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Prévention - Ouvrages - Bêtisier


Virologie. Volume 2, Numéro 5, 417-9, Septembre-Octobre 1998, La vie de la discipline



ARTICLE

L'objectif de cette rubrique est de promouvoir la communication, l'échange d'idées et d'informations entre virologues de toutes spécialités afin de faire mieux « vivre » notre discipline. Vous y trouverez régulièrement des informations sur l'enseignement, une liste régulièrement actualisée de conférences et de congrès nationaux et internationaux, des présentations et commentaires d'ouvrages, des discussions d'aspects réglementaires, etc. Nous sollicitons votre participation active dans l'animation de ces thèmes et de tout autre information susceptible d'intéresser la virologie. Vos textes et/ou informations sont à transmettre à : Noël Tordo, Laboratoire des Lyssavirus, Institut Pasteur, 75724 Paris Cedex 15 ­ Tél. : 33 01 40 61 31 34 ­ Fax : 33 01 40 61 32 56 ­ E.mail : ntordo@pasteur.fr

Prévention

* Vaccination contre l'hépatite B

La vaccination contre l'hépatite B a fait l'objet d'une polémique concernant le risque particulier d'induire des atteintes dégénératives du systèmes nerveux. Cette attaque contre le vaccin n'a pas de réel fondement scientifique comme cela a déjà été mentionné dans nos colonnes (Virologie 1997 ; 1 (5) : 363-4). En revanche, l'efficacité de ce vaccin dans la prévention des complications de l'infection par le virus de l'hépatite B (VHB), en particulier le cancer primitif du foie, a été démontrée de façon indiscutable. Dans ce contexte, il est utile de rappeler, dans ses grandes lignes, l'avis formulé en juin 1998 par le Comité technique des vaccinations et la section des maladies transmissibles du Conseil supérieur d'hygiène publique de France à ce sujet. Cet avis (publié intégralement dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire 1998, n° 31 : 133-4) définit les groupes à risque d'infection par le VHB, définition qui a conduit à préconiser une très large vaccination en population générale. Ces groupes sont les personnels des établissements de soin et de prévention, les personnes susceptibles d'être, au cours de leurs activités, en contact direct avec des sujets infectés ou exposés au sang et autres produits biologiques, les nouveau-nés de mères infectées, les enfants accueillis en collectivité. Cette définition étendue englobe les malades susceptibles d'être transfusés ou greffés, l'entourage des sujets infectés, les personnes exposées à une transmission sexuelle du VHB ainsi que celles appelées à voyager ou à séjourner dans les pays d'endémie (Afrique, Asie, Amérique centrale et du Sud). Un unique schéma de vaccination est préconisé : il comporte trois doses administrées avec un intervalle d'au moins un mois entre la première et la deuxième, de 5 à 12 mois entre la deuxième et la troisième. Une vaccination accélérée comportant trois doses rapprochées et une quatrième un an après reste possible quand l'immunisation doit être rapidement acquise. Dans le schéma général, les rappels systématiques au-delà des trois injections initiales ne sont plus recommandés. Cependant, pour les professionnels de santé et les autres personnes très exposées au VHB, cette attitude doit être modulée en fonction de l'âge auquel a été pratiquée la première vaccination : après l'âge de 25 ans, le rappel prévu par les textes réglementaires doit être effectué suivi de la mesure du taux des anticorps anti-HBs sériques et la nécessité de procéder à des injections additionnelles sera à considérer si ce taux est inférieur à 10 mUI/ml. Pour les sujets dialysés, la surveillance du taux des anticorps anti-HBs doit être annuelle et s'accompagner d'un rappel si ce taux est inférieur à 10 mUI/ml.

* Accident d'exposition au sang et virus de l'hépatite C

La circulaire DGS/DH/DRT n° 98/634 d'août 1998, se référant à la circulaire DGS/DH/DRT/DSS n° 98/228 d'avril 1998, précise la conduite à tenir vis-à-vis du virus de l'hépatite C (VHC) lors d'un accident d'exposition au sang (blessure, piqûre). Dans tous les cas, la recherche du statut du sujet source vis-à-vis du VHC
est déterminante et un bilan doit lui être proposé : sérologie VHC et, en cas de
positivité, amplification génique (PCR) à
la recherche d'une virémie à VHC. Si le sujet source est infecté par le VHC ou si son statut ne peut être connu, un suivi de
la personne exposée doit être fait afin de reconnaître précocement le survenue d'une hépatite aiguë due au VHC : dosage des transaminases en début de surveillance, tous les quinze jours pendant 3 mois, puis tous les mois pendant 3 mois, sérologie VHC en début de surveillance, à 3 mois et 6 mois. Toute élévation des transaminases pendant la période de suivi justifie une PCR-VHC.

Ouvrages

* Les virus, de la structure aux pathologies

H. Terzian. Collection Pavages, Diderot Éditeur, Arts et Sciences, 1998, 169 p.

Cet ouvrage, destiné aux étudiants des premier et deuxième cycles universitaires de biologie et de médecine, a pour but d'introduire le lecteur dans le monde de la virologie. Il est divisé en quatre grandes parties consacrées respectivement à la définition et à la classification des virus, au cycle viral et à la réplication des génomes viraux, à l'immunité et au pouvoir pathogène, enfin à l'écologie des infections virales. L'approche est le plus souvent transversale, mettant sur le même plan, par exemple, la réplication des phages et celle des virus humains, animaux ou des plantes, ce qui est tout à fait en accord avec l'unité structurale et fonctionnelle des virus. Les chapitres consacrés au pouvoir pathogène et à l'épidémiologie mettent l'accent sur l'actualité et la gravité de certaines viroses humaines et animales, une démarche tout aussi pertinente montrant que les virus ne sont pas seulement un intéressant phénomène biologique mais aussi un danger pour la santé. Malgré les dimensions modestes de ce livre de format « poche », ses objectifs didactiques sont pleinement remplis et sa lecture devrait inciter les étudiants les plus curieux à aborder des ouvrages plus spécialisés. On peut regretter, de ce point de vue, l'absence de références bibliographiques précises, même en nombre limité, car elles auraient contribué à faciliter le travail d'approfondissement. On peut regretter aussi certaines erreurs ou approximations : les lentivirus ne sont pas des rétrovirus oncogènes (page 138), le singe macaque ne doit pas être considéré comme un réservoir de VIH au sens propre (page 159). Ces erreurs peuvent être la source de confusions et seront, sans nul doute, rapidement corrigées. En revanche, il faut louer la présentation très réussie de cet ouvrage, qui bénéficie d'une typographie aérée et d'illustrations de belle qualité. Au total, un bon livre d'initiation, facile à transporter et à lire, le tout à un prix raisonnable.

Bêtisier

Virologie est une revue sérieuse, didactique, diffusant des connaissances scientifiques actualisées dans tous les domaines de la virologie. Pour autant, elle ne se veut pas austère et se propose d'égayer ses numéros avec quelques « perles virologiques », glanées çà et là. Si, au cours de votre activité professionnelle, vous avez été confrontés à des mots ou des événements qui prêtent à sourire, n'hésitez pas à en faire profiter nos lecteurs.

Dans des prescriptions :

- de sérologie des hépatites : antigènes d'Australie, IgM anti-deltaplane, anticorps anti-nucléocapsulés ;

- de sérologie VIH : western bloc, antigène B24.

D'un correspondant liégois, humour belge de doctorants en médecine vétérinaire répondant à des questions sur la pathologie des maladies virales :

- Q. Étiologie de la maladie de Newcastle (aussi dénommée pseudopeste aviaire, causée par un paramyxovirus) ;

- R. Maladie appelée aussi « pseudorage », causée par un « parapoxvirus ».

Réponse erronée, mais véritable condensé de virologie vétérinaire : la pseudorage, ou maladie d'Aujeszky, est provoquée par un herpèsvirus infectant de nombreuses espèces de mammifères, mais pas les oiseaux ; les parapoxvirus sont responsables du nodule d'Orf chez l'homme et d'entités cutanées chez les ruminants.

La disparition de Jonathan Mann (1947-1998)

Jonathan Mann, récemment disparu dans un accident d'avion, restera dans l'histoire comme une des personnalités les plus marquantes dans la lutte contre l'infection à VIH et le sida. Avant d'étudier la médecine à Saint-Louis et Boston, il s'était intéressé à l'histoire et aux sciences politiques, séjournant en particulier à Paris. Spécialiste de médecine interne, épidémiologiste, il a été engagé par le Center for Disease Control (CDC) et a exercé son activité de surveillance des maladies infectieuses pendant plusieurs années au Nouveau-Mexique. Ce médecin américain, parlant parfaitement la langue française, est envoyé au Zaïre en 1984. C'est là qu'il est confronté au sida et qu'il en perçoit la dimension mondiale, avec la nécessité, non seulement de lutter contre le virus, mais aussi d'améliorer les conditions sociales qui favorisent l'émergence de la maladie. En 1986, il devient directeur du programme sida de l'OMS et donne une impulsion majeure à l'engagement de cet organisme contre l'infection à VIH. Il y associe une réflexion éthique sur la santé en affirmant que la lutte contre le sida est indissociable de celle pour le respect des droits de l'homme. Il quitte l'OMS en 1990 et devient professeur d'épidémiologie et de santé publique, à Harvard puis à Philadelphie. Sa volonté de combattre l'exclusion et la précarité au sens le plus large reste intacte, comme le montre son engagement aux côtés de Médecins du Monde. Cela l'a conduit parfois à privilégier l'implication sociale au détriment de certaines réalités scientifiques, comme lors de la récente controverse sur la pertinence des essais vaccinaux de phase III contre le VIH. Cependant, sa quête d'une éthique sociale moderne trouve des résonances en chacun de nous et la mort de ce citoyen du monde, comme le qualifie si bien Emmanuel Hirsch, ne peut nous laisser indifférents.


 

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