgeonnement des particules virales. La co-expression de M et de sM permet la formation de pseudo-particules.

* La protéine N

Une protéine struturale commune à tous les coronavirus est la protéine N. Cette glycoprotéine de poids moléculaire 45-50 kDa ne semble pas induire la synthèse d'anticorps facilitants [22]. Phosphorylée sur des résidus sérines, fortement basique, elle présente une forte affinité pour l'ARN. Elle possède différents domaines : un domaine très conservé de 70 acides aminés (tiers N-terminal), deux domaines basiques dont l'un est riche en sérine et une région acide à l'extrémité C-terminale. Cette protéine prend part à la formation de la nucléocapside [4]. Par ailleurs, elle pourrait jouer le rôle d'interrupteur qui permettrait de jouer entre la transcription de l'ARN lu comme ARNm et la réplication de l'ARN lors de l'élaboration de nouveaux virions [8].

Transmission dans les conditions naturelles

Dans les conditions naturelles, la contamination se fait sans doute par ingestion et/ou inhalation. L'excrétion de virus se produit dans les selles et les sécrétions oronasales [4, 7, 20, 23, 28, 29]. Un chat sensible est habituellement contaminé au contact d'un chat infecté excrétant le virus [7].
Un contact étroit entre les chats semble nécessaire pour qu'il y ait contamination, bien que la possibilité d'une transmission indirecte ne puisse être exclue [5, 28]. En effet, une étude a montré qu'il était possible d'isoler le FIPV pendant 3 à 7 semaines sur des surfaces sèches [7]. Cependant, comme la quantité de virus décroît avec le temps et qu'une quantité minimale est nécessaire pour qu'il y ait contamination, on estime que les risques de contamination sont limités après 2 ou 3 semaines [7]. Toutefois, sur le terrain, il est probable que la transmission indirecte soit d'un impact limité [30].

Les chatons nés de mère infectée sont surtout contaminés après le sevrage par voie oronasale à un âge où leur titre en anticorps d'origine colostrale devient faible. Ils sont alors contaminés par leur mère, par d'autres adultes porteurs asymptomatiques ou par d'autres chatons [13, 30]. Chez un chaton âgé de 3 mois, un titre positif est le reflet d'une infection [31]. En effet, l'immunité transmise passivement par la mère à sa descendance ne persiste qu'au plus 4 mois. Certaines études ont montré que des chatons nés de mère infectée par le FIPV pouvaient résister lors d'une exposition à une souche pathogène de coronavirus [12]. Cela, ajouté à la longueur de l'incubation, expliquerait que les chatons ne présentent des symptômes que vers l'âge de six mois.

Physiopathologie

La pathogénie de la péritonite infectieuse féline est encore incomplètement élucidée. Elle repose sur l'interaction existant entre le virus et l'animal infecté [13, 32]. Certains auteurs ont pu mettre en évidence la circulation d'immun-complexes au cours de la maladie [33]. Cela fut confirmé par d'autres études qui ont montré que la péritonite infectieuse féline était une maladie à médiation immune, et que les anticorps circulants semblaient contribuer à sa progression [20, 34, 35].
L'infection par un coronavirus félin se fait par voie oro-nasale. Le virus se réplique initialement dans les cellules épithéliales de l'oropharynx [32], du système respiratoire ou de l'intestin grêle [4] selon la voie d'inoculation, et dans les ganglions lymphatiques locaux régionaux. Après cette phase de multiplication locorégionale, une virémie primaire, qui dure environ une semaine et intéresse principalement les monocytes, apparaît 2 à 6 jours après l'infection [5, 20, 34]. Elle permet la colonisation de différents organes où les cellules cibles sont les macrophages (nœud lymphatique, foie, rate). Cette primo-infection se traduit rarement cliniquement. Néanmoins, le chat peut présenter une rhinite, une conjonctivite ou une entérite modérées. À ce stade, il excrète du virus dans ses sécrétions oronasales et dans des selles de façon continue ou intermittente. Après avoir surmonté cette infection aiguë, la majorité des chats restent porteurs sains du virus. Leur devenir dépend de différents facteurs : la souche et la dose de virus, l'efficacité de leur réponse immunitaire, leur résistance propre (patrimoine génétique), leur âge, l'existence d'infections intercurrentes (leucose féline) ou de divers facteurs de stress. Ces différents facteurs déterminent si le chat finalement présentera une infection asymptomatique ou une péritonite infectieuse féline [5, 11, 12, 37].
La grande majorité des chats infectés par un coronavirus félin ne déclarent pas de maladie mais présentent un titre en anticorps anti-coronavirus félin positif. Chez ces chats, un portage chronique du virus peut exister dans différents organes comme le foie, la rate, les reins et peut-être les tissus lymphoïdes.
Certaines études ont montré que des lésions intéressant les villosités de l'épithélium intestinal, la sous-muqueuse et les tissus environnants pouvaient persister chez certains animaux. Toutefois, si les lésions intestinales ou péri-intestinales peuvent être à l'origine d'occlusion intestinale, elles n'entraînent pas la mort des chats atteints de façon systématique. Des lésions oculaires inflammatoires chroniques peuvent également se développer. Non mortelles, elles sont les seules à répondre favorablement à une corticothérapie.
En milieu infecté, 5 % des chats développent une péritonite infectieuse féline, maladie à médiation immune, mortelle dans 100 % des cas. Pour ces chats, une seconde virémie intervient qui conduit à la colonisation massive de différents organes (reins, foie, poumons...). Il semblerait que, chez ces derniers, la réponse immune cellulaire soit insuffisante pour permettre à l'animal de surmonter l'infection. Si cette réponse immune cellulaire est faible et associée à une réponse humorale forte, les chats déclarent une PIF humide. Si les chats présentent une réponse humorale et cellulaire modérée, ils déclarent une PIF sèche. Certains auteurs ont émis l'hypothèse que la réponse immunitaire cellulaire est efficace lorsqu'elle permet d'éliminer les macrophages infectés avant l'apparition d'anticorps anticoronavirus félins (FIPV) susceptibles de susciter chez les chats infectés l'apparition de symptômes [38]. De même, une forte réponse immune muqueuse (IgA) au niveau de la porte d'entrée du virus contribuerait à la protection des chats contre les souches de type FIPV.
Pour les formes effusives, les lésions reposent sur l'interaction entre le virus et les anticorps apparaissant chez l'animal infecté. Les anticorps peuvent interagir avec les antigènes viraux exprimés à la surface de cellules infectées et susciter ainsi l'activation de la cascade du complément, provoquant ainsi des lésions tissulaires importantes. En particulier sont libérés les fragments C3a et C5a responsables d'une augmentation de la perméabilité vasculaire. Par ailleurs, des complexes anticorps-particules virales peuvent se déposer sur les endothéliums vasculaires et susciter la libération, par les macrophages infectés, de cytokines et autres métabolites toxiques à l'origine de lésions périvasculaires. Ainsi, l'IL1 favorise le recrutement des polynucléaires neutrophiles et l'adhésion des macrophages sur l'endothélium vasculaire. Elle peut être également à l'origine d'hyperthermie et stimuler une hypergammaglobulinémie. L'IL6, produite par des cellules endothéliales vasculaires lésées, et les macrophages induisent l'activation de lymphocytes B et l'apparition de fièvre. Les leucotriènes B et les prostaglandines E2 (PGE2) libérés par les macrophages et les neutrophiles augmentent aussi la perméabilité vasculaire et favorisent l'hyperthermie. PGE2 peut également favoriser la réplication virale en s'opposant à l'action des interférons. Cela conduit à une vasculite aiguë à l'origine de l'apparition d'exsudat par extravasation de liquide riche en fibrine à partir des vaisseaux lésés. Les macrophages du liquide d'épanchement, eux-mêmes infectés, s'attachent à la surface des séreuses des organes abdominaux ou thoraciques, infectent de nouvelles cellules de ces organes, ce qui conduit à l'obtention de lésions pyogranulomateuses. Pour la forme sèche, les macrophages infectés s'attachent à la paroi de vaisseaux sanguins de différents tissus richement vascularisés tels les reins, les poumons, le système nerveux central. Cela conduit à l'apparition d'une vascularite à l'origine d'une lésion granulomateuse périvasculaire, voire d'une coagulation intravasculaire disséminée qui résulte des lésions vasculaires multiples provoquées par les dépôts d'immun-complexes et de l'inflammation sévère du foie.
Pour la forme sèche, les premières étapes de l'infection sont probablement identiques à ce qui vient d'être évoqué pour la forme humide. Les lésions histologiques de cette forme clinique s'apparentent à celles de la tuberculose ou de certaines mycoses pour lesquelles la réponse immune cellulaire, partiellement intense, contribue à expliquer la nature des lésions observées. Les lésions pyogranulomateuses correspondent au développement de lésions vasculaires et périvasculaires nécrotiques qui atteignent les organes en surface mais peuvent également toucher les parenchymes. Ces lésions sont retrouvées dans les ganglions mésentériques, le foie, la rate, le pancréas, le péritoine...

Les lésions oculaires, plus fréquentes avec les formes non effusives, résultent de la présence de lésions pyogranulomateuses et nécrotiques centrées sur des lésions vasculaires qui se situent principalement dans l'iris, les corps ciliaires et la rétine. Les lésions du système nerveux central, multifocales ou diffuses, touchent le plexus choroïde, les méninges ou l'épendyme et correspondent à une méningo-encéphalomyélite pyogranulomateuse.

Réponse immune de l'hôte à l'infection

En réponse à une infection primaire, l'immunité du chat est à médiation humorale et cellulaire. Les anticorps neutralisants anticoronavirus félin apparaissent 10 à 14 jours après l'infection et leur titre augmente progressivement pour atteindre son maximum après 30 jours. Leur présence n'est pas le garant d'une protection, même s'il existe une forme d'immunité contre la péritonite infectieuse féline.
La réponse immune T cytotoxique d'un chat infecté a été très peu étudiée et, de ce fait, elle est appréhendée de façon indirecte. Différents éléments tendent à prouver son rôle décisif pour protéger le chat contre la maladie [12, 13, 39, 40]. Les symptômes observés chez l'animal malade sont plus sévères si le chat présente une infection comme la leucose féline [40]. De même, après exposition par voie orale, une augmentation de la dissémination du virus dans les macrophages et des lésions intestinales plus sévères ont pu être observées chez des chatons dont le thymus a été enlevé comparés à des chatons non thymectomisés [39]. Enfin, la réponse immunitaire cytotoxique pourrait participer au développement des lésions granulomateuses observées lors de l'apparition d'une PIF non effusive, lorsque celle-ci n'est que partiellement protectrice [21, 40] (figure 7).

Les quelques essais de transmission d'immunité par les sérums de chats résistant au FIPV lors d'exposition se sont soldés par des échecs, même si le sérum contient des anticorps susceptibles de neutraliser le virus [21, 33, 36]. Pourtant les anticorps colostraux transmis passivement de la mère aux chatons semblent protecteurs. Une hypothèse permettrait d'expliquer ce phénomène. Les anticorps colostraux sont le plus souvent homologues de la souche infectant le chaton, ce qui n'est pas forcément le cas lors d'essais expérimentaux utilisant des sérums immuns. Par ailleurs, dans les conditions naturelles, en milieu infecté, tout se passe comme si se développait au cours du temps une immunité protectrice chez les chats infectés. En effet, le suivi de plus de 800 chats pendant six ans, appartenant à différents élevages infectés, a montré que le risque de voir apparaître un cas de péritonite infectieuse féline diminuait à mesure qu'on s'éloignait de la date supposée de contamination de l'effectif [41]. Il n'est donc pas encore certain que le rôle sensibilisant des anticorps, observé dans certaines conditions expérimentales, existe dans des conditions naturelles.

Vaccination des chats contre la péritonite infectieuse féline

La pathogénie de la PIF reposant sur la circulation d'anticorps rend difficile la mise au point d'un vaccin. Elle implique le choix d'une stratégie vaccinale qui permette de concilier une forte stimulation de la réponse immune à médiation cellulaire et/ou humorale protectrice et une faible réponse humorale sensibilisante. Par ailleurs, la nature des souches rencontrées sur le terrain est très variable et on a pu constater que des chats qui semblaient bien protégés contre une souche bien particulière ne l'étaient plus lorsqu'ils étaient confrontés à une autre souche virale [13].
Les essais de vaccination réalisés jusqu'à présent se sont révélés décevants (tableau 5). L'utilisation de virus vivants antigéniquement proches du FIPV, tels que le TGEV, le CCV et HCV-229E [28, 42, 48], n'a pas permis l'apparition d'anticorps hétérologues pouvant conférer une protection aux chats vaccinés. Les chats vaccinés à l'aide du TGEV ont produit peu d'anticorps neutralisants et n'ont pas été protégés lors d'une exposition par voie orale ou parentérale de TGEV virulent [42]. La vaccination de chatons âgés de 14 semaines par aérosol en utilisant le CCV a été à l'origine de titres élevés en anticorps neutralisants. Pourtant aucune protection n'a pu être observée [48]. De même, la réplication chez le chat du HCV-229E s'est avérée limitée ou inexistante et aucune protection ne fut constatée lors d'exposition au FIPV [28].
Les vaccins inactivés sont d'un intérêt limité pour protéger les chats contre la PIF dans la mesure où ils induisent peu ou pas de réponse T cytotoxique. Pourtant, ils induisent la synthèse d'anticorps neutralisants qui conservent longtemps un titre élevé. Mais leur utilisation est un échec car la sensibilisation prime sur l'immunisation.
D'autres essais, utilisant cette fois des souches de coronavirus félins avirulentes (par voie oronasale) [21] ou de très petites quantités de virus pathogène (FIPV-UCD1) [21], ont également été infructueux.
À ce jour, aucun vaccin n'est encore disponible en France. Un vaccin a pourtant été commercialisé aux États-Unis et dans différents pays européens. Il est basé sur l'utilisation d'une souche thermosensible (FIPV-DF2), atténuée par passages multiples en culture de cellules, administrée par voie intranasale, capable de se multiplier à la température des cavités nasales (31°), mais mal à température corporelle (entre 38 et 39°) [43]. Il semble expérimentalement conférer 40 à 80 % de protection lors d'exposition selon la souche de virus utilisée [44]. Son innocuité et son efficacité sur le terrain sont encore controversées [31]. Plusieurs problèmes peuvent se poser lors de son utilisation : il ne peut être administré qu'à partir de la seizième semaine alors que la transmission du virus intervient chez les chatons dès l'âge de 6 semaines. De plus, une vaccination récente provoque une réponse sérologique positive qui entrave le dépistage des animaux infectés. Par ailleurs, il semble que la souche vaccinale thermosensible ne protège les chats que si les doses de virus d'épreuve sont faibles (lors d'expositions aux souches FIPV-1146 ou FIPV-DF2) ; par ailleurs, le vaccin pourrait être à l'origine d'un phénomène de sensibilisation plus fréquent si la voie d'épreuve est intranasale comparé à la voie aérosol [45]. Avoir une idée pronostique de l'efficacité et de l'innocuité du vaccin en milieu infecté ne semble pas chose facile puisque a priori on ignore quelles sont réellement les souches et les quantités de virus qui circulent.
Enfin, les vaccins recombinants viraux permettant d'exprimer la protéine S se sont révélés inefficaces, voire même dangereux (voir supra) [26]. L'utilisation d'un vecteur vaccine exprimant la protéine M de la souche 79-1146 n'a permis de protéger que 3 chats vaccinés sur 8 tandis que 1 chat témoin non vacciné sur 8 a survécu après l'infection [46]. Un essai de vaccination sur 6 chats et 4 témoins a été mené en utilisant un adénovirus recombinant de type 5 qui exprimait également la protéine M sous contrôle du promoteur de l'adénovirus de type 2 (MLP) : 50 % des chats se sont avérés protégés lors d'une exposition, tandis qu'une mortalité de 100 % était observée chez le lot témoin [47]. L'utilisation d'un vecteur vaccine exprimant la protéine N n'a conféré aucune protection aux chats lors d'expositions par voie oronasale avec une souche FIPV-79-1146 [46].

CONCLUSION

Les informations dont nous disposons sur la biologie moléculaire des coronavirus félins sont encore limitées comparées à celles que nous avons sur le MHV ou l'IBV. De nombreuses questions restent encore sans réponse qui concernent en particulier la compréhension de la pathogénie extrêmement complexe de la maladie. Il faut retenir que le mécanisme de facilitation observé in vitro et dans certaines conditions expérimentales fait que le FIPV est tout particulièrement intéressant puisqu'il se rapproche, pour cet aspect de sa pathogénie, d'autres maladies comme la dengue ou le sida, pour lesquelles l'infectivité est également augmentée en présence d'anticorps dirigés contre le virus.

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