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Du gène à l’octet : les virus informatiques


Virologie. Volume 2, Numéro 5, 393-400, Septembre-Octobre 1998, Revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : P. Descamps, .

Résumé : Dans cet article, nous nous efforçons de décrire un nouveau type d’infections virales apparu dans les dix dernières années et se propageant au sein des ordinateurs. Nous expliquons ce qu’est un virus informatique et quelles mesures permettent de prévenir et de traiter les infections qu’il provoque.

Mots-clés : Virus informatique – Ordinateur.

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ARTICLE

Les machines sont des produits de notre être et par là des fenêtres sur notre âme...
En contrôlant les machines que nous avons inventées, et tout ce qu'on y entre, nous mesurons en direct l'état de notre évolution.
Douglas Coupland (Microserfs)
 
Alors que le monde médical français se trouve impliqué dans l'inexorable évolution de la société vers une informatisation galopante, il semble souhaitable de faire le point sur un phénomène émergeant associé : l'apparition et l'évolution des virus informatiques. Infection, contamination, épidémie, variant sont des termes fréquemment rencontrés quand on étudie les virus informatiques. L'adoption de ce vocabulaire suggère des similitudes avec leurs homonymes biologiques et entraîne avec lui les grandes peurs qui hantent l'humanité depuis des millénaires ! L'usage du mot virus est-il justifié ?
Comme les virus biologiques, les virus informatiques :
- sont des fragments d'information codée, sous forme de mots de 3 caractères pris dans un alphabet de 4 bases : A, T, C et G pour les entités biologiques et de mots de 16 ou 32 bits (binary units) 0 et 1 pour l'informatique ;
- se reproduisent en utilisant la « machinerie » existante : cellule ou ordinateur, un virus ne peut donc pas se développer hors de son hôte ;
- détournent à leur profit des ressources vitales et de ce fait provoquent souvent différents désordres au sein de l'organisme atteint.
Dans les deux cas on tente de lutter contre ces nuisances avec des « outils » thérapeutiques et préventifs : vaccination et drogues dans le cas des virus biologiques, stratégies de sauvegarde et programmes antiviraux contre les virus informatiques.
Contrairement aux virus biologiques les virus informatiques :
- sont des créations humaines,
- n'évoluent pas spontanément.
Bien qu'ils n'attaquent pas l'homme, toute destruction d'informations stockées sur un disque dur peut entraîner d'importantes décharges d'adrénaline et des pertes non négligeables en temps et en argent.

La ressemblance entre les deux phénomènes est donc frappante, à tel point que les informaticiens chargés de la lutte contre les virus utilisent de plus en plus fréquemment les outils développés en biologie (programmes d'analyse phylogénétique, recherche d'amorces spécifiques) [L1, P3] ou en médecine (modèles épidémiologiques) [P5].

Épidémiologie

À la minute où sont écrites ces lignes, plus de 18 000 souches virales ont été reconnues [L6]. Chaque mois entre 300 à 400 virus apparaissent. Ces chiffres fournis par les auteurs de logiciels antiviraux doivent être relativisés sous peine de céder à une paranoïa aiguë. En effet, une forte proportion des « nouveaux » virus ne sont que des variants de virus existants. Or, seul un virus original a quelques chances de franchir les barrières établies par les systèmes antiviraux actuels. C'est ce qui s'est produit en 1995 avec l'apparition du premier macrovirus prenant pour cible un type de document (les textes Microsoft Word) considéré jusqu'à cette époque comme ne pouvant être un vecteur d'infection.
Comme en médecine humaine, il existe des centres de références pour surveiller l'évolution de la pathologie informatique. Les principaux experts se retrouvent au sein d'une association appelée le Caro (Computer Antivirus Research Organisation). C'est au sein de cet organisme que sont établis les noms des virus. Le Caro est constitué d'environ 30 membres qui échangent leurs informations sur la fréquence d'infection des virus et sur l'émergence de nouvelles souches. Il ressort de ces échanges la Wildlist [L2] qui recense les virus in the wild (virus dans la nature). Environ 40 personnes à travers le monde contribuent à la Wildlist. Elles centralisent les informations recueillies au sein de leurs pays respectifs.
D'autres organismes, Clusif [L5], Recif, Eicar, NCSA..., servent également de lieu de rencontre pour les savants, experts et techniciens de la discipline. Les sociétés éditrices de programmes antivirus diffusent également de nombreuses informations [L2, L6].
En dépit du travail de ces institutions, il reste difficile de disposer d'estimations fiables sur la prévalence des infections virales, car toutes les composantes du système évoluent de façon explosive : les techniques de programmation, les systèmes d'exploitation, le taux d'équipement individuel et la courbe exponentielle d'émergence de nouvelles souches virales. Une autre difficulté est liée à l'hétérogénéité de la population sensible. D'un côté les grandes sociétés, où d'importantes équipes d'informaticiens surveillent la mise à jour des moyens de défense antiviraux, et de l'autre, l'individu isolé, peu au fait des risques qu'il encourt, qui échange activement avec ses correspondants documents et programmes. Enfin, aucune infection n'est, pour le moment, à déclaration obligatoire.
Malgré ces obstacles, des études épidémiologiques ont pu être effectuées, parfois sur plusieurs années [P1, P4]. En voici quelques conclusions :
La prévalence d'infection semble être en moyenne, par trimestre, de 1 ordinateur sur 1 000. Cette estimation faite en 1991 [P4] doit sans doute être révisée à la hausse, mais pas de façon considérable.
Le taux de croissance des incidents infectieux est presque linéaire, alors que le nombre de virus décrits est exponentiel. Tous les virus n'ont pas le même taux de « réussite » et la plupart ne sont impliqués que dans un nombre restreint, parfois unique, de cas.
Là encore, les similitudes avec la dynamique des maladies humaines est frappante, à tel point que les modèles de propagation utilisés pour expliquer la diffusion mondiale du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ont été appliqués pour décrire les épidémies informatiques [P5] : les clusters (agrégats) de population correspondent à des concentrations urbaines pour le versant biologique, à des groupements d'ordinateurs connectés dans les sociétés et les universités pour le versant informatique, le mode de dissémination étant constitué par les lignes aériennes internationales dans le premier cas et par l'internet dans le second.

Pour un virus donné, l'évolution de la prévalence suit dans le temps une courbe similaire à celle des maladies humaines : initialement épidémique, elle régresse ensuite, après l'identification du virus et la mise en place des contre-mesures, pour s'éteindre ou se maintenir sous une forme endémique [P4].

Éléments de taxonomie virale

La taxonomie des virus informatiques est actuellement dans l'état où se trouvait la nomenclature des micro-organismes au début de ce siècle : une horrible pagaille ! Bien que des organisations comme le Caro s'efforcent de standardiser les dénominations, il n'existe à l'heure actuelle aucune nomenclature universellement reconnue, aucune règle systématique pour nommer les différents programmes viraux recensés [L1]. Les noms donnés aux virus proviennent généralement de fragments de texte inclus dans leur code, de leur origine géographique supposée ou du lieu de découverte (habitude également rencontrée chez les microbiologistes) ; quand il s'agit de chiffres, ces derniers font souvent référence à la taille du virus. Il n'y a ni famille ni genre clairement définis, bien que de nombreuses filiations aient été mises en évidence. Contrairement à une idée reçue, les virus sont rarement programmés par des « petits génies de l'informatique » [P2], développer un virus est une tâche guère plus complexe que la fabrication d'une bombe artisanale, et tout aussi productive. Les virus sont assez souvent mal écrits et peuvent contenir des erreurs (des bogues) plus nocives que le virus lui-même. Elles provoquent en particulier des arrêts inopinés de l'ordinateur non souhaités par leurs auteurs (un virus doit être le plus discret possible pour réussir à se répandre). Il est simple de partir d'un virus existant et d'effectuer quelques modifications mineures pour obtenir un « nouveau » virus. Il existe même des programmes générateurs de virus qui, avec parfois une interface fort conviviale, permettent de fabriquer rapidement un virus sur mesure ! Il est évident que de tels virus, mal optimisés, ont tous, au niveau de leur code, un air de famille. Pour ces raisons, les virus en question n'ont aucune chance de se répandre.
Avant tout il est nécessaire de distinguer les virus informatiques d'autres nuisances informatiques (en anglais malware). Nous avons indiqué dans l'introduction qu'une caractéristique majeure des virus était leur aptitude à se multiplier. Nous mentionnerons toutefois deux types de programmes non réplicatifs : les farces (hoaxes), les chevaux de Troie (trojan horse). Les premières sont des programmes introduits malicieusement dans votre ordinateur par des « amis » pour perturber son fonctionnement. Reconfiguration du clavier, mouvements erratiques de la souris, apparition d'impacts de balle sur l'écran et bruits incongrus sont des manifestations habituelles de ces mauvaises blagues. Elles sont généralement anodines et la suppression du programme indésirable suffit pour que tout rentre dans l'ordre. Les chevaux de Troie sont plus pervers ; comme leur illustre ancêtre achéen, ils se présentent comme un cadeau a priori intéressant : ce fut le cas par exemple d'un programme qui donnait des informations sur l'épidémie du sida. Une fois installés et lancés, ils effectuent une action non souhaitée, généralement délétère : infection par un virus ou déclenchement d'une bombe logique ravageant le disque dur.
Il existe également des programmes autoreproducteurs capables de se multiplier sans s'intégrer à un élément constitutif de l'ordinateur (donc plus proches des parasites biologiques) : les vers. Résidant en mémoire, ils se transmettent généralement par les réseaux informatiques et concernent indirectement les micro-ordinateurs.
Pour utiliser un vocabulaire plus familier au lecteur, nous nous permettons de proposer une nomenclature personnelle en familles et genres, essentiellement basée sur des caractéristiques fonctionnelles (tableau 1) qui n'a et n'aura probablement jamais aucun caractère officiel. Pour les noms d'espèces, c'est cependant la nomenclature du Caro qui est conservée [L2]. Vous trouverez dans le tableau 1 une liste des virus les plus fréquemment rencontrés dans chaque genre.

Nous pouvons d'emblée distinguer des familles établies à partir du système d'exploitation :

Les Dosviridæ

Les Dosviridæ prennent pour cible les systèmes MS-DOS et Windows et sont constitués de trois genres principaux :
- Les bootivirus infectent les secteurs de démarrage (en anglais boot sector infectors ou BSI). Les premiers secteurs du support magnétique (disque dur ou disquette présente dans le lecteur) sont lus à l'allumage de l'ordinateur et le code qu'ils contiennent est exécuté. Ce code contient les informations de configuration nécessaires au fonctionnement correct de la machine. S'il contient un virus celui-ci va être chargé en mémoire vive. Lors de l'accès à un autre support magnétique, le virus viendra remplacer les secteurs de boot de ce dernier, les secteurs originaux étant recopiés à un autre emplacement. La nouvelle réplique virale est prête à son tour à infecter d'autres supports magnétiques. L'avantage, pour le virus, de ce mode de propagation réside dans le fait que les disquettes restent encore le support de transfert le plus fréquemment utilisé. Comme PC et compatibles ont la fâcheuse habitude de tenter de démarrer prioritairement à partir du lecteur de disquette, il suffit d'oublier une disquette infectée dans le lecteur pour qu'au démarrage suivant le disque dur s'infecte à son tour, et, par la suite, toutes les disquettes lues sur cet ordinateur. Espèce type : Brain, reconnu en 1986. Il fut le premier virus DOS. Largement répandu à cette époque, l'espèce est aujourd'hui éteinte mais a donné lieu à une nombreuse descendance. La longueur de la liste de ces virus actuellement actifs démontre le large développement du genre.
- Les comexevirus (file virus) infectent les fichiers exécutables ayant pour suffixe .COM ou .EXE. Ils s'implantent au début du code du programme et sont donc lus lors de son lancement. À ce stade, ils recherchent activement d'autres applications non encore infectées et les contaminent (on parle alors d'infecteur rapide : fast infector) ou bien ils s'installent en mémoire et surveillent le lancement d'autres applications pour les infecter à leur tour (infecteur lent : slow infector). Ce processus de contamination est moins efficace que celui des BSI, puisqu'il nécessite, pour se propager d'un ordinateur à l'autre, la copie (le piratage ?) d'un programme infecté, acte moins fréquent qu'un simple échange de disquette. Espèce type : Jerusalem, apparu en août 1987 en Israël. Résidant en mémoire, il provoque chaque vendredi 13 l'effacement des fichiers exécutés.

- Les multivirus (multi partite) combinent les propriétés des deux précédents genres (infection des secteurs de démarrage et des applications), ce qui les rend extrêmement virulents. Espèce : type FLIP, isolé en juillet 1990.

Les Macviridæ

Les Macviridæ infectent les systèmes MacOS. Le problème viral dans le monde Macintosh est moins aigu, ou du moins l'était jusqu'à l'apparition des macrovirus. Il n'existe à l'heure actuelle qu'une vingtaine de Macviridæ, y compris les variants. Cela est probablement lié à la diffusion plus restreinte de ce type d'ordinateur et à une accessibilité plus limitée du système d'exploitation, ce dernier étant d'autant plus complexe qu'il est totalement masqué à l'utilisateur. Ces virus sont pour la plupart anodins, provoquant rarement des destructions massives de données (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne soient pas gênants). Nous décrirons trois genres principaux :
- Les initiovirus utilisent le mécanisme des INIT, petits programmes résidant en mémoire, chargés lors du démarrage de l'ordinateur. Soixante fois par seconde le processeur exécute ces programmes, pour afficher l'heure à l'écran, vérifier les connexions ou l'état des périphériques. Les initiovirus mettent ce mécanisme à profit pour effectuer leur tâche occulte de multiplication. Espèce type : INIT_1884.
- Les applivirus sont comparables aux comexevirus du monde PC. Espèce type : nVIR, découvert en 1987, sur certaines configurations (présence de MacinTalk, une extension du système qui permet de faire prononcer un texte en anglais) ; il donne le message vocal « Don't panic ».

- Les desktopvirus étaient parmi les virus les plus répandus du fait de leur mode de propagation. Ils infectent le fichier desktop, invisible mais autrefois présent sur tous les supports magnétiques. Ce fichier contient la description de l'apparence du bureau (position et aspect des icônes de fichiers). Il est automatiquement lu lors du démarrage de l'ordinateur ou de l'introduction d'une disquette, le virus infecte alors tous les fichiers desktop qu'il rencontre. Les systèmes 7 et postérieurs n'utilisent pas la même forme de fichier desktop et sont réfractaires à l'infection, mais ils peuvent se comporter comme des « porteurs sains », jouant le rôle de vecteur pour infecter des disquettes initialisées sous système 6 ou antérieur. Ils sont facilement éradiqués par la simple purge du fichier desktop (reconstruction du bureau). Espèce type : WDEF, qui a donné naissance à plusieurs variants.

Les Macroviridæ

Les Macroviridæ, ou macrovirus, représentent la famille de virus la plus fréquemment rencontrée à l'heure actuelle (près de la moitié des infections recensées [L2]). Ils contaminent des documents bureautiques (textes et feuilles de calcul) sur toutes plates-formes confondues, PC et Mac. Le terme de macrovirus ne fait pas référence à une taille plus importante des virus, mais au fait qu'ils utilisent un langage de macro-instructions bien connu des utilisateurs de tableurs.

Ils infectent soit une liste d'instructions (les macros), soit les documents. Ils contaminent généralement l'environnement de travail par le biais de macros automatiques (AutoOpen, AutoClose, AutoExec, etc.) ou par celles appelées pour enregistrer un document (FileSave, FileSaveAs). L'infection des fichiers modèles (template files), point de départ de nouveaux documents, est également très efficace. Les langages utilisés pour écrire ces virus sont visual basic for applications (VBA) ou wordbasic (WB). Ils provoquent, par détournement de macros standard, le remplacement de menus ou la redéfinition de boutons ou de touches fonction. Ils sont parfois dépendants du langage national (un virus anglo-saxon n'infectera pas un logiciel français). Ils se propagent sur toutes les plates-formes et on peut distinguer autant de genres qu'il existe de logiciels bureautiques concernés (Word, Excel, Ami Pro, Lotus 1-2-3, Lotus Notes). Espèce type : Concept isolé en 1995.

Cycle de réplication

Contrairement aux virus animaux, les virus informatiques n'existent pas sous forme libre. L'infection se fait par un support informatique qui doit être introduit dans l'ordinateur sain et activé par l'utilisateur. Ce support peut être une disquette, une application ou un document.
Au démarrage de l'ordinateur à partir de la disquette, au lancement de l'application ou à l'ouverture du document, le code viral présent est chargé dans la mémoire vive de l'ordinateur. Les instructions qui le composent sont exécutées par le microprocesseur. La réplication s'effectue immédiatement dans une nouvelle cible, où le virus reste en mémoire en tant que programme résidant. Il surveille l'activité de l'ordinateur pour recopier le code viral lors de l'introduction d'une nouvelle disquette ou du lancement d'une autre application.

La figure 1 décrit un exemple de contamination d'une application par un comexevirus. Ce dernier commence par dupliquer les premières instructions de l'application à la fin de celle-ci. La taille de la section copiée est égale à la taille du génome viral. Une instruction de saut est également ajoutée pour rétablir la continuité logique de la lecture du code. Dans une seconde phase, la séquence virale vient remplacer la séquence recopiée et se termine par une autre instruction de saut pointant vers la copie précédemment effectuée. Lors de l'exécution du programme infecté (figure 2), le code viral est lu en premier, puis le code originel de l'application semble s'exécuter normalement sans que l'utilisateur puisse détecter la modification. L'accroissement de la taille du programme, la présence d'une séquence exogène en début de programme et les séquences de saut seront des indices qu'utiliseront les programmes antivirus pour détecter l'infection.

Pouvoir pathogène

Un virus n'est qu'une suite d'instructions exécutables. Il ne pourra jamais altérer le matériel, mais, cette limitation mise à part, il peut faire tout ce que fait un programme. Très souvent, le virus se contente de se multiplier, mais, en dehors de cette tâche vitale (pour lui !), il peut également effectuer une autre action appelée la charge virale (payload) ; l'expression charge virale s'entend ici dans son sens pyrotechnique, elle n'a aucun rapport avec le nombre de virus présents sur le système. Lorsque le virus fait exploser sa charge, il peut initialiser le disque dur, compresser des fichiers, les encrypter ou les renommer. Il peut se manifester par des signes plus immédiats (parfois avec un humour rarement apprécié par la victime [L4]) comme afficher des messages (« you get a virus arfh, arfh »), faire rebondir une balle à l'écran, émettre par le haut-parleur des messages moqueurs (« don't panic »). De telles manifestations restent rares, car la place disponible pour un virus est par nature très limitée.

Le payload est retardé par rapport à l'infection, ce délai est nécessaire au virus pour lui laisser le temps de proliférer avant de se manifester au grand jour. L'action doit être déclenchée par un événement particulier (trigger) : une date (les vendredis 13 sont très prisés, ainsi que les dates anniversaires d'événements politiques divers) ou un nombre déterminé d'actes de l'utilisateur (nombre de démarrages de l'ordinateur, ou de lancements d'une application infectée).

Prévention et thérapeutique

Bien que très médiatisés, les virus ne sont qu'un des problèmes qui peuvent affecter le fonctionnement d'un ordinateur (catastrophes naturelles, foudre, incendies, inondations ou, plus banalement, coupures de courant). Le moyen principal de lutte contre les virus est celui qui sera également efficace contre tous ces autres problèmes : la sauvegarde fréquente du disque dur. Avant de faire l'acquisition d'un disque de 9 giga octets (neuf milliards de caractères !), posez-vous toujours la question (et posez-la à votre fournisseur) : « Comment vais-je sauvegarder tout cela ? ». Une fois ce problème résolu, il est bon de vérifier l'absence de virus sur le disque dur avant de le sauvegarder.
Il existe des gestes simples qui permettent de limiter les risques d'infection : sur PC, les BIOS (basic input output systeme) récents permettent d'interdire le démarrage à partir d'une disquette, évitant ainsi toute contamination par bootivirus (BSI). On peut utiliser sans risque le courrier électronique. Ignorez les messages mettant en garde contre des virus tels qu'Irina, Good Times, Deeyenda, Ghost ou Penpal Greetings ! ce sont des farces (hoaxes) [L7]. Il n'existe actuellement aucun virus susceptible de contaminer un ordinateur directement par la lecture d'un courrier électronique. En revanche, il n'en est pas de même pour les pièces jointes, tout document Word peut contenir des macrovirus. Une bonne précaution consiste à sélectionner dans les options du traitement de texte celle qui demande de ne pas lancer sans avertissement les macros automatiques. Enfin, avant d'ouvrir tout document provenant d'une source extérieure (y compris d'amis n'ayant pas lu cet article !), il faut vérifier son intégrité à l'aide d'un programme antivirus. Ce type de programme est essentiel pour la bonne santé d'un ordinateur car aucune source n'est sûre. Qu'importe celui choisi, il en faut un, correctement installé et régulièrement mis à jour.
Le but de ces programmes est triple : signaler la présence d'un virus après (ou mieux avant) l'infection, stopper la contamination en cours en éradiquant le virus et, si possible, restaurer les fichiers dans leur état d'origine.
Ces programmes antivirus sont nombreux. On en trouve actuellement plus d'une dizaine sur le marché. Cette profusion montre l'intense concurrence qui règne dans ce domaine. Cette pléthore n'a pas que des aspects négatifs. Si un programme antivirus dominait le marché, il serait immédiatement la cible de toutes les stratégies offensives des virus visant à le contourner, voire à le rendre totalement inopérant. C'est ce qui a failli se produire quand la société Microsoft a fourni, avec la version 5 de MS-DOS, un antivirus intégré au système d'exploitation. Dans les versions suivantes de ses systèmes d'exploitation, Microsoft n'a pas renouvelé l'expérience, se bornant à les rendre (sans trop de succès) moins sensibles aux attaques virales.
Pour effectuer leur tâche, les programmes antiviraux peuvent déployer plusieurs stratégies :
- Les scanners disposent d'une bibliothèque de « signatures » virales (analogues à des sondes génétiques) et balayent le disque à la recherche de ces fragments de codes spécifiques. Ce sont des outils de détection fiables permettant une identification précise des virus en cause avant l'infection et déclenchant peu de « faux positifs ». Il existe cependant plusieurs inconvénients à l'utilisation de cette technique : à l'apparition d'un nouveau virus (ou d'un variant d'un virus préexistant « muté » au niveau de la signature) le système sera incapable de déceler la présence de ce nouvel « antigène ». Les programmes antivirus utilisant cette méthode doivent donc être régulièrement mis à jour, ce qui se fait actuellement sur les sites Internet des fournisseurs. Les listes de signatures s'allongent cependant avec le temps et le processus de détection devient de plus en plus long ! Certains virus dits « polymorphes » échappent la plupart du temps aux scanners : ces virus au repos sont encryptés à l'aide d'une clé aléatoire. Lors de son activation, ils commencent par se décrypter pour reconstituer un code opérationnel. Ils se reproduisent puis, en fin de réplication, ils s'encryptent à nouveau en utilisant une nouvelle clé. Ils présentent alors une séquence différente de la séquence initiale. La seule portion de code qui reste immuable est donc l'unité de cryptage qui utilise une suite d'instructions que l'on peut trouver dans des programmes parfaitement normaux et donc peu susceptibles de fournir une signature spécifique.
- Les vérificateurs d'intégrité (integrity checkers) constituent une autre méthode de détection virale. Si des indices globaux décrivant la structure des fichiers (analogue au GC % d'un organisme) ont été préalablement consignés sur le disque, une modification liée à l'infection sera détectée. Cette méthode est très sensible, peu de virus échappent à ce mode de détection. Si on ne peut, par cette méthode, identifier le virus en cause, les informations de description de fichier permettent assez souvent de restaurer les fichiers atteints. Les vérificateurs d'intégrité présentent cependant certains inconvénients. Ils sont peu spécifiques, certains programmes normaux modifient d'eux-mêmes leur code, provoquant de fausses alertes. L'enregistrement des fichiers de description du disque doit être effectué avant l'infection virale. La détection ne s'effectue qu'après l'atteinte virale. Enfin, cette technique est totalement inapplicable pour la détection des macrovirus car les fichiers cibles (des documents) sont par nature modifiés très fréquemment par l'utilisateur.
- La méthode de recherche heuristique est plus récente, son but est de trouver dans les secteurs de démarrage, en tête des fichiers exécutables (suffixe COM ou EXE) et dans les fichiers de macrocommandes, une suite d'instructions visant à exécuter des actions suspectes, telles que : une demande d'allocation mémoire n'utilisant pas les procédures standard (ce comportement est typique de certains virus dits « furtifs » pour cacher leur présence en mémoire), des instructions de saut répétées au lancement d'une application (figure 2), une date ou une heure de modification de fichier incorrecte (la dernière modification effectuée à l'improbable 61e seconde marque le fichier comme déjà infecté et évite les infections multiples), une procédure de recherche et d'accès à d'autres fichiers exécutables dans le but de les infecter, l'interception du lancement d'autres logiciels (ce comportement n'est pas toujours le signe d'une activité virale : certains logiciels normaux font cela, par exemple des programmes... antiviraux !). La recherche heuristique est une des techniques les plus prometteuses. Elle ne nécessite pas de mise à jour (sauf en cas d'apparition d'un type de virus original comme ce fut le cas pour les macrovirus) et elle peut se révéler suffisante pour protéger un ordinateur. De nombreux antivirus l'utilisent en association avec les autres techniques de détection.
- La méthode des leurres (decoys), bien qu'assez rarement utilisée, est cependant extrêmement efficace pour donner l'alerte. Les leurres sont des fichiers créés par l'antivirus et ont pour seul but de présenter une proie tentante à un virus éventuel. Ces fichiers, totalement inertes, ne seront jamais modifiés sauf s'ils sont infectés par un virus. L'antivirus n'a plus qu'à surveiller ses pièges et à donner l'alerte si l'un d'eux est altéré. Cette méthode, comme la méthode heuristique, est capable de détecter des virus inconnus et ne nécessite pas de mise à jour.
Il est à noter que la plupart des antivirus combinent plusieurs des techniques que nous venons de décrire.

À la suite de la détection du virus, la dernière opération que doit exécuter le programme antivirus est son éradication. Deux méthodes peuvent être appliquées. La méthode « vétérinaire » consiste à détruire les fichiers contaminés. C'est probablement la plus sûre quand on dispose de copies saines des fichiers infectés. La seconde méthode, plus proche de la médecine humaine, tente de restaurer les fichiers atteints. Cette restauration ne peut se faire que si l'on connaît le mécanisme d'action du virus. Lorsque le virus a été positivement identifié, par exemple par sa signature, l'antivirus est alors censé savoir ce qu'il faut faire pour rétablir les fichiers dans leur état originel. Certains antivirus sont également capables d'analyser le code du virus pour en comprendre le mode de fonctionnement et effectuer les opérations inverses.

Déjà demain

En cette fin du xxe siècle les hommes ont trouvé en l'informatique un extraordinaire outil pour réaliser ce rêve immémorial : la création de la vie (ou plus modestement de quelque chose qui y ressemble). Ils disposent d'une matière infiniment plus souple que ne l'était la pierre pour Pygmalion, les rouages pour Vaucanson ou les morceaux de cadavres du docteur Frankenstein. Cette soif de création, associée à la soif de détruire (le côté obscur de la force ?) sont les deux moteurs qui font qu'il y aura toujours des individus pour programmer des virus.
On peut déjà craindre l'apparition de deux nouveaux genres viraux : les Activiridæ et les Javaviridæ. Ils infecteront les pages HTML par l'intermédiaire de composants activX (plates-formes Wintel) ou d'applets Java (sur toutes les plates-formes). Il suffira alors de consulter une page sur le Ouèb (en anglais Web) pour infecter son ordinateur et éventuellement tous les documents au format HTML présents sur les disques. Ces virus n'existent pas encore, mais le pouvoir potentiel de pénétration qu'ils représentent en font la menace de demain. Tous les experts s'accordent pour reconnaître que les composants activX représentent un risque majeur, les composants (petits programmes initialement prévus pour animer une page sur Internet) sont directement liés au système d'exploitation, ils peuvent lire et écrire sur le disque dur local et lancer des programmes. Le cas des applets développés en Java est différent. Ils s'exécutent au sein d'une machine virtuelle, un pseudo-ordinateur aux fonctions limitées et en théorie complètement dissocié de l'ordinateur hôte. Un applet Java ne peut ni lire ni écrire sur votre disque. Malgré tout de très rares failles de sécurité ont été découvertes et pourraient être mises à profit pour créer des virus. Des programmes antivirus se prévalent déjà de pouvoir parer ces menaces encore inexistantes !
L'ingénierie virale n'a pas que des aspects négatifs, certains programmes parfaitement licites et utiles ont des comportements similaires à ceux des virus et sont parfois signalés comme tels par les programmes antivirus. Certains systèmes de protection et de confidentialité « infectent » tous les fichiers à protéger pour les rendre inviolables sans l'introduction d'un mot de passe. Des agents se propagent dans l'Internet à la manière des vers (mais de façon moins anarchique) pour rapporter à leur propriétaire les adresses de sites contenant des informations qu'ils ont été dressés à trouver.
Enfin certains auteurs [P6] espèrent que les virus informatiques seront le germe d'une véritable vie artificielle (en anglais AL) et qu'ils pourront nous aider à modéliser les phénomènes biologiques aussi complexes que mal connus de l'évolution. L'avenir le dira, et peut-être n'aurons-nous pas longtemps à attendre !

REFERENCES

P1. Dataquest. 1991. Computer Virus Market Survey for National Computer Security Association. San Jose.

P2. Gordon S. The generic virus writer. Proceedings of the Fourth International Virus Bulletin Conference. Jersey, UK, septembre 1994.

P3. Kephart JO, Sorkin GB, Arnold WC, et al. Biologically inspired defenses against computer viruses. Proceedings of the 14th International Joint Conference on Artificial Intelligence, Montreal, August 20-173 ; 25, 1995. Distributed by Morgan Kaufmann Publishers, Inc.

P4. Kephart JO, White SR. Measuring and modeling computer virus prevalence. Proceedings of the 1993 IEEE Computer Society Symposium on Research in Security and Privacy. Oakland, California, May 24-26, 1993 : 2-15.

P5. Kephart JO, White SR. Directed-graph epidemiological models of computer viruses, Proceedings of the 1991 IEEE Computer Society Symposium on Research in Security and Privacy, Oakland, California, May 20-22, 1991 : 343-59.

P6. Ludwig MA. Mutation d'un virus. Édition Addison-Wesley France, 1994.

Liens

Ces liens ont été vérifiés avant la publication de cet article. Mais, compte tenu de l'extrême mobilité du Ouèb (WEB), nous ne pouvons garantir leur persistance.

L1. http://pages.pomona.edu/~dhull/vclassif.htm : un article sur une tentative de classification des virus informatiques.

L2. http://www.av.ibm.com/InsideTheLab/Monitor/Wildlist : les mises à jour mensuelles de la Wildlist.

L3. http://www.cis.ohio-state.edu/hypertext/faq/usenet/computer-virus/top.html : toutes les réponses aux questions que vous vous posez sur les virus informatiques.

L4. http://www.club.innet.be/~ewillems/payload.htm : quand les virus montrent leur nez, une galerie de portrait.

L5. http://www.clusif.asso.fr/img_nav/infovirus.htm : le Clusif (Club industriel de sécurité informatique français) donne des informations sur les virus nouveaux, sur les sociétés qui proposent des moyens de lutte.

L6. http://www.drsolomon.com/vircen/stats.cfm : un graphique en ligne du nombre de souches virales recensées (pour faire peur).

L7. http://www.kumite.com/myths/home.htm : tout sur les virus mythiques et autres légendes.


 

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