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Évolution de la qualité des gants d’examen médicaux de 2001 à 2008 à l’AP-HP : faut-il maintenir les contrôles en laboratoire ?


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 28, Numéro 4, 189-92, octobre-novembre-décembre 2009, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2009.0132

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Guerrier, J Auchere, J Vernois, D Goeury, C Duhamel , AGEPS (AP-HP), Laboratoire des essais hospitaliers, 7 Rue du Fer à Moulin, 75005 Paris, AGEPS (AP-HP), Unité d’évaluation et achat des dispositifs médicaux, 7 Rue du Fer à Moulin, 75005 Paris.

Résumé : Les gants d’examen sont un dispositif médical essentiel à l’hôpital. Lors des renouvellements de marchés publics à l’AP-HP, le Laboratoire des essais hospitaliers (LEH) réalise une évaluation systématique (dossiers, rupture, étanchéité, dimensions) afin de garantir la conformité du fournisseur retenu. Cette étude a suivi l’évolution de la qualité des gants d’examen de 2001 à 2008. Le référentiel utilisé est la norme NF EN 455 relative aux gants médicaux. Le nombre de non-conformités a augmenté de 25 % à 38 % des références de gants testées de 2001 à 2008. Il est plus important pour les gants d’examen en latex (75 % de non-conformités en 2008). Les conséquences potentielles des micro-trous peuvent être des accidents d’exposition du personnel. Cette baisse de qualité généralisée peut s’expliquer, par l’augmentation du prix des matières premières (latex naturel) et du transport (pétrole). Pour diminuer les coûts, les fournisseurs ont modifié la formulation, ce qui influence les caractéristiques techniques. Les utilisateurs ont plusieurs solutions. La première mesure semble être d’augmenter les suivis de qualité soit en interne, soit par le biais de groupements d’hôpitaux ou d’un contrôle par un organisme indépendant. Deuxièmement, il semble important de sensibiliser les utilisateurs à déclarer les incidents survenus à l’usage. Enfin, vu la faiblesse du marquage CE de classe I, pourquoi ne pas augmenter les exigences et orienter le gant d’examen vers la classe IIa comme le gant de chirurgie qui, contrôlé dans les mêmes conditions, ne présente pas de non-conformité. Pour conclure, cette étude a permis de souligner l’importance de la vérification des caractéristiques techniques des gants d’examen. Le gant d’examen est un DM banalisé, considéré comme peu critique alors qu’il peut constituer en cas de non conformité un agent de transmission potentiel d’agent infectieux de par son utilisation croissante dans les services de soins.

Mots-clés : gants d’examen, contrôle qualité, DM classe I

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : M Guerrier1, J Auchere1, J Vernois1, D Goeury2, C Duhamel1

1AGEPS (AP-HP), Laboratoire des essais hospitaliers, 7 Rue du Fer à Moulin, 75005 Paris
2AGEPS (AP-HP), Unité d’évaluation et achat des dispositifs médicaux, 7 Rue du Fer à Moulin, 75005 Paris

Les gants médicaux sont essentiels pour un établissement hospitalier et représentent un des dispositifs médicaux les plus utilisés. Il en existe deux grands types : les gants de chirurgie et les gants d’examen. Les gants de chirurgie sont des gants médicaux stériles, de forme anatomique, dont le pouce est légèrement décalé par rapport au plan de la main et placé devant l’index. Ils sont conçus pour être utilisés en chirurgie (marquage CE, classe IIa). Les gants d’examen sont des gants médicaux stériles (rarement) ou non, qui peuvent ou non être de forme anatomique, conçus pour la pratique d’examens médicaux, de diagnostic, d’actes thérapeutiques ou pour la manipulation de matériel médical contaminé. Le gant d’examen est considéré comme un dispositif à risque potentiel faible, car non invasif et d’usage temporaire [1]. De classe I, il bénéficie de l’auto-certification de marquage CE sans intervention d’un organisme notifié.

Les gants ont aussi pour objectifs la protection des soignants notamment vis à vis du risque infectieux (VIH, hépatites), ainsi que la prévention des infections nosocomiales (contamination croisée). Les gants ont de plus un impact économique important sur le budget de l’hôpital. En effet, le nombre de gants consommés augmente tous les ans pour satisfaire aux recommandations des comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN).

Dans le cadre des renouvellements de marchés publics passés par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le Laboratoire des essais hospitaliers (LEH) apporte son aide au service des achats afin d’évaluer la qualité des dispositifs médicaux. L’évaluation des gants par le LEH comporte une évaluation de l’étiquetage, des fiches techniques complétées par les fabricants et enfin la réalisation de tests techniques (rupture, étanchéité, dimensions). Ainsi, les fournisseurs sont systématiquement évalués à chaque appel d’offres afin de garantir les qualités techniques du gant retenu.

Cette étude a pour but de suivre l’évolution de la qualité des différents types de gants d’examen (latex, PVC, nitrile) sur les quatre derniers marchés, c’est-à-dire de 2001 à 2008.

Matériels et méthode

Afin de tester les différents gants d’examen, des référentiels ainsi que des matériels sont nécessaires.

En ce qui concerne le contexte réglementaire, les gants sont soumis à la directive 93/42 CEE relative aux dispositifs médicaux modifiée par la directive 2007/47/CE d’application obligatoire le 21/03/2010. Les normes applicables sont la norme NF EN 455 en trois parties relatives aux tests à effectuer sur les gants médicaux [1-3], ainsi que les normes d’étiquetage NF EN 980 et 1041 [4, 5].

Pour le matériel, en pratique, un micromètre (MI20 Adamel Lhomargy) a été utilisé pour mesurer l’épaisseur des gants, un dynamomètre (Synergy 1000 MTS) pour évaluer les résistances à la rupture et un appareil spécifique pour contrôler l’étanchéité.

L’évaluation des gants par le LEH se décompose en deux temps. Premièrement, une évaluation de l’étiquetage des conditionnements primaires, secondaires et des fiches techniques complétées par les fabricants puis la réalisation des tests techniques.

Ces tests portent sur l’évaluation de la fonction essentielle du gant : la protection efficace de l’utilisateur contre les infections et la prévention des infections nosocomiales. Elle est évaluée par deux tests : le test d’étanchéité à l’eau pour la détection des trous et le test de résistance à la rupture. Ces tests sont complétés par une vérification des dimensions des gants : longueur, largeur et épaisseur.

Le test d’étanchéité à l’eau pour la détection des micro-trous consiste à suspendre le gant à un cylindre, le remplir avec un litre d’eau et procéder à l’examen de sa surface immédiatement et après 3 minutes, afin de détecter une fuite éventuelle. L’échantillonnage utilisé est celui revendiqué par la norme et équivalent à la lettre de code L de la norme ISO 2859-1 [6], soit un échantillon de 200 gants pour un niveau de qualité acceptable (NQA) de 1,5. Le lot est alors considéré comme acceptable s’il comporte sept défauts au plus. Les fuites situées à moins de 4 cm de l’extrémité de la manchette ne sont pas comptabilisées [2].

Le test de résistance à la rupture mesure la force en Newton, qu’il faut appliquer à un échantillon de gant découpé en haltère (figure 1) à l’aide d’une presse emporte-pièce, pour qu’il rompe. Le test est réalisé selon l’échantillonnage préconisé dans la norme EN 455-2, soit 13 gants testés après 16 heures au moins de stockage à température ambiante (21 à 25 °C) et à 45 à 55 % d’humidité. Le dynamomètre est réglé à 500 mm/min [1].

La longueur et la largeur des gants en latex sont standards en fonction de la taille revendiquée. Les gants en nitrile ou PVC ne sont tenus de garantir que la longueur. Ces dimensions sont mesurées en millimètres à l’aide d’une règle graduée et comparées au tableau d’équivalence de la norme sur 13 échantillons. L’épaisseur est mesurée à l’aide d’un micromètre au niveau de la paume et à l’extrémité du majeur en double épaisseur. Si l’épaisseur est supérieure d’au moins 10 % dans la paume, un coefficient de correction sera appliqué à la force de rupture pour évaluer de façon réaliste la résistance du gant au niveau des doigts [1].

Résultats

De 2001 à 2008, date des quatre derniers renouvellements de marchés publics concernant les gants d’examen, le nombre de fournisseurs et de références proposées a diminué. En effet, en 2001, 16 références ont été examinées, 26 en 2004, 19 en 2006 et 8 en 2008.

Le nombre de non-conformités tout matériau confondu a augmenté de 25 % à 38 % des références de gants testées de 2001 à 2008 (figure 2). Il est plus important pour les gants d’examen en latex (75 % de non-conformités en 2008). Les gants en nitrile sont stables à 10 % de non-conformités en 2008.

Pour les gants en latex, les non-conformités représentées exclusivement par des défauts d’étanchéité en 2001 ont évolué en diminution de la résistance à la rupture (63 % des gants en 2008) contre 26 % de problèmes d’étanchéité (figure 3). Seules 25 % des références étaient totalement conformes en 2008 contre 75 % en 2001.

En ce qui concerne les gants en PVC, le nombre de références non-conformes à la fois pour l’étanchéité et pour la résistance à la rupture est passé de 4 % à 25 % de 2004 à 2008 (figure 4). Ces gants n’ont pas été testés par le LEH lors du marché de 2006.

Discussion

Cette étude montre sur une période de 7 ans une baisse importante de la qualité des gants d’examen, notamment ceux en latex. Les très bons résultats obtenus en 2006 auraient pu laisser envisager un assouplissement dans les contrôles (9 % de non-conformités) après une alerte en 2004. Heureusement, les tests ont été maintenus. Ainsi en 2008, seulement 2 références de gants d’examen en latex sur les 8 proposées étaient conformes en regard de la norme EN 455.

Les conséquences du choix de gants d’examen de mauvaise qualité pourraient être graves en raison de l’important volume de gants utilisés chaque année. Une étude de 1989 a montré que les gants conformes au test de détection des micro-trous ne laissaient pas passer de virus Herpes simplex 1 ou poliovirus [7]. Étant donné que les virus du sida ou des hépatites ont une taille supérieure au poliovirus, les auteurs ont conclu à un effet protecteur des gants d’examen. En effet, des micro trous ou des déchirures de gants lors d’examens avec contact avec les liquides biologiques des patients peuvent générer un accident d’exposition des soignants. Ces accidents du travail ont un coût élevé, à la fois humain et économique car les prises en charge thérapeutiques sont coûteuses. De plus, certaines maladies transmissibles sont très invalidantes (sida, hépatite C, prion), ce qui rend la transmission due à un défaut de qualité inadmissible.

Devant cette baisse de qualité généralisée à quasiment tous les fournisseurs, des éléments d’explication ont été envisagés. Cette baisse de qualité peut s’expliquer en partie par le contexte économique dans l’industrie du caoutchouc. Le prix du latex de caoutchouc naturel a été en hausse continue ces dernières années, ceci s’explique par les conditions météorologiques défavorables, la capacité limitée de production, l’augmentation de la demande ainsi qu’au coût associé du cours du pétrole qui impacte le coût du transport. Ces difficultés cumulées auraient incité les fabricants à trouver des solutions pour baisser les coûts de production au niveau notamment de la formulation. Face au coût important du latex, l’alternative est l’utilisation en constante augmentation d’une charge minérale moins onéreuse et habituellement destinée, en petite quantité, à conférer certaines qualités au produit fini. L’utilisation en trop grande quantité de carbonate de calcium, matière première utilisée comme charge a pu avoir des conséquences sur les performances attendues. L’évolution de la qualité pourrait ainsi s’expliquer, sachant que la formulation influence considérablement les caractéristiques mécaniques et physiques telles que l’élasticité et la résistance à la rupture.

Dans le même temps, il est intéressant de noter que peu de fabricants sont en mesure de fournir des bulletins d’analyses lot par lot. En effet, des tests systématiques sur tous les lots sont onéreux.

Face à cette problématique économique, les utilisateurs qui veulent garantir leur propre sécurité vis-à-vis des agents infectieux doivent réagir. Les solutions que nous proposons sont les suivantes.

La première mesure semble être d’augmenter le contrôle continu de la qualité. Ainsi, le laboratoire des essais hospitaliers assure un contrôle systématique avant le renouvellement des marchés puis des suivis de qualité pendant la durée du marché, par prélèvements réguliers, dans les différents hôpitaux approvisionnés de l’AP-HP. Ceci soulève le problème des petits hôpitaux qui n’ont pas de structure ou de moyens dédiés à ce contrôle. En effet, ces contrôles supplémentaires ont un coût économique et en personnel non négligeable. Le bénéfice de cette surveillance se justifie en baissant le nombre d’AES pour les soignants, mais il devient difficile à l’heure actuelle de débloquer des fonds supplémentaires pour les petites structures. Ces difficultés pourraient être contournées par des achats groupés, une communication des résultats entre laboratoires d’essai. Enfin, il serait envisageable d’exiger des fournisseurs, un contrôle par un organisme indépendant, le Laboratoire national d’essais (LNE) par exemple, au moment des procédures de marchés publics.

Deuxièmement, il semble important de sensibiliser les utilisateurs à déclarer les ruptures ou les trous repérés dans la pratique afin d’améliorer la réactivité soit des laboratoires de contrôle, soit des procédures de quarantaine des lots défectueux.

Enfin, la faiblesse du marquage CE pour les dispositifs de classe I est particulièrement mise en évidence dans cette étude. Certains fabricants de gants d’examen ne respectent pas les exigences de performances et de sécurité de l’annexe VII de la directive. Pour ce type de dispositif, le mode de preuve unique est la déclaration de conformité représentée par la constitution d’une documentation technique mise à disposition de l’autorité compétente, d’où l’intérêt de la demande française afin que le gant d’examen relève de la classe IIa comme le gant de chirurgie qui contrôlé dans les mêmes conditions ne présente pas de non-conformité.

Conclusion

Cette étude a permis de souligner l’importance de vérifier les caractéristiques techniques déclarées par les fournisseurs, notamment lorsqu’une norme permet le contrôle de façon reproductible. En effet, les gants d’examen se ressemblent tous à l’œil nu et les critères de choix au moment des marchés publics seront économiques ou dépendants des dossiers fournisseurs. Le gant d’examen est un DM banalisé, considéré comme moins critique qu’un gant chirurgical donc moins réglementé alors qu’il est un agent de transmission important d’agent infectieux de part son utilisation croissante dans les services de soin.

Références

1 Norme EN 455-2, (février 2001) : Gants médicaux non réutilisables - Partie 2 : propriétés physiques : exigences et essais.

2 Norme EN 455-1, (février 2001) : Gants médicaux non réutilisables - Partie 1 : détection des trous - Prescriptions et essais.

3 Norme EN 455-3, 2001 : (février 2007) : Gants médicaux non réutilisables - Partie 3 : exigences et essais pour évaluation biologique.

4 Norme NF EN 980 (juillet 2008) : Symboles graphiques utilisés pour l’étiquetage des dispositifs médicaux.

5 Norme NF EN 1041 (octobre 2008) : Informations fournies par le fabricant avec les dispositifs médicaux.

6 Norme NF ISO 2859-1 (avril 2000) : Règles d’échantillonnage pour les contrôles par attributs - Partie 1 : procédures d’échantillonnage pour les contrôles lot par lot, indexés d’après le niveau de qualité acceptable (NQA).

7 Kotilainen HR, Avato JL, Gantz Nelson N. Latex and vinyl nonsterile examination gloves : status report on laboratory evaluation of defects by physical and biological methods. Appl Environ Microbiol 1990 ; 56 : 1627-30.


 

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