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Parmi les maladies infectieuses observées chez les mollusques
bivalves, les viroses sont souvent mal connues, en raison d'une certaine
inadéquation des techniques de diagnostic généralement
mises en uvre lors de phénomènes de mortalité.
En effet, la microscopie photonique a été et reste encore,
dans de nombreux laboratoires travaillant sur les pathologies chez les
mollusques, la méthode de base pour l'analyse des échantillons.
Cette technique reste insuffisante en cas de pathologie d'étiologie
virale si elle n'est pas complétée par d'autres approches
telles que la microscopie électronique, la recherche d'effets cytopathogènes
sur lignées cellulaires ou la détection de l'agent infectieux
à l'aide de réactifs spécifiques (anticorps spécifiques
et sondes nucléiques). De plus, aucune lignée cellulaire
de mollusques bivalves n'étant actuellement disponible, la recherche
in vitro d'effets cytopathogènes en système homologue
est impossible. Par ailleurs, l'absence de cellules productrices d'anticorps
chez les invertébrés fait que seul le diagnostic direct
des infections est envisageable.
Toutefois, des virus apparentés à la famille des Herpesviridæ
ont été décrits chez différentes espèces
de bivalves marins, associés à des mortalités anormales
à caractère épizootique ou enzootique. Bien que leur
pathogénécité réelle n'ait été
que très rarement démontrée par reproduction expérimentale
de la maladie, ces virus sont considérés comme des agents
dangereux pour les cheptels de coquillages.
Le premier cas d'infection virale a été
observé, en 1972, chez l'huître américaine, Crassostrea
virginica, aux États-Unis [1]. Au cours d'une étude
concernant les effets de la température sur la croissance de cette
huître, Farley et al. ont noté des mortalités
plus importantes (52 %) sur les lots maintenus en élevage à
28-30 °C que sur les lots placés à 12-18 °C (18
%). L'examen histologique des huîtres placées à fortes
températures a révélé la présence d'inclusions
Feulgen positives, dans le noyau de certaines cellules, les hémocytes.
Une étude plus approfondie en microscopie électronique à
transmission a permis de mettre en évidence, dans les inclusions
nucléaires, des particules virales de forme hexagonale, de 70 à
90 nanomètres de diamètre, ainsi que des particules virales
enveloppées dans le cytoplasme des cellules infectées. Les
caractéristiques structurales et la localisation de ces particules
ont permis d'apparenter ce virus à la famille des Herpesviridæ.
En étudiant des échantillons prélevés à
différentes périodes de l'année, il a été
possible de montrer que l'infection virale se développait préférentiellement
à des températures élevées. Les auteurs de
ce travail ont posé l'hypothèse que le virus se trouverait
à l'état latent ou endémique à température
peu élevée, et qu'une augmentation de celle-ci favoriserait
la propagation de la maladie, éventuellement en faisant passer
le virus d'une phase de latence à une expression clinique.
À la suite de cette première
description, aucun travail faisant état d'infections à virus
de type herpès chez les mollusques n'a été publié
au cours des vingt années qui ont suivi. Cependant, à partir
de 1991, des mortalités massives, associées à la
détection de virus apparentés à la famille des Herpesviridæ,
ont été à nouveau rapportées chez plusieurs
espèces de bivalves marins dans différentes régions
du globe.
De fortes mortalités sporadiques sont ainsi observées
en France depuis 1991 sur des larves d'huître creuse, Crassostrea
gigas, et d'huître plate, Ostrea edulis, produites en
écloseries. Certains de ces phénomènes de mortalité
ont été associés à la détection en
microscopie électronique d'un virus de type herpès chez
les animaux malades [2]. Ces mortalités de larves d'huître
(80 à 100 % sur certains lots) sont régulièrement
observées, au cours de l'été, dans différentes
écloseries françaises, en association à l'observation
de virus en microscopie électronique. Ces derniers, par leurs caractéristiques
morphologiques et leur cycle de développement, peuvent être
apparentés à la famille des Herpesviridæ. La
pathogénicité de ces agents pour le stade larvaire a été
démontrée par reproduction expérimentale de mortalités
sur larves axéniques. Dans ces conditions, le virus est capable
de provoquer la mortalité totale de lots de larves saines. Une
démonstration de l'intervention du facteur température et
de l'origine des géniteurs a été également
réalisée. En effet, les températures élevées
favorisent le développement de l'infection virale au stade larvaire
et la maladie semble pouvoir être transmise aux larves par les géniteurs.
De la même façon, en France,
des épisodes de mortalités anormales ont également
été observés sur des juvéniles des deux espèces
d'huître ( Crassostrea gigas et Ostrea edulis) en association
avec la présence de virus de type herpès [2]. De fortes
mortalités sporadiques (60 à 100 %) ont ainsi été
observées au cours de chaque été, entre 1993 et 1996,
sur des lots particuliers de juvéniles d'huître creuse, produits
en écloserie ou provenant de captage naturel [2]. Pour ces animaux
âgés de moins de un an, il a été possible de
détecter, en microscopie électronique à transmission,
un virus de type herpès comparable à celui mis en évidence
chez les larves. Cependant, dans ce cas, la démonstration du pouvoir
pathogène du virus reste encore en cours d'étude.
De plus, des mortalités concomitantes ont été
rapportées chez les larves et les juvéniles d'huître
creuse, Crassostrea gigas, et d'huître plate, Ostrea edulis,
élevées dans les mêmes installations (écloseries
et nurseries), en France, avec détection en microscopie électronique
à transmission d'un virus de type herpès, chez les deux
espèces (T. Renault, communication personnelle). Enfin, au cours
de l'été 1997, des mortalités concomitantes ont été
également observées chez les larves des espèces Crassostrea
gigas et Ruditapes philippinarum (palourde japonaise) élevées
dans une écloserie privée française. Des analyses
ont permis de détecter, chez les deux espèces de bivalve,
des particules virales de type herpès (figures
1 et 2).
Des virus similaires ont également été décrits
chez des larves d'huître de l'espèce Crassostrea gigas
et de l'espèce Tiostrea chilensis, produites en écloserie
en Nouvelle-Zélande et présentant de fortes mortalités
[3]. Enfin, des particules virales de type herpès ont été
observées dans des hémocytes d'huîtres adultes de
l'espèce Ostrea angasi, en Australie [3]. Dans ce cas, l'infection
est limitée à quelques cellules à l'échelle
de l'animal et n'est pas associée à des phénomènes
de mortalité.
Ces descriptions multiples reflètent
le caractère ubiquitaire de cette famille de virus chez les mollusques.
Une étude comparative de l'ensemble des virus apparentés
aux Herpesiviridæ décrits chez les bivalves a été
récemment réalisée [3]. Du point de vue de leurs
dimensions, en microscopie électronique à transmission,
les nucléocapsides des virus de type herpès décrits
chez les différentes espèces d'huître se situent dans
une gamme relativement large (70 à 120 nanomètres). Cette
variabilité est encore plus importante lorsque les dimensions des
particules enveloppées sont comparées. Leur diamètre
est en effet compris entre 90 et 180 nanomètres. Toutefois, ces
comparaisons de taille restent difficiles à interpréter,
car les valeurs obtenues peuvent varier en fonction de la technique retenue
pour la préparation des échantillons en vue des examens
en microscopie électronique et de la méthode de mesure.
Une caractéristique commune à l'ensemble de ces virus peut
toutefois être notée. En effet, lors de la première
description (1972) de ce type de virus chez l'huître américaine,
Crassostrea virginica, les animaux originaires du milieu naturel
dont la température était de 12-18 °C avaient été
placés dans une eau chauffée à 28-30 °C. Les
observations ultérieures de mortalité de larves et de naissains
de différentes espèces d'huître, en association à
la détection de virus de type herpès, ont été
réalisées pendant les périodes chaudes de l'année.
Ces observations suggèrent que des températures élevées
sont un facteur favorable au développement des infections à
virus de type herpès. En effet, la température pourrait
influencer la rapidité du développement de l'infection,
mais elle pourrait également intervenir dans l'activation de virus
présents chez les coquillages sous forme latente (phénomène
observé pour les virus appartenant à la famille des Herpesviridæ
chez les vertébrés). Cependant, il est à noter que,
dans le cas de l'infection à virus de type herpès observée
chez Tiostrea chilensis, la maladie semble mieux se développer
à basses températures (14-18 °C) qu'à fortes
températures (24-27 °C).
Des travaux sont développés, depuis 1992, au sein de
l'Ifremer (Institut de recherche pour l'exploitation de la mer), afin
d'obtenir des outils diagnostiques adaptés à la recherche
des virus de type herpès observés chez les huîtres.
L'étape clé de cette approche, la purification du virus,
a été franchie au cours de l'été 1995, par
la mise au point d'un protocole reproductible [4]. La disponibilité
de virus purifié a ouvert la voie à de nombreux travaux,
la priorité étant donnée au développement
d'outils de diagnostic basés sur l'utilisation de méthodes
immunologiques et de biologie moléculaire. Les techniques développées
vont permettre d'étudier la diversité des virus de type
herpès observés chez les mollusques bivalves marins.
REFERENCES
1. Farley CA, Banfield WG, Kasnic JRG, Foster WS. Oyster herpes-type
virus. Science 1972 ; 178 : 759-60.
2. Renault T, Le Deuff RM, Cochennec N, Maffart P. Herpesviruses associated
with mortalities among Pacific oyster, Crassostrea gigas, in
France. Comparative study. Rev Med Vet 1994 ; 145 : 735-42.
3. Hine PM. Trends in research on diseases of bivalve molluscs.
Bull Eur Ass Fish Pathol 1997 ; 17 : 181-3.
4. Le Deuff RM. Contribution à l'étude de virus de mollusques
marins apparentés aux Iridoviridæ et aux Herpesviridæ.
Thèse de doctorat, 1995. Université de Bordeaux II, p.
234.
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