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La fièvre catarrhale du mouton


Virologie. Volume 5, Numéro 6, 449-51, Novembre - Décembre 2001, Cas-image


Résumé  

Auteur(s) : S. Zientara, J.-M. Gourreau, AFSSA Alfort, Lerpaz, 22, rue Pierre-Curie, BP 67, 94703 Maisons-Alfort Cedex.

Résumé : Restée longtemps cantonnée à la partie sud du continent africain, la fièvre catarrhale ovine (ou bluetongue) s'est étendue, à partir de 1940, en Afrique centrale pour atteindre ensuite le bassin méditerranéen et l'Asie. À l'heure actuelle, elle est signalée sur tous les continents dans une zone comprise entre les 40e et 50e parallèles au nord, et entre les 30e et 40e parallèles au sud.

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ARTICLE

Restée longtemps cantonnée à la partie sud du continent africain, la fièvre catarrhale ovine (ou bluetongue) s'est étendue, à partir de 1940, en Afrique centrale pour atteindre ensuite le bassin méditerranéen et l'Asie. À l'heure actuelle, elle est signalée sur tous les continents dans une zone comprise entre les 40e et 50e parallèles au nord, et entre les 30e et 40e parallèles au sud.

À l'exception d'une incursion au Portugal et en Espagne de 1956 à 1960 et en Grèce en 1979, l'Europe était indemne de fièvre catarrhale depuis 20 ans. Plus récemment, cette maladie a fait son apparition, au cours du dernier trimestre 1998, dans les îles grecques du sud-est de la mer Égée. À la faveur de l'arrivée et de la multiplication du vecteur dans des régions où il n'existait pas auparavant, la situation sanitaire des pays du bassin méditerranéen s'est fortement détériorée et des cas ont été enregistrés en 1999 en Grèce, en Bulgarie, en Tunisie et en Turquie et, en 2000, en Tunisie, en Algérie, puis en Italie (Sardaigne, Sicile et Calabre), en Espagne (îles Baléares), à nouveau en Grèce et finalement en France sur l'île de Corse.

La fièvre catarrhale ovine est une maladie virale transmise par des moucherons du genre Culicoides, en particulier C. imicola. Elle est cliniquement caractérisée par une atteinte fébrile suivie rapidement d'une inflammation catarrhale des muqueuses (surtout buccale), accompagnée fréquemment de lésions congestives des extrémités podales (couronne, podophylle) et d'une émaciation progressive (myosite). Elle est observée chez les moutons et, plus rarement, chez les chèvres et les bovins.

Elle est due à un virus de la famille des Reoviridae et du genre Orbivirus qui comprend 24 sérotypes. Le sérotype identifié en Corse, comme en Sicile et en Sardaigne, est le sérotype 2, le même qui sévissait en Afrique du Nord en 1999.

Une cinquantaine de foyers ont été confirmés en 2000. La vaccination à l'aide d'un vaccin vivant atténué, monovalent (sérotype 2) a été mise en œuvre. La maladie est réapparue début juillet 2001. Au 14 septembre 2001, 170 foyers ont été confirmés.

Forme aiguë

L'incubation moyenne de la maladie, de 2 à 6 jours, peut atteindre des extrêmes de 2 et 18 jours. L'affection se traduit en premier lieu par de la fièvre et de l'abattement durant 4 à 6 jours, signes cliniques associés à de l'anorexie et à une forte hyperthermie pouvant atteindre 42 °C. Puis apparaissent les signes cliniques congestifs et hémorragiques. Les premiers observés sont une congestion intense des muqueuses buccale et pituitaire (figure 1), accompagnée d'un jetage séro-muqueux abondant et d'une intense sialorrhée, signe de souffrance buccale. À cette congestion, est associé un œdème des lèvres, de l'auge et de la langue qui peut s'étendre à l'ensemble de la tête, en particulier aux paupières et aux oreilles. La cyanose, qui a donné son nom anglais à la maladie, est inconstante (figure 2). Des crevasses sur les lèvres (et notamment à la commissure de celles-ci) et des ulcérations buccales apparaissent alors en 24 heures, en particulier sur la face interne des lèvres et sur les gencives ainsi que, d'une manière générale, dans toute la cavité buccale. La salive est nauséabonde et striée de sang. Ces lésions peuvent également se rencontrer sur le museau et à l'orifice des cavités nasales qui sont souvent obstruées par un jetage muco-purulent croûteux. Des complications de nécrobacillose peuvent être observées.

Parallèlement à ces signes cliniques, peuvent apparaître des arthrites engendrant des parésies et une démarche ébrieuse, ainsi que des boiteries dues à une congestion, puis à une ulcération du bourrelet coronaire des onglons pouvant aller jusqu'à la chute de ceux-ci. Les animaux restent alors souvent couchés. La congestion de la peau peut se généraliser, entraînant une chute de la laine en quelques semaines.

Torticolis, raideur des membres et voussure du dos traduisent une atteinte musculaire avec myosite dégénérative. La fonte musculaire est spectaculaire, l'animal pouvant perdre de 30 à 40 % de son poids en 24-48 heures. Chez les races très sensibles, comme les races corse ou sarde, les animaux meurent souvent brutalement en 24 heures, voire 48 heures, après l'apparition des signes cliniques. Des complications secondaires pulmonaires (toux) ou digestives (diarrhée sanguinolente) peuvent survenir chez les animaux ayant résisté à l'attaque virale. Des avortements ont également été observés. La morbidité peut atteindre 80 % et la mortalité 50 %.

Forme subaiguë

Rares en Europe, ces formes se rencontrent presque exclusivement chez des races rustiques et se traduisent par une symptomatologie atténuée.

Chez ces espèces, l'infection, généralement inapparente, se limite à une simple hyperthermie transitoire. Toutefois, dans quelques cas, une forme aiguë peut se manifester en été : après une période d'incubation d'une dizaine de jours au moins, apparaît de la fièvre avec une hyperthermie pouvant atteindre 41 °C. Celle-ci s'accompagne de dyspnée et d'une hypersalivation filante, analogue à celle que l'on peut voir dans la fièvre aphteuse. Une inflammation puis des ulcères nécrotiques apparaissent un peu plus tard sur le bourrelet gingival. La peau du mufle se dessèche, se craquelle et pèle, comme dans le cas d'une photosensibilisation. À ce stade, un exsudat mucopurulent peut être visible à l'orifice des naseaux. Au fur et à mesure de l'évolution de l'affection, il se dessèche et prend un aspect croûteux, se chargeant de débris de litière et de nourriture. De même, un exsudat oculo-conjonctival peut agglomérer les poils et la gouttière lacrymale.

Au fur et à mesure de la progression de la maladie, le bourrelet coronaire des onglons devient lui aussi œdémateux et la muraille cornée se désengrène petit à petit du doigt. L'exposition des animaux malades au soleil aggraverait les lésions.

En raison de son passage par voie transplacentaire, le virus provoque des avortements et des mortinatalités. Il a un pouvoir tératogène et engendre du nanisme, de l'arthrogrypose, de l'agnathie ou de la prognathie, de l'hydrocéphalie ou une hyperplasie gingivale.

Diagnostic clinique

Chez les ovins, c'est l'association d'une stomatite nécrotique à un œdème de la face (notamment sous-maxillaire) et à un abondant jetage séro-muqueux, voire purulent, qui doit faire penser à la fièvre catarrhale. À ces signes cliniques sont toujours associés de la fièvre et une atteinte musculaire se traduisant par des parésies et une fonte très rapide de tous les muscles. Chez les autres espèces, bovins ou caprins, le diagnostic est difficile, voire impossible, du seul point de vue clinique. Sur un plan épidémiologique, cette maladie ne survient que durant les périodes chaudes de l'année, souvent une huitaine de jours après l'apparition de fortes pluies permettant au vecteur de se multiplier.

Sur le plan anatomopathologique, les lésions sont caractérisées par la présence d'œdèmes dans la plupart des tissus. Les muqueuses de tout le tractus digestif et du tractus génito-urinaire sont le siège de pétéchies ou d'ecchymoses localisées et sont parfois cyanotiques. Une des lésions considérées comme pathognomoniques est la présence d'hémorragies de la paroi artérielle à la base de l'artère pulmonaire (figure 3). Sont souvent observés un œdème et des hémorragies dans les poumons (figure 4) et de l'écume dans les bronches et la trachée. Le tissu conjonctif sous-cutané est infiltré de liquide blanc rosé gélatineux. Les muscles sont le siège d'une importante dégénérescence qui se traduit par un aspect grisâtre et marbré.

Conclusion

La fièvre catarrhale du mouton a été identifiée pour la première fois en Corse en octobre 2000. Due au sérotype 2, l'épizootie semble avoir démarré au sud de l'île dans la région de Figari et aurait progressé rapidement vers le nord, principalement le long des côtes, atteignant la commune de Macinaggio en décembre. La maladie a pu être introduite depuis la Sardaigne par le commerce d'animaux ou par la diffusion de vecteurs infectés. L'insecte présumé en cause, Culicoides imicola, aurait, lui aussi, été introduit récemment puisque divers relevés entomologiques effectués sur l'île ne permettaient pas de déceler sa présence en 1971. C'est à la faveur du réchauffement climatique - la Méditerranée se serait en effet réchauffée de 2 °C en 50 ans - et des vents qu'il aurait pu coloniser le sud de la Corse à partir de la Sardaigne.

Les mesures de lutte adoptées dès le 18 octobre ont visé à réduire les mouvements d'animaux et à envisager une vaccination avec un vaccin à virus atténué fabriqué en Afrique du Sud, vaccin qui avait montré sa grande efficacité dans divers pays européens, en particulier en Bulgarie et en Espagne (îles Baléares). Sa mise en œuvre a été effective au début de l'année 2001 chez tous les ovins, à l'exclusion des femelles gestantes, des béliers et des agnelles de moins de 6 mois.

Malgré ces précautions, la maladie a fait sa réapparition début juillet, aussi bien en Haute-Corse qu'en Corse du Sud, engendrant une symptomatologie réduite dans la moitié des cas environ, mais des signes cliniques importants et une forte mortalité (environ 20 %) dans d'autres cas sans, pour l'instant, que l'on en ait d'explication plausible. Une nouvelle campagne de vaccination est en cours sur la totalité du cheptel corse.


 

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