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Les Parechovirus : biologie, épidémiologie et diagnostic


Virologie. Volume 7, Numéro 1, 41-50, Janvier - Février 2003, Revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : V. Legay, A. Trompette, J.-J. Chomel, B. Lina, UMR-CNRS 5537 et Centre national de référence pour les Entérovirus, Domaine Rockefeller, 69373, Lyon Cedex 08.

Résumé : La famille des Picornaviridae regroupe des virus à ARN monocaténaire de polarité positive, non enveloppés. L'accumulation récente des données obtenues à la suite du développement des techniques moléculaires a entraîné d'importantes modifications de la classification de cette famille particulièrement étudiée. A la lumière de ces informations, les Parechovirus humains de type 1 (anciens Echovirus 22) et de type 2 (anciens Echovirus 23), ainsi que le virus Ljungan récemment isolé de chauve-souris, ont été regroupés en 1999 sous le genre Parechovirus. Par ailleurs, une souche de Parechovirus humain de type 3 semble être en cours de caractérisation. Si aucun rôle étiologique précis ne leur a été attribué, ces agents pathogènes n'en demeurent pas moins associés à diverses maladies. Un des principaux freins à la caractérisation des Parechovirus tient au fait que le diagnostic d'une infection à Parechovirus ne peut être réalisé qu'à l'aide d'outils spécifiques. Une bonne connaissance des propriétés biologiques et de l'épidémiologie des Parechovirus, ainsi que des moyens de diagnostic s'avère dès lors nécessaire afin de limiter les risques de sous-estimation de leur pouvoir pathogène. Cette revue se propose donc de résumer les connaissances actuelles relatives à ces agents pathogènes.

Mots-clés : Parechovirus, classification, structure, pouvoir pathogène.

Illustrations

ARTICLE

Depuis les travaux de Landsteiner et Popper sur la mise en évidence du rôle du poliovirus dans le développement de la poliomyélite antérieure aiguë [1], et compte tenu de leur aire de répartition sans frontières, les Enterovirus figurent parmi les agents pathogènes humains les plus étudiés. La famille des Picornaviridae (virus à ARN monocaténaire de polarité positive, non enveloppés) a subi depuis quelques années diverses modifications [2]. En effet, les avancées de la biologie moléculaire, en particulier de l'amplification génique in vitro (PCR) et du séquençage, ont permis de découvrir de nouveaux virus apparentés aux Picornaviridae, et de définir de nouveaux groupes phylogénétiques. Ainsi, les genres Kobuvirus, Teschovirus, Erbovirus et Parechovirus ont été ajoutés aux cinq genres initiaux que sont les Enterovirus, les Rhinovirus, les Aphtovirus, les Cardiovirus et les Hepatovirus, au sein de la famille des Picornaviridae [3]. Les Teschovirus et Erbovirus correspondent à des virus déjà connus sous un autre nom, les entérovirus porcins et le virus de la rhinite équine de type B [3]. Parallèlement, le prototype du genre Kobuvirus est le virus Aïchi récemment identifié [4], et le genre Parechovirus regroupe des virus renommés (Echovirus 22 et 23 devenant respectivement Parechovirus humains de types 1 et 2) et le Parechovirus humain de type 3 en cours de caractérisation [Ito et al., non publié] (tableau 1). L'assignation du virus Ljungan nouvellement identifié [5] au genre Parechovirus semble actuellement remise en cause sur la base de récentes données moléculaires [6]. Néanmoins, cette nouvelle classification a été proposée et validée en 1999 par le Comité International de Taxonomie Virale (International Committee on Virus Taxonomy, ou ICVT) en raison des nombreuses observations appuyées par les données moléculaires obtenues au cours de la dernière décennie soulevant la question de la réelle apparentée des Echovirus 22 et 23 aux Enterovirus [7, 8]. Cette revue se propose de résumer les caractéristiques biologiques et moléculaires des Parechovirus, ainsi que l'épidémiologie et le diagnostic des infections auxquelles ils sont associés.



Caractérisation


En 1956, une épidémie de diarrhées estivales a permis l'isolement de deux virus entériques, alors apparentés au genre Enterovirus, et en particulier au sous-genre echovirus (enteric cytopathic human orphan virus) [9]. Dès leur identification, ces virus, alors appelés echovirus de sérotypes 22 (souche Harris) et 23 (souche Williamson), ont présenté des propriétés de croissance nettement distinctes de celles des autres Echovirus. Les difficultés rencontrées lors de leurs passages en culture cellulaire, une adaptation aux cellules de rein de singe, et un effet cytopathique incomplet, restreint à certaines parties de la culture utilisée, ou bien encore la disparition du noyau des cellules infectées observées en microscopie électronique, ont attiré l'attention des virologistes sur ces Echovirus particuliers [10]. Leur extraordinaire adaptation aux cellules HRT18 (cellules de tumeur rectales humaines) a été observée, alors que seulement trois autres Echovirus (E16, 31 et 33) et trois coxsackievirus (CA3, 19 et 21) ont été capables de produire un léger effet cytopathique sur cette lignée cellulaire [11]. Les études ultérieures ont mis en évidence d'autres spécificités telles qu'une structure secondaire de l'ARN génomique différente de celle proposée pour les Enterovirus [12], ou l'incapacité de réaliser l'inhibition de la synthèse protéique cellulaire par le biais du clivage de la sous-unité p220 du facteur d'initiation de traduction eucaryotique eIF4-G, effet caractéristique d'une infection à Enterovirus "classique" [13]. Enfin, des essais d'hybridation moléculaire à l'aide de différentes sondes d'ADNc balayant le groupe des Enterovirus se sont révélés infructueux [14]. Tous ces résultats ont étayé l'hypothèse selon laquelle ces Echovirus 22 et 23 différaient des Echovirus "classiques". Par la suite, les apports de la biologie moléculaire, et en particulier du séquençage d'acides nucléiques, ont permis de déterminer les génomes complets de ces souches d'Echovirus 22 et 23. Les résultats obtenus ont confirmé les différences observées par rapport aux Enterovirus "classiques", suggérant alors que les Echovirus 22 et 23 étaient tous deux phylogénétiquement proches et qu'ils formaient un nouveau genre au sein des Picornaviridae [7, 15, 16]. L'analyse moléculaire des régions 5' non codantes (5'NC) et des protéines structurales VP1 et VP3 du virus Ljungan, isolé de chauve-souris, ont également permis de rapprocher ce nouveau pathogène du genre Parechovirus [5], alors que l'analyse de sa protéine 2A remet en cause cette parenté [6].


Structure


En termes de morphologie et de propriétés physicochimiques, les paréchovirus diffèrent très peu des Enterovirus (tableau 2), si ce n'est une apparence plus "aplatie". La particule virale, dont le diamètre moyen avoisine les 27 nm (contre 24 à 30 nm pour les Enterovirus), est formée d'une capside à symétrie icosaédrique, sans enveloppe lipido-protéique [15]. La migration en gel d'acrylamide des protéines d'un Parechovirus de type 1 a mis en évidence un profil différent de ceux connus pour les Enterovirus [7]. L'analyse des protéines obtenues, en comparaison avec celles des autres picornavirus, a permis de mettre en évidence une protéine de 30,5 kDa (VP1) et une protéine de 30 kDa (VP3). Un troisième peptide de 38 kDa, sans analogue apparent parmi les autres picornavirus, se révéla, après analyse de sa séquence nucléotidique, être un assemblage de VP4 et VP2, VP2 portant le site de clivage VP4/VP2 retrouvé chez les Enterovirus. Ces observations suggèrent que, pour ces virus, comme cela fut également observé pour le virus Aïchi (genre Kobuvirus) ou le virus de l'hépatite A (Hepatovirus), le clivage de VP0 en VP4 et VP2 pendant la phase finale de maturation de la capside ne devait pas avoir lieu [4, 7]. Notons qu'une région de la VP2 des Parechovirus présente une courte boucle E-F plus proche de celle du virus de la fièvre aphteuse (Aphtovirus) que de celle des Enterovirus [17]. Ce raccourcissement des boucles (E-F, G-H) ou des feuillets beta (D-E, E-F et H-I) de la protéine de capside VP1, ainsi que la présence de seulement trois protéines de capside (VP0, VP3 et VP1) contre 4 pour les autres Picornaviridae (VP1-VP4) pourrait expliquer l'aspect moins sphérique des Parechovirus [18, 19]. Une autre caractéristique des Parechovirus est la présence d'une extension de 30 nucléotides dans la partie N-terminale de la région codant la protéine VP3, en comparaison avec cette même région chez les autres Picornavirus [19].



Organisation génomique


Les Parechovirus, comme tous les Picornaviridae, ont un génome à ARN monocaténaire de polarité positive (figure 1). Cet ARN génomique se découpe en trois régions aux propriétés plus ou moins bien connues de nos jours : 1) une région 5' non codante (5'NC) d'environ 710 nucléotides de long, 2) un unique cadre ouvert de lecture codant une unique polyprotéine virale, et 3) une région 3' non codante (3'NC) [18]. La taille moyenne de l'ARN génomique des Parechovirus est de 7 340 nucléotides de long, en excluant la queue poly-adénylée, ce qui l'apparente aux Enterovirus et aux Rhinovirus. Cependant, la composition en bases (taux de G + C de 39 %, 42 % pour le virus Ljungan) est nettement plus proche de celle des Rhinovirus (G + C = 41 %) ou des Hepatovirus (G + C = 38 %) que de celle des Enterovirus (G + C = 46 %) (tableau 2) [15].



La région 5' non codante (5'NC) des Picornaviridae est impliquée dans la régulation de divers processus du cycle viral tels que la réplication du génome (information portée notamment par la région dite en "feuille de trèfle" chez les Enterovirus) ou la traduction du cadre ouvert de lecture en une polyprotéine (information portée par la région supportant la fixation des ribosomes, appelée site d'entrée du ribosome ou IRES pour internal ribosome entry site ; ou RLP pour ribosome landing pad) (figure 1). De ce fait, cette région a fait l'objet de nombreuses études, qui ont également permis de décrire des mutations directement impliquées dans le tropisme ou la pathogénicité virale [20, 21]. La région 5'NC des Picornaviridae montre une structure secondaire et même tertiaire extrêmement complexe, permettant de classer ces virus selon deux entités : le groupe des Aphtovirus et des Cardiovirus d'une part, et le groupe des Enterovirus et Rhinovirus d'autre part [17]. Proches, mais néanmoins différents des Cardiovirus, les Hepatovirus ont été proposés comme de possibles représentants d'un troisième groupe de structure de cette région 5'NC [18]. Chez les Parechovirus, la région 5'NC s'étend jusqu'au nucléotide 709 pour les Parechovirus humains de types 1 et 2, et jusqu'au nucléotide 699 pour le Parecho virus humain de type 3 ; elle présente plus d'identités de séquence et de structure avec la région 5'NC des Cardiovirus et des Aphtovirus qu'avec celle des Enterovirus et des Rhinovirus (figure 1) [19]. Le virus Ljungan, quant à lui, possède une région 5'NC partageant 52 % d'identité avec le virus Mengo, un Cardiovirus [5]. Toutefois, si la fonctionnalité de cette structure est encore méconnue chez les Parechovirus, elle ne semble pas présenter de similitudes avec celle des Cardiovirus et des Aphtovirus. En effet, certains domaines essentiels de la structure IRES des Cardiovirus et des Aphtovirus, tels que les domaines H et L de l'IRES, décrits comme responsables de la liaison IRES-PTB (polypyrimidine-tract binding protein), ne sont pas indispensables aux Parechovirus [22].


Le cadre ouvert de lecture des Parechovirus débute avec un codon initiateur situé en position 710-712 (Parechovirus humain de types 1 et 2) ou 700 (Parechovirus humain de type 3), et code une polyprotéine de 2 180 kDa (tableau 2) [15]. Les analyses de séquences de la polyprotéine ont permis de mettre en évidence le découpage caractéristique des Picornaviridae, à savoir trois précurseurs : P1 (donnant les protéines structurales VP1, VP3, et VP2, VP4 pour les genres Enterovirus, Rhinovirus, Cardiovirus, Aphtovirus et Erbovirus, VP0 pour les Parechovirus, Hepatovirus et Kobuvirus), P2 et P3 (donnant les protéines non structurales 2A, 2B, 2C, et 3A, 3B, 3C, 3D, respectivement) (figures 1 et 2). La caractérisation des protéines non structurales 3Dpol (ARN polymérase-ARN dépendante), 3B, 3C, a été aisément réalisée, compte tenu de leur forte identité de séquence avec les séquences correspondantes d'autres Picornaviridae. En revanche, les protéines 2A, 2B et 3A montrent de telles divergences que leur caractérisation s'est révélée plus délicate [18, 19]. Il est intéressant de noter que la région codant cette protéine virale 2A, ainsi que la région codant la protéine L décrite chez les Cardiovirus et les Aphtovirus sont extrêmement variables selon les Picornaviridae. Concernant la protéine 2A, la variabilité observée chez les Parechovirus est telle qu'il devient difficile de lui assigner une fonction précise [19]. La protéine 2A des Parechovirus ne montre aucune des propriétés décrites pour les autres Picornaviridae. Tout d'abord, elle ne possède pas d'activité catalytique (ne clive pas les précurseurs P1-P2/3) [23]. Le clivage P1-P2/3 serait, comme dans le cas des Hepatovirus et des Kobuvirus, le fait de la protéase 3Cpro [4]. Enfin, une des caractéristiques majeure des Parechovirus est l'absence d'inhibition de la synthèse protéique cellulaire induite par la protéase 2A comme chez les autres Picornaviridae [12]. La variabilité génétique de cette protéine 2A est également à la base des controverses relatives à l'appartenance des virus Ljungan au genre Parechovirus. En effet, la protéine 2A de ces virus se décompose en deux régions, 2A1 et 2A2 ; 2A1 se révélant proche de la protéine 2A des Cardio-, Tescho-, Erbo- et Aphtovirus, 2A2 se révélant plus proche des Parechovirus, des Kobuvirus et du virus de l'encéphalomyélite aviaire [6]. Les premières analyses du génome des Parechovirus ont laissé supposer l'existence d'un court peptide de 12 acides aminés localisé en 5' de la polyprotéine et pouvant être assimilé à la protéine L des Aphtovirus et Cardiovirus [15]. Cependant, la région correspondant à cette protéine L a été localisée au sein même du peptide VP0, démontrant ainsi que le génome des Parechovirus ne portait pas de région L [7]. La protéine 2C des Parechovirus est fortement apparentée aux Picornaviridae, sans que les motifs cre (cis-acting replication element), impliqués, tout comme les régions 5' et 3' NC, dans la régulation de la réplication du génome viral n'aient été décrits [24].


Les flèches en gris indiquent les sites de clivages protéolytiques reconnus par la protéase 3Cpro.


La région 3' non codante (3'NC) des Parechovirus compte 90 nucléotides (contre 60 à 300 pour les autres Picornaviridae). Toutefois, son rôle précis et son fonctionnement n'est à ce jour pas décrit [18, 19]. Sur la base des données connues concernant les autres Picornaviridae, elle pourrait être impliquée dans des processus de régulation de la réplication de l'ARN viral ou bien dans le contrôle de l'infectivité des virus [18, 19]. Toutefois, compte tenu de la spécificité du génome des Parechovirus, ces fonctions restent à démontrer.


Antigénicité


Comme pour la plupart des virus non enveloppés, les protéines de capside portent les sites responsables de l'attachement des virus au récepteur membranaire de leur(s) cellules(s) cible. Concernant les Parechovirus, ainsi que les virus Ljungan, la protéine VP1 porte deux motifs RGD (arginine-glycine-aspartate), l'un en son extrémité N-terminale, l'autre en son extrémité C-terminale, excepté chez le Parechovirus humain de type 3 [Ito et al., non publié]. Par ailleurs, les Parechovirus se distinguent des autres Picornaviridae par la présence d'un motif RGD localisé dans la région N-terminale de la protéine de capside VP0. Cet épitope s'est avéré le plus immunoantigénique des trois motifs RGD, et remarquablement conservé dans le genre Parechovirus. Toutefois, les virus Ljungan ne portent pas ce motif RGD en VP0, caractéristique également favorable à leur exclusion du genre Parechovirus [6]. Ces particularités distinguent encore les Parechovirus, mais l'existence de ces motifs RGD indique que leur récepteur fait partie de la super-famille des intégrines cellulaires (alphavbeta1 et/ou alphavbeta3 -intégrines) [25, 26], tout comme les Aphtovirus [27] et le coxsackievirus A9 [28]. Cette observation peut expliquer pourquoi des réactions croisées peuvent survenir entre les Parechovirus et le coxsackievirus A9 lors de tests de séroneutralisation en diagnostic. A la différence du coxsackievirus A9, lors de l'adhésion d'un Parechovirus à son récepteur, une délétion de ces motifs RGD bloque l'entrée du virus dans sa cellule cible [25]. Notons que les très fortes similitudes observées pour les protéines de capside (VP1 notamment) du virus Ljungan avec le Parechovirus humain de type 1 laissent supposer que ce virus "animal" pourrait reconnaître les récepteurs humains de son proche parent [5, 6].


Les étapes précoces d'une infection à Picornaviridae au sein de la cellule cible sont encore peu connues et représentent un champ d'investigations en plein essor. Il a été démontré que les Rhinovirus pouvaient utiliser la voie d'endocytose clathrin-dépendante, alors que le poliovirus relargue son génome directement par l'intermédiaire de son récepteur. Une autre voie possible d'internalisation du virus a été récemment décrite pour d'autres Enterovirus tels que les Echovirus 1 et 11 qui utilisent le récepteur CD55 (DAF, decay accelerating factor) et les radeaux lipidiques (structures riches en cholesterol) ou lipid rafts [29]. En 2001, l'étude réalisée par Joki-Korpela et al. démontra que le Parechovirus humain de type 1 utilisait lui aussi la voie d'internalisation clathrine-dépendante, à l'instar des Rhinovirus [25].

 

Epidémiologie des infections à Parechovirus


Les représentants de la famille des Picornaviridae sont responsables d'infections plus ou moins sévères chez l'homme, les genres Enterovirus et Rhinovirus renfermant les représentants les plus fréquemment impliqués en pathologie humaine. A l'image des Enterovirus, les Parechovirus sont des agents pathogènes largement présents dans toutes les régions du monde [30, 31]. Leur mode de transmission principal est fécal-oral (via des objets, aliments liquides ou solides souillés par la salive ou par les matières fécales), ce qui explique une prévalence élevée des infections pendant la petite enfance, notamment dans les pays à bas niveau socio-économique et d'hygiène. Chez les Parechovirus, il a été rapporté que plus de 60 % des infections surviennent avant l'âge d'un an, contre 17 % pour les Enterovirus [31]. Cette infection est différée à l'adolescence dans les pays industrialisés, 97 % des infections à Parechovirus survenant avant l'âge de quinze ans [31]. La proportion d'adultes séropositifs vis-à-vis du Parechovirus de type 1 est de 97 %, alors que seulement 30 % présentent des anticorps anti-échovirus 30, l'un des Enterovirus les plus répandus [30]. Ces données semblent donc indiquer un très fort pourcentage d'infections asymptomatiques du Parechovirus de type 1. Toutefois, la question peut se poser de savoir si la réponse immune vis-à-vis des échovirus 30 s'avère aussi efficace que celle mise en place lors d'infections à Parechovirus. La voie aérienne peut également intervenir dans la transmission de certains sérotypes ayant un tropisme respiratoire [30]. Les infections à Enterovirus peuvent être sporadiques, mais elles évoluent volontiers sur un mode épidémique durant les périodes estivo-automnales. La transmission nosocomiale ou les infections périnatales ont également été rapportées, notamment pour les coxsackievirus B et échovirus 11 [31]. Des cas d'infections nosocomiales à Parechovirus ont également été rapportés chez des enfants âgés de 1 à 13 mois présentant des symptômes gastro-entériques ou respiratoires [32]. Les Enterovirus et les Parechovirus sont responsables de manifestations cliniques très variées. Cependant, les Enterovirus sont fréquemment associés à des cas de méningites aseptiques, des éruptions cutanées, des encéphalites, ou encore des gastro-entérites, alors que les Parechovirus sont eux, essentiellement responsables de gastro-entérites et d'infections respiratoires.


Les atteintes neurologiques ou cardiaques, bien que décrites, semblent moins fréquentes (tableau 3) [19, 32-34]. Les infections du système nerveux central à Parechovirus apparaissent plus rares que celles liées aux Enterovirus. Toutefois, des cas de paralysies flasques aiguës [35], de méningites aseptiques et d'encéphalites [36], ou encore d'encéphalomyélites [37] associés au Parechovirus humain de type 1 ont été décrits. Ces observations récentes confirment que, bien que génétiquement différents des Enterovirus, les Parechovirus sont responsables de symptômes relativement proches de ceux causés par les Enterovirus, avec une répartition saisonnière à l'image de ces mêmes Enterovirus. En Suède, l'incidence des myocardites fut statistiquement corrélée au cycle de vie des chauve-souris, animal ayant permis l'isolation du virus Ljungan sans qu'aucune pathologie associée n'ait été rapportée [5]. Devant la proximité des séquences des protéines de capside du virus Ljungan et du Parechovirus humain de type 1, il n'est dès lors pas exclu que ce virus Ljungan puisse infecter l'homme (via le même récepteur cellulaire) [6].


Diagnostic d'une infection à Parechovirus


Il ressort de ces études que le diagnostic spécifique d'une infection à Parechovirus doit être pris en compte afin de ne pas sous-estimer leur rôle et de ne pas compromettre la prise en charge thérapeutique des patients. Toutefois, un tel diagnostic implique une bonne connaissance de ces virus puisque des procédures spécifiques doivent être utilisées. En effet, le diagnostic d'une infection à Enterovirus fait appel à des techniques de culture cellulaire couplées à une identification réalisée à l'aide de tests de neutralisation avec des sérums spécifiques de chaque sérotype [38]. Bien que ces techniques soient les procédures de référence [39], elles n'en demeurent pas moins longues et fastidieuses (environ 5 à 8 jours pour l'isolement et le typage d'un Enterovirus). Dans le cas des Parechovirus, la prise en compte de leur cycle viral particulier (notamment leur croissance très lente en culture cellulaire) fait que l'isolement et le typage d'un Parechovirus peut durer de 10 à 15 jours. Ces délais sont incompatibles avec un diagnostic en temps réel de telles infections [40]. Enfin, dans certains cas, l'isolement d'un Parechovirus implique une mise en œuvre méthodologique spécifique. En effet, il peut s'avérer nécessaire de recourir à des lignées cellulaires particulières plus sensibles à l'infection à Parechovirus que les cellules utilisées avec les Enterovirus, rendant le diagnostic spécifique encore plus délicat [41]. Grâce aux récents développements de la biologie moléculaire et à l'extension des données disponibles concernant les Parechovirus, des techniques de RT-PCR spécifiques des Parechovirus ont dû être mises au point. En effet, si la détection de séquences d'acides nucléiques par RT-PCR spécifique des Enterovirus est couramment utilisée pour le typage moléculaire des Enterovirus, les divergences moléculaires observées entre Enterovirus et Parechovirus ne permettent pas la détection de ces derniers [42, 43]. Dès lors, il s'est révélé indispensable de développer des outils appropriés permettant de rendre un diagnostic fiable et rapide (moins de 48 heures) d'une infection à Parechovirus [42, 43]. Ces techniques ont été développées sur la base des séquences génomiques disponibles dans les banques de données, afin de dessiner des couples d'amorces n'amplifiant que les Parechovirus, et dont les cibles sont généralement les régions 5'NC ou les gènes de capsides (VP1, VP2 ou VP3) [42]. Si l'amplification de la région 5'NC s'est révélée suffisamment sensible pour être appliquée directement à des prélèvements biologiques, la détection spécifique des régions VP1, VP2 ou VP3 manque parfois d'une telle sensibilité. Toutefois, ces régions correspondent aux sites antigéniques et sont unanimement reconnues comme les cibles optimales d'un typage moléculaire au sein des Picornaviridae [18]. C'est pourquoi de telles procédures sont développées afin d'assurer un typage moléculaire des souches isolées, ou bien encore en vue d'en déterminer le génome complet [41]. Ces techniques de biologie moléculaire, dont la sensibilité est supérieure à celle des techniques classiques de mise en culture, permettent aujourd'hui de détecter des agents pathogènes dans des prélèvements ne permettant pas l'isolement viral. Ainsi, une étude menée au laboratoire, en collaboration avec le Centre national de référence pour les Enterovirus, nous a permis de mettre en évidence la présence de séquences génomiques de Parechovirus de type 1 dans le liquide céphalorachidien (LCR) d'un enfant atteint d'une encéphalomyélite, et dont seuls les prélèvements de selles ont permis l'isolement de la souche en 17 jours [36]. Il est aujourd'hui certains que les atteintes nerveuses à Parechovirus sont plus fréquentes que précédemment supposé, d'autant qu'avant cette étude, aucune détection n'avait été positive à partir d'un LCR [36]. Les apports de la biologie moléculaire dans l'étude des infections à Parechovirus est considérable puisque, dans le cas de l'infection expérimentale d'une chauve-souris avec le virus Ljungan, la recherche du génome viral dans des biopsies permet la détection de l'ARN viral 4 semaines après l'infection alors que la mise en évidence de protéines virales par des techniques d'immunofluorescence dans ces prélèvements PCR-positifs est faiblement positive, voire négative quelques jours seulement après l'infection [5, 6]. Enfin, l'utilisation des techniques de biologie moléculaire dans l'étude de la diversité génétique des Parechovirus, et par extension des Picornaviridae, a très récemment trouvé un écho supplémentaire puisque les virus Ljungan jusqu'alors assimilés au genre Parechovirus ont été proposés comme les prototypes d'un nouveau genre au sein des Picornaviridae, et qu'une souche de Parechovirus humain de type 3 est en cours de caractérisation (figure 3). Au laboratoire, nous avons également isolé une souche neurotrope de Parechovirus humain, la souche Bahrain [37]. L'analyse phylogénétique de cette souche a révélé une très forte identité de séquence avec les Parechovirus humains de type 1 au niveau de la protéine de capside VP1 (figure 3A), mais une identité de séquence plus importante vis-à-vis de la souche de type 3 lorsque les régions 5'NC (non montré) et 3Dpol sont analysées (figure 3B). Ces différents travaux mettent en évidence la très grande variabilité génétique des Parechovirus et donc des Picornaviridae.

CONCLUSION

Les Parechovirus sont des agents pathogènes communs, ubiquitaires, responsables d'infections dont les manifestations cliniques diffèrent peu de celles observées lors des infections à Enterovirus. L'incidence des infections des très jeunes enfants (60 à 70 % des cas diagnostiqués sont âgés de moins de 1 an) est comparable à celle des Enterovirus. Dès lors, un diagnostic différentiel de ces agents pathogènes s'est avéré indispensable et a été mis en place sur la base des récentes données issues de la biologie moléculaire. De nombreuses études sont encore nécessaires afin de lever certaines zones d'ombre existant dans les mécanismes physiopathologiques liés à une infection à Parechovirus. Toutefois, leur rôle en pathologie humaine ne doit pas être sous-estimé, et un diagnostic spécifique doit être envisagé si nécessaire. Enfin, les données accumulées sur ces Parechovirus constituent une source d'information précieuse pour la compréhension des mécanismes physiopathogéniques des infections liées aux Picornaviridae.


Remerciements
Nous souhaitons remercier particulièrement Monique Ballandras, Christelle Déléage et Rémy Tcheng pour leur aide précieuse dans les travaux originaux réalisés au laboratoire.

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