ARTICLE
Les premières structures à haute résolution
de virus pathogènes pour l'homme ont été décrites
pour deux picornavirus, le rhinovirus (RV) et le poliovirus (PV), en 1985
[1, 2]. Pourtant les premières études cristallographiques
portant sur l'organisation des virus datent des années 1950. Peu
après avoir décrit la structure de l'ADN, Crick et Watson
ont déduit, par analyse des données accessibles à
l'époque, certaines propriétés fondamentales des
virus. Tout d'abord, partant de l'observation que la capacité codante
des génomes viraux était limitée, ils ont suggéré
que la capside soit constituée par la répétition
d'une unité protéique de base [3]. Ensuite, utilisant des
techniques de modélisation, ils ont établi une description
préliminaire de l'assemblage de ces sous-unités répétées
en coque virale [4]. Ce modèle a été rapidement affiné
grâce aux résultats obtenus par diffraction des rayons X
sur de petits virus de plantes [5, 6]. Ces études, rapidement suivies
par d'autres sur le PV [7], ont montré que tous ces virus possédaient
une symétrie icosaédrique. Dans une publication devenue
classique, Caspar et Klug [8] ont donné les fondements théoriques
selon lesquels seulement deux arrangements géométriques,
tubes hélicoïdaux et coques icosaédriques, ont les
propriétés nécessaires à la formation d'une
couche fermée, composée d'un grand nombre de sous-unités
identiques. La cristallographie apportait ainsi, avant même qu'il
soit possible de déterminer la structure à haute résolution,
des contributions importantes à la compréhension de l'organisation
des virus.
Le fait de savoir que les virus sphériques non enveloppés
sont formés d'une unité répétitive à
symétrie icosaédrique a été essentiel dans
la poursuite des études cristallographiques ; cependant il a
fallu attendre 20 ans avant d'avoir la description de la première
structure à haute résolution d'une particule virale. Les
structures de deux virus de plantes, le virus du rabougrissement de
la tomate en 1978 [9] et le virus de la mosaïque du haricot en
1980 [10], ont montré qu'un domaine protéique au repliement
en tonneau bêta à 8 brins antiparallèles pouvait
servir d'unité de construction de la particule icosaédrique.
Ces analyses de la structure des virus de plantes ont fourni des informations
importantes sur l'organisation générale des virus, comme
la manière dont les sous-unités individuelles de capside
interagissent pour former la capside virale.
Premières structures
Plusieurs années plus tard, lorsque les structures
de deux picornavirus, le PV et le RV, ont été déterminées
(figure 1), on a observé
avec surprise que la sous-unité de base participant à la
construction de l'icosaèdre était un tonneau bêta
très similaire à celui trouvé dans le virus des plantes.
Il y a néanmoins d'importantes différences entre les virus
de plantes et les picornavirus : alors que les virus de plantes sont formés
de 180 copies d'une seule protéine de capside, les picornavirus
sont, eux, formés de 60 copies de 3 protéines majeures de
capside différentes VP1, VP2 et VP3, et d'une protéine mineure,
la protéine VP4. Le protomère, cette unité de base
de construction des picornavirus, est donc un complexe formé de
ces 4 protéines (figure
2). Bien qu'il n'y ait aucune similarité de séquence
entre VP1, VP2 et VP3, le repliement de chacune des chaînes est
le même. Cet assemblage à partir de 3 protéines différentes
offre certains avantages aux virus animaux, telle qu'une surface plus
variée, puisque chaque protéine peut muter et évoluer
individuellement pour échapper au système immunitaire. En
outre, s'il est relativement surprenant de trouver une telle ressemblance
entre le repliement des protéines de capside des virus de plantes
et les picornavirus, il est tout aussi intéressant de constater
l'étroite similitude structurale entre le virus du rhume et celui
de la poliomyélite. Cela laisse supposer que le tonneau bêta
à 8 brins antiparallèles représente une forme et
une taille optimales pour construire un petit virus sphérique.
La question qui se pose alors est : si l'architecture
des petits virus icosaédriques est limitée, qu'est-ce qui
donne à chaque virus ses caractéristiques uniques ? Il est
clair que, si les brins bêta sont contraints à un arrangement
défini, les boucles qui connectent les brins ne le sont pas. Les
extrémités N- et C-terminales des protéines virales
présentent aussi des extensions qui ne font pas partie du tonneau
bêta. Ces boucles et ces extensions ont plusieurs rôles. Des
études sur le PV ont d'abord permis de localiser les sites antigéniques
sur la structure primaire des protéines de capside [11-16], puis
de prédire que ces sites étaient accessibles à la
surface du virion. Ça n'a donc pas été une surprise
de constater que ces sites antigéniques du PV se trouvaient situés
dans les zones les plus exposées du virus : les boucles connectant
les brins bêta et les extensions C-terminales. Ces boucles et extensions
exposées sont, comme décrit ci-dessous, les sites de reconnaissance
et de liaison des anticorps et, ne participant pas à l'échafaudage
de la structure, elles sont des zones de mutation privilégiées
qui permettent au virus d'échapper à la surveillance immunitaire.
Les extensions N-terminales jouent en revanche un rôle différent.
La plupart du temps, elles se trouvent sous la surface du virus, où
elles forment, avec la protéine de capside VP4, un réseau
servant à consolider la capside.
La détermination des structures du RV et du PV par cristallographie
a permis de mieux cerner les mécanismes qui régissent
les interactions entre le virus et son hôte humain. Par exemple,
un des aspects majeurs de la virologie des picornavirus, dans les années
1980, était de cartographier la structure antigénique
de ces virus et de comprendre comment ils sont capables d'échapper
à la neutralisation. Avant la détermination de la structure
tridimensionnelle (3D) des particules virales, ce type de travail consistait
à déterminer la position des sites antigéniques
sur la structure primaire des protéines. Ainsi, on recherchait
les substitutions d'acides aminés qui conféraient la résistance
des virus mutants à la neutralisation par des anticorps monoclonaux.
On pouvait aussi déterminer si les anticorps dirigés contre
des peptides synthétiques étaient capables de reconnaître
ou de neutraliser le virus. Les études de la structure 3D ont
permis de mettre l'accent sur les bases structurales de l'antigénicité
[17, 18]. Ainsi, des résidus qui semblaient appartenir à
un même site antigénique, tout en se trouvant éloignés
sur la séquence primaire, s'avéraient en fait très
proches sur la structure 3D. Le fait que des mutations ponctuelles puissent
conférer à certains virus la capacité d'échapper
aux anticorps a pu être expliqué. Les résidus impliqués
se trouvaient en fait soit à la surface du virus, et alors directement
exposés aux anticorps, soit à la base d'une boucle. Dans
ce cas, ils forçaient celle-ci à adopter une conformation
nouvelle.
Retombées
Le fait que les sites antigéniques du virus de la poliomyélite
fassent partie des boucles en surface et puissent tolérer des
variations de séquence qui permettent d'échapper au système
immunitaire a permis d'envisager la construction de virus chimériques.
Dans ces chimères, certaines boucles ont été substituées
par des séquences provenant de sérotypes différents
ou de pathogènes différents [19-27]. On a trouvé
que la substitution d'une seule boucle du poliovirus P1/Mahoney par
la boucle correspondante poliovirus P2/Lansing 2 donne naissance à
un virus capable d'induire une réponse immunitaire pouvant neutraliser
les deux souches parentales [21]. En outre, cette substitution de boucles
suffit à élargir la spécificité d'espèce
du premier virus pour y inclure la souris. La structure de cette chimère
a montré que des différences de séquence et donc
de conformation dans la boucle substituée pouvaient se propager
à d'autres boucles sur la surface du virus [28]. Ces études
innovantes ont ainsi ouvert la voie à la construction d'autres
virus chimériques, qui pourrait être une alternative à
l'obtention de nouveaux vaccins [19].
Stabilité de
la capside
Au fil des années, les études structurales
sur les picornavirus se sont surtout concentrées sur les parties
de la capside qui contrôlent sa stabilité. La capside virale
doit remplir deux rôles opposés lors du cycle viral. D'une
part, la protection du génome viral lors du séjour extracellulaire,
qui, dans le cas du PV, comprend un passage à pH très acide
dans l'estomac, doit être assurée par une capside à
structure très stable et résistante. D'autre part, après
internalisation du virus dans la cellule hôte, la capside doit être
capable de se décomposer pour permettre la transcription du génome.
Même si la cristallographie nous donne seulement une image statique
de la molécule, la corrélation entre ce type d'études
et les données biologiques est un outil très puissant pour
l'analyse des transitions structurales.
En 1989, la détermination de la structure 3D poliovirus P3/Sabin
[29] a permis de donner une explication structurale à l'atténuation
du virus. On savait que deux mutations (sur un total de dix) étaient
d'importance majeure pour l'atténuation de la souche vaccinale
Sabin par rapport à son parent sauvage neurovirulent P3/Leon,
l'une de ces deux mutations étant située à l'extrémité
5' non-codante du génome, l'autre sur la protéine VP3.
Cette dernière mutation, la substitution d'une sérine
par une phénylalanine pour l'acide aminé 91, est aussi
responsable du phénotype de sensibilité à la température
(ts) du poliovirus P3/Sabin [30, 31]. L'analyse de la structure a montré
que, contrairement à la sérine qui est enfouie dans le
virus sauvage, la phénylalanine 91 est entièrement exposée
à la surface du virus. Étant donné l'effet énergiquement
défavorable de solvatation d'une surface hydrophobe comme celle
de la phénylalanine, cette substitution réduit vraisemblablement
la stabilité thermique de la capside. En diminuant la stabilité
de la capside, ce type de mutation pourrait être le facteur principal
de l'atténuation du virus et du phénotype ts. Cette hypothèse
est renforcée par le fait que des mutations secondaires qui suppriment
l'effet ts semblent compenser [31] cette instabilité en créant
d'autres interactions favorables. Bien entendu, cette analyse structurelle
ne tient pas compte du rôle possible de la seconde mutation dans
la région non codante 5'. Curieusement, ces mutations suppressives
sont situées majoritairement à distance du résidu
phénylalanine 91, à l'interface entre les protomères
viraux, qui sont des régions importantes pour la modulation de
la stabilité de la capside. Ces observations montrent clairement
que la stabilité de la capside résulte de la présence
d'interactions antagonistes et qu'une interaction défavorable
peut être compensée par une interaction favorable à
un autre site, même éloigné.
Assemblage du virus
La connaissance de la structure de capsides vides du
PV [32] a apporté une meilleure compréhension du processus
d'assemblage viral. Comme le génome viral ne contient qu'un seul
cadre de lecture, toutes les protéines du virus, structurales et
non structurales, sont générées par maturation d'une
seule polyprotéine précurseur. La plupart des protéines
individuelles sont fabriquées rapidement par clivage du précurseur
par des protéases virales, sauf VP4 et VP2 qui restent initialement
associées, formant un autre précurseur appelé VP0.
VP0, VP1 et VP3 s'assemblent tout d'abord pour former des protomères
qui s'associent ensuite en pentamères (5 copies du protomère).
Durant la phase suivante de l'assemblage, il semble que 12 pentamères
s'associent pour former la capside virale. Dans le processus normal d'assemblage,
VP0 est clivée pendant ou après la formation de la capside
[33], par un mécanisme qui nécessite l'incorporation de
l'ARN et qui est probablement autocatalytique. Si l'on inhibe la synthèse
d'ARN viral, on obtient une accumulation de capsides vides qui contiennent
VP0, VP1 et VP3. L'analyse cristallographique de ces dernières
a montré qu'en l'absence du clivage de VP0, une grande partie du
réseau stabilisateur trouvé à l'intérieur
du virus complet est absent [32]. Dans le virus natif, les extrémités
C-terminale de VP4 et N-terminale de VP2 se trouvent très proches.
Dans les capsides vides obtenues à partir des virions natifs, ces
extrémités, même si elles restent connectées,
se retrouvent à plus de 20 Å de distance de la position normale.
Le clivage de VP0 et l'encapsidation de l'ARN déclenchent donc
un réarrangement structural majeur qui bloque la capside dans son
état stable. Ce clivage bloque le virus dans son état le
plus stable, le préparant ainsi pour l'infection d'une nouvelle
cellule ou même d'un nouvel hôte.
La structure des capsides vides a également soulevé de
nouvelles questions sur l'incorporation spécifique de l'ARN viral
pendant l'assemblage du virion. Bien que certaines analyses de la structure
de virus aient mis en évidence des molécules d'ARN relativement
structurées, la cartographie expérimentale de la densité
électronique du PV et des autres picornavirus n'a jamais décelé
plus de quelques nucléotides ordonnés liés à
la capside. En fait, cette absence d'ARN structuré n'est pas
vraiment une surprise, puisque toute interaction entre la protéine
et l'ARN qui soit spécifique à la séquence devrait
se produire pour chacun des protomères, donc 60 fois.
Les récepteurs
Les structures de PV et RV déterminées
en 1985 ont montré que l'axe de symétrie d'ordre 5 des virus
est entouré d'une dépression profonde qui fut appelée
canyon. En observant que ce canyon contenait des séquences conservées
entre les différents sérotypes de RV, ainsi qu'entre ceux
de PV, il semblerait que le site de fixation de ces virus se trouve dans
le canyon [2]. De même, il a été suggéré
que l'étroitesse du canyon protège le site de fixation en
empêchant l'accès aux anticorps et donc la surveillance immunologique
autour de cette région [34]. Bien que l'analyse par cryo-microscopie
électronique de complexes de RV avec son récepteur ait confirmé
que c'est bien dans le canyon viral que le récepteur se fixe [35],
une étude récente de RV dans un complexe avec un Fab neutralisant
a montré que des anticorps peuvent pénétrer dans
le canyon [36]. De même, l'analyse par mutagenèse de PV a
indiqué que son récepteur se fixe aussi dans le canyon [37,
38]. Il est vraisemblable que le rôle du canyon est d'augmenter
la surface participant aux interactions entre chaque virus et son récepteur.
Les récepteurs pour le RV [39] et pour le PV [40] ont été
clonés et identifiés comme étant deux protéines
membres de la super-famille des immunoglobulines (Ig). Le récepteur
de RV est la molécule intracellulaire d'adhésion 1 (ou
ICAM-1). Le récepteur pour le poliovirus, dont le rôle
cellulaire n'a pas été déterminé, contient
trois domaines extracellulaires, un domaine transmembranaire et un court
segment cytoplasmique. Des études par mutagenèse ont permis
d'affirmer que les domaines extracellulaires les plus éloignés
de la membrane (domaines 1 et 2) contiennent toutes les fonctions spécifiques
du récepteur [41-43].
L'assemblage face au désassemblage
La cristallographie nous a donné une image précise
des mécanismes par lesquels la capside est stabilisée. En
revanche, il a été plus difficile de comprendre comment,
à l'intérieur de la cellule, la capside se dissocie pour
libérer le génome. Lors de l'interaction avec le récepteur
à la surface de la cellule hôte, le PV subit des changements
structuraux nécessaires à son infectivité. Il a été
proposé que la fixation du récepteur fournit l'énergie
nécessaire à la conversion du virus de son état de
stockage de l'ARN à son état de décharge de l'ARN
[44, 45]. À des températures physiologiques, un produit
stable d'interaction entre le PV et son récepteur est la particule
de 135S ou « particule A ». Cette dernière particule
présente les propriétés d'une structure intermédiaire
la rendant apte à l'internalisation cellulaire, même s'il
a été montré que sa formation n'était pas
absolument nécessaire à une infection virale productive
[46]. La particule 135S a perdu la protéine VP4 et expose à
la surface l'extrémité N-terminale de la protéine
VP1, ce qui augmente son hydrophobicité et diminue sa stabilité.
Il a été montré que l'extrémité N-terminale
de la protéine VP1, dont les prédictions de structure secondaire
indiquent qu'elle formerait une hélice alpha-amphipatique, ainsi
que la protéine VP4, connue pour être myristilée [47],
sont capables d'interagir avec des membranes synthétiques [48].
En outre, contrairement aux virions natifs, les particules 135S peuvent
infecter même des cellules n'exprimant pas le récepteur pour
le poliovirus, mais à un rendement plus faible que le virion natif
[49]. Ce résultat suggère que cette forme du virus est capable,
à elle seule, d'introduire l'ARN dans le cytoplasme.
Il a été montré que plusieurs remplacements mineurs
et insertions dans le domaine 1 du récepteur pour le poliovirus
affectent la fixation du virus [50]. Des lignées cellulaires
établies exprimant ces récepteurs mutants ont été
utilisées pour sélectionner des mutants du PV capables
de surmonter ce défaut de fixation, et d'infecter ces cellules
[38]. Trois mutations dans la capside de ces virus ont été
observées : résidus 95 et 160 de VP1 (1095 et 1160), et
résidu 142 de VP2 (2142). Ces mutations coïncident avec
celles trouvées chez des virus capables d'infecter de façon
persistante des cultures de cellules de cerveaux de ftus humains
[51] et des neuroblastomes humains [52], suggérant que ces résidus
jouent un rôle important et spécifique lors de l'entrée
du virus dans la cellule. La cristallographie a montré que ces
mutations provoquaient une série d'effets structuraux, allant
du réarrangement d'une boucle (pour 1095) jusqu'à des
changements extrêmement subtils (pour 1160 et 2142) [53]. Autrement
dit, les mutations 1160 et 2142 ont un très faible effet sur
la structure statique du virus. Des tests in vitro ont aussi
montré que ces mutants étaient plus disposés à
la conversion vers la forme 135S, ce qui suggère qu'une stabilité
diminuée de la capside soit le prix à payer par le virus
pour s'accommoder aux interactions sous-optimales avec le récepteur.
En outre, les résidus impliqués dans ces mutations pourraient
jouer des rôles clés dans la structure de l'intermédiaire
de désassemblage. Malheureusement, la particule 135S est le seul
intermédiaire potentiel à avoir été identifié
mais sa forte hydrophobicité a empêché jusque-là
toute étude cristallographique, rendant très difficile
la détermination des résidus jouant un rôle clé
dans sa structure. En fait, le virus transite certainement par quelques
autres phases structurales lors de la pénétration cellulaire
et du désassemblage, mais ces intermédiaires structuraux
sont très instables et de durée de vie très courte,
ce qui ne permet pas leur isolement et leur analyse.
Perspectives
Récemment, la structure d'un complexe du RV avec
un fragment Fab d'un anticorps a été déterminée
[36]. Cela représente la première, et jusqu'à aujourd'hui
la seule, structure cristallographique d'un complexe formé d'un
virus intact et d'une autre protéine. Cette prouesse technologique
laisse espérer que la prochaine étape à franchir
dans ce domaine sera la cristallisation d'un picornavirus attaché
à un fragment soluble de son récepteur. La détermination
d'une telle structure permettrait de décrire en détail les
interactions qui participent à la liaison initiale entre le virus
et la cellule. De plus, comme chaque picornavirus utilise comme récepteur
des structures différentes, l'analyse de tels complexes mettront
en évidence la façon dont chaque virus s'attaque au problème
similaire de la reconnaissance spécifique.
Pourtant, même un tel avancement ne répondra
pas à toutes les questions qu'on se pose. Par exemple, un complexe
du PV avec son récepteur devra nécessairement être
formé et cristallisé à basse température (4
°C). À plus haute température, l'attachement sur le
PV de son récepteur induirait des changements de conformation irréversibles
de la particule 135S et la dissociation ultérieure du complexe.
Bien que certains changements de conformation de la structure du virus
aient lieu même à basse température, les transformations
permettant la pénétration dans la cellule ne pourront être
observées. Pour contourner le problème de la production
des cristaux, des études de la particule 135S à l'aide du
microscope cryo-électronique sont en cours (J.M. Hogle, communication
personnelle). Malheureusement, en raison de la faible résolution,
l'interprétation des résultats ainsi obtenus est plus difficile
que celle des données cristallographiques.
Le PV et les autres picornavirus ont prouvé qu'ils
étaient des systèmes très riches pour l'étude
de la relation entre la structure et la fonction du virus. Malgré
le nombre important de questions restées sans réponse, l'avenir
de la virologie structurale se trouve dans l'étude des virus de
taille plus importante et de structure plus complexe. Grâce aux
techniques développées lors de l'étude des picornavirus,
auxquelles on a adjoint des moyens de calcul bien plus importants, il
a été possible d'analyser les noyaux de certains virus,
dont la taille est deux fois et demie plus grande. De même, pour
les virus nettement plus grands et sans doute impossibles à cristalliser,
de nombreuses protéines participant ou non à la structure
ont été étudiées en cristallographie. À
partir des structures de la protéase et de la transcriptase inverse
du VIH (virus de l'immunodéficience humaine), les techniques avancées
de la cristallographie et la chimie organique synthétique ont déjà
permis le développement de médicaments plus efficaces. Les
structures de l'hémagglutinine du virus de la grippe, sous ses
formes à pH neutre et acide, ont permis la description préliminaire
du processus de fusion entre les membranes virale et cellulaire, que cette
protéine dirige. De plus, les structures de complexes de l'hémagglutinine
avec des Fab ont contribué à la compréhension de
la neutralisation des virus par des anticorps. Compte tenu de l'intérêt
à trouver des traitements antiviraux contre le VIH, la grippe,
et d'autres virus, on peut penser que cela n'est qu'un début.
Il est sans doute primordial de constater que l'intense
collaboration entre les cristallographes et les virologistes a donné
naissance à une spécialité relativement jeune, appelée
virologie structurale, qui permet d'intégrer efficacement les résultats
des deux disciplines. Cette base solide permet de prédire sans
se tromper que la virologie structurale continuera à prospérer.
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