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Information des patients en oncologie pédiatrique : création et évaluation d’un livret explicatif « Ma cure de chimiothérapie en hôpital de jour »


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 27, Numéro 4, 245-53, octobre-novembre-décembre 2008, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2008.0105

Résumé   Summary  

Auteur(s) : A Camut, S Menetre, JN Maurer, M Prevot, I May , Service de pharmacie, Hôpital d’enfants Brabois, CHU Nancy, rue du Morvan, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy.

Résumé : L’information du patient et de son entourage revêt une importance particulière dans la prise en charge des cancers, notamment en pédiatrie. L’attente de la cure de chimiothérapie est souvent longue en hôpital de jour, et les patients sont demandeurs d’informations. Cependant, peu de documents spécifiques, destinés et adaptés à l’enfant sont mis à disposition. L’objectif de notre projet est de proposer aux jeunes patients et à leurs parents un livret explicatif sur leur parcours en hospitalisation de jour et sur la préparation de leur médicament. Chaque étape est détaillée, permettant de fournir des explications sur les délais d’attente. Nous avons d’abord réalisé un recueil et une analyse des documents disponibles traitant des cancers pédiatriques. Puis, nous avons, suite à des observations et des entretiens, retracé le parcours du patient lors de sa journée en hôpital de jour, et parallèlement les étapes du circuit de son médicament anticancéreux. Un livret d’information a été réalisé. « Ma cure de chimiothérapie en hôpital de jour », fiction de 18 séquences illustrées par des dessins, décrit la prise de sang et son analyse, la consultation et la validation de la cure par le médecin, le circuit de la perfusion à la pharmacie. Le livret a ensuite été testé par les soignants (4 infirmières, 1 cadre de santé, 1 psychologue), 5 patients (3-18 ans) et 6 parents. L’évaluation a été réalisée en suivant les recommandations de la Haute Autorité de Santé. Elle portait sur la sémantique, la syntaxe, la qualité des illustrations, la compréhension et l’utilité du support. Les premiers retours sont positifs, le support proposé semble répondre à une double attente (infirmières, parents). Un format poster a été demandé en plus du livret. La prochaine étape est la validation du document par l’ensemble des professionnels médicaux et paramédicaux, ainsi que la diffusion de l’information.

Mots-clés : information, livret, chimiothérapie, pédiatrie, hôpital de jour

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : A Camut, S Menetre, JN Maurer, M Prevot, I May

Service de pharmacie, Hôpital d’enfants Brabois, CHU Nancy, rue du Morvan, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy

L’information du patient et de son entourage revêt une importance particulière dans le domaine du traitement des cancers et les actions visant à expliquer le déroulement des soins aident à dédramatiser ce parcours singulier. La demande d’information de la part des enfants, des familles et des associations de parents est grande [1]. Mais les cancers pédiatriques représentent une faible proportion des cancers et peu de documents d’information spécifiques adaptés à l’enfant sont mis à sa disposition.

Le pharmacien peut contribuer utilement à ces actions d’information ; c’est aussi pour lui l’occasion de mettre en avant la valeur ajoutée apportée par son expertise technique.

Une partie importante de l’activité de la pharmacie de l’hôpital d’enfants de Brabois (Centre Hospitalo-Universitaire de Nancy) est consacrée aux services d’oncohématologie pédiatrique. Dans le service d’hospitalisation de jour, l’attente principale des familles et parallèlement des soignants est la dispensation de la cure de chimiothérapie dans les meilleurs délais. Les usagers font difficilement les liens entre pharmaciens, soignants et patients et s’impatientent. Les infirmières sont souvent questionnées sur les raisons de cette attente, mais ne disposent pas d’un temps suffisant pour expliquer les enjeux de chaque étape, nécessaire à la validation et à la préparation de la cure.

Nous avons souhaité expliquer au jeune patient et à ses parents toutes ces étapes, afin de leur faire comprendre certaines notions, et certains aspects pratiques peu abordés par l’équipe de soins. Cette information doit leur permettre de mieux gérer l’attente de la cure en hôpital de jour.

Nous avons réalisé un recueil et une analyse des documents disponibles traitant des cancers pédiatriques. Puis, nous avons, suite à des observations et des entretiens, retracé le parcours du patient lors de sa journée en hôpital de jour, et parallèlement les étapes du circuit de son médicament anticancéreux.

Un livret d’information a été réalisé, puis testé par les soignants, les patients et leurs parents à l’aide d’un questionnaire.

Matériels et méthodes

Services cibles

Ce travail a été réalisé grâce à la collaboration entre le service de pharmacie et le service d’hospitalisation de jour d’oncohématologie pédiatrique de l’hôpital d’enfants de Brabois (Nancy). Ce service accueille des patients de quelques mois à une vingtaine d’années, qui viennent en hospitalisation pour recevoir des cures de chimiothérapie ou en consultation de contrôle pendant et après leur traitement.

Le service de la pharmacie est situé dans le même bâtiment, au même étage que l’hôpital de jour, ce qui permet de nombreux échanges et la création d’un lien privilégié essentiel à un travail pluridisciplinaire.

À la pharmacie, l’activité de fabrication des cures est prise en charge par un pharmacien (validation des ordonnances, édition de fiches de fabrication, dispensation des perfusions terminées), un interne en pharmacie ou un préparateur (manipulation sous hotte à flux d’air laminaire vertical en zone d’atmosphère contrôlée) et un externe en pharmacie ou un préparateur (préparation des plateaux, étiquetage et conditionnement des préparations).

Recueil des informations

Au cours d’une matinée passée au sein de l’unité de soins, nous avons retracé le parcours de la famille du patient et lors de nos entretiens avec le cadre de santé du service et les infirmières, nous avons recueilli les principales questions posées. Les différentes étapes en unité de soin et à la pharmacie ont été listées chronologiquement.

Questionnaire d’évaluation du document

Deux questionnaires ont été élaborés à partir des critères de la Haute Autorité de Santé (HAS) [2], un à l’attention des professionnels de santé et un à l’attention des enfants et parents.

Les thèmes abordés sont les mêmes pour les deux questionnaires mais la formulation et le nombre de critères sont allégés pour la version destinée aux familles.

Les critères d’évaluation portent sur la sémantique, la syntaxe, la structure du texte, les illustrations et étaient cotés par « oui » ou par « non » en réponse aux questions suivantes :

  • taille des caractères adéquate,
  • bon équilibre entre le texte et les illustrations,
  • présentation attrayante,
  • les illustrations résument bien l’information,
  • utilisation d’un ton positif, rassurant,
  • qualité honnête, pratique de l’information,
  • personnalisation du discours (écriture à la 2e personne),
  • utilisation d’un vocabulaire clair, facile à comprendre, sans jargon médical,
  • choix des mots adaptés à l’enfant,
  • utilisation de termes précis,
  • explication des termes techniques,
  • phrases courtes, texte concis,
  • nombre adapté de messages,
  • clarté de l’ordre des messages,
  • clarté des liens entre les messages.

L’évaluation de la présentation et de la compréhension du support s’est faite à l’aide des questions suivantes :

  • après avoir lu le livret, pouvez-vous me dire avec vos propres mots de quoi il parle ?
  • l’information contenue dans ce livret est-elle facile à comprendre ?
  • le livret répond-il à vos questions ?
  • le livret vous a-t-il donné des informations inconnues jusqu’alors ?
  • le livret apporte-t-il des messages en trop, inutiles ? (lesquels ?),
  • certains messages ou thèmes vous semblent-ils manquants dans ce livret ? (lesquels ?).

La discussion était orientée sur les messages manquants, superflus, ou erronés, sur l’utilité du document, son utilisation et sa mise à disposition la plus adéquate.

Méthode

Le guide de l’HAS [2, 3] a été utilisé comme référentiel de méthodologie.

Nous avons défini le thème, le public et le type de document.

Nous avons identifié et évalué des données de la littérature scientifique et des documents existants à l’attention du public sur ce thème, pour lister les notions abordées, envisager le vocabulaire et les termes à utiliser.

Puis, nous avons défini les besoins et les attentes des usagers à l’aide des informations recueillies lors d’un entretien avec le cadre de santé d’hôpital de jour. Les messages clés ont été définis en concertation avec les infirmières sur la base d’une prémaquette proposée par la pharmacie.

La structure du document a été définie par la chronologie des événements, de l’arrivée du jeune patient à l’hôpital de jour jusqu’à l’administration de la cure.

La maquette a été conçue en appliquant les conseils de rédaction et de présentation du guide de l’HAS [2], et en nous inspirant de l’expérience de l’association Sparadrap [4].

Plus particulièrement, pour les illustrations, chaque étape importante a été prise en photo, surtout celles comprenant les gestes techniques (prise de sang, manipulation sous hotte à flux d’air laminaire vertical) puis a été redessinée au crayon. La mise en couleur a été réalisée à l’aquarelle. Puis chaque dessin a été scanné, retravaillé si nécessaire (ajout de texte, couleurs ravivées) sur un logiciel informatique de retouche d’image (Photofiltre®. Copyright Antonio Da Cru). Les images sont ensuite transférées sous Power Point® (Microsoft®) où le texte est inséré.

La compréhension et la présentation du document a été testée par un échantillon de patients et d’usagers. Pour l’évaluation du livret par les infirmières, les questions ont été posées oralement en une seule fois à un groupe d’infirmières par l’interne en pharmacie en charge du projet. Le livret a été également soumis à l’avis d’une psychologue pour vérifier l’adéquation des mots employés et des explications données. L’avis général a été ainsi recueilli et toutes les suggestions ont été notées, lors d’une courte réunion.

Pour l’évaluation du livret par les jeunes patients et les parents, le projet et le support étaient présentés par l’interne en pharmacie, puis une vingtaine de minutes était laissée aux usagers pour la lecture du livret. Enfin, l’interne revenait pour un entretien d’une dizaine de minutes pour recueillir leur avis sur le document et les suggestions éventuelles. Dans la mesure du possible le questionnaire était proposé en premier à l’enfant pour éviter l’influence du parent sur les réponses, puis au parent.

Résultats

Revue de la littérature

Nous avons réalisé une revue de la littérature pour nous préparer à la rédaction de ce travail [5-16] mais nous ne détaillerons que la revue de documents existants destinés au grand public : des livrets d’information sous forme papier et des sites internet destinés au grand public [5-14].

Les références destinées aux parents, à propos des enfants

Nous avons consulté une fiche conseil d’un laboratoire pharmaceutique [7], des fiches à consulter en ligne ou à télécharger sur les sites internet de la Fédération Nationale des Centres de Lutte Contre le Cancer (FNCLCC) [8], de la Ligue contre le cancer [9], de la société canadienne du cancer [5] et le site Internet « cancer-enfant.org » [10], Ces références donnent des informations sur la maladie essentiellement : diagnostic, prise en charge, thérapeutiques et effets secondaires, comportement et soutien psychologique, changements dans l’organisation au quotidien imposés par la maladie.

Les références accessibles aux enfants

Nous avons analysé deux livrets de l’association Sparadrap [11, 12], une bande dessinée de la FNCLCC [7], et deux ouvrages de la littérature jeunesse [13, 14].

Ils décrivent avec beaucoup d’illustrations, et un langage adapté à l’enfant, les grands moments d’une hospitalisation, les étapes, les intervenants, et les notions d’attente et de patience, les bouleversements émotionnels, relationnels, organisationnels liés à la découverte d’une maladie grave.

Les expériences de communication, d’information des patients

L’expérience et les travaux de l’association Sparadrap [4], de l’équipe du centre hospitalier Saint-Louis de La Rochelle [15] et de P. Toutenu et F. Chauvin [16] nous ont donné des exemples de communication possible et les types de supports d’information déjà réalisés.

Apport de l’analyse de la littérature dans notre démarche

Cette revue de la littérature nous a permis de nous familiariser avec la psychologie des enfants et parents dans un contexte particulier, de nous imprégner de la façon de communiquer sur ce sujet difficile, d’envisager les mots et notions utilisables. L’objectif était aussi de voir jusqu’à quel degré de détail et jusqu’à quel niveau scientifique, médical, nous pouvions aller dans l’information délivrée. Les deux livres de la littérature jeunesse nous ont permis de voir comment le sujet pouvait être abordé par des auteurs qui ne sont pas des professionnels de santé. Avec l’ensemble des références destinées aux enfants, nous avons pu nous rendre compte que même à ce niveau les mots et concepts tels que « cancer », « cellules », « chimiothérapie » peuvent être utilisés. Ceci nous a confortés quant au vocabulaire que nous pouvions employer même pour des enfants assez jeunes, sur le nombre de séquences à traiter, sur les idées à développer, et sur la manière de les articuler.

La formule des documents Sparadrap nous a fortement inspirés dans notre démarche. Nous avons retenu et appliqué les concepts de la rédaction « en se mettant à la place de l’enfant », et l’utilisation du document « à lire avec son enfant sur les genoux », qui permet de cibler en même temps un double public (enfants et parents).

Nous nous sommes inspirés de la structure et de la présentation de leurs livrets. Nous avons été sensibles à leurs conseils sur l’importance et l’impact du message visuel.

Le support d’information

Présentation générale

Le livret se présente sous un format A4 plié en deux (21 x 14,85 cm) de 14 pages. On trouve une à deux idées/dessins par page. Chacune des séquences ou idées est exprimée en deux phrases, soit au total 30 phrases courtes, et 9 bulles de dialogues permettent de donner toute l’information. La narration est écrite à la 1re personne du singulier pour les séquences vécues, et à la 2e personne du singulier pour les explications. Ceci permet d’impliquer le lecteur. Le message est rendu vivant par l’insertion de bulles de commentaires et l’utilisation de dialogues le rend plus interactif.

Une police de caractère différente est choisie pour distinguer la narration du dialogue.

C’est une fiction, décrivant le parcours du jeune patient et de ses parents lors de sa journée en Hôpital de jour. Le but est d’expliquer le délai d’attente, et toutes les étapes méconnues par le patient mais nécessaires à la validation de la cure, puis tout le circuit du médicament, de la prescription jusqu’à la pose de la perfusion. Les séquences s’enchaînent de manière chronologique, ce qui entraîne au niveau de la narration, plusieurs changements de lieu d’action. Le risque était de perdre en clarté, mais parallèlement cela illustre bien les délais qui découlent de cette organisation avec des intervenants géographiquement séparés.

Le lien entre les séquences se déroulant en dehors du service d’hospitalisation de jour, est rendu effectif par l’utilisation d’un personnage fictif, « Minute, le papillon », qui symbolise le temps qui s’écoule et qui est nécessaire à chaque étape. Il permet la rencontre des intervenants peu ou pas connus (biologiste, pharmacien) du patient car absents du service, la description de leurs rôles, et il permet de poser par son intermédiaire, les questions du jeune patient et de ses parents.

Les messages délivrés par le livret

Pour chacune des séquences ou idées, nous présentons d’abord l’observation (« O ») qui a été réalisée ou le message à transmettre du point de vue du professionnel de santé, puis le message (« M ») tel qu’il est écrit dans le livret, et enfin les commentaires (« C ») quand il y a lieu. Les figures 1 à 5 présentent les pages du livret dans l’ordre de lecture (chronologique).

L’environnement, le contexte

Introduction

M : « Tu as été hospitalisé pour ta maladie, opéré et/ou tu as déjà reçu des cures de chimiothérapie quand tu restais le soir à l’hôpital. Ensuite tu es rentré chez toi. Et maintenant tu viens dans un autre service, seulement une journée régulièrement pour continuer à te soigner.

Tu sais que tu vas pouvoir rentrer chez toi après la perfusion, alors tu aimerais bien l’avoir très vite, et c’est difficile d’attendre.

Ce petit guide va t’aider à patienter, toi et tes parents. Il va t’expliquer toutes les étapes nécessaires à la validation de ta cure et à la préparation de ta perfusion. Tu peux lire ce petit livre avec tes parents, et poser des questions quand tu ne comprends pas. »

Séquences se déroulant à l’hôpital de jour

La prise de sang

O : Une infirmière fait une prise de sang qui est envoyée au laboratoire d’analyse biologique de l’hôpital. Quelques patients, peu nombreux, ont fait leur prise de sang en ambulatoire deux jours auparavant et arrivent avec les résultats (figure 1).

M : « D’abord, une infirmière me fait une prise de sang. Je n’aime pas trop ça, mais ça ne dure pas longtemps et Maman est là. ».

C : Exemple d’application des conseils retenus par la revue de la littérature : dire la vérité (geste douloureux, expression d’appréhension du visage sur le dessin), parler des émotions pour impliquer l’enfant (peur de la piqûre, présence rassurante de la maman sur le dessin), penser à l’impact du message visuel (respecter les proportions, représentation réelle de la taille de la seringue).

L’attente

O : L’attente de la consultation est l’étape la plus longue du parcours, elle est difficilement vécue. La disponibilité des médecins est limitée par la répartition de sa présence entre la consultation, l’hôpital de jour, et les urgences en unité de médecine infantile. Mais des activités sont proposées pour distraire les enfants (figures 1 et 2).

C : Ajout de ces deux idées suite aux suggestions des infirmières et de certains patients.

La problématique et la présentation du personnage charnière (figure 1)

M : « Et puis, ensuite il faut attendre mon tour à la consultation avec le médecin. Parfois c’est long, et je me demande pourquoi ? »

« Bonjour, je suis Minute, le papillon. Moi, comme je suis petit je peux me promener partout dans l’hôpital. Si tu veux, je peux aller voir tout ce qu’il se passe pendant que tu attends ! »

Les activités proposées par l’HDJ pour aider à gérer l’attente (figure 2)

M : « Il y a les autres enfants, on peut jouer. Il y a des jeux vidéo, des jouets, des livres, des DVD. Et puis il y a aussi le clown, la prof de gym, les « dames en rose » qui viennent nous faire faire des activités. »

La consultation et la disponibilité du médecin (figure 3)

M : « C’est long, aussi parce qu’il y a d’autres enfants, en consultation, ou hospitalisés. Le médecin est très occupé, il y a des urgences, des questions. »

La consultation

M : « Quand le médecin a les résultats du sang, il me reçoit en consultation. Il m’ausculte, il me pose des questions pour savoir comment ça va. Je peux lui en poser aussi. » (figure 3).

C : Repositionnement de cette séquence, placée au départ entre la prise de sang et l’analyse biologique des résultats. La chronologie a été corrigée suite aux remarques des infirmières et des patients.

La prescription et la validation de la cure

O : La validation informatique de la cure grâce au logiciel Chimio® (computer engineering) installé en réseau entre le service de soin et la pharmacie. Parallèlement, ou souvent un peu avant la validation informatique, le « OK cure » est donné par téléphone (figure 3).

M : « Si mes cellules sont assez nombreuses, mon corps peut recevoir la chimiothérapie. Mon médecin valide la cure et demande à la pharmacie de préparer la perfusion. », « A la pharmacie, le pharmacien vérifie la dose prescrite par le médecin. Puis, on prépare le protocole de fabrication qui explique comment il faut faire pour préparer ta perfusion. »

C : Application des résultats de la revue de la littérature : emploi du vocabulaire médical, « chimiothérapie », « cure », « perfusion », compréhensible par l’enfant et cité par les adultes autour de lui, pour respecter la réalité.

La pause de la perfusion

M : « Je reçois ma cure, et d’autres médicaments pour ne pas vomir par exemple. » (figure 5).

Commentaire du papillon, (résumé, impression générale) : « Pfou ! Je suis fatigué moi ! J’en ai vu des gens ! Il y en a des étapes pour que tu aies ta cure, dis donc ! »

Séquence se déroulant au laboratoire d’analyse biologique

O : La consultation a lieu après la réception des résultats de la prise de sang. L’obtention de ces résultats constitue une part importante de l’attente finale. Il est donc important d’en expliquer les raisons et les conséquences (figure 2).

M : « Pendant que tu attends, un coursier emmène ta prise de sang au laboratoire pour être analysé. Le biologiste regarde ton sang et compte tes cellules. Ce sont elles qui te protègent contre les microbes et empêchent ton corps d’être trop fatigué. »

C : Choix des illustrations : pour la compréhension, le message visuel est volontairement faussé (simplification) en représentant une lecture au microscope plutôt que par un automate.

Séquences se déroulant à la pharmacie

La validation pharmaceutique

O : Explication de la vérification de la dose, adaptée au poids. Notion de juste dose entre dose thérapeutique et effets secondaires. Justification de la préparation magistrale (figure 4).

M : « Elle [la chimiothérapie] est préparée spécialement pour chaque enfant, en fonction de son poids, et de sa taille.

La dose doit être assez importante pour éliminer tes cellules malades, mais pas trop forte pour ne pas trop affaiblir tes bonnes cellules. Et puis ce sont des médicaments puissants, et il faut des protections spéciales pour pouvoir les manipuler. »

C : Passage difficile à concevoir dans le choix des mots, pour pouvoir donner une information brève sur l’enjeu thérapeutique sans s’attarder sur la pathologie, et sans effrayer les patients.

L’entrée dans la zone d’atmosphère contrôlée (ZAC)

O : Accès restreint au personnel qualifié après passage dans le sas d’habillage spécifique (figure 4).

M : « Hep ! Non, non Minute ! Toi tu ne peux pas entrer ! »

« La préparatrice doit se laver les mains et s’habiller spécialement avec une charlotte, des gants, un masque, et une blouse stériles. »

La pièce de préparation, zone d’atmosphère contrôlée

O : Stérilité de la préparation injectable et propreté de la ZAC (figure 5).

M. : « Comme le médicament va directement dans tes veines, il doit être stérile. Ça veut dire qu’il ne doit y avoir aucun microbe dans la pièce où l’on fabrique. ».

« La préparatrice fabrique ta perfusion sous une hotte qui protège les médicaments des microbes. »

La vérification de la préparation

O : Conformité de la préparation, étiquetée et conditionnée, avec l’ordonnance, et délivrance (figure 5).

M. : « Le pharmacien vérifie que la perfusion a été bien réalisée, qu’elle a une étiquette à ton nom. »

M. : « Le service est prévenu, dès que c’est prêt. Quelqu’un vient chercher ta cure à la pharmacie. »

L’évaluation du support

Nous avons fait évaluer le livret par 4 infirmières et par la cadre de santé de l’hôpital de jour, par 5 patients (3 ans, 5 ans, 12 ans, 16 ans, 18 ans), et à 6 parents. La psychologue a donné un avis global sans répondre au questionnaire, et s’est attardée sur quelques mots ou formulations précises, notamment sur les phrases d’explication de la dose de chimiothérapie, que nous avons modifiées.

Nous présentons un regroupement des résultats sur la base du questionnaire destiné à la famille.

L’évaluation des critères de présentation et de rédaction donne un résultat positif pour l’ensemble des 16 personnes interrogées.

Les mêmes remarques sur l’ordre des séquences (initialement la consultation était présentée entre la prise de sang et l’analyse de sang au laboratoire de biologie), et les idées manquantes (disponibilité du médecin et activités proposées par l’HDJ) ont été formulées par les infirmières et les parents. Les infirmières ont également parlé des problèmes de liaisons informatiques avec le laboratoire d’analyses, mais nous n’avons pas retenu cette remarque car elle était trop longue à expliquer par rapport à l’intérêt de l’information apportée. Certains parents ont souhaité que nous parlions de l’heure des repas, ou que nous ajoutions des cadrans horaires dans les illustrations, que nous donnions le nom des antiémétiques, et pour d’autres que nous développions davantage l’explication de la maladie.

Ces remarques n’ont pas été retenues, car donner des horaires conduirait à des situations où l’information donnée n’est pas toujours respectée dans la réalité, et parler des antiémétiques ou de la maladie cancéreuse aurait trop compliqué l’information ou l’aurait rendue trop longue pour l’incorporer dans un même support.

Les réponses données pour résumer l’information du livret ont été : « ce qui est fait pendant l’attente », « préparation de la perfusion », « déroulement des événements de l’entrée à la chimio ». L’information est jugée facile à comprendre. Le livret répond aux questions des patients et parents dans 9 cas/11, mais n’apporte des informations inconnues jusqu’alors que dans 6 cas/11. Pour les 5 cas où il n’y a pas de nouvelles informations délivrées, ce sont des patients traités depuis de nombreux mois, qui connaissent le fonctionnement du service, mais qui précisent que cela peut être utile pour les nouveaux patients lors des premières cures. Pour certains parents, ils se souviennent avoir eu une information mais trouvent intéressant d’avoir un rappel, quand l’attente se fait longue.

Lors de la discussion sur l’utilité, le format, et la mise à disposition du support, certains parents estiment qu’un exemplaire mis à disposition dans la chambre de l’hôpital de jour serait suffisant, mais d’autres aimeraient pouvoir l’emporter à la maison pour le lire avec la fratrie afin d’expliquer pourquoi l’absence de la maison peut être longue, pour le relire avec l’enfant au calme. Les infirmières ont proposé un format poster à afficher dans le couloir et les patients et parents ont appuyé cette idée, car tous s’y promènent à un moment de la journée. Les patients adolescents (16-18 ans) soulignent que des illustrations type bande dessinée seraient plus adaptées à leur âge. Les parents trouvent que la forme infantile du document le rend plus attrayant et agréable à lire qu’un simple texte même si celui-ci pouvait donner plus d’information.

Discussion

Le livret d’information « Ma chimiothérapie en hôpital de jour » a été réalisé dans un cadre pluridisciplinaire, en concertation avec les soignants. Il a été testé par les soignants et les patients. Les suggestions et demandes de modifications ont été prises en compte. Cependant, il faut noter que l’échantillon d’évaluateurs est relativement limité (4 infirmières, 5 patients, 6 parents, 1 cadre de santé), même si nous avons réussi à couvrir un échantillon varié de patients (de 3 à 18 ans).

Nous avons suivi les recommandations du guide de l’HAS à l’exception de l’évaluation du document. Ce n’est pas une personne extérieure au groupe de conception du document qui a fait évaluer le livret, mais l’interne en pharmacie à l’origine du document.

Le support proposé semble répondre à une double attente. Les infirmières ont très peu de temps pour répondre aux questions des parents, et la mise à disposition du livret « Ma cure de chimiothérapie en Hôpital de jour » permettra aux parents d’avoir des explications rapidement sans solliciter les infirmières.

Par ailleurs, l’information sur les étapes pharmaceutiques vise un double public. L’information des patients qui ignorent le rôle du pharmacien, et le rappel aux soignants de la valeur ajoutée de l’expertise pharmaceutique pour favoriser le dialogue dans un contexte de pression et d’impatience parfois difficile à gérer.

Les documents ont été réalisés pour un public infantile (3-12 ans). Il s’avère en réalité que ce sont davantage les parents que les jeunes patients, qui sont le plus sujet à l’impatience. Nos différents entretiens avec les parents et les infirmières ont révélé que les enfants jouent entre eux, participent aux activités proposées, et souffrent peu de l’attente (exception faite des adolescents).

Le fait d’avoir élaboré un document « à lire avec son enfant sur les genoux » est un moyen détourné et attrayant d’informer les parents, qui ont confirmé que le support est ludique et agréable, et qu’ils n’auraient pas lu un document rédigé à leur intention sous forme d’un texte (« encore un de plus »).

Les premiers retours des patients sont très positifs. Les patients traités depuis plusieurs mois et familiarisés avec l’organisation de la journée d’hospitalisation, ont pu évaluer le livret avec leur recul et leur vécu, même si, pour ces patients-là, le document n’est plus utile. Ils ont tous trouvé intéressant et utile de disposer du livret lors des premières journées d’hospitalisation. Pour les enfants, le livret est davantage un moyen de les impliquer, de les motiver qu’un moyen de les faire patienter.

Les demandes d’explication sur la maladie restent nombreuses, alors que nous pensions qu’arrivés au stade de l’hospitalisation de jour, pour le traitement d’entretien, les patients étaient très familiarisés avec leur pathologie. Un livre pour enfants expliquant le cancer « la bataille entre bonnes et mauvaises cellules » a été évoqué par deux mamans.

Enfin, notre document répond assez peu aux attentes des adolescents, qui sont une cible particulièrement difficile à intéresser. La réalisation d’un film ou d’une bande dessinée plus élaborée, plus longue, mêlée à une fiction avec des illustrations type « mangas » peut être une piste. Cependant, la réalisation est plus difficile, pour un public plus réduit et généralement difficile à atteindre. Le cadre de santé a évoqué l’idée de sensibiliser ces adolescents davantage sur un objectif d’observance au traitement en expliquant par exemple les mécanismes d’action de leurs médicaments.

Un format poster a été réalisé suite à la demande pour être affiché dans les couloirs du service ou sur la porte du bureau infirmier. Le format en livret reste intéressant, à disposer dans chaque chambre, et pour certains parents à emporter à la maison. Il nous faut maintenant réfléchir sur le moyen d’insérer le livret dans le dossier d’accompagnement et de suivi du patient.

Conclusion

Cette expérience montre qu’il y a une réelle demande d’information, délivrée de manière adaptée. Nous avons fait le choix d’un public le plus large possible, d’un thème qui nous semble être peu ou pas connu, et qui permet également de faire connaître et de valoriser le rôle de la pharmacie.

Nous avons réalisé ce livret d’information dans un cadre pluridisciplinaire, pour permettre aux parents de mieux patienter et d’ouvrir la discussion avec leur enfant pour les maintenir impliqués et motivés, en leur faisant comprendre les événements.

L’évaluation du livret montre également un intérêt pour les infirmières, qui disposeront d’un support d’explication pour répondre facilement et rapidement aux attentes des parents. Les premiers retours sont positifs. La diffusion du livret est actuellement retardée par la validation par davantage de professionnels médicaux et paramédicaux, peu disponibles pour des raisons de changements dans les équipes de soins. En attendant, l’information est faite à la pharmacie par l’intermédiaire du poster.

Notre expérience peut être profitable à d’autres équipes car le sujet, peu développé par ailleurs, est traité d’une manière générale et donc facilement transposable.

Références

1 Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées. Circulaire DHOS/O n° 2004-161 du 29 mars 2004 relative à l’organisation des soins en cancérologie pédiatrique. http ://www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/2004/04-19/a0191391.htm, consulté le 10/07/08.

2 Haute Autorité de Santé. Elaboration d’un document écrit d’information à l’intention des patients et des usagers du système de santé. Guide méthodologique. Mars 2005. http ://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_430286/elaboration-d-un-document-ecrit-d-information-a-l-intention-des-patients-et-des-usagers-du-systeme-de-sante, consulté le 10/07/08.

3 Rouyer J. Rôle de l’information des patients dans la prise en charge de la maladie cancéreuse : proposition d’une grille d’évaluation des documents d’information existants et conception d’un support d’information évolutif. Thèse d’exercice : Pharmacie : Nancy 1 : 2006.

4 Galland F, Herrenschmidt S. Association Sparadrap. Comment élaborer un document pour les enfants et les familles, l’expérience de l’association sparadrap. 2006. http ://www.pediadol.org/IMG/pdf/Actes2006_93.pdf, consulté le 10/07/08.

5 Site Internet de l’Institut Gustave Roussy. Villejuif. http ://www.igr.fr/?p_id=112, consulté le 10/07/08.

6 Votre enfant est atteint du cancer. Site Internet de la société canadienne du cancer. http ://www.cancer.ca/ccs/internet/standard/0,3182,3172_367500_278452_langId-fr,00.html, consulté le 10/07/08.

7 Landry-Dattée N, Ague-Cosset MF. Laboratoire Novartis. Dire la vérité aux enfants. Fiche Novartis. D’après « L’enfant face au cancer d’un parent ». Collection Espace éthique. Editions Vuibert, 2005.

8 Site Internet de la Fédération Nationale des Centres de Lutte contre le Cancer. Collection des SOR Savoir Patient. « Comprendre la chimiothérapie. », « Comprendre l’ostéosarcome. », « Comprendre le neuroblastome. », « Comprendre le néphroblastome. ». http ://www.fnclcc.fr/, consulté le 10/07/08.

9 Site Internet de la ligue contre le cancer. Brochures information et prévention. « Les cancers chez l’enfant et l’adolescent. », « Un de vos proches est atteint d’un cancer, comment l’accompagner ? ». http ://www.ligue-cancer.asso.fr/article.php3?id_article=14, consulté le 10/07/08.

10 Votre enfant a un cancer, comment vous aider ? http ://www.cancer-enfant.org, consulté le 10/07/08.

11 Association Sparadrap. J’ai une maladie grave on peut en parler. 2003. http ://www.sparadrap.org, consulté le 10/07/08.

12 Association Sparadrap. Je vais à l’hôpital. 2006. http ://www.sparadrap.org, consulté le 10/07/08.

13 de Saint-Mars D. Max et Lili. « La copine de Lili a une maladie grave. » Edition Calligram. Collection Ainsi Va La Vie, numéro 66. 2003.

14 de Saint-Mars D. Max et Lili. « Max va à l’hôpital. ». Edition Calligram. Collection Ainsi Va La Vie, numéro 10. 1993.

15 Griesemann E, Lecardonnel A, Paitel JF, Dutin JP, Romez B, Ducournau A, et al. Ma première séance de chimiothérapie. Centre Hospitalier St Louis et Centre d’Oncologie et de Radiothérapie - La Rochelle. Poster SFPO. 2005. http ://www.sfpo.com/congres/cannes_10_2005/livre_congres/livre_congres_cannes2005.pdf, consulté le 10/07/08.

16 Toutenu P, Chauvin F. L’information des adolescents atteints de cancer : état des lieux en oncologie pédiatrique en France ». Bulletin du Cancer 2007 94(4) :357-62. http ://www.jle.com/fr/revues/medecine/bdc/e-docs/00/04/2E/8E/article.md?type=text.html, consulté le 10/07/08.


 

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