ARTICLE
Auteur(s) : Vanida Brunie, Julie Rouprêt-Serzec, André Rieutord
Service pharmacie, Hôpital Antoine Béclère, Clamart
Introduction
L'éducation thérapeutique du patient (ETP) est un processus
continu, intégré aux soins et centré sur le patient. L'équipe
éducative se doit d'être multidisciplinaire. Le pharmacien est
un des professionnels de santé participant à la prise en charge
globale des patients ; il est le spécialiste du médicament. Dans
cet article, nous nous proposons d'aborder son rôle dans l'ETP en
revenant tout d'abord sur les aspects légaux régissant la
profession.
Aspects légaux
En France, la définition du rôle du pharmacien est particulière
puisque celui-ci est défini « en creux » : le Code de la Santé
publique définit en réalité tout ce que le pharmacien n'a pas le
droit de faire ce que les non-pharmaciens n'ont pas le droit de
faire. Néanmoins, plusieurs articles de loi définissent les
missions du pharmacien. Selon l'article R5015-2 du Code de la Santé
publique, « le pharmacien exerce sa mission dans le respect de la
vie et de la personne humaine. Il doit contribuer à
l'information et à l'éducation du public en matière sanitaire et
sociale. ». L'article R5015-48 précise que « le pharmacien doit
assurer dans son intégralité l'acte de dispensation du médicament,
associant à sa délivrance :
- – l'analyse pharmaceutique de l'ordonnance médicale si
elle existe ;
- – la préparation éventuelle des doses à administrer
;
- – la mise à disposition des informations et les conseils
nécessaires au bon usage du médicament. Il a un devoir
particulier de conseil lorsqu'il est amené à délivrer
un médicament qui ne requiert pas une prescription médicale.
Il doit, par des conseils appropriés et dans le domaine de ses
compétences, participer au soutien apporté au patient. La
participation du pharmacien à l'ETP semble évidente. Son rôle dans
ce processus pluridisciplinaire est d'ailleurs prévu dans la
nouvelle loi HPST du 21 juillet 2009 qui intègre
officiellement l'ETP au parcours de soin des patients atteints de
maladie chronique. De plus, le problème du secret
professionnel ne se pose pas puisque l'ensemble de la profession y
est soumis selon l'article R5015-5 du CSP.
L'article 38 de la loi HPST a défini 8 nouvelles
missions pour les pharmaciens d'officine. Quatre missions relèvent
d'un accomplissement obligatoire (soins de premier recours,
coopération entre professionnels de santé, mission de service
public de la permanence des soins, actions de veille et de
protection sanitaire). Parmi les 4 autres, l'éducation
thérapeutique est retrouvée avec le pharmacien référent EPHAD,
pharmacien correspondant, conseils et prestations pour améliorer ou
maintenir l'état de santé des personnes.
Aspects pratiques : de la pharmacie clinique
à l'éducation thérapeutique
C'est avec la loi du 24 juillet 1987 que le service pharmacie
à l'hôpital est assimilé aux autres services médicaux alors qu'il
était auparavant un service assimilé à l'administration. Elle a
suivi une tendance amorcée un peu plus tôt par quelques précurseurs
tels Jean Calop à Grenoble. La pratique de la pharmacie a
progressivement glissé vers un rôle pharmaceutique plus centré sur
le patient. Initialement « fournisseur » de produits de santé, le
rôle du pharmacien évolue progressivement vers la validation du
traitement médicamenteux en s'assurant que la prescription est
appropriée, la plus efficace disponible, la plus sécuritaire et
pratique pour le patient. Deux termes sont communément utilisés
pour définir cette nouvelle pratique pharmaceutique : pharmacie
clinique et soins pharmaceutiques. La Société Française de
Pharmacie Clinique (SFPC) a défini le champ d'activité du terme «
pharmacie clinique » qui couvre 6 domaines [1].
- – Utilisation sûre, efficace, rationnelle des produits
de santé ;
- – Optimisation des traitements des patients :
- • Développement d'outils d'optimisation de prescription
et d'administration (pharmacocinétique classique et
phamacocinétique de population) ;
- • Développement de techniques de préparation et de
dispensation des produits de santé ;
- • Développement des méthodes d'assurance qualité ;
- • Développement des conseils aux patients, visant
notamment l'amélioration de l'observance ;
- – Evaluation clinique et/ou économique des stratégies
thérapeutiques et/ou de présentation mettant en œuvre des produits
de santé ;
- – Prévention de la iatrogénie ;
- – Développement des vigilances sanitaires ;
- – Information scientifique sur les produits de santé des
autres professionnels de santé (et des patients).
Le terme « soins pharmaceutiques » est directement traduit de
l'anglais « pharmaceutical care ». Il est utilisé dans de
nombreux pays, notamment au Canada, dans la province francophone
qu'est le Québec. La définition de ce terme par l'Ordre des
Pharmaciens du Québec est : « Ensemble des actes et services que le
pharmacien doit procurer à un patient afin d'améliorer sa qualité
de vie par l'atteinte d'objectifs pharmacothérapeutiques de nature
préventive, curative ou palliative ». La différence entre «
pharmacie clinique » et « soins pharmaceutiques » repose sur une
notion de base : la pharmacie clinique est centrée sur le
médicament alors que les soins pharmaceutiques sont centrés sur le
patient dans sa globalité. En 2006, l'OMS a édité un manuel à
destination des pharmaciens [2]. Celui-ci les encourage à passer
d'une pratique de la pharmacie centrée sur la médecine à une
pratique centrée sur le patient et définit le concept de «
soins pharmaceutiques » de la manière suivante : « Contribution
responsable de la thérapeutique médicamenteuse dans le but
d'atteindre des résultats précis qui améliorent ou maintiennent la
qualité de vie du patient. Il s'agit d'un processus en
collaboration qui vise à prévenir, identifier ou résoudre les
difficultés liées aux médicaments et à la santé. C'est un processus
continu d'amélioration de la qualité pour l'utilisation des
produits de santé ». Le concept du pharmacien à
7 étoiles, défini par l'OMS et repris par la Fédération
Internationale de Pharmacie (FIP), réunit les 7 compétences du
pharmacien : soignant, communicant, preneur de décision,
enseignant, life-long learner, leader et manager. Le rôle de
chercheur a été ajouté par l'OMS en 2006. Pour répondre aux
critères de soins pharmaceutiques et de pharmacien à
7 étoiles, celui-ci doit :
- – identifier les besoins du patient (et éventuellement
les difficultés) liés à son traitement, ce qui implique de
communiquer non seulement avec l'équipe de soins mais aussi de se
mettre à l'écoute du patient ;
- – développer un « plan de soins », en accord avec
l'équipe de soins et le patient. Pour cela, le pharmacien détermine
le(s) objectif(s) atteignable(s) pour le patient ;
- – mettre en place une stratégie des traitements, en
collaboration avec l'équipe soignante et le patient ;
- – évaluer et adapter la prise en charge en fonction des
nouveaux besoins du patient.
Cette définition des soins pharmaceutiques rappelle les grandes
lignes de la démarche éducative.
En France, comme nous l'avons introduit précédemment, la
pratique pharmaceutique hospitalière a évolué depuis plusieurs
années vers une activité plus clinique, plus en contact avec les
équipes médicales (collaboration) et autour des patients. Cette
nouvelle pratique clinique permet aux pharmaciens de participer
activement à la mise en place et au bon déroulement de projets de
recherche ou d'optimisation de la prise en charge et du suivi de
patient à l'hôpital. Le développement de la pharmacie clinique
permet au pharmacien de devenir un maillon de la chaîne de soins,
aidant et participant à la prise en charge globale et
pluridisciplinaire du patient. Le pharmacien est le
professionnel de santé spécialiste du médicament. Par ses
connaissances et ses compétences dans ce domaine, il peut ainsi
participer à l'éducation thérapeutique du patient, en particulier
en ce qui concerne l'observance au traitement médicamenteux.
L'observance, au sens large du terme comme l'a défini Reach [3], a
été étudiée à travers de nombreuses études et son taux d'observance
est estimé à 50 % [4]. Les conséquences de la non-observance
sont notamment l'inefficacité de la prise en charge, l'aggravation
de la pathologie, la iatrogénie médicamenteuse et in fine,
économiques avec augmentation des coûts de traitement et des taux
d'hospitalisation [5]. Mais, outre l'amélioration de l'observance
médicamenteuse, les rôles du pharmacien en ETP sont multiples et
ont été décrits par Jacquemet en 2000 [6] :
- – informer en termes de santé publique sur la prévention
et le dépistage ;
- – soutenir et accompagner les patients ;
- – expliquer et informer sur la pathologie et ses
traitements ;
- – promouvoir le bon usage du médicament ;
- – écouter, maintenir une vigilance active et de
prévention de la iatrogénie.
Cependant, le pharmacien, s'il prend part à l'ETP, doit
également prendre en compte les facteurs psychosociaux et intégrer
les notions fondamentales de pédagogie. Une autre façon de le
formuler serait de dire « Le pharmacien doit se former pour devenir
compétent et se spécialiser en éducation thérapeutique à la hauteur
de ses ambitions ». Pour participer à un programme d'ETP, une
formation reconnue telles celles recensées par l'Institut national
de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) doit être
envisagée. Un niveau Master2 ou Thèse d'Université sera requis pour
concevoir un projet d'ETP ou animer une UTEP (Unité transversale
d'éducation thérapeutique).
Les pharmaciens, officinaux ou hospitaliers, ne sont que depuis
peu impliqués dans l'éducation thérapeutique des patients, alors
même qu'ils sont les spécialistes du médicament. Cette implication
tardive résulte probablement de la mutation récente et progressive
du pharmacien vers le patient. Comme le suggèrent Baudrant
et al. [7], il peut être :
- – un éducateur « générique », pour ce qui est de
l'amorce du dispositif – diagnostic éducatif – débouchant sur
l'identification de besoins et d'objectifs d'apprentissage validés
par le patient lui-même après négociation ;
- – un éducateur « spécialisé », si les objectifs négociés
sont en lien avec la thérapeutique médicamenteuse et la
maladie, la gestion des traitements, les représentations associées,
les difficultés rencontrées au quotidien avec les médicaments.
Conclusion
Cet article illustre la place intéressante du pharmacien dans
l'éducation thérapeutique. Il peut être un maillon privilégié
d'un programme d'ETP autour du patient souffrant de maladie
chronique. Pour se positionner idéalement en tant que partenaire
dans un programme d'ETP comme le professionnel de santé spécialiste
du médicament, il devra nécessairement se former et probablement
repenser son organisation pour libérer du temps.
Nos tutelles de santé nous poussent depuis quelques années à
nous impliquer dans la prise en charge pharmacothérapeutique du
patient à travers le CBUS ou la Certification. La façon
optimale d'atteindre les standards requis est de développer la
culture des « soins pharmaceutiques ». L'ETP en est possiblement la
cerise sur le gâteau : engageons-nous dans cette voie.Conflit
d'intérêts : aucun.
Références
1 Société Française de Pharmacie Clinique. Présentation générale.
[consulté le 31/05/2010]; Disponible à l'adresse suivante:
http://www.adiph.org/sfpc/presentation.html.
2 Wiedenmayer KSR, Mackie C, Gous A,
Evrard M, Tromp D. Developing pharmacy practice : a focus
on patient care. World Health Organization and International
Pharmaceutical Federation, 2006.
3 Reach G. Pourquoi se soigne-t-on ? Enquête sur la rationalité
morale de l'observance. Lormont : Le bord de l'eau, 2007.
4 Osterberg L. Blaschke. Adherence to medication. N Engl J
Med 2005 ; 353 : 487-97.
5 Sokol MC, McGuigan KA, Verbrugge RR,
Epstein RS. Impact of medication adherence on hospitalization
risk and healthcare cost. Med Care 2005 ; 43 :
521-30.
6 Jacquemet S, Certain A. Éducation thérapeutique du patient :
rôles du pharmacien. Bulletin de l'Ordre 2000 : 367-9.
7 Baudrant M, Rouprêt J, Trout H, Certain A,
Tissot E, Allenet B. Réflexions sur la place du
pharmacien dans l'éducation thérapeutique du patient. J Pharm Clin
2008 ; 27 : 201-4.
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