ARTICLE
Auteur(s) : Delphine Couasnon, Elsa Cobast, Aude Herve,
Emilie Le Hazif, Alain B Legrand
Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques, Université
de Rennes 1, 2, avenue du professeur Léon Bernard, 35043 Rennes
cedex
Introduction
La DMLA ou dégénérescence maculaire liée à l'âge, est selon l'OMS
une maladie oculaire prioritaire, et qui touche la vue de la
personne âgée.
La DMLA est la 3e cause mondiale de déficience
visuelle (première cause dans les pays industrialisés) et
représente 8,7 % des causes de cécité au monde.
La DMLA est la première cause de handicap visuel chez les
personnes de plus de 50 ans dans les pays développés.
Le risque de survenue de la maladie augmente avec l'âge et
dépasse 25 % de la population après 75 ans.
Elle touche 2 millions de personnes en France,
majoritairement atteintes d'une forme peu sévère. Les formes
sévères concernent près de 150 000 à 200 000
Français.
Le principal facteur de risque en est donc l'âge. D'autres
facteurs de risque adjuvant sont incriminés, comme le tabagisme,
l'influence génétique, le degré de pigmentation (risque plus
important en cas d'iris clair), l'hypertension artérielle, les
ultraviolets et un déséquilibre alimentaire.
L'œil a une place prépondérante dans la pathologie liée à
l'oxygène : il est exposé non seulement à des réactions
inflammatoires, mais également aux méfaits du soleil et de la
pollution atmosphérique.
Notre problématique est d'évaluer, au regard des propriétés
étiologiques de la DMLA, si des traitements de supplémentation
peuvent garantir une prévention de la survenue de la pathologie.
Pour y répondre, nous allons étudier le rôle des antioxydants, puis
de la lutéine et enfin des oméga-3.
Première partie : Physiopathologie de la DMLA
(dégénérescence maculaire liée à l'âge)
Anatomie et physiologie de l'œil humain
L'œil humain est l'organe de la vision de l'homme. Il capte la
lumière puis interagit avec elle, ce qui nous permet de distinguer
les formes et les couleurs (figure 1).
L'organisation de l'appareil de la vision
[1]
L'œil est constitué d'un globe oculaire, formé de 3 enveloppes
ou tuniques : les tuniques externe, moyenne et interne.
Tunique externe
- – la sclérotique (= blanc de l'œil), la plus résistante
des tuniques de l'œil. C'est la membrane de protection de l'œil,
peu vascularisée, riche en collagène. Elle devient transparente en
avant pour donner la cornée ;
- – la cornée principale lentille de l'œil. Elle assure la
fonction de protection de l'œil contre les micro-organismes.
Tunique moyenne : l'uvée (membrane vasculaire,
nourricière)
- – la choroïde est une membrane vascularisée disposée
autour de la rétine, assurant sa nutrition. Les cellules de
cette tunique renferment un pigment, la mélanine, qui lui donne une
couleur brun foncé, afin que les rayons ne pénètrent que par la
pupille ;
- – l'iris donne la couleur de l'œil. Constituant le
diaphragme de l'œil, jouant sur la quantité de lumière
entrant ;
- – le corps ciliaire sécrète l'humeur aqueuse (figure 2).
Tunique interne ou membrane nerveuse (figure 3)
- – La rétine ;
- – La tache jaune ou macula ;
- – Le point aveugle : point de sortie, où les fibres
nerveuses se réunissent pour former le nerf optique. Il ne
comporte pas de cellule photosensible.
Nous allons étudier plus en détail la rétine, siège de la
pathologie.
La rétine [1-4]
La rétine est la membrane la plus interne de l'œil, elle tapisse
entièrement l'œil y compris la face interne de l'iris. Elle
comporte deux régions particulières, la région maculaire et l'ora
serrata (zone située à l'intérieur du globe oculaire, à proximité
de l'iris et plus précisément du bord ciliaire).
Organisation de la rétine
La rétine est essentiellement constituée de deux parties :
- – l'épithélium pigmentaire reposant sur la membrane de
Bruch, et le neuroépithélium ;
- – le neuroépithélium quant à lui, est constitué de
3 groupes d'éléments suivants :
- 1. une chaîne de 3 neurones : cônes et bâtonnets,
les cellules bipolaires et les cellules ganglionnaires ;
- 2. des neurones d'association ;
- 3. les cellules gliales de soutien (tels que les
astrocytes, la glie paravasculaire, la microglie, et surtout les
cellules de Müller).
La stratification de ces trois groupes d'éléments réalise une
organisation en dix couches, détaillées sur la figure 4.
La choroïde
Le premier niveau est constitué par la choroïde.
Celle-ci comprend 2 structures :
- – la lame choriocapillaire qui constitue la
vascularisation de l'ensemble de la rétine, permet l'apport des
nutriments ;
- – la membrane de Bruch : elle nourrit et oxygène
l'ensemble de la rétine. En effet, il existe des échanges
métaboliques très importants à travers cette membrane ; échanges
avec la rétine externe, l'épithélium pigmentaire et la
choriocapillaire (étant la principale source de nutriments).
La membrane de Bruch, constituée de phospholipides, forme une
barrière de filtration semi-perméable à travers laquelle les
nutriments passent de la choriocapillaire vers les photorécepteurs,
et les produits de dégradation cellulaire (déchets issus des
réactions photochimiques) passent dans la direction opposée. Cette
membrane s'épaissit naturellement avec l'âge. La membrane de Bruch
semble par ce phénomène contribuer à l'étiologie de la
dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA).
La rétine et ses 10 couches successives
- – (1) L'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) :
monocouche de cellules rétiniennes (ayant des propriétés de
cellules épithéliales) et de granules pigmentaires (mélanine et
lipofuscine). Chaque cellule de cet épithélium sera en contact avec
au moins 25 bâtonnets ou cônes.
Il possède plusieurs rôles :
- – l'absorption des rayons UV ;
- – le maintien de la BHR (barrière hémato-rétinienne)
;
- – la participation au cycle visuel (absorbe tous les
photons qui n'ont pas été captés par les photorécepteurs) ;
- – la phagocytose des segments externes des
photorécepteurs ;
- – les apports de nutriments et métabolites à la rétine
neurosensorielle.
Cet épithélium a un rôle essentiel à la fois fonctionnel et
métabolique. Il a un rôle de transport, d'interface entre la
choroïde et le reste de la rétine par transports actif ou passif.
Le transfert des métabolites tels que les acides gras existe
de la choroïde vers les photorécepteurs et inversement. L'EPR est
l'élément essentiel à l'apport de nutriments aux photorécepteurs.
S'il se produit une défaillance au sein de cet épithélium, telle
qu'une rupture ou lésion, il y aura un déficit dans ce mécanisme
d'apport et de rejet au niveau rétinien.
L'épithélium pigmentaire rétinien et les acides gras :
l'épithélium aurait la faculté de s'enrichir en DHA et de produire
des métabolites neuroprotecteurs. Il agirait comme une «
plaque tournante » du métabolisme des acides gras pour la rétine et
pourrait constituer une cible à privilégier dans le cadre d'une
prévention nutritionnelle destinée à prévenir les pathologies
oculaires liées au vieillissement.
- – (2) Les photorécepteurs (ou cellules visuelles) :
ils servent à décomposer les informations lumineuses en signaux
électriques, qui seront envoyés au nerf optique.
Il existe deux types de photorécepteurs : les cônes et les
bâtonnets (figure 5).
- – Les cônes : environ 6 millions de cellules dans
la rétine, la plus grande concentration est dans la macula.
Il existe 3 types différents de cônes servant à
décomposer la lumière en couleurs. On parle de 3 pigments
rétiniens : iodopsine S pour le bleu, iodopsine M pour le
vert et iodopsine L pour le rouge. Ils permettent une vision
centrale détaillée et la perception de la couleur.
- – Les bâtonnets : environ 125 millions de cellules
dans la rétine. Ils sont responsables de la vision
périphérique et de la vision nocturne. Ils sont constitués
d'un unique pigment rétinien : la rhodopsine.
Les photorécepteurs requièrent une quantité importante d'oxygène
afin de transmettre les signaux au cerveau. En métabolisant
l'oxygène, les cellules produisent beaucoup de déchets qui doivent
être rejetés de manière efficace afin que les cellules puissent
fonctionner normalement. La livraison d'oxygène et le rejet
des déchets sont le travail de l'épithélium pigmentaire rétinien,
de la membrane de Bruch et de la choroïde qui fonctionnent ensemble
comme une « unité sanitaire ».
- – (4) La couche des grains externes : elle
correspond aux noyaux des cellules visuelles.
- – (6) La couche des grains internes : elle est
formée par les corps cellulaires des cellules bipolaires,
amacrines, horizontales et de Müller.
- – (5 et 7) Les couches plexiformes : constituent
des synapses entre les différentes cellules.
Vascularisation de la rétine
Cette vascularisation, artérielle et veineuse, est située dans la
couche des fibres ganglionnaires sous la limitante interne.
Au niveau de la macula, il y existe une zone avasculaire (la
fovéa). Cette zone est entourée par un capillaire continu ; par
conséquent, dans cette partie avasculaire, les échanges se font par
l'intermédiaire de la choriocapillaire.
La région maculaire [5]
Dans cette région les cellules pigmentées sont les plus hautes et
les plus denses.
- – La macula, située dans la rétine centrale est
responsable de la vision fine, nous permettant de lire,
écrire, et réaliser toutes les activités manuelles de détail. En
effet, elle est uniquement composée de cônes, assurant une motilité
visuelle maximale. Par conséquent, dans la DMLA seule la vision
centrale est altérée ; la vision périphérique étant conservée, du
fait que les bâtonnets ne sont pas atteints.Les berges sont plus
épaisses car elles comprennent, en plus de la structure rétinienne
normale, les éléments d'association et de transmission qui manquent
à la fovéa. La plexiforme externe des berges est étirée
oblique, nommée « couche de Henlé ». C'est dans cette couche que se
collectent les œdèmes maculaires.La lutéine est un pigment
caroténoïde qui est concentré dans la macula, donnant ainsi sa
couleur jaune.
- – La fovea, le centre de la macula, est constituée
uniquement de cônes, et l'acuité visuelle y est donc maximale.
Dégénérescence maculaire liée à l'âge :
La physiopathologie
Définition [6-8]
La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) est une maladie
dégénérative de la rétine d'évolution chronique qui débute après
l'âge de 50 ans (son diagnostic est souvent fait 10 à
15 ans plus tard). Cette maladie correspond à des lésions de
la macula. Ces lésions sont : dégénératives, non
inflammatoires, acquises, survenant sur un œil auparavant normal,
entraînant une altération de la vision centrale. La vision
périphérique ou latérale ne sont pas atteintes.
Les défaillances physiopathologiques à l'origine d'une
DMLA [5, 9]
Avec le vieillissement, les cellules de l'épithélium pigmentaire
rétinien se détériorent, causant un maillon faible dans le
processus « sanitaire rétinien ». Les cellules
photoréceptrices sont en manque d'oxygène, et ne peuvent plus
envoyer de signaux visuels au cerveau. Il y aura une
diminution de la destruction des déchets qui vont s'accumuler au
niveau de l'œil. Cette accumulation de déchets entraîne le dépôt de
Drusen, précurseurs de la DMLA.
Une autre théorie suggère que les vaisseaux sanguins
sous-jacents, qui fournissent les nutriments et rejettent les
déchets de l'épithélium pigmentaire rétinien et des
photorécepteurs, ne fonctionnent pas correctement. Par conséquent,
il y aura un manque d'oxygène et accumulation des déchets.
Ce manque d'oxygène entraîne une hypoxie, qui va induire la
libération du VEGF (vascular endothelial growth factor).
Ce facteur de croissance vasculaire va quant à lui induire la
mise en place d'un mécanisme de compensation par la formation de
nouveaux vaisseaux sanguins anormaux, on parle de
néovascularisation choroïdienne.
Aujourd'hui les mécanismes expliquant la formation de ces
néovaisseaux ne sont pas encore tous connus. En revanche, le rôle
du facteur de croissance VEGF dans le développement de ces
néovaisseaux est bien identifié.
Ces néovaisseaux sont à l'origine de décollements pigmentaires
et d'hémorragies au niveau de la macula, qui vont gêner la
vision.
Les radicaux libres sont produits en grande quantité par la
macula, et neutralisés par les antioxydants. Malheureusement,
l'organisme lorsqu'il est exposé à des facteurs influençant, va
produire un taux de radicaux libres supérieur à ses besoins.
Ces radicaux libres réagissent avec les cônes des
photorécepteurs dans la macula et produisent une quantité anormale
de déchets, qui s'accumulent et entraînent un dysfonctionnement au
niveau des cellules photoréceptrices.
Les facteurs de risques [7, 10]
Les facteurs de risque les mieux identifiés de la DMLA sont l'âge
et le tabac.
- – l'âge (personne de plus de 50 ans) est un facteur
de risque essentiel, contre lequel on ne peut évidemment pas agir.
La prévalence de l'apparition de la DMLA chez les plus de
80 ans est de 30 % ;
- – le deuxième facteur de risque reconnu est le tabac.
Une étude a montré l'augmentation de la fréquence de la DMLA chez
les fumeurs ; ce risque persiste jusqu'à 20 ans après l'arrêt
du tabac. Les sujets fumant plus de 20 cigarettes par
jour ont un risque de DMLA multiplié par 2,5. Le tabagisme
pourrait favoriser l'apparition de néovaisseaux choroïdiens.
Cependant des personnes n'ayant jamais fumé de leur vie peuvent
être atteintes de DMLA ;
- – l'hérédité intervient dans la survenue de la DMLA,
même si la probabilité de transmission aux descendants n'est pas
encore prouvée, au moins 3 gènes seraient impliqués.
La présence d'un seul allèle favorisant multiplie par 2 à
5 le risque d'être atteint. Le risque est supérieur à 80
% avec 3 allèles favorisants ;
- – l'alimentation est le facteur de risque que nous
allons étudier. Les patients atteints de DMLA seraient aussi
ceux ayant un régime faible en vitamines, minéraux et oligoéléments
;
- – la lumière : on a cru longtemps que les rétinopathies
étaient dues à une élévation de la température provoquée par
l'observation directe du soleil (notamment au cours d'éclipse). On
admet aujourd'hui que les effets solaires rétiniens sont de nature
photochimique et qu'ils ont pour siège les photorécepteurs et
l'épithélium pigmentaire de la rétine. En effet, les photons de
haute énergie détruisent l'article externe des photorécepteurs.
Ainsi, la rétine du sujet âgé, protégée par un cristallin opacifié,
devient dangereusement exposée après chirurgie de la cataracte (les
cristallins artificiels présentent de mauvaises qualités
d'absorption des UV et de la lumière bleue). La différence
entre les pigments de l'épithélium pigmentaire rétinien que
sont la mélanine et la lipofushine, réside dans leurs taux.
La mélanine est un piège à radicaux libre alors que la
lipofushine ne l'est pas ; lors de la vieillesse la lipofushine
augmente, par conséquent on observe une forte concentration de
l'oxygène dans épithélium pigmentaire.
D'autres facteurs de risque tels que la couleur des yeux,
l'hypertension artérielle et l'obésité ont été évoqués, mais à
l'heure actuelle, ils ne sont pas confirmés.
Les formes cliniques [6-8, 11]
Étiologie de la DMLA
Dans le DMLA, la région maculaire présente deux anomalies
caractéristiques :
- – apparition de Drusen : taches blanches dues à
l'accumulation de déchets lipidoprotéiques sous la rétine (figures 6 et
7). Les Drusen sont des dépôts localisés de lipides et
lipoprotéines, secondaires à une accumulation de déchets
métaboliques dus à la destruction de cellules photoréceptrices
;
- – l'altérationde l'épithélium pigmentaire : les cellules
épithéliales et photoréceptrices disparaissent et laissent la place
à des plages cicatricielles au niveau de la rétine. Lorsque ces
plages cicatricielles vont se rejoindre, on parle de scotome, zone
où l'acuité visuelle est nulle. Ce phénomène atrophique serait
lié à la présence des Drusen qui altéreraient les échanges
métaboliques rétiniens.
Les différentes formes
Il existe trois formes cliniques conduisant à l'apparition d'une
DMLA :
- – la forme précoce caractérisée par une petite quantité
de Drusen et une pigmentation rétinienne anormale (hypo ou
hyperpigmentation). Cette forme est très souvent asymptomatique. On
peut aussi parler de stades 1 et 2 ;
- – la forme intermédiaire caractérisée par la présence
d'un taux élevé de Drusen d'une taille moyenne. On observe des
parties atrophiées mais qui ne sont pas étendues à la macula. On
peut aussi parler de stade 3 ;
- – on distingue deux formes évolutives (ou stade 4), la
forme atrophique (ou « sèche ») et la forme exsudative (ou «
humide »). Elles ont les mêmes conséquences sur la vision mais
évoluent à des vitesses différentes. Le stade débutant est le
même dans les deux cas : apparition de Drusen au niveau de la
macula ou altération de l'épithélium pigmentaire rétinien.
La DMLA « sèche » ou atrophique est la forme la plus fréquente
(figure 8).
D'évolution lente, elle aboutit inévitablement vers une baisse
sévère de l'acuité visuelle. Elle se caractérise par la disparition
progressive des cellules visuelles et pigmentaires de la rétine
(cônes et bâtonnets). Ces cellules sont remplacées par des
lésions atrophiques au niveau de la macula. Elles s'étendent
lentement pendant de nombreuses années sans gêne visuelle. Elles
finissent par se rejoindre et toucher la macula, entraînant alors
une altération de la vision. On parle de scotome : portion du champ
visuel dépourvue de vision. Les personnes atteintes par cette
forme ressentent le besoin d'une lumière forte pour lire et
souffrent d'éblouissements. Aujourd'hui, aucun traitement n'existe
pour cette forme atrophique.
La DMLA exsudative ou « humide » est la forme la moins fréquente
(figure 9).
Elle se caractérise par la formation de néovaisseaux choroïdiens
sous la macula, gênant ainsi la vision. Comme ils laissent passer
facilement le sérum et le sang, cela va donner un soulèvement de
l'épithélium pigmentaire, avec des hémorragies et des exsudats.
L'évolution se fera vers une cicatrice fibreuse avec une atrophie
du tissu choriorétinien. Son évolution peut être particulièrement
rapide, conduisant à une perte de la vision centrale en quelques
semaines à quelques années. Pour cette forme, des solutions
thérapeutiques existent.
Les signes cliniques et symptômes [7]
La DMLA entraîne une perte de la vision centrale, tout en laissant
intacte la vision périphérique.
Les premiers signes de la maladie sont habituellement discrets
et peuvent être négligés. Attention, une baisse de la vision chez
la personne qui prend de l'âge ne doit pas être mise sur le compte
du vieillissement naturel.
Les symptômes caractéristiques évoluent par la suite, le stade
le plus avancé est l'apparition d'une tache au centre du champ
visuel.
Les signes cliniques évocateurs (figure 10)
Les deux yeux sont-ils forcément atteints ?
L'atteinte sévère du deuxième œil est très variable d'un sujet à
l'autre : elle peut survenir rapidement, dans un an, dans
10 ans, ou jamais.
S'il existe une DMLA exsudative ou « humide » à un œil, il
y a un risque de la développer au deuxième.
À retenir : les symptômes qui doivent alerter
Une baisse de la sensibilité aux contrastes.
Une baisse d'acuité visuelle.
Une vision déformée ou gondolée.
Une apparition d'une tache centrale : un scotome.
Les examens pour poser le diagnostic [7, 11-13]
Seul un ophtalmologiste peut poser le diagnostic de la DMLA.
Pour le diagnostic, la première étape consiste à mesurer
l'acuité visuelle de près et de loin. Puis l'ophtalmologiste
procède à un examen du fond d'œil (permet de mettre en évidence
certaines anomalies caractéristiques d'une DMLA tels que les
Drusen, altération de l'épithélium pigmentaire, les hémorragies et
les exsudats).
Suivant la forme de DMLA diagnostiquée, d'autres examens peuvent
être prescrits.
L'angiographie
Examen essentiel dans le diagnostic de la DMLA exsudative. Cet
examen consiste à photographier les vaisseaux de la rétine après
injection intraveineuse d'un colorant fluorescent. Il montre
ainsi les vaisseaux et le tissu de la rétine.
L'OCT (tomographie en cohérence optique)
Permet une exploration anatomique des couches de
tissus constituant la rétine. L'OCT est de plus en plus
utilisée pour la surveillance et la prise en charge de la DMLA.
Test d'Amsler
Une DMLA commence habituellement par une déformation des images
(métamorphopsies). Il faut donc tester chacun de ses yeux, en
fixant le point bleu central (figure 11). On ne
doit pas voir la grille environnante déformée, ce qui nécessiterait
une consultation en urgence chez un ophtalmologiste.
Les patients présentant des anomalies maculaires telle que la
DMLA voient ce type d'images (figures 12 et
13).
Comment vivre avec une DMLA ? [7]
Généralités
La DMLA représente une source importante d'angoisse car elle peut
entraîner une réduction des capacités à réaliser les activités de
la vie quotidienne et peut avoir un retentissement sur l'autonomie
au cours de son évolution.
Le mode de vie n'est pas forcément modifié par la DMLA : il est
possible de voyager, prendre l'avion. Les personnes peuvent
continuer à avoir une activité physique régulière.
Le champ visuel périphérique étant conservé, les malades
gardent une certaine autonomie et accomplissent sans aide les
gestes quotidiens : se déplacer, s'habiller, manger.
Dans le cas le plus gênant, une tâche centrale (scotome) peut
empêcher, par exemple, de lire, de reconnaître les visages dans la
rue et de pratiquer des activités de bricolage précis.
Le problème de la conduite automobile
Lorsque la DMLA est très évoluée, la conduite automobile est
dangereuse.
Des conseils pour l'aménagement du lieu
de vie
Installer un éclairage de bonne intensité en évitant les zones
d'ombre et d'éblouissement
Éviter les risques de chute en supprimant les obstacles comme
des meubles non positionnés le long du mur, des fils électriques
qui traînent par terre, des tapis non fixés.
Utiliser un téléphone à grosses touches.
Avoir un réveil ou une montre parlante.
La prévention
Il y a 3 niveaux de prévention :
- – la prévention primaire consiste à dépister les
personnes à risque avant les premiers signes de la maladie, afin de
leur proposer des mesures de protection. Il s'agit au niveau
national de recommander dans la population des mesures préventives
telles que la lutte contre le tabagisme, ou encore un régime
alimentaire approprié (riche en antioxydants, en lutéine ou encore
en DHA) mais aussi le port de lunettes de haute protection contre
les rayons lumineux ;
- – la prévention secondaire a pour but de limiter
l'évolution des lésions, en intervenant avant l'apparition des
symptômes. Le maître mot de cette prévention est donc le
dépistage des cas asymptomatiques. Elle correspond à la détection
des premiers signes de maculopathie liée à l'âge (MLA) ou de
dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) par un examen du fond
d'œil à partir de l'âge de 55 ans ;
- – la prévention tertiaire a pour objectif de réduire les
complications de la DMLA, pour limiter les conséquences de la
maladie et améliorer la qualité de vie des personnes.
La prévention tertiaire correspond à l'ensemble des éléments
diagnostiques et thérapeutiques mis en œuvre dans les meilleurs
délais afin d'assurer la prise en charge optimale des patients et
la meilleure acuité visuelle possible. Elle correspond également à
l'ensemble des mesures d'éducation du patient pour une détection
précoce des symptômes en cas de récidive ou d'atteinte du deuxième
œil et surtout à sa prise en charge rapide.
De multiples nutriments interviennent dans la vision et
pourraient influencer le déclenchement et/ou l'évolution de la
DMLA, notamment : les antioxydants, les xanthophylles (lutéine et
zéaxanthine) ainsi que les acides gras oméga-3 à longues chaînes :
DHA et EPA. Cette optique d'apport nutritionnel fait partie
intégrante de la prévention primaire, que nous allons donc
étudier.
Deuxième partie : DMLA et stress oxydant
Du fait de la dépendance de sa fonction à l'oxygène, la rétine est
fortement exposée au stress oxydant qui est un facteur majeur de
l'apparition de la DMLA. Il existe cependant des mécanismes de
défenses antioxydants qui peuvent être renforcés pas des apports
nutritionnels.
Le stress oxydant [14]
Le stress oxydant se définit comme un déséquilibre entre la
surproduction d'espèces réactives de l'oxygène et/ou la baisse des
défenses antioxydantes (figure 14).
Origine du stress oxydant dans la DMLA
Les causes potentielles d'un stress oxydant sont diverses :
certaines sont liées à la production excessive d'espèces réactives
de l'oxygène (comme l'oxygène singulet, le radical superoxyde et
hydroxyle ou le peroxyde d'hydrogène), d'autres à une diminution
des défenses anti radicalaires.
L'excès tissulaire des espèces oxygénées réactives crée un
stress oxydant qui se manifeste par des altérations structurales et
fonctionnelles dues à l'attaque radicalaire des lipides, des
protéines et des acides nucléiques. D'autre part, le stress oxydant
est capable de réguler l'expression de gènes impliqués notamment
dans la croissance cellulaire et dans l'apoptose. Plusieurs
circonstances rencontrées dans la DLMA sont susceptibles d'être à
l'origine d'un stress oxydant qui pourrait prendre part à
l'étiopathogénie de la maladie.
Les espèces réactives de l'oxygène formées au niveau
de la rétine [15]
La rétine offre un contexte idéal pour la production de FRO (formes
réactives de l'oxygène) pour diverses raisons :
- – la consommation d'oxygène est beaucoup plus importante
dans la rétine que dans n'importe quel autre organe ;
- – la rétine est soumise à une irradiation cumulative de
niveau élevé ;
- – les membranes de la couche externe photoréceptrice
sont riches en acides gras polyinsaturés facilement oxydables et
pouvant être à l'origine de chaînes de réactions cytotoxiques
;
- – ces espèces réactives peuvent également découler de
réactions enzymatiques le plus souvent catalysées par les
oxydases.
Les FRO sont le plus souvent des radicaux libres. Or, l'état
radicalaire est dit « instable », le radical libre réagit de façon
fugace avec tous les édifices moléculaires voisins, même ceux
chimiquement les plus stables. Dès lors, une cascade de réactions
chimiques formant de nouveaux radicaux libres va se mettre en
place.
L'anion superoxyde (O2·–) [16]
C'est le radical libre oxygéné le plus abondamment formé.
Il résulte de la réaction ci-dessous :
Cette réduction est essentiellement le fait de l'activité d'une
enzyme membranaire, la NADPH oxydase, présente le plus souvent dans
les phagocytes.
O2·– peut également provenir de la
réduction d'O2 par la chaîne mitochondriale de
respiration cellulaire.
O2·– est lui-même un faible oxydant mais
il joue un rôle important du fait de sa participation à la
formation des autres FRO.
Le peroxyde d'hydrogène (H2O2)
H2O2 est obtenu par la réaction :
Cette réaction a lieu sous la dépendance d'une enzyme : la
superoxyde dismutase (SOD) et donne naissance au peroxyde
d'hydrogène qui possède un fort pouvoir oxydant.
Le radical hydroxyle (OH.)
Son obtention nécessite l'intervention de cations métalliques
telles le fer sous forme non liée :
Le radical hydroxyle est plusieurs milliers de fois plus réactif
qu'O2·–.
L'oxygène singulet (1O2) [16]
Il est surtout formé par activation photochimique d'O2 :
Ce n'est pas un radical toxique et il ne semble jouer qu'un rôle
mineur dans l'éventail des effets toxiques dus aux FRO.
La génération de ces FRO au niveau de la rétine initie une
cascade de réactions biochimiques et toxiques. Ces réactions
peuvent endommager les tissus biologiques de la rétine s'ils ne
sont pas suffisamment détruits ou piégés par les systèmes
antioxydants.
La peroxydation lipidique [17]
Les membranes des cônes et des bâtonnets sont constituées d'une
double couche lipidique. Les lipides sont attaqués par les FRO
et deviennent responsables d'une phototoxicité rétinienne.
Les lipides peroxydés peuvent stimuler la production
d'aldéhydes électrophiles très réactifs qui vont se lier de façon
covalente aux protéines en formant des adduits avec les résidus
cystéine, lysine, ou histidine.
En plus de ces aldéhydes, il se forme du malondialdehyde (MDA)
et du 4-hydroxynonenal (HNE) qui représentent les produits majeurs
de la peroxydation lipidique.
Les chromophores de la rétine
et la lipofuscine [18-23]
Les chromophores sont des molécules colorées qui absorbent la
lumière et qui de ce fait produisent une réaction chimique. On peut
définir les dommages photochimiques comme étant une altération
provoquée par l'absorption des UV et de la lumière par un
chromophore, ce qui modifie l'état électronique du chromophore pour
le faire passer à l'état excité.
Les chromophores rétiniens sont par exemple la rhodopsine, la
mélanine, la lipofuscine et les enzymes respiratoires
mitochondriales (notamment la cytochrome C-oxydase).
La lipofuscine est un pigment composé de lipides et de protéines
dont la teneur augmente avec l'âge. On parle de « pigment du
vieillissement », elle est utilisée comme un marqueur de sénescence
cellulaire. La peroxydation lipidique, l'inactivation
enzymatique ainsi que le dysfonctionnement cellulaire de
l'épithélium pigmentaire (figure 15)
participent à la formation de lipofuscine. La lipofuscine
provoque une diminution de la capacité phagocytaire de l'épithélium
pigmentaire rétinien et une inhibition des enzymes protéolytiques
des lysosomes.
De plus, la lipofuscine contribue au stress oxydant en tant que
chromophore. Elle sensibilise les cellules épithéliales à la
lumière bleue, provoquant ainsi la production d'oxygène singulet et
de radicaux libres. Ceci induit des réactions photo-oxydatives qui
endommagent ces cellules et causent leur mort par apoptose (figure 15).
La stimulation du métabolisme oxydant [24, 25]
La phagocytose des segments externes des photorécepteurs qui a lieu
dans les cellules de l'épithélium pigmentaire entraîne une
production continue de radicaux libres oxygénés qui soumettent cet
épithélium à un stress oxydant potentiel.
Miceli et al. [24] ont montré que l'épithélium pigmentaire
possédait une NADPH oxydase localisée dans les phagosomes. Cette
NADPH oxydase (activée par la phagocytose) entraîne la production
de H2O2 intracellulaire. L'équipement de
l'épithélium en systèmes de défense antioxydants lui permet
normalement d'éviter les lésions oxydatives et la mort cellulaire.
Cependant des études récentes rapportent que les défenses
cellulaires antioxydantes (catalase, glutathion peroxydase,
métallothionéine) sont diminuées dans la rétine de singes atteints
de DMLA précoce ce qui pourrait rendre compte de l'atteinte de
l'épithélium.
Ischémie [26-30]
L'ischémie aiguë rétinienne est génératrice de radicaux libres
oxygénés ayant pour conséquence un déficit en antioxydants
endogènes et des altérations oxydatives de la rétine.
L'ischémie peut aussi être considérée, non pas comme un facteur
primaire de la dégénérescence maculaire, mais comme un élément
secondaire responsable de son évolution. Il est en effet
démontré que l'hypoxie stimule la libération du facteur de
croissance vasculaire VEGF. Ce facteur est impliqué dans les
processus de néovascularisation post-ischémiques. Des études
récentes démontrent en outre que des formes réactives de l'oxygène,
comme O2·– et H2O2,
sont capables de stimuler la libération du VEGF dans différents
tissus dont l'épithélium pigmentaire. Ainsi le stress oxydant dû à
l'ischémie, à une réaction inflammatoire ou à une génération
radicalaire pourrait être en partie responsable de la
néovascularisation
Les altérations cellulaires et enzymatiques
Enzymes antioxydantes [31, 32]
Une association significative a été mise en évidence entre les
concentrations de GPX (glutathion peroxydase) plasmatique et le
risque de DMLA évolutive. Par contre, le risque de DMLA précoce n'a
pas pu être corrélé de manière significative au niveau élevé de GPX
plasmatique.
La mitochondrie [15]
Les mutations de l'ADN mitochondrial s'accumulent progressivement
avec l'âge, en particulier dans la région fovéolaire.
Protéasome [33]
Il existe une altération du protéasome au cours du vieillissement
(protéines cytoplasmiques impliquées dans la détoxification
cellulaire).
Enzymes impliquées dans le métabolisme lipidique
La composition lipidique des membranes joue un rôle important dans
le maintien des fonctions visuelles. Des modifications, dans
la composition des phospholipides et dans l'activité des enzymes
impliquées dans la formation des insaturations des acides gras,
peuvent altérer ces fonctions.
Au cours du vieillissement, la fluidité membranaire est affectée
du fait du stress oxydant et d'une modification du métabolisme
lipidique (les activités delta 6 et 9 désaturase
diminuent).
La modulation génique [34]
Le vieillissement tissulaire est un mécanisme complexe qui est lié
à l'interaction de plusieurs gènes et de facteurs de
l'environnement (lumière, tabac…). La résultante de ces
interactions peut se traduire sous la forme d'une réponse
inflammatoire chronique avec production de médiateurs
pro-inflammatoires comme le VEGF.
Les différents systèmes antioxydants
de la rétine
Pour prévenir la survenue d'un stress oxydatif, on peut distinguer
trois grands systèmes de défense antioxydants.
Les systèmes de défenses enzymatiques
La superoxyde dismutase (SOD)
La SOD est une métalloprotéine contenant du zinc et du cuivre (SOD
(Cu, Zn)) ou du cuivre et du manganèse (SOD (Cu, Mn)). Elle
catalyse la dismutation de l'anion superoxyde :
La SOD est localisée au niveau des segments internes de la
couche des photorécepteurs et de l'EPR (épithélium pigmentaire
rétinien).
La glutathion peroxydase (Se-Gpx)
La glutathion peroxydase sélénium dépendant se trouve dans le
cytosol et le compartiment mitochondrial des cellules rétiniennes
et nécessite la présence de sélénium pour être activée.
Elle agit selon la réaction située ci-dessous :
Ces deux réactions sont couplées avec l'oxydation du glutathion
et la réduction du NADP+ en NADPH, H+.
La catalase [35, 36]
La catalase est une hémoprotéine qui se trouve dans les segments
internes des photorécepteurs et dans l'EPR (épithélium pigmentaire
rétinien). Elle catalyse la réaction suivante :
Lors du vieillissement, on observe une diminution liée à l'âge
de la catalase dans l'épithélium pigmentaire rétinien.
Le glutathion (GSH)
Le glutathion est un tripeptide (glutamyl-cystéinyl-glycine)
hydrosoluble présent dans la rétine, en particulier dans les
segments externes des photorécepteurs.
Le GSH intervient en tant que cofacteur de la peroxydation
lipidique : il permet de transformer un lipoperoxyde (ROOH) en
alcool (ROH). Il agit également en tant que cofacteur de la
Se-Gpx.
Les vitamines antioxydantes
La vitamine C (acide ascorbique) [37]
La vitamine C est un antioxydant hydrosoluble considéré comme le
plus efficace des antioxydants présents dans le sang (figure 16). Dans la
rétine sa concentration n'est pas très élevée mais cette vitamine
se concentre plutôt au niveau du cristallin.
En s'associant à d'autres molécules antioxydantes comme le
glutathion, la vitamine C piège les radicaux libres de l'oxygène et
les radicaux ROO–.
Par exemple :
La vitamine C protège aussi les membranes contre la peroxydation
lipidique en régénérant la vitamine E, principal antioxydant
liposoluble membranaire.
La vitamine E (alpha tocophérol) [32, 38, 39]
La vitamine E est un antioxydant liposoluble présent en grande
quantité dans la rétine, particulièrement dans les segments
externes des bâtonnets et dans l'EPR (figure 17).
Grâce à sa lipophilie, elle peut s'insérer dans les doubles
couches lipidiques des membranes cellulaires où elle constitue un
excellent piégeur de radicaux lipoperoxyles ROO- formés sur les
AGPI (acides gras polyinsaturés). Ce rôle essentiel lui
confère le pouvoir de stabilisant de membrane.
La vitamine E est régénérée aux dépens de la vitamine C ou du
glutathion réduit. C'est un exemple d'inter-relation
vitaminique.
De plus la vitamine E agit en synergie avec les enzymes
antioxydantes SOD, GPO, catalase.
Plusieurs études épidémiologiques ont mis en évidence une
corrélation inverse entre les concentrations plasmatiques en
vitamine E et le risque de DMLA.
La vitamine A et bêtacarotène [40]
La vitamine A est un dérivé du bêtacarotène présent dans
l'organisme sous forme de rétinol, de rétinal, d'acide rétinoïque
et de réthinylphosphate (figure 18).
La vitamine A est une vitamine liposoluble impliquée dans
la régénération de la rhodopsine, pigment retrouvé dans les
bâtonnets (nécessaire à la vision nocturne).
De plus, elle a une activité antiradicalaire et protège les
cellules des dommages de la lipoperoxydation.
Le bêtacarotène n'est quant à lui pas retrouvé en grande
quantité dans la rétine, seules la lutéine et la zéaxanthine sont
présentes à haute concentration au niveau de la macula.
Les oligoéléments : zinc et sélénium
Le zinc
La concentration de zinc dans la rétine est élevée. Il joue un
rôle très important dans les mécanismes de défense antioxydants
dans la mesure où il agit comme cofacteur de la SOD (Cu, Zn) et est
impliqué dans la régulation de l'activité de la catalase.
En outre, le zinc initie la synthèse de métallothioléine, connue
pour sa capacité à fixer les radicaux hydroxyles et stabilise les
lipides membranaires contre l'oxydation.
Le sélénium
Le sélénium est également très présent au niveau de la rétine.
Ce métalloïde proche du soufre est le cofacteur de la
glutathion peroxydase (Se-Gpx) seule enzyme capable de réduire les
peroxyles lipidiques.
Prévention nutritionnelle de la DMLA
par les antioxydants
Aujourd'hui, plus que jamais, on demande aux ophtalmologues de
répondre aux questions des patients sur la supplémentation et la
nutrition. Plus récemment, l'intérêt s'est porté sur les
compléments nutritionnels pouvant prévenir la perte de vision
chez des patients atteints de maladie dégénérative comme la
cataracte et la dégénérescence maculaire.
Besoins de la rétine
Pour la même masse de tissu, les besoins métaboliques de la rétine
sont environ sept fois ceux du cerveau, et les plus élevés de tous
les tissus de l'organisme. L'apport de sang à l'œil et à la rétine
en est la preuve. Il existe deux circulations distinctes, la
circulation rétinienne (en surface) et la circulation choroïdienne
(en profondeur).
Prévention de la DMLA et vitamines
Vitamine C et DMLA
Les sources de vitamine C dans l'alimentation
Notre besoin journalier en vitamine C est de 60 mg/j.
Études sur la vitamine C [41]
17 études ont analysées les relations entre vitamine C et DMLA :
- – 12 études n'ont pas trouvé une association
significative ;
- – 1 étude montre qu'un niveau bas de vitamine C
observé chez des patients italiens est corrélé à l'apparition de
DMLA ;
- – 1 étude suggère que des niveaux élevés de
vitamine C provenant de la nourriture ou de compléments
alimentaires étaient associés à un risque plus élevé de DMLA
précoce.
Conclusions
Il semble donc difficile de conclure sur les bienfaits de la
vitamine C utilisée seule dans le traitement préventif de la DMLA.
Pourtant le rapport de l'étude AREDS a montré un résultat
significatif pour la prévention des complications secondaires de la
DMLA. Dans cette étude que nous verrons plus loin, la vitamine C
était prise au sein d'un cocktail de micronutriments antioxydants à
hautes doses.
Vitamine E et DMLA
Les sources de vitamine E dans l'alimentation
Notre besoin journalier en vitamine E est de 10 mg/j.
Études sur la vitamine E [32, 43-47]
Des études expérimentales ont montré l'apparition de
dégénérescences rétiniennes en cas de carence en vitamine E.
Sur le plan épidémiologique, le taux plasmatique de vitamine E
est inversement corrélé à la survenue d'une DMLA dans l'étude
cas-témoins Eye Disease Case-Control Study Group [EDCCS] [43] et
dans une étude prospective (Baltimore Longitudinal Study of Aging)
[44], mais de façon non significative (du fait d'un grand
intervalle de confiance).
L'étude POLA [32] a en revanche démontré une diminution
significative de 80 % du risque de survenue d'une DMLA chez les
sujets ayant des concentrations plasmatiques plus élevées en
vitamine E.
Enfin, le niveau tissulaire de la vitamine E ne présente pas de
lien fort avec les apports alimentaires.
Conclusions [42]
Les supplémentations en vitamine E dans ces études sont à des doses
de vitamine qui ne peuvent être obtenues seulement par la
nutrition. L'étude des relations entre prise de vitamine E,
concentration plasmatique et risque de DMLA est donc mitigée.
En effet, bien qu'une haute concentration plasmatique en
vitamine E semble donner un effet protecteur contre la DMLA, nous
ne pouvons pas affirmer au vu de ces études que la prise de
compléments ou un régime alimentaire riche en vitamine E permet une
forte concentration plasmatique.
Le cocktail de micronutriments de l'étude AREDS contenait
également de la vitamine E à haute dose.
Multivitamines et DMLA
Les multivitamines [48]
Sous le terme « multivitamines » on comprend toutes les vitamines
essentielles que l'on peut retrouver dans l'alimentation à des
concentrations qui satisfont à l'exigence nutritive de presque tous
les individus sains. Ces concentrations correspondent au
niveau maximum des AJR en fonction du sexe et de l'âge.
Tableau récapitulatif des AJR des vitamines
Études sur les multivitamines [49, 50]
Il n'y a aucune preuve que l'utilisation de multivitamines ralentit
le début ou la progression de DMLA, bien qu'elle ait été examinée
dans plusieurs populations.
Conclusions [51-53]
Il est difficile de conclure d'après ces études sur un effet
éventuel des multivitamines dans la prévention de la DMLA.
De plus, la preuve d'un avantage peut être dure à démontrer car
les patients ayant des antécédents familiaux de DMLA ont souvent
déjà recours à des supplémentations. Ceci peut donc entraîner un «
bruit » qui fausse les résultats.
Or, le bienfait des multivitamines a été mis en évidence pour
retarder l'apparition de cataracte. Même s'il manque des preuves
que les multivitamines influencent l'évolution de la dégénérescence
maculaire, pourquoi ne pas recommander les multivitamines « à tout
hasard » ?
L'idée que les multivitamines sont bonnes pour la santé en
général reste controversée et les preuves d'efficacité des
multivitamines dans des essais cliniques manquent.
Certains médecins émettent des réserves quant à la
supplémentation et préfèrent privilégier l'apport des vitamines par
l'alimentation. L'alimentation fournit une plus grande richesse de
formes chimiques. Par exemple, dans les compléments alimentaires,
la vitamine E est représentée par l’α-tocophérol, qui est l'isomère
considéré comme celui ayant la plus haute activité. Or, dans
l'alimentation, c'est le γ-tocophérol qui constitue la
majorité de la vitamine E. Ces 2 isomères l’α-tocophérol
et le γ-tocophérol possèdent des propriétés différentes dans
la prévention de la pathogénie de maladies chroniques.
De plus, la supplémentation en α-tocophérol réduit la
concentration dans le plasma et dans les tissus de γ
et δ-tocophérols d'origine alimentaire.
Par conséquent, la forme trouvée dans les suppléments ne peut
être suffisante et peut en réalité réduire la biodisponibilité
d'autres substances nutritives, bien qu'il y ait actuellement peu
de preuve de risques spécifiques pour la santé.
Un second avantage des aliments est qu'ils contiennent plusieurs
espèces chimiques qui peuvent avoir des bénéfices sur la santé. Par
exemple, la lutéine et zéaxanthine trouvées dans les végétaux verts
foncés ont un rôle important dans la santé de l'œil et dans l'état
général. Il y a donc probablement d'autres substances
contenues dans les aliments dont nous sommes actuellement
ignorants. De plus, les multivitamines peuvent donner aux
patients un faux sens de sécurité sur leur statut nutritionnel.
Le risque est donc que les patients diversifient moins leur
alimentation.
De plus, certaines substances sont mieux absorbées lorsqu'elles
sont prises au sein d'un aliment, comme la vitamine E.
Risques [54, 55]
Il n'y a aucune preuve directe pour affirmer qu'une supplémentation
en multivitamines respectant les AJR pose un risque pour la santé.
Cependant, des prudences spéciales peuvent s'appliquer dans
certaines circonstances ; par exemple, un excès de vitamine
A est associé au risque d'augmentation de l'ostéoporose et de
fracture de la hanche.
Remarque : les préparations multivitaminiques avec vitamine
A fournissent typiquement 800 μg/j, bien en dessous de la
limite supérieure sûre. La consommation journalière de
vitamine A est en moyenne de 1 000 μg/j.
Prévention de la DMLA et zinc
Les sources de zinc dans l'alimentation
Notre besoin journalier en zinc est de 15 mg/j.
Études sur le zinc [56, 57]
Une étude [56] montre qu'une supplémentation en zinc à la hauteur
de 80 mg/j (soit 5 fois les AJR) permet de réduire le
risque de progression de la DMLA à un stade avancé parmi les
patients qui avaient déjà de vastes Drusen. Par contre un essai
clinique [57] est arrivé à des conclusions opposées. Cependant ce
dernier essai était effectué sur moins de personnes et pendant
moins longtemps.
Le zinc a été également étudié lors de l'étude AREDS.
Risques [58]
Il existe plusieurs effets secondaires possibles liés à une
supplémentation en zinc.
La toxicité aiguë de zinc est assez rare. Cependant, l'ingestion
de zinc en excès (100-300 mg/j) peut conduire à des douleurs
gastriques, des nausées et des vertiges. Dans l'AREDS, la
supplémentation en zinc (avec le cuivre) n'a pas significativement
influencé les niveaux de lipides dans le sang, mais des effets à
plus long terme n'ont pas été étudiés.
Conclusions
Dans l'attente d'informations complémentaires sur la sécurité en
supplémentation en zinc, la prudence est justifiée. Il est
facile de surdoser le zinc car le corps n'a pas de façons efficaces
d'éliminer un excès en zinc comme il peut le faire pour des
vitamines hydrosolubles. The National Academy of Sciences a
actuellement mis une limite supérieure de sécurité à 40 mg/j
pour les adultes, valeur basée sur l'interférence avec le cuivre.
Cependant, l'impact à plus long terme et l'impact dans les
populations plus larges d'individus sont actuellement inconnus.
Nous verrons par la suite que l'étude AREDS a mis en évidence
que le zinc joue un rôle au niveau de la prévention de la
dégénérescence maculaire.
Prévention de la DMLA et sélénium
Les sources de sélénium dans l'alimentation
Notre besoin journalier en sélénium est de 60 μg/j.
Étude sur le sélénium [59]
L'étude Benchaboune et al. parue en 2004 est une étude
pilote, monocentrique d'une durée de 24 mois, réalisée dans le
service d'ophtalmologie du CHU de Saint-Étienne. Elle s'est
intéressée à 48 patients atteints d'une DMLA et d'âge
supérieur à 50 ans. Son objectif était double : d'une part,
évaluer l'impact de doses pharmacologiques de
Granions®de sélénium (960 μg/j) sur l'évolution
fonctionnelle biologique de la DMLA ; d'autre part, évaluer la
tolérance de ces doses sur 24 mois.
Cette étude montre l'intérêt d'une supplémentation en sélénium
sur les critères fonctionnels de la vision (acuité visuelle, vision
des contrastes, pic maculaire) pour des patients atteints d'une
DMLA. Mais là encore, les doses utilisées sont des doses
pharmacologiques et non nutritionnelles.
Au cours de cette étude, il en ressort qu'un traitement
journalier de 960 μg de Granions® de sélénium au long
cours est bien toléré : en effet, aucun élément indésirable lié au
traitement n'a été constaté.
Cependant, une étude [59] a montré que le sélénium à hautes
doses peut favoriser la cataracte.
Par conséquent, le sélénium semble bien jouer un rôle au niveau
de la prévention de la DMLA mais il reste à préciser à quelle dose
on doit l'utiliser dans la supplémentation. Enfin, le sélénium n'a
pas été pris en compte lors de l'étude AREDS que nous allons voir
au point suivant.
Etude AREDS (Age Related Eyes Disease Study, report n° 8, 2001)
[42-44]
Présentation de l'étude
L'AREDS a été soutenue par le National Eye Institute. Cette étude
randomisée en double aveugle a duré 6,3 ans et a mobilisé
11 centres médicaux spécialisés. Elle a porté sur
3 640 patients âgés de 55 à 80 ans qui ont été
suivis sur une période de 6,3 ans à raison d'un examen tous
les 6 mois.
L'étude AREDS est actuellement l'étude de référence dans la mise
en place de traitements préventifs contre la DMLA.
Classification des patients de l'AREDS
et selon divers stades de DMLA (figure 19)
Quatre groupes ont permis de différencier les patients selon leur
stade de DMLA :
- – Stade 1 : quelques Drusen de petit taille
(< 63 μm) ;
- – Stade 2 : nombreux Drusen de petite taille, quelques
Drusen de taille moyenne (entre 63 et 125 μm) et
anomalies de pigmentation ;Acuité visuelle conservée pour les
stades 1 et 2 ;
- – Stade 3 : nombreux Drusen d'une taille entre
63 et 125 μm ou plus, ou des surfaces non centrales avec
atrophie géographique ;
- – Stade 4 : patients avec perte de vision d'un œil due à
une DMLA dans un œil (néovascularisation choroïdienne, maculopathie
exsudative) ;Baisse de l'acuité visuelle pour les stades 3 et
4.
Au sein de ces 4 catégories, les effets de quatre
traitements ont été étudiés, effectués de façon randomisée.
Groupes d'antioxydants étudiés
- – Groupe 1 : « antioxydants : vitamine C »
(500 mg/j), vitamine E (400 UI/j) et bêtacarotène
(15 mg/j)
- – Groupe 2 : « zinc » : oxyde de zinc (80 mg/j) et
oxyde de cuivre (2 mg/j)
- – Groupe 3 : « antioxydants plus zinc »
- – Groupe 4 : « placebo »
Résultats de l'étude
Dans cette étude, les deux critères de jugement étaient la
progression de la maladie (survenue d'une complication ou d'une
évolution) et l'acuité visuelle (mesurée une fois par an).
Résultat sur la progression vers la DMLA
évoluée
Pour des patients atteints de Drusen < 125 μm ou chez les
patients de stade II, le risque de progression étant faible
(< 1,3 % à 5 ans) aucun effet des supplémentations n'a
été montré.
En revanche pour les patients de stade III et IV, un effet
protecteur des suppléments en vitamines et minéraux vers la DMLA
évoluée a été montré.
Les résultats concernant la réduction des lésions maculaires
chez les patients au stade III et IV sont résumés dans le tableau
ci-dessous :
On constate que le zinc obtient un meilleur résultat par rapport
aux vitamines. L'association des deux donne une meilleure réduction
des lésions maculaires.
Résultats sur la perte d'acuité visuelle
De même, pour les patients atteints de stade 3 et 4, un effet
protecteur des suppléments vis-à-vis de la perte d'acuité visuelle
a été observé.
Les résultats de la réduction du risque de perte d'acuité
visuelle dans les stades 3 et 4 sont résumés dans le
tableau ci-dessous :
On peut constater que les effets obtenus avec les antioxydants
et le zinc sont sensiblement identiques et que l'association des
deux permet l'obtention d'une meilleure protection.
Conclusions et remarques
L'étude AREDS représente un pas important pour la prévention des
complications de la DMLA. De plus, jusqu'ici, aucun traitement
n'avait été validé pour limiter le passage à une DMLA plus évoluée.
Pourtant, des interrogations et remarques face à cette étude
peuvent se poser :
- – l'utilisation de bêtacarotène peut paraître un peu «
démodée ». De plus cette étude AREDS ne prend pas en compte ni
la lutéine, ni la zéaxanthine, ni le sélénium. En ce qui concerne
la lutéine et la zéaxanthine il y avait peu d'information
en 2001 sur ces deux caroténoïdes. Cependant, ils sont pris en
compte dans l'étude AREDS 2 (en cours et se terminant en 2011)
;
- – les doses étudiées des vitamines antioxydantes et du
zinc sont élevées : ce ne sont pas des doses nutritionnelles mais
des doses pharmacologiques. L'étude AREDS n'avait pas pour but de
rechercher un effet-dose mais d'établir un effet net ;
- – l'AREDS n'a pas duré assez longtemps ou sur assez de
témoins pour exclure un avantage potentiel sur les patients au
premier stade de DMLA ;
- – pour les patients avec une histoire familiale de la
DMLA, Les patients ayant participé à l'étude AREDS étaient
plus sains que la population générale, ayant la moitié du taux de
mortalité d'une population générale comparable. L'avantage des
antioxydants pourrait être plus grand ou moins important dans
différentes population. L'impact devra être confirmé sur des
populations plus larges de personnes atteintes de DMLA.
Tolérance, contre-indication [60]
L'étude AREDS est la première étude à valider un traitement de la
DMLA aux stades 3 et 4 de la maladie pour prévenir
l'émergence des formes sévères. Ce traitement consiste en une
supplémentation en vitamines antioxydantes et en minéraux à haute
dose. En effet ces doses sont nettement supérieures des apports
journaliers recommandés (AJR) en France.
Ainsi, face à ces doses importantes, se pose le problème de la
tolérance et de contre-indications. La tolérance a été
excellente, les seuls effets secondaires étaient une augmentation
de la fréquence des infections génito-urinaires chez l'homme.
Une seule contre-indication s'impose : celle du bêta-carotène à
haute dose chez le fumeur. En effet, chez les fumeurs, le
bêta-carotène à haute dose pourrait potentialiser les
proliférations cellulaires et être lié à la genèse de processus
tumoraux. En ce qui concerne la vitamine E à forte dose, elle est à
éviter chez les patients ayant des antécédents d'accident
vasculaire cérébral ou à risque hémorragique car elle possède à
forte dose une action antiagrégante plaquettaire.
Enfin la supplémentation en zinc est également à considérer avec
prudence selon la dose. En effet, il a été montré que
l'administration journalière d'une dose de 50 mg de zinc
pendant plusieurs mois provoquait une baisse de la ferritine, une
baisse de la concentration sanguine de cuivre, une baisse de
l'activité de la SOD et une baisse du HDL cholestérol.
Il apparaît alors utile d'adjoindre une supplémentation en
cuivre et une surveillance biologique pour dépister une carence en
fer chez les sujets à risque.
Indications
La formule de l'AREDS ne peut être prescrite ou recommandée qu'à
des patients appartenant aux stades 3 et 4 de DMLA.
Ainsi sur la base de cette étude il est alors recommandé de
proposer la formule de l'AREDS chez des patients présentant :
- – des Drusen séreux dont la taille est supérieure à
125 μm ;
- – des Drusen dont la surface totale représente plus du
1/5e de la surface papillaire ;
- – une atrophie géographique ne touchant pas la macula
;
- – une DMLA avancée unilatérale (atrophie géographique
centrale ou néovascularisation choroïdienne).
Pour ces patients, la supplémentation a bien fait la preuve de
son efficacité pour diminuer le risque de passage à une forme
sévère d'un œil ou de l'autre ou de diminuer la fréquence
d'apparition des formes sévères du deuxième œil.
La prise d'antioxydants est-elle risquée ? [61, 62]
On peut observer en pharmacie de nombreux suppléments pour prévenir
les maladies oculaires liées à l'âge. Ces suppléments
contiennent des antioxydants comme la vitamine C (acide
ascorbique), la vitamine E, les caroténoïdes et le zinc à de hauts
niveaux. Les niveaux d'autres substances nutritives dans ces
suppléments sont généralement 2 à 10 fois ceux des AJR.
Le sélénium, qui à de hautes doses peut favoriser la
cataracte, est en général à des niveaux inférieurs.
Récemment, il a été observé chez des patients prenant des
antioxydants à haute dose qui prenaient aussi des doses hautes
d'acide nicotinique et de statine une réduction inattendue du taux
de HDL et un risque d'accidents cardiaques et d'infarctus
augmenté.
Pour conclure, l'avantage de suppléments antioxydants à haute
dose dans la progression de la DMLA est fortement suggéré par les
résultats de l'AREDS. À cause du risque potentiel des suppléments
sur l'état de santé, nous devrions être prudents dans la
recommandation du supplément à de hauts niveaux. En effet, les
hautes doses de supplémentation permettent d'obtenir un effet
pharmacologique mais également des effets secondaires non observés
à des doses « physiologiques » et provenant de l'alimentation.
Avec le temps, il est probable que nous aurons une meilleure
compréhension des antioxydants à forte dose. Nous pourrons ainsi
mieux prévenir certaines maladies.
Cependant, on peut considérer quelques directives générales pour
tenir compte des avantages et réduire au minimum le risque. Si les
suppléments d'antioxydants sont pris à dose haute, le risque peut
être moindre s'ils sont pris simultanément. Les enzymes
antioxydantes et les microsubstances nutritives interagissent les
unes avec les autres dans une chaîne d'événements pour neutraliser
le stress oxydant dans les cellules. Si un élément de ce jeu
complexe est pris à de hautes doses, il y a alors un déséquilibre.
On a ainsi montré que quelques antioxydants, comme la vitamine C,
peuvent être des pro-oxydants dans de hauts niveaux et sous
certaines conditions. Pour ces raisons, il est préférable de
prendre des antioxydants à des niveaux prudents de consommation et
associés dans des préparations plutôt qu'en prise unique. Enfin
nous insisterons une fois de plus sur l'importance de manger un
régime bien équilibré qui participe également à l'équilibre de la
balance oxydant/antioxydant.
Troisième partie : DMLA et la lutéine
Présentation de la lutéine [63-66]
Historique [63]
C'est en 1945 que le chercheur Georges Wald détermina que la
lutéine était présente dans la rétine.
À la fin des années 1980, on commença à explorer le vaste
univers des pigments alimentaires. On découvrit alors divers
flavonoïdes et caroténoïdes dont les fonctions, outre qu'ils
coloraient les plantes, étaient encore mal comprises.
Il fallut attendre les années 1990 pour qu'on puisse isoler la
lutéine et commencer à comprendre quel rôle elle pouvait jouer dans
l'organisme. Nos connaissances à ce sujet restent encore limitées,
ce qui explique pourquoi la lutéine n'est apparue sous forme de
suppléments et dans les préparations commerciales de multivitamines
qu'au début des années 2000.
Description [63]
La lutéine est l'un des 3 pigments caroténoïdes qui se
trouvent en très forte concentration dans la rétine de l'œil, plus
précisément dans la macula (une tâche jaune d'environ 2 mm de
diamètre). La couleur jaune de la macula est due à la présence
de lutéine, de zéaxanthine et de mésozéaxanthine.
Ces caroténoïdes ne sont pas synthétisés par l'homme et
doivent donc être apportés par l'alimentation.
La lutéine et la zéaxanthine (appelés également « xantophylles
») ont des propriétés antioxydantes et filtrent la lumière bleue.
Ces deux actions contribueraient à prévenir les pathologies
maculaires telles que la DMLA.
Par conséquent, on pense que ces pigments caroténoïdes
permettraient à la rétine d'agir à la fois en neutralisant les
électrons libres (effet antioxydant) et en filtrant la lumière
bleue, qui agresse les photorécepteurs de l'œil (effet antioxydant
indirect).
À la différence du bêtacarotène, la lutéine ne joue aucun
rôle dans le métabolisme de la vitamine A, et ne peut donc être
considérée comme une provitamine. Elle fait partie de cette
catégorie de substances qui ne sont pas considérées comme des
nutriments essentiels, mais qui semblent pourtant jouer un rôle
crucial pour la santé.
Comme tous les caroténoïdes, la lutéine est mieux absorbée en
présence de matière grasse car elle est liposoluble.
Les sources alimentaires en lutéine [64-67]
Les légumes vert foncé sont ceux qui renferment le plus de lutéine.
L'œuf malgré sa faible teneur en lutéine (0,16 mg pour un
œuf de 50 g) par rapport aux légumes vert foncé, en est tout
de même une source intéressante. La lutéine qu'il contient est
mieux absorbée par l'organisme que celle des végétaux.
De plus, des études indiquent que l'œuf augmente nettement la
concentration de lutéine et de zéaxanthine dans la rétine, ce qui
peut avoir un effet protecteur contre la dégénérescence
maculaire.
Teneur en lutéine et zéaxanthine de quelques
aliments
Elle est présentée sur la figure 20.
Métabolisme [68]
La plupart des caroténoïdes sont métabolisés en vitamine A par
une enzyme, la carotène dioxygénase, dans l'intestin grêle et le
foie : ces caroténoïdes sont dits à activité provitaminique A.
La lutéine et la zéaxanthine ne possèdent pas cette activité
provitaminique A et ne participent donc pas à l'apport en
vitamine A.
La lutéine et la zéaxanthine sont absorbées par l'intermédiaire
d'un transporteur protéique. Une fois absorbées, ces pigments sont
transportés dans le sang par les chylomicrons jusqu'au foie où ils
sont stockés ou métabolisés puis transportés par des lipoprotéines
et distribués vers de nombreux tissus oculaires dont la macula, le
cristallin et le corps ciliaire.
La biodisponibilité des xantophylles est variable et dépend de
nombreux facteurs :
- – leur nature (polarité, estérification) ;
- – la dose ;
- – l'environnement nutritionnel.
Par exemple, les esters de lutéine sont mieux absorbés si
l'alimentation est riche en lipides ; cela n'a pas été observé pour
la lutéine sous forme libre.
Toutes les études montrent une bonne corrélation entre les
apports alimentaires et les taux plasmatiques observés et entre les
apports alimentaires et la densité du pigment maculaire.
Lutéine (formule chimique). Source :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1d/Lutein.png.
Besoins et apports [69]
Les apports observés dans les études sont variables car les
teneurs ne sont pas encore bien définies dans tous les
aliments, la lutéine et la zéaxanthine sont associées dans les
tables de composition. De plus, la lutéine et la zéaxanthine
ne sont pas considérées jusqu'à présent comme des nutriments
indispensables. En règle générale, on estime que les apports
quotidiens sont de l'ordre de 1 à 4 mg par jour.
Cependant, les effets bénéfiques de la lutéine observés vis-à-vis
de la DMLA concerneraient des doses de 6 à 10 mg par
jour.
Rôle de la lutéine dans la DMLA
Introduction [70-75]
Parmi les antioxydants d'origine alimentaire, la lutéine et la
zéaxanthine soulèvent un intérêt particulier, car ces caroténoïdes
composent le pigment maculaire, donnant à la macula sa couleur
jaune caractéristique.
Ce sont également les seuls caroténoïdes présents dans le
cristallin. Leur rôle est de filtrer la lumière bleue, source
potentielle de stress oxydant. Ils ont un rôle protecteur
vis-à-vis de la DMLA et de la cataracte.
La DMLA est la cause la plus fréquente de malvoyance et de
cécité, touchant les personnes de plus de 50 ans dans les pays
industrialisés.
La prévention et les possibilités de correction de la DMLA
apparaissent de ce fait d'un intérêt majeur pour la santé.
En effet, la rétine est riche en acides gras essentiels
polyinsaturés (AGPI) oméga-3 (EPA/DHA). Elle est donc
potentiellement et particulièrement exposée aux attaques
radicalaires oxydatives.
La fovéa appelée aussi macula lutea concentre naturellement
2 caroténoïdes : lutéine et zéaxanthine. Cette concentration
est unique.
Les différentes études nous montrent que l'oxydation des
caroténoïdes par le soleil et par la lumière UV engendre une
cascade de dégradation allant du lycopène à la zéaxanthine puis à
la lutéine.
Ceci nous confirme que la lutéine est spécifiquement la plus
résistante face aux attaques radicalaires UV. Cela explique la
relative absence du lycopène dans la macula, alors qu'il est le
caroténoïde le plus concentré dans le sérum. Et ce, parallèlement à
une très forte concentration de lutéine dans la fovéa (2,7 fois
plus), déclinant très rapidement à la périphérie.
On constate aussi que la lutéine est en plus forte concentration
naturellement dans la macula saine, et dans les « rétines jeunes »
par rapport aux « rétines âgées ».
Il apparaît aussi que la zéaxanthine est d'avantage impliquée
dans la protection de la lipoperoxydation et la lutéine dans la
protection liée aux radiations photoniques à onde courte pénétrant
dans la rétine.
De même, on constate une inégalité de risque entre les hommes et
les femmes (les femmes étant plus atteintes) : les hommes auraient
une densité pigmentaire de plus de 38 % par rapport aux femmes et
ceci en dépit d'une concentration plasmatique semblable.
Le facteur diététique notamment lié aux graisses, pourrait être
incriminé ainsi que les habitudes tabagiques.
Toutes ces données confirment l'effet protecteur, maintenant
clairement identifié par les chercheurs, de la lutéine dans la
prévention de la DMLA.
Parallèlement à ces études sur la réalité préventive de la
lutéine, des chercheurs ont élaboré ces dernières années
l'hypothèse selon laquelle, la synergie d'action d'antioxydants
pourrait dans certains cas aller au-delà du stade préventif pour
donner un début de réponse correctrice dans la DMLA [66].
Quelques études récentes et certifiées [42] nous apportent un
certain nombre de réponses, sur ce qu'envisageaient les hypothèses
précédentes. À savoir qu'une supplémentation de lutéine en synergie
ou non avec d'autres antioxydants, pouvait non seulement différer
les risques mais aussi détourner, modifier le cours d'une DMLA
acquise : « Une consommation importante (> 6 mg par jour)
de lutéine/zéaxanthine est inversement et isolément associée au
risque de DMLA […] les autres nutriments n'ayant pas été
significativement associés à cette diminution de risque. » [76]
Apports suggérés par une supplémentation
chez des sujets sains et atteints
de dégénérescence oculaire (cataracte/DMLA) [77-79]
Chez le sujet sain
La supplémentation en lutéine a été étudiée par plusieurs auteurs.
Landrum [77], Granado [78], et Berendschot [79] ont supplémenté
des patients sains pendant plusieurs mois aux doses respectivement
de 30, 15 et 10 mg de lutéine par jour. Ces trois
doses rechargent rapidement (4 semaines) les taux sanguins et
augmentent durablement la densité optique du pigment maculaire.
Ces études d'intervention nutritionnelle (supplémentation aux
doses supérieures) ont été réalisées sur des périodes de 12 à
36 semaines, les apports totaux cumulés en lutéine libre
varient de plus ou moins 720 mg à plus ou moins
4 320 mg.
Landrum a donné 4 200 mg de lutéine libre
(8 400 mg d'esters) au cours de 140 jours de
supplémentation, la teneur en lutéine s'est élevée de 10 fois
entre les vingtième et quarantième jours de supplémentation ; après
cette rapide augmentation de la teneur sanguine, celle-ci s'est
stabilisée en plateau. La densité optique du pigment maculaire
s'est élevée à partir du vingtième au quarantième jour et a même
continué à augmenter durant 40 à 50 jours après l'arrêt
de la supplémentation.
Selon Granado, une supplémentation continue par 15 mg de
lutéine par jour induit un effet plafond qui traduit la saturation
de la capacité de transport de la lutéine par les lipoprotéines.
Cette saturation semble atteinte pour une concentration sérique
supérieure à 1,05 μmol/L.
La lutéine se réestérifie et se stocke dans les lipoprotéines.
Berendschot estime que la dose de 10 mg par jour est
suffisante pour élever d'un facteur 5 le taux sérique et de
4 à 5 % la densité optique du pigment maculaire.
D'une manière générale, ces études montrent que le pigment
maculaire continue à s'élever pendant quelques semaines après la
supplémentation, ce qui explique la constitution d'une mise en
réserve en lutéine et d'un relatif faible turn-over des
xantophylles (lutéine et zéaxanthine) dans les pigments rétiniens
en post réplétion.
Chez le sujet atteint de dégénérescence maculaire
[71]
Les études les plus récentes concernent les patients atteints de
dégénérescence maculaire, Olmedilla [71] a donné 4 320 mg
de lutéine libre à raison de 45 mg par semaine (15 mg
tous les 3 jours soit plus ou moins 5 mg par jour) ; ce
qui équivaut à 3 repas riches en lutéine par semaine.
La teneur sérique a progressé pendant 12 mois et s'est
stabilisée au cours de la deuxième année de supplémentation (figure 21).
Olmedilla a permis de montrer une augmentation de l'acuité
visuelle de plus ou moins 64 % et l'augmentation de la sensibilité
à la lumière de 33 %.
Richer et al. [80] ont démontré l'intérêt d'une dose de
10 mg de lutéine administrée seule ou en association avec des
antioxydants chez des patients atteints de DMLA atrophique.
Donc, après nous avoir démontré l'effet protecteur des
caroténoïdes dans la DMLA, les chercheurs nous donnent quelques
signes encourageants dans des possibilités de correction d'une
maladie pour laquelle à ce jour quasiment aucun moyen chirurgical
ou médical n'est retenu pour la résorber. Les caroténoïdes, et
particulièrement la lutéine, en supplémentation synergique ou non,
apparaissent aussi capable de modifier ou de détourner le cours de
cette pathologie. Face à ce véritable problème de santé publique
que représente la DMLA, la supplémentation en lutéine et
zéaxanthine représente, à ce jour, une des rares réponses positives
à l'angoisse de la « tâche noire ».
Étude LAST [81]
Introduction
Au cours de la dernière décennie, des recherches scientifiques
importantes ont été réalisées. Ces études ont permis de
montrer les avantages de la lutéine et des caroténoïdes
alimentaires dans la DMLA [82, 83].
De plus, des techniques ophtalmologiques de pointe [80] et les
nouvelles méthodes de biomarqueurs mesurant l'action de la lutéine
dans la macula humaine [84] contribuent en grande partie à de
nouvelles découvertes dans ce domaine. Ces méthodes, en accord
avec les recherches précédentes, ont permis d'établir le rôle
majeur de la lutéine dans la réduction du risque de DMLA chez
l'homme.
L'évidence de l'efficacité de la lutéine dans la DMLA est
augmentée par la publication de l'étude LAST (Lutein Antioxydants
Suplementation Trial) [81].
Objectif
L'objectif de cette étude était d'évaluer l'effet de la lutéine
seule et en association avec des caroténoïdes, des antioxydants,
des vitamines et des minéraux sur le pigment maculaire et sur les
principaux paramètres ophtalmiques qui évaluent l'intégrité de la
vision centrale de la DMLA atrophiée (test à l'éblouissement,
vision des contrastes, acuité visuelle).
Présentation de l'étude
L'étude LAST est une étude prospective de 12 mois, randomisée,
menée en double insu, contrôlée par placebo. 90 patients ont
été inclus dans l'étude (86 hommes et 4 femmes).
Après randomisation, chaque patient a reçu l'un des
3 traitements étudiés (tableau 1)
:
- – groupe 1 : lutéine 10 mg par jour (n = 29) ;
- – groupe 2 : lutéine 10 mg par jour + antioxydants
(vitamine A, B complexe, C, D3, Zn, Cu, Se, Mn) (n = 30)
;
- – groupe 3 : placebo (n = 31).
Il n'y avait aucune différence significative inter-groupe quant
à l'âge, la date du diagnostic de la DMLA, le tabagisme, la
consommation d'alcool, la consommation de caféine, la couleur de
l'iris, le régime alimentaire. Il n'y avait également aucune
différence significative de cataracte, d'acuité visuelle, de
rétablissement à la lumière éblouissante, de sensibilité.
Des tests ophtalmiques ont été exécutés et reconduits tous les
4 mois jusqu'à la fin de l'étude. Des techniques
ophtalmiques de pointe (exemple OCT : tomographie en cohérence
optique) ont été utilisées pour évaluer le pigment maculaire.
Les défauts de vision centrale comme les altérations de ligne
ou des tâches visuelles, ont été évalués par le test AMSLER.
Pour finir, un questionnaire (VFQ-14) utilisé par l'institut
national de l'œil a permis de mesurer les activités de la vie
quotidienne, la conduite de nuit et la perturbation d'adaptation à
la lumière éblouissante.
Tableau 1 Les trois groupes de l'étude LAST.
|
Teneur en vitamine C pour 100 g
|
|
Poivron
|
100 mg
|
|
Kiwi
|
80 mg
|
|
Fraise
|
60 mg
|
|
Agrume
|
40-50 mg
|
|
Jus d'orange
|
30-50 mg
|
|
Teneur en vitamine E pour 100 g
|
|
Huiles végétales
|
30-100 mg
|
|
Margarine végétale
|
10-80 mg
|
|
Germes de blé
|
22 mg
|
|
Vitamine
|
AJR
|
|
Vitamine C Acide ascorbique
|
60 mg
|
|
Vitamine D Calciférol
|
5 μg
|
|
Vitamine E Tocophérol
|
15 mg
|
|
Vitamine A Rétinol
|
800 μg
|
|
Vitamine K Phylloquinone et ménaquinone
|
100 μg
|
|
Vitamine B1 Thiamine
|
1,1 mg
|
|
Vitamine B2 Riboflavine
|
1,2 mg
|
|
Vitamine B3 Niacine
|
15 mg
|
|
Vitamine B6 Pyridoxine
|
1,3 mg
|
|
Vitamine B9 Acide Folique
|
400 μg
|
|
Vitamine B12
|
1,4 μg
|
|
Teneur en zinc pour 100 g
|
|
Huîtres-coquillages
|
20-30 mg
|
|
Pain complet
|
5 mg
|
|
Foie
|
4 mg
|
|
Viande
|
4 mg
|
|
Jaune d'œuf
|
4 mg
|
|
Légumes secs
|
2-5 mg
|
|
Teneur en sélénium pour 100 g
|
|
Champignon
|
1 400 μg
|
|
Moule
|
300 μg
|
|
Crevette
|
200 μg
|
|
Poisson
|
100-200 μg
|
|
Muesli
|
180 μg
|
|
Viande
|
60-160 μg
|
|
Pain complet
|
100 μg
|
|
Vitamines antioxydantes
|
Zinc
|
Vitamines antioxydantes + Zinc
|
|
DMLA évoluée
|
17 %
|
21 %
|
25 %
|
|
Vitamines antioxydantes
|
Zinc
|
Vitamines antioxydantes + Zinc
|
|
Perte d'acuité visuelle
|
15 %
|
17 %
|
25%
|
|
AJR
|
AREDS
|
|
Vitamine C
|
60 mg
|
500 mg
|
|
Vitamine E
|
10 mg
|
268 mg (400 UI)
|
|
Bêta-carotène
|
4,8 mg
|
15 mg
|
|
Zinc
|
15 mg
|
80 mg
|
|
Cuivre
|
2,5 mg
|
2 mg
|
|
Groupe 1
|
Groupe 2
|
Groupe 3
|
|
Traitement
|
Lutéine
|
Lutéine + antioxydants
|
Placebo
|
|
MPOD*
|
Augmenté de 36 %
|
Augmenté de 46 %
|
Légèrement diminué
|
|
Temps de récupération au photo-stress
|
Diminué à 23,7 secondes
|
Diminué de 34,7 secondes
|
Diminué de 22,7 secondes
|
|
Sensibilité à la lumière
|
Amélioration significative
|
Pas d'amélioration
|
|
Acuité visuelle
|
de près les 2 yeux
|
Augmenté de 5,4 Snellen
|
Augmenté de 3,5 Snellen
|
Diminué de 0,2 Snellen
|
|
à distance (œil droit)
|
– 0,10logMAR**
|
– 0,03logMAR
|
0,14logMAR
|
|
à distance (œil gauche)
|
– 0,03logMAR
|
– 0,06logMAR
|
+0,05logMAR
|
|
Qualité de la vision
|
Tendance à l'amélioration
|
Pas de changement statistiquement significatif
|
|
Amélioration visuelle
|
Amélioration significative
|
Amélioration nette, mais non significative
|
|
Effets indésirables
|
Pas d'effet indésirable significatif
|
Résultats
Un des résultats les plus importants est l'amélioration
significative des paramètres de la fonction visuelle.
Conclusion
Les auteurs de l'étude LAST [81] concluent que les améliorations
des différentes fonctions visuelles peuvent être dues au rôle
protecteur de la lutéine. La lutéine a un rôle de filtre à la
lumière bleue, elle a également un rôle d'antioxydant.
La lutéine peut jouer un rôle important sur la santé de l'œil
comme un agent bioactif utile dans la réduction du risque de
DMLA.
De plus, il y a une augmentation significative du MPOD
(biomarqueur de santé maculaire) dans les groupes 1 et 2.
Ces résultats laissent penser que la lutéine, seule ou associée
à des antioxydants, peut apporter un effet bénéfique aux patients
atteints de DMLA atrophique [85].
Quatrième partie : Les acides gras polyinsaturés
oméga-3
Les oméga-3 [86, 87]
Les oméga-3 sont des acides gras polyinsaturés définis par une
double liaison située au niveau du troisième carbone à partir de
l'extrémité méthyle de la chaîne.
Il en existe trois principaux :
- – l'acide α-linolénique = ALA, chef de file de
cette famille (18:3 n-3) (figure 22) ;
- – l'acide docosahexaénoïque = DHA (20:5 n-3) (figure 23)
;
- – l'acide eicosapentaénoïque= EPA (20:6 n-3) (figure 24)
;
Les oméga-3 sont des acides gras dits essentiels c'est-à-dire
qu'ils ne peuvent être synthétisés par notre organisme, ils doivent
donc être apportés par notre alimentation.
Les acides EPA et DHA peuvent être synthétisés par l'organisme
humain à partir de l'acide ALA, mais seulement en faible quantité
(≤ 2 %). En pratique, le taux de DHA ne varie donc guère en cas
d'apport augmenté en ALA, d'où l'intérêt d'enrichir notre
alimentation en DHA et EPA qui sont directement utilisables par
notre organisme.
Le métabolisme des oméga-3 se fait par la même voie enzymatique
que les oméga-6, d'où un phénomène de compétition entre ces deux
groupes d'acides gras polyinsaturés. Ainsi, un régime riche en
acides gras oméga-6 diminue l'utilisation par notre organisme des
acides gras oméga-3, et vice versa.
L'acide linoléique est le précurseur de la famille des oméga-6,
ce qui signifie que les autres acides de la famille peuvent être
synthétisés à partir de cet acide. Le corps humain peut ainsi
produire l'acide arachidonique, qui a un rôle physiologique
important, si l'acide linoléique est suffisamment abondant dans
l'alimentation.
Les omégas-3 et 6 sont les composants précurseurs des
thromboxanes A2 et A3, activés par des oxygénases. Les oméga-6
forment le thromboxane A2 qui est fortement thrombogène, alors que
le thromboxane A3 est moins fortement thrombogène et est synthétisé
à partir de l'EPA. C'est pourquoi les oméga-3 sont bénéfiques pour
la santé par des activités anti-thrombotiques, quand ils ne sont
pas en excès.
Les acides gras polyinsaturés à longue chaîne contribuent à la
constitution des glycérophospholipides de la double couche
lipidique des membranes.
Ils permettent d'assurer la fluidité membranaire et de maintenir
l'équilibre entre les échanges externes et internes de la
cellule.
La rétine est très riche en acides gras polyinsaturés et
notamment en DHA. Par conséquent, cela suggère bien une importante
influence des oméga-3 et plus encore du DHA sur les fonctions
visuelles. Ces acides gras vont avoir un rôle bénéfique sur la
rétine et sur la prévention de la DMLA.
La quantité totale des apports en graisses saturées et en
cholestérol semble positivement corrélée au risque de DMLA (rôle
protecteur des statines).
A l'opposé, une plus forte consommation d'acides gras insaturés
de la famille des oméga-3 irait de pair avec une diminution du
risque relatif de DMLA.
Le DHA au niveau rétinien
Le DHA est connu pour sa participation dans le développement de la
fonction visuelle et de la rétine chez l'enfant.
Rôle structural [88, 89]
Le DHA est un constituant des membranes biologiques, il est
particulièrement abondant dans les cellules rétiniennes. Dans la
plupart des tissus, il ne représente que 1 à 5 % des acides
gras présents, alors qu'au niveau de la rétine, il est à hauteur de
50 % des acides gras.
Cette teneur en acides gras polyinsaturés conditionne la
fluidité membranaire, qui permet le bon déroulement du processus de
traduction du signal lumineux en message nerveux
(phototransduction).
Il est présent au niveau des membranes des disques des segments
externes des photorécepteurs. Les segments externes des
photorécepteurs ont une capacité inhabituelle de rétention et de
stockage du DHA. Pour faire diminuer le taux de DHA dans les
photorécepteurs, il est nécessaire d'avoir un régime carencé en
oméga-3 prolongé.
Seul le DHA s'incorpore dans la membrane rétinienne, pas l'EPA
ni l'ALA. Ainsi, dans les conditions physiologiques normales, la
rétine ne contient pas, ou très peu, d'ALA et d'EPA.
La biotransformation de l'ALA en EPA puis en DHA, qui s'opère
essentiellement au niveau hépatique et accessoirement au niveau
astrocytaire, est très faible (de l'ordre de 2 %). Ainsi, le DHA
qui parvient au cerveau et à la rétine est principalement de source
alimentaire (produits marins chez l'adulte, lait maternel chez le
nouveau-né).
Les segments externes des photorécepteurs sont renouvelés en
permanence afin de compenser les dommages oxydatifs continus.
Les nouveaux disques sont générés à la base des segments
externes et les plus anciens sont phagocytés par les cellules de
l'épithélium pigmentaire. Un déficit en DHA diminue la fluidité
membranaire et induit de sévères modifications morphologiques et
fonctionnelles des photorécepteurs.
L'équipe de Pauleikhoff [90] a montré qu'avec l'âge,
l'accumulation des phospholipides augmenterait dans la membrane de
Bruch. L'accumulation liée à l'âge de lipides neutres ou des
phospholipides et la présence de cholestérol estérifié et non
estérifié contribuent à la désorganisation de la membrane de Bruch
et à l'apparition des Drusen.
Rôle fonctionnel [91-94]
Le DHA facilite la régénération de la rhodopsine.
La rhodopsine est un photo-pigment des bâtonnets, c'est-à-dire
une molécule (transmembranaire) photosensible qui absorbe la
lumière (certaines longueurs d'onde du spectre visible). Or, quand
la lumière arrive sur la rhodopsine, celle-ci se « casse ». Un
recyclage est possible au bout de quarante-cinq minutes.
Le DHA facilite cette régénération et permet à tout ce système
de fonctionner normalement.
Une carence en DHA induit d'importantes altérations de la
fonction visuelle.
Rôle protecteur [95, 96]
Les rôles protecteurs du DHA au niveau de la rétine sont de
plusieurs natures :
- – Anti-apoptotique : le DHA est le seul acide gras
capable de promouvoir la survie des photorécepteurs et diminuer le
nombre de marqueurs de l'apoptose cellulaire. Dans un milieu de
culture sans DHA, les cellules rétiniennes se développent
normalement pendant 14 jours, puis dégénèrent par un processus
apoptotique. L'ajout de DHA dans le milieu retarde le phénomène
d'apoptose.
- – Anti-ischémique : le DHA a la capacité de réduire les
tensions rétiniennes induites par l'ischémie.
- – Élimination des débris lipidiques dans l'épithélium
pigmentaire en augmentant l'activité de la lipase acide
lysosomiale, et stimulation de l'activité mitochondriale.
Les photorécepteurs se renouvellent à un rythme très rapide.
Les segments externes sont digérés par l'épithélium
pigmentaire et éliminés vers la circulation sanguine. Or, c'est
l'accumulation excessive de débris non digérés qui déclencherait la
DMLA.
- – Activité anti-angiogénique : les acides gras oméga-3
peuvent montrer des actions cytoprotectives et cytothérapeutiques,
contribuant à un certain nombre de mécanismes anti-angiogéniques et
neuroprotectifs au niveau de la rétine.
- – Peroxydation des lipides : la peroxydation lipidique
induit une phototoxicité rétinienne : les lipides peroxydés vont
jouer un rôle dans l'induction de la néovascularisation.
Ces lipides peroxydés augmentent avec l'âge et pourraient
intervenir dans l'étiologie de la DMLA, notamment dans la
néovascularisation choroïdienne.
Le DHA est l'acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-3,
le plus fortement désaturé (six doubles liaisons (C22:6 n-3)), et
le plus présent au niveau des phospholipides membranaires présents
dans les disques des photorécepteurs. Le haut degré
d'insaturation du DHA le rendrait très sensible à l'oxydation liée
à l'exposition à la lumière et son taux élevé dans la rétine
permettent de compenser les effets délétères de la peroxydation
lipidique.
L'acide arachidonique (C20:4 n-6), a un potentiel de
peroxydation important entraînant la formation de dérivés oxydés.
Il est le précurseur des eicosanoïdes des séries 2 et
4 qui sont des acteurs de l'inflammation.
Les eicosanoïdes regroupent les prostaglandines, la
prostacycline, le thromboxane, les leucotriènes et les
lipoxines.
L'acide arachidonique entraîne notamment la formation de
prostaglandines E2 qui possèdent des propriétés pro-inflammatoires
et de thromboxane A2 qui sont vasoconstrictrices.
Les oméga-3 des segments externes des photorécepteurs entrent en
compétition avec l'acide arachidonique pour les enzymes
responsables de la production d'eicosanoïdes. Les oméga-3
diminuent ainsi la formation des prostaglandines
pro-inflammatoires.
Cette activité anti-inflammatoire tissulaire pourrait avoir un
rôle bénéfique dans la prévention de la DMLA, notamment dans le
développement des néovaisseaux choroïdiens.
Des médiateurs essentiels à la fin de la réaction inflammatoire,
appelés également médiateurs « pro-révolution », sont synthétisés
par l'organisme à partir du DHA et dans une faible mesure à partir
de l'EPA [97].
Ces médiateurs sont les résolvines (série E et D) et les
protectines, ils permettent le retour à l'homéostasie (phase de
résolution de l'inflammation).
Besoins et apport [92, 98]
Seule l'alimentation permet d'assurer l'apport en acide gras
oméga-6 et acide gras oméga 3.
Les besoins chez l'homme sont difficiles à estimer d'un point de
vue quantitatif et dans le rapport de l'un par rapport à l'autre
(rapport oméga-6/oméga-3) du fait qu'il existe une compétition
entre eux pour la biosynthèse des acides gras polyinsaturés à
longue chaîne (AGPI-LC). Le rapport oméga-6/oméga-3 de la
ration alimentaire est classiquement compris entre 8 et 10,
voire 15. Mais il devrait tendre désormais vers 5 du fait de
la limitation des oméga-6 et de l'intérêt d'un apport en
oméga-3.
Les eicosanoïdes qui viennent des oméga-6 sont responsables de
réactions d'inflammation, de douleurs diffuses, de fièvres, de
fatigues. Les réactions d'inflammation sont importantes, elles
sont nécessaires à la limitation des bactéries, des virus, à la
constitution des cicatrices…
En face, à partir de la famille des oméga-3, vient toute une
série d'autres eicosanoïdes qui eux, au contraire, ont des
propriétés anti-inflammatoires, d'anti-agrégation plaquettaire qui
réduisent les phénomènes de constriction vasculaire et
d'inflammation. Ils augmentent le flux sanguin.
La modulation de l'activité inflammatoire est basée sur
l'équilibre de ces précurseurs. Les acides gras oméga-3
suppriment la biosynthèse des eicosanoïdes dérivés de l'acide
arachidonique. L'ingestion diététique détermine l'équilibre des
acides gras oméga-3 et des acides gras oméga-6 dans les membranes
cellulaires.
Une consommation élevée d'acides gras oméga-3 a comme
conséquence le déplacement de l'acide arachidonique habituellement
plus abondant par l'acide eicosapentaénoïque et l'acide
docosahexaénoïque.
Sources [99]
Pour équilibrer les apports, il est important de bien connaitre la
composition des aliments en acides gras polyinsaturés.
Les huiles végétales constituent une source importante
d'acides gras indispensables (oméga-3 et oméga-6). Les oméga-3
à longues chaînes (C20 et C22) sont retrouvés en grande partie dans
les produits d'origine marine.
Graisses d'origine végétale
Les acides gras contenus dans les huiles végétales alimentaires
sont essentiellement retrouvés sous forme de triglycérides.
Ces huiles sont classées en trois catégories selon la
proportion et le type d'acides gras qu'elles contiennent.
On distingue :
- – les huiles végétales pauvres en acides gras
polyinsaturés contenant seulement 17 % d'acides gras saturés (huile
d'olive) ;
- – les huiles végétales riches en oméga-6 : huile de
noisette, d'arachide, de pépins de raisin, de tournesol, de
bourrache. Elles contiennent en majorité l'acide linoléique (30 à
40 %) mais sont dépourvues d'oméga-3 ;
- – les huiles végétales riches en oméga-3 et en oméga-6,
avec l'huile de colza, de soja, de noix et de lin. C'est l'huile de
colza qui favorise le plus l'apport d'oméga-3 par rapport à celui
d'oméga-6.
La consommation d'huiles riches en acide α-linolénique est
recommandée, mais celles-ci doivent être préférentiellement
utilisées pour l'assaisonnement. Les acides gras polyinsaturés
et plus particulièrement les oméga-3 sont instables à la chaleur et
sont ainsi dégradés.
Graisses d'origine animale
Les huiles d'origine végétale ne contiennent que l'acide α
linolénique, chef de file des oméga-3. Les huiles de poissons
contiennent en plus des acides gras à longue chaîne comme l'EPA ou
le DHA. Compte tenu du faible taux de conversion de l'ALA en
oméga-3 à chaîne longue, il est préférable de consommer directement
les acides gras à longue chaîne AGPILC ω 3.
On distingue 2 groupes :
- – poissons maigres ;
- – poissons gras.
La composition en acides gras polyinsaturés à chaîne longue des
graisses de poissons est très variable selon les espèces
considérées. Il existe même des variations de composition à
l'intérieur d'une espèce selon le lieu de pêche ou la saison.
Le DHA représente environ 10 à 30 % des acides gras totaux
contenus dans les poissons et l'EPA représente 5 à 20 %.
Supplémentation [98]
Il est très difficile de dire, au point où nous en sommes des
études scientifiques, si 2 à 3 g d'oméga-3 obtenus de
sources naturelles ont des effets équivalents à ce que l'on peut
attendre d'une dose équivalente sous forme de suppléments
alimentaires.
On retrouve les acides gras polyinsaturés dans de nombreuses
spécialités médicamenteuses, le plus souvent à base d'huile de
poisson. Il faut faire attention aux taux d'oméga-3 dans ces
spécialités, celui-ci variant énormément d'une spécialité à
l'autre.
L'effet secondaire le plus courant des suppléments oméga-3 est
l'arrière-goût de poisson, voire des éructations. Toutefois, il est
possible d'éliminer ceci simplement en divisant les doses (par
exemple, deux gélules avant chaque repas pour une dose journalière
de six gélules) et en les prenant immédiatement au début des
repas.
Certaines personnes voient leur transit intestinal s'accélérer.
Dans ce cas, il faut simplement diminuer la dose pendant une
semaine ou deux et essayer à nouveau la dose plus forte pour voir
si elle est tolérée.
Dans de rares cas, les oméga-3 peuvent faciliter l'apparition
d'ecchymoses (des bleus) dans la mesure où, comme l'aspirine, ils
interfèrent avec certains mécanismes de coagulation (l'agrégation
des plaquettes).
La seule interaction médicamenteuse des oméga-3 est avec les
anticoagulants dont ils rendent les effets plus puissants.
Il est préférable d'avertir le médecin avant la
supplémentation en oméga-3 afin d'ajuster le traitement
anticoagulant.
Études sur le rôle des oméga-3
dans la prévention de la DMLA [76, 93,
100-114]
Il n'existe encore que peu d'études sur l'intérêt des oméga
3 dans la prévention de la DMLA.
Leur rôle dans la physiopathologie de la DMLA est étayé par
plusieurs études épidémiologiques qui ont objectivé la moindre
incidence de la DMLA parmi les populations ayant une consommation
régulière d'oméga-3.
Les acides gras oméga-3 alimentaires peuvent réduire la DMLA,
selon une étude publiée dans l'American Journal of Clinical
Nutrition [100]. Les résultats de cette étude ont indiqué que
les individus qui consomment habituellement des poissons huileux ou
qui consomment 300 mg d'acide docosahexaénoïque et d'acide
eicosapentaénoïque ont 70 % moins de risque d'avoir une DMLA
néovasculaire.
On a constaté lors d'une étude que les régimes qui contiennent
des quantités importantes d'acides gras oméga-3 et de poissons sont
inversement associés au risque d'une DMLA quand la prise de l'acide
linoléique (oméga-6) était faible [93, 108].
Depuis 1985, la relation entre consommation de lipides
(cholestérol et AG saturés) a été retrouvée par plusieurs études
qui ont montré qu'une consommation augmentée en AG saturés,
mono-insaturés ou polyinsaturés accentuait le risque de DMLA.
Plusieurs études épidémiologiques ont permis de souligner le
rôle protecteur des oméga-3, ou d'un équivalent à savoir la
consommation de poisson.
La Blue Mountain Eye Study [108] a montré que la consommation de
poisson 2 fois par semaine diminuait de 50 % le risque de
DMLA.
La Nurse Health Study [111] a montré que la consommation
fréquente de poisson et de thon permettait de diminuer le Risque
Relatif (RR) à 0,65 et 0,61 respectivement.
Les résultats de l'étude Eye Disease Case Control Study (EDCCS)
[93] a montré que, si la consommation de lipides avait un effet
délétère sur la survenue de DMLA, celle d'oméga 3 permettait
en revanche de limiter le risque de DMLA avec un RR estimé à
0,36.
La National Health and Nutrition Examination Survey (NHAHES)
[95] a montré également une diminution non significative du risque
de DMLA chez les gros consommateurs de poissons.
L'AREDS [112] a enfin montré une diminution du risque de DMLA
chez les patients consommant une grande quantité d'oméga-3 associée
à une faible quantité d'oméga-6, soulignant une fois de plus que
plus que la quantité absolue d'AGPI, c'est bien le rapport entre
oméga-3 et oméga-6 qui est primordial.
Plus récemment, des études sont venues conforter cette
série.
La cohorte de la Blue Mountain Eye Study [113] a fait récemment
l'objet d'une publication reliant l'effet de l'apport alimentaire
en oméga-3 au risque de maculopathie.
Ainsi que ce soit par la consommation globale en oméga 3 ou par
la consommation de poisson au moins une fois par semaine, les
auteurs ont observé une diminution du risque de maculopathie liée à
l'âge avec respectivement un odd-ratio (OR) à 0,41 et 0,58 (avec
des intervalles de confiance à 95 % strictement inférieur à 1).
Encore plus intéressante est la diminution du risque de progression
d'une MLA vers une DMLA par une consommation de poisson à plus de
3 fois par semaine.
Par ailleurs, les facteurs environnementaux protecteurs
pourraient semble-t-il compenser les effets nocifs d'autres
facteurs, comme semble le montrer l'étude américaine (Cohorte de la
Blue Mountain Eye Study) [113] montrant que des fumeurs actuels ou
passés compenseraient leur augmentation du risque de DMLA lié au
tabac, par une consommation augmentée de poisson ou d'oméga 3. On
peut donc modifier le contenu tissulaire en modulant l'apport
alimentaire et la proportion de ses différents constituants.
Les AGPI constituent donc une approche de prévention primaire
pour des formes peu évoluées.
Dans une méta-analyse [101], datant de 2008, comprenant
88 974 sujets, une importante ingestion d'acides gras
oméga-3 a été associée à une réduction globale de 38 % du risque de
DMLA avancée. De plus, le fait de consommer des acides oméga-3
provenant de poissons ingérés au moins deux fois par semaine a été
associé à une diminution du risque de DMLA tant à ses débuts qu'à
un stade avancé.
Cette méta-analyse montre donc qu'une consommation de poisson et
d'aliments riches en oméga-3, pourrait être associée à un moindre
risque de DMLA.
Cependant au jour d'aujourd'hui, aucune étude ne permet
d'affirmer avec certitude que l'utilisation régulière d'oméga-3
peut prévenir la DMLA non évoluée. En effet, il y a trop peu
d'études prospectives et seulement des essais cliniques en cours
[101].
Les études sur l'intérêt des oméga-3 dans cette pathologie sont
difficiles à mener car il faut étudier une population importante
sur une longue période et évaluer la quantité d'oméga-3 ingérée
(source, dose) d'où l'intérêt des supplémentations en oméga-3 qui
permettent de mieux quantifier l'apport.
Les études d'intervention NAT2 et AREDS2 sont en cours et
étudient l'effet d'un apport quotidien en oméga-3 sur l'incidence
de la DMLA.
AREDS-2 [76, 112]
Le recrutement pour l'étude AREDS 2 a démarré récemment. Cet
essai a été conçu dans le but d'évaluer l'effet des xanthophyles
(lutéine/zéaxanthine) et/ou des acides gras polyinsaturés à longue
chaîne (AGPI-LC) oméga-3 alimentaires, sur l'évolution de la DMLA
avancée.
On attend de cette étude qu'elle recueille et évalue les données
collectées sur près de 4 000 participants âgés de
50 à 85 ans et présentant, soit de grands Drusen
bilatéraux, soit de grands Drusen dans un seul œil et une DMLA
avancée (étiologies de néovascularisation ou d'atrophie maculaire)
dans l'autre œil. Dans la première randomisation, tous les
participants recevront la formule de l'étude AREDS originale
(considérée, à présent, comme le traitement standard). Sur ces
4 000 participants, 1 000 serviront de témoins,
1 000 recevront de la lutéine (10 mg) et de la
zéaxanthine (2 mg), 1 000 recevront des acides gras
poly insaturés à longue chaîne oméga-3 (DHA/EPA) et
1 000 participants recevront, à la fois, de la lutéine,
de la zéaxanthine et de la DHA/EPA. Dans une seconde randomisation,
1 000 participants serviront de groupe témoin et
recevront la formule de l'étude AREDS originale.
Les 3 autres groupes de participants recevront une
variante de la formule AREDS, soit sans bêtacarotène, soit avec une
faible teneur en zinc (25 mg), soit sans bêtacarotène et avec
de faibles taux de zinc.
Les principaux objectifs d'AREDS 2 consistent à étudier les
effets :
- – d'une supplémentation en xanthophyles (lutéine et
zéaxanthine) et AGPI-LC oméga-3 alimentaires, à fortes doses, sur
le développement de la DMLA avancée ;
- – de ces suppléments sur la perte de vision modérée
(doublement de l'angle visuel ou perte de plus ou moins
15 lettres sur le graphique de l'étude du traitement précoce
de la rétinopathie diabétique) (Early Treatment Diabetic
Retinopathy Study [ETDRS]) ;
- – de ces suppléments sur la cataracte ;
- – de l'élimination du bêta-carotène de la formule AREDS
originale sur le développement et l'évolution de la DMLA ;
- – de la baisse de la teneur en zinc, par rapport à la
formule AREDS originale, sur le développement et l'évolution de la
DMLA.
Cette étude a démarré en septembre 2006 et il est prévu que ses
participants soient suivis pendant au moins 5 ans.
Le rapport numéro 20 de l'étude Age-Related Eye Disease Study
(AREDS) a constaté qu'une prise plus élevée d'oméga-3 et de
poissons a été franchement liée à une diminution de la probabilité
de contracter une DMLA néovasculaire.
Le rapport numéro 23 de l'étude AREDS Report a récemment suggéré
que la prise d'acides gras oméga-3 est associée à une diminution du
risque de la progression des Drusen bilatéraux vers l'atrophie
géographique centrale (ou atrophie maculaire).
Le rapport intermédiaire numéro 22 de l'étude AREDS a indiqué
qu'une ingestion élevée de lutéine et de zéaxanthine est associée à
une probabilité réduite d'avoir une DMLA. Les sujets qui
consomment des quantités importantes de lutéine et de zéaxanthine
ont une diminution de probabilité de 35 % de développer une DMLA
néovasculaire et une probabilité de 55 % moins de chances d'avoir
une atrophie géographique.
Etudes NAT-1 et NAT-2 [107]
L'effet du DHA dans le cadre de la DMLA est en cours d'évaluation
grâce aux essais cliniques NAT. L'étude NAT-1 (Nutritional AMD
treatment 1) réalisée par l'école de Créteil (1999-2000), a montré
la stabilité des lésions de DMLA chez des patients supplémentés en
DHA. Cette étude a incité à réaliser une étude randomisée avec
témoin, actuellement en cours, pour démontrer l'avantage potentiel
d'une supplémentation en DHA. Il s'agit de l'étude NAT-2
(Créteil) démarrée en 2003, c'est une étude interventionnelle,
cas-contrôle, monocentrique, en double insu. Le critère
d'évaluation principal sera l'apparition d'une néovascularisation
sur le deuxième œil.
Globalement, il existe différents arguments expérimentaux
laissant penser que les différentes substances mentionnées
pourraient avoir un intérêt protecteur dans la DMLA mais il
n'existe pas, jusqu'à une date récente, d'études randomisées
prospectives, permettant d'affirmer l'efficacité de ces
produits.
Dans l'état actuel de nos connaissances, ces traitements
préventifs ne doivent être proposés que s'il existe des atteintes
du fond d'œil. Cependant, certains auteurs proposent une
supplémentation en oméga 3 chez les enfants de patients
atteints, c'est-à-dire lorsqu'il existe un terrain familial
favorisant la DMLA.
Les études d'observation comportant une supplémentation en
acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPILC) de la famille
oméga-3 (DHA) représentent également une avancée importante pour la
prévention primaire de la maladie. Une supplémentation en AGPI
oméga-3 pourrait être proposée en prévention primaire chez certains
sujets à risque de DMLA.
Conclusion
La DMLA est au jour d'aujourd'hui un problème de santé publique et
d'actualité. Des campagnes préventives (publicitaires,
médias…) permettre de sensibiliser la population à la première des
préventions essentielles : le dépistage. Car en effet, la prise en
charge précoce de cette pathologie semble être plus que nécessaire,
la DMLA étant une atteinte dégénérative de la rétine d'évolution
chronique, pouvant aller de quelques jours à quelques années.
L'étude AREDS publiée en 2001 [42] étudiant les effets des
apports en antioxydant, zinc ou les deux en comparaison avec un
placebo, prouve qu'une supplémentation permet de diminuer de 25 %
le risque d'une perte de l'acuité visuelle en associant zinc +
antioxydant.
Par conséquent, les supplémentations en vitamines semblent
apporter un bénéfice à la diminution de l'évolution de la DMLA ;
mais il existe des limites. En effet, la vitamine E des compléments
alimentaires se trouve sous forme α tocophérol, celle-ci entre
en interaction avec les formes γ- et δ-tocophérol (tissus
et circulant dans le sang) ; cette interaction diminue la
concentration des formes vitaminiques E de l'organisme.
La vitamine A, quant à elle, augmente le risque d'ostéoporose
à forte dose. Le zinc en surdosage peut être dangereux pour
l'organisme qui ne possède pas de mécanismes efficaces
d'élimination du zinc en excès.
Les formes vitaminiques trouvées dans les suppléments ne peuvent
être suffisantes et en réalité réduisent la biodisponibilité
d'autres substances nutritives.
De plus, les aliments apportent d'autres produits chimiques
pouvant avoir des bénéfices sur la santé, dont on ignore encore
l'existence ou les bienfaits. Le risque de ces compléments est
la perte d'une alimentation équilibrée et diversifiée chez les
patients.
La lutéine pigment, essentiel à la macula, est uniquement
apportée par une alimentation riche en légumes vert foncé.
Ce caroténoïde a sans aucun doute des bénéfices sur le
vieillissement maculaire, mais les supplémentations seront-elles
aussi efficaces ?
L'étude LAST publiée en 2003-2004 [81] prouve qu'un apport
de lutéine permet la réduction du risque de l'évolution des stades
3 et 4 de la DMLA.
Mais des limites sont encore à apporter. En effet, l'étude se
porte sur trop peu de personnes (90 malades) et sur
une inégalité entre le nombre d'hommes et de femmes ; les
femmes étant réduites à 4 alors qu'il a été prouvé que la DMLA
touche plus les femmes que les hommes.
De plus, un recul dans l'évaluation des doses à administrer
semble nécessaire à avoir au regard des doses efficaces dans une
thérapeutique préventive ; ces doses étant à l'heure actuelle mal
connues. Les compléments alimentaires restent avant tout des «
médicaments » dont les doses ne doivent pas dépasser les AJR.
Le risque engendré, lors d'apport d'une dose trop forte de
caroténoïdes, est d'entraîner une potentialisation des processus
tumoraux chez les fumeurs.
Les oméga-3 existent sous plusieurs formes, mais seul le DHA est
l'oméga-3 essentiel à la vision. Le DHA est synthétisé en
quantité très faible par l'organisme, il doit donc être apporté par
l'alimentation. La méta-analyse publiée en 2008 [101]
rassemble plusieurs études épidémiologiques regroupant ainsi
88 974 personnes. Cette méta-analyse conclut que l'apport
d'oméga-3 permet de diminuer de 38 % le risque de développer une
DMLA avancée et une consommation d'oméga-3 (poisson) supérieure ou
égale à 2 fois/semaine est un facteur protecteur dans
l'évolution d'une DMLA.
Mais dans l'organisme l'effet des oméga-3 est plus complexe
qu'un simple apport. En effet le facteur préventif de ces AGPI
résulte uniquement du rapport oméga-6/oméga-3 qui devra tendre vers
5 du fait que notre alimentation devra être limitée en
oméga-6.
Toutes les études épidémiologiques analysées dans ce projet
suggèrent que la supplémentation est bénéfique sur l'évolution en
stades 3 et 4 de la DMLA. Le manque de certitude est
dû à un manque de précision dans les critères d'inclusion des
malades dans ces études.
Pour conclure à notre problématique (évaluer, au regard des
propriétés étiologiques de la DMLA, si des traitements de
supplémentation peuvent garantir une prévention de la survenue de
la pathologie), nous nous appuyons sur l'étude AREDS 2 ayant
débuté en 2006 et s'achevant en 2011. Les premières
données publiées prouvent que l'apport en oméga-3, et en lutéine
permet de diminuer le risque de développer une DMLA. Cette étude
devra, dans la mesure du possible, nous permettre d'apporter des
réponses plus exactes, plus fiables sur la supplémentation des
nutriments réellement bénéfiques et sur leur dose efficace dans une
prophylaxie.
Remerciements
Nous remercions le professeur Alain Legrand pour son aide dans nos
recherches et dans le déroulement de ce projet.
Financement : aucun.
Conflit d'intérêts : aucun.
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