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Cas d’une pneumonie pneumococcique nécrosante en pédiatrie


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 24, Numéro 3, 180-5, juillet-août-septembre 2005, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : G Senon, B Sousa, N Toledano, S Dauger, F Brion , Service de pharmacie, Hôpital Robert Debré, Paris, Service de réanimation pédiatrique, Hôpital Robert Debré, Paris.

Résumé : Les pneumopathies infectieuses pédiatriques sont le plus souvent bénignes et ne nécessitent pas d’hospitalisation. Mais une détresse respiratoire ou des complications peuvent mettre en jeu le pronostic vital. Le cas décrit est celui d’une jeune enfant de 2 ans admise en réanimation pour pneumonie nécrosante. La sévérité de la pathologie et la difficulté à poser un diagnostic étiologique ont conduit à une thérapeutique lourde. Sa prise en charge à la fois chirurgicale et médicale sont ici rapportées, dans le contexte préoccupant de résistance aux antibiotiques.

Mots-clés : Streptococcus pneumoniae, Staphylococcus aureus, pneumonie nécrosante, résistance bactérienne, pédiatrie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : G Senon1, B Sousa2, N Toledano1, S Dauger2, F Brion1

1Service de pharmacie, Hôpital Robert Debré, Paris
2Service de réanimation pédiatrique, Hôpital Robert Debré, Paris

La pneumonie de l’enfant peut être une infection sévère et l’approche thérapeutique est d’autant plus difficile que les cliniciens sont confrontés au problème préoccupant de la résistance des germes aux antibiotiques.Nous rapportons ici le cas d’une fillette atteinte d’une pneumonie nécrosante, en exposant la difficulté à mettre en place une thérapeutique adaptée caractérisée par une prescription d’antibiotiques probabiliste expliquant une hospitalisation prolongée avant rétablissement.

Observation clinique

La pneumopathie

Armelle est une petite fille de 23 mois d’origine antillaise. L’histoire clinique débute par une consultation aux urgences pour une rhinopharyngite fébrile simple traitée symptomatiquement. Quatre jours plus tard, devant la persistance de la fièvre, le refus alimentaire et l’apparition d’une dyspnée hypoxémiante (geignement, tirage intercostal, freinage expiratoire sans sibilant et saturation périphérique en oxygène de 90 % sous air), elle est hospitalisée en pédiatrie générale dans un hôpital périphérique. Elle n’a aucun antécédent personnel, en dehors d’une hospitalisation à 7 mois pour convulsion fébrile dans un contexte d’otite purulente droite. Les vaccinations obligatoires sont à jour. La petite fille n’a pas fait de voyage récent à l´étranger, elle vit avec ses parents et son petit frère de 6 mois dans un foyer social. Le bilan hématologique initial retrouve une anémie normochrome normocytaire (9 g/dL), une leucopénie à 2 330/mm3 (42 % de neutrophiles et 40 % de lymphocytes) et un taux de plaquettes normal (161 000/mm3). Aucun trait drépanocytaire n’est retrouvé. Le bilan biochimique rapporte une CRP élevée à 142 mg/L. La radiographie du thorax met en évidence un foyer alvéolaire dense de l’ensemble du lobe supérieur droit et un petit foyer axillaire gauche. Devant ce tableau de bronchopneumopathie aiguë sévère chez un nourrisson, une triple antibiothérapie active contre le staphylocoque et le pneumocoque par ceftriaxone (75 mg/kg/j par voie intraveineuse (IV) en 1 fois le matin), vancomycine (15 mg/kg IV 4x/j) et gentamicine (5 mg/kg/j IV en 1 fois le matin) est débutée, ainsi qu’une oxygénothérapie par lunettes nasales à 3 L/min. Le récapitulatif des traitements de l’enfant est relaté ( figure 1 ).

Au cours des 72 heures suivantes, le tableau clinique de détresse respiratoire persiste (polypnée à 80-100 cycles/min, petit tirage et signes auscultatoires variables) avec augmentation des besoins en oxygène et asthénie majeure. Radiologiquement, l´évolution se fait vers la constitution d´un épanchement pleural de moyenne abondance de la base droite, avec un syndrome broncho-alvéolaire diffus à gauche. Le syndrome inflammatoire s’accentue avec une CRP à 308 mg/L et une hyperleucocytose à 12 800/mm3 dont 76 % de polynucléaires neutrophiles. Une transfusion plaquettaire ne permet pas de corriger une thrombopénie d’apparition brutale (18 000/mm3, 27 000/mm3 après transfusion) et l´anémie s’aggrave (6,9 g/dL). Les signes de gravité ne cédant pas, elle est adressée dans le service de réanimation.

À l’arrivée en réanimation, l´enfant pèse 9,8 kg pour 81 cm et ne présente pas de signes de dénutrition. Elle est polypnéïque, avec des besoins en oxygène à 4 L/min, une diminution du murmure vésiculaire à droite et des signes de lutte. L´échocardiographie met en évidence un petit épanchement péricardique circonférenciel non compressif. Sur le cliché de thorax, l´épanchement pleural s’est majoré par la présence de bulles, signes de compression. L’hyperleucocytose (20 100/mm3) avec neutrophilie (71 %), la thrombopénie (25 000/mm3) et l’anémie (6,6 g/dL) persistent, nécessitant des transfusions de dérivés sanguins. La CRP reste encore élevée (132 mg/L). Le diagnostic de pleuropneumopathie bulleuse à staphylocoque avec épanchement volumineux à droite non cloisonné est évoqué.

La trithérapie à base de ceftriaxone, vancomycine et gentamicine instaurée dans l’hôpital d’origine est poursuivie aux mêmes doses, sauf pour la vancomycine ramenée à 10 mg/kg x 4/j. L’importance de l’épanchement nécessite la pose d’un drain thoracique Charrière 16 en position postérieure sous contrôle échographique ; 130 mL de liquide pleural marron et hématique sont ramenés par aspiration directe. En cas de température supérieure à 38 °C, du paracétamol en IV lente (IVL) (Perfalgan®) 15 mg/kg x 4/j est prescrit.

Le lendemain, l’état respiratoire d’Armelle s’améliore progressivement avec diminution de la polypnée et des besoins en oxygène. Le volume de liquide drainé diminue progressivement. L’examen du liquide pleural montre une absence de germes à l’examen direct, des cultures négatives, une recherche d’antigènes solubles négative pour Haemophilus influenzae et positive pour Streptococcus pneumoniae par test Binax NOW™ Urinary Antigen Test (Binax Inc, Portland, ME). L’analyse des urines montre également la présence d’antigènes solubles pour le pneumocoque. Les dépistages du virus respiratoire syncitial (VRS) et de l’adénovirus se révèlent négatifs, ainsi que l’intradermoréaction tuberculinique avec 10 UI. Aucun germe n’est isolé par hémoculture.

Le paracétamol par voie injectable est remplacé par du paracétamol per os 15 mg/kg x 4/j. La fièvre ne cédant pas malgré le paracétamol, l’enfant reçoit de l’ibuprofène (Nureflex®) 10 mg/kg x 4/j par voie orale. L’hémoculture étant négative, la prescription de gentamicine est arrêtée. À j4, la vancomycine est remplacée par de la teicoplanine IV (Targocid®) pour limiter le nombre de prises. Trois administrations de 10 mg/kg/prise à 12 heures d’intervalle sont prescrites dans un premier temps, puis la teicoplanine est injectée au rythme de 10 mg/kg/24 heures.

Cependant, la CRP (139 mg/mL) et la température (39 °C avec frissons malgré l´administration de paracétamol et d’ibuprofène) restent toujours élevées. La leucocytose atteint ce jour-là sa valeur maximale (36 800/mm3 avec 74 % de neutrophiles).

La persistance de la lésion bulleuse parenchymateuse motive la réalisation d´un scanner thoracique à j5. Celui-ci met en évidence une cavité aérique du lobe supérieur droit, à parois épaisses et de multiples cloisons. Un second drainage est décidé, par voie chirurgicale cette fois-ci. Elle bénéficie de la pose de deux drains (de Charrière 20 en postérieur et Charrière 16 en antérieur) sous thoracoscopie. Cette intervention permet alors de visualiser une nécrose. L’anémie est totalement corrigée par une deuxième transfusion de culots globulaires.

À j7, son état s’améliore : aucun des deux drains ne ramène de gaz, la CRP diminue ainsi que la température (38 °C), sa thrombopénie est corrigée. L’ibuprofène est arrêté.

À j8, elle est sevrée en oxygène, la teicoplanine est arrêtée.

À j9, le drain postérieur est retiré. Armelle est alors apyrétique.

À j10, le drain intracavitaire est retiré. La ceftriaxone (Rocéphine®) est alors administrée par voie intramusculaire (IM) à la posologie de 70 mg/kg/j en 1 fois.

La fillette quitte le service à j13, eupnéique et sevrée en oxygène, pour retourner à son hôpital d’origine avec un traitement par amoxicilline per os (Clamoxyl®) 50 mg/kg x 3/j.

Les traitements d’accompagnement

La pose du premier drain a nécessité l’administration de morphine 100 μg/kg x 6/j en IV, à un rythme fonction du score de douleur. La prémédication a été réalisée au moyen de midazolam (Hypnovel®) 0,1 mg/kg en IVL et de kétamine 2 mg/kg en IVL, chacun en une administration unique. Une injection de sulfate d’atropine à 0,02 mg/kg a également été réalisée. Pour la pose des deux drains suivants, Armelle a été sédatée par morphine en IVL 10 μg/kg/h, le score de douleur réalisé toutes les heures renseignant sur la nécessité éventuelle de réaliser des bolus de morphine à 100 μg/kg/dose. L’enfant aura reçu la morphine durant deux jours après l’intervention. Le drain postérieur a été retiré après sédation par chlorhydrate de nalbuphine (Nubain®) 0,2 mg/kg en IVL 15 minutes avant le geste.

Le retrait du drain intracavitaire a été réalisé grâce à la même dose de nalbuphine mais par voie intra-rectale.

Au début de l’hospitalisation de l’enfant, l’apparition de selles diarrhéiques a nécessité de réaliser une coproflore qui a mis en évidence des cocci à Gram +, ainsi que Candida albicans. Elle a donc reçu de l’amphotéricine B (Fungizone® suspension buvable) 50 mg/kg/j en 3 prises per os et du métronidazole IV (Flagyl®) à la posologie de 10 mg/kg x 4/j pour une suspicion de passage systémique des germes intestinaux. Le métronidazole (Flagyl®) par voie IV a ensuite été relayé par la voie orale, à la posologie de 20 mg/kg x 2/j puis arrêté lorsque les diarrhées ont cessé.

En début d’hospitalisation, Armelle a été mise sous nutrition parentérale pour compléter les apports nutritionnels oraux. Puis une alimentation entérale par sonde gastrique a été introduite tout en maintenant un support nutritionnel par voie parentérale. Enfin, les nutritions parentérale et entérale ont été arrêtées, et la sonde gastrique retirée au 9e jour d’hospitalisation.

Discussion

La pneumopathie

L’orientation diagnostique vers une pneumopathie s’appuie sur des signes généraux (fièvre, anomalies auscultatoires pulmonaires, opacités parenchymateuses sur radiographie du thorax) mais ceux-ci sont non spécifiques du micro-organisme impliqué [1]. Le début brutal, la polypnée isolée, l’épanchement pleural, la polynucléose neutrophile, les signes abdominaux, la CRP augmentée sont en faveur d’une pneumopathie bactérienne [2, 3]. L’hospitalisation dans le service de réanimation a été décidée en raison des signes de gravité présentés par Armelle : détresse respiratoire (polypnée, tirage intercostal, signes auscultatoires), signes d’épuisement, hypoxie. L’ensemble de ces symptômes a conduit à mettre en place une oxygénothérapie nasale [2, 3].

Quant à l’orientation vers une infection à staphylocoque, elle a reposé sur la gravité de l’infection associée à l’épanchement pleural (présent dans 90 % des cas) et la présence de bulles (retrouvées dans 40 à 60 % des cas) [4], même si la staphylococcie pleuro-pulmonaire est observée préférentiellement chez le nourrisson, dont les trois quarts des cas avant l’âge de 1 an [5].

Ce cas clinique décrit l´évolution compliquée d´une pneumonie lobaire vers la pneumopathie nécrosante, malgré la mise en route précoce d´une antibiothérapie de large spectre. Au 4e jour d´hospitalisation, alors que l´évolution radiologique évoquait une staphylococcie pleuro-pulmonaire, la présence d´antigènes solubles pour Streptococcus pneumoniae dans le liquide pleural et dans l´urine était en faveur de cet agent étiologique. Cette fillette n´était porteuse d´aucune pathologie prédisposant à une maladie pneumococcique invasive, telle que asplénie, drépanocytose ou déficit immunitaire. La pneumonie pneumococcique nécrosante est très rare en pédiatrie. Quelques cas sont décrits dans la littérature [4, 6-8].

Streptococcus pneumoniae est la principale cause d’infection bactérienne en pédiatrie [9, 10]. Pratiquement tous les enfants avant l’âge de deux ans ont déjà été colonisés par un pneumocoque et 30 % des otites moyennes aiguës sont dues à ce germe [3, 10]. L’incidence de ces otites moyennes aiguës est en augmentation chez l’enfant ces dernières années et le nombre d’échecs thérapeutiques est croissant [9]. De plus, le pneumocoque est majoritairement incriminé dans les bactériémies et les pneumonies bactériémiques de l’enfant de moins de 5 ans et du nourrisson [3, 10-12]. Le fait qu’il soit la première cause de méningites en France, dont deux tiers chez l’enfant de moins de deux ans, plaçait Armelle parmi les enfants à risque de développer une méningite secondaire à sa pneumonie, bien que non drépanocytaire, non immunodéficiente et non neutropénique [10]. Soixante-douze pour cent des enfants qui décèdent suite à l’infection par ce germe ont moins de deux ans, avec un nombre global d’environ 30 décès par an en France [10].

Les infections virales, les antibiothérapies antérieures, la diminution des défenses immunitaires, la malnutrition et l’âge inférieur à 2 ans sont des facteurs favorisants [2, 3]. Armelle n’avait pas d’immunodéficience mais la petite fille de 23 mois avait été récemment traitée par antibiotiques.

Résistance aux antibiotiques

Il existe actuellement en France des souches de Streptococcus pneumoniae résistantes de façon variable à toutes les familles d’anti-infectieux (β-lactamines, macrolides, sulfamides, etc.) utilisables chez l’enfant [11]. La France est le pays d’Europe consommant le plus d’antibiotiques (32,2 doses journalières définies - selon l’OMS - pour 1 000 habitants contre 10,0 pour les Pays-Bas au taux le plus bas, soit un facteur de 3,2). Une étude comparative sur l’utilisation des antibiotiques en Europe pour les patients ambulatoires (European surveillance of antimicrobial consumption) a montré qu’il existe une corrélation entre l’augmentation des résistances bactériennes et celle de la consommation d’antibiotiques, cette corrélation étant particulièrement significative pour le pneumocoque [13]. Par contre, la détresse respiratoire, le recours à l’oxygénothérapie, la durée de la fièvre et la mortalité chez l’enfant ne semblent pas être corrélés à la résistance de la bactérie [10, 14]. La résistance du pneumocoque aux antibiotiques de la famille des pénicillines est en augmentation dans de nombreuses régions du monde. En France, 45 % à 50 % des souches sont résistantes aux pénicillines [12, 13], contre 29 % en 1998 [15]. Chez l’enfant, ces pourcentages sont plus élevés, notamment s’il a moins de deux ans [12, 14]. La France est le pays d’Europe le plus gros consommateur de pénicillines (facteur de 4,2 par rapport aux Pays-Bas les moins consommateurs) [13]. L’utilisation des céphalosporines (notamment cefpodoxime et cefixime) n’a cessé d’augmenter pour le traitement des infections respiratoires non compliquées malgré l’absence de recommandations dans ces indications [13].

Pour les macrolides, alternative thérapeutique aux β-lactamines dans les infections respiratoires à Streptococcus pneumoniae, les données révèlent des souches résistantes de l’ordre de 45 % à 48 % selon les auteurs [12, 15, 16]. La France est le deuxième pays d’Europe en termes de consommation de macrolides, streptogramines et lincosamines [13]. Certains auteurs parlent maintenant d’une tolérance du pneumocoque à la vancomycine, qui serait de l’ordre de 3 % [12].

Dans les pneumonies sévères, l’antibiothérapie initiale associera une céphalosporine de 3e génération par voie IV (céfotaxime 100 mg/kg/j ou ceftriaxone 50 à 80 mg/kg/j) à un aminoside [2]. Dans le cas d’Armelle, l’association de ceftriaxone et de gentamicine a été renforcée par un glycopeptide (vancomycine), ceci étant justifié à la fois par la problématique liée aux résistances, mais aussi par son âge (moins de 5 ans), la sévérité de l’infection et la suspicion de staphylococcie pleuro-pulmonaire.

Les glycopeptides sont exclusivement actifs sur les bactéries à Gram +, avec une activité majeure sur les staphylocoques. Certains arguments étaient en faveur de ce germe, d’autres ne permettaient pas d’écarter une possible infection à pneumocoque compte tenu de sa fréquence en pédiatrie. La ceftriaxone, en raison de sa longue demi-vie, a été choisie parmi les β-lactamines pour le rythme de ses administrations. En effet, l’injection journalière unique a été le critère de sélection par rapport à la céfotaxime administrée 3 fois par jour. La tobramycine aurait été un meilleur choix que la gentamicine en raison de sa moindre toxicité rénale et cochléaire, mais son utilisation a été rendue impossible en raison d’une suspension de marché. L’administration journalière unique de l’aminoside fait référence à certaines publications [17-19]. Ses avantages, outre le moindre risque septique, sont d’obtenir une forte concentration sanguine d’aminoglycoside, associée à un important effet post-antibiotique [17, 19, 20], une moindre toxicité rénale [17, 19, 20] due au caractère saturable de la pénétration de l’antibiotique dans la corticale rénale [17, 19] et d’entraîner l’éradication des micro-organismes plus rapidement [20]. L’association aminoside β-lactamine est synergique et contribue à réduire le développement de résistances [18]. Mais l’activité des aminosides est diminuée de manière significative en présence de nécrose [18]. Quant à la variation de posologie de vancomycine d’un hôpital à l’autre, elle est due à des protocoles de service différents ; cependant la posologie de 40 mg/kg/j en 4 fois est celle recommandée chez l’enfant de cet âge [21]. L’association d’antibiotiques de la famille des aminosides et des glycopeptides, bien qu’argumentée par la gravité de l’infection, augmente le risque de toxicités rénale et auditive, ceci d’autant que la surveillance des concentrations sériques de ces deux familles d’antibiotiques n’a pas été réalisée. En outre, les β-lactamines sont également néphrotoxiques [22]. Il est à noter que la posologie d’amoxicilline de sortie est supérieure à celle recommandée de 100 mg/kg/j en 3 prises [23].

Vaccination

La gravité potentielle des infections à pneumocoque de l’enfant, illustrée ici par le cas d’Armelle, recommande la vaccination anti-pneumococcique. Le vaccin conjugué Prevenar® est efficace dès les premiers mois de vie [10, 11, 24]. Il présente un intérêt chez les enfants même sans facteur de risque connu ; en effet, selon une étude, deux tiers des enfants décédés suite à cette infection ne présentaient aucun facteur de risque [10]. De plus, ce vaccin a montré une efficacité intermédiaire dans la prévention des pneumonies et il couvre plus de 90 % des souches résistantes aux antibiotiques qui sont celles responsables des infections invasives de l’enfant [11, 14]. Cependant, une interrogation subsiste : la pathogénicité des sérotypes non contenus dans le vaccin peut-elle devenir plus importante ? Aux États-Unis, aucune augmentation de l’incidence de ces sérotypes venant compenser les sérotypes vaccinaux n’a été montrée à ce jour, la vaccination ayant été débutée 3 à 4 ans auparavant [14]. Les résultats sont au contraire encourageants puisque les infections ont diminué selon les études de 25 % à 58 % chez les enfants de moins de 2 ans, avec une diminution de 18 % des infections chez les sujets de 5 à 39 ans dans la famille des enfants vaccinés [14].

Autres traitements

Le drainage pleural permet d’évacuer les épanchements aériens et liquidiens, sinon la compression éventuelle peut entraîner un tassement du poumon. Même en l’absence de compression, l’épanchement peut se transformer en enveloppe fibreuse pouvant amoindrir définitivement les capacités ventilatoires. Chez l’enfant particulièrement, le drainage pleural participe donc entièrement au traitement de la détresse respiratoire [25]. Ici, l’échec après pose du premier drain vient contredire les taux de succès de 70 % à 95 % habituellement attendus sous contrôle échographique (9 à 65 % sans repérage échographique) [26].

Le processus de nécrose et de cavitation, une fois débuté, est continu et progressif, même en face d´une antibiothérapie efficace, expliquant ainsi la persistance de la fièvre chez Armelle avant l’intervention au bloc opératoire, au cours de laquelle les cloisonnements ont été supprimés. Cet acte a permis l’évolution rapidement favorable. Des données de la littérature montrent que l’intervention chirurgicale est nécessaire dans 66 % des cas chez les enfants présentant une pneumonie nécrosante [7].

Midazolam et kétamine ont été utilisés en prémédication à dose usuelle [21] pour la pose de drain. L’utilisation d’atropine à dose recommandée [21] a permis de lutter contre le malaise vagal (pâleur, bradycardie, perte ou non de connaissance) [26] lié à la pose du drain.

La posologie d’ibuprofène prescrite chez cette enfant (40 mg/kg/j en 4 fois) est utilisée en dehors des recommandations de l’AMM, puisque seule l’arthrite chronique juvénile a reçu l’AMM pour cette posologie [22]. Il est à noter que ce principe actif peut également avoir des effets indésirables rénaux [22].

Au fur et à mesure de l’hospitalisation, la voie orale a été privilégiée. Ainsi, certains médicaments administrés par voie parentérale l’ont ensuite été per os (paracétamol, métronidazole) dès que l’enfant a pu facilement avaler. Ceci a permis de diminuer le risque d’infection nosocomiale sur matériel, mais a surtout été motivé par la difficulté à trouver une voie d’abord veineuse. Pour d’autres principes actifs dont l’administration orale n’était pas indiquée, il a fallu recourir à certains stratagèmes comme l’utilisation de la voie intra-rectale pour la nalbuphine ou de la voie IM pour la ceftriaxone, ce qui dans le cas de la nalbuphine, n’est pas conforme aux voies d’administration mentionnées dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP Nubain®).

Les posologies de métronidazole IV sont conformes à certaines recommandations [21] mais ne sont pas celles mentionnées dans l’AMM [22]. Par voie orale, il a l’avantage d’avoir une biodisponibilité de 100 %, la posologie utilisée étant celle préconisée [22].

La diarrhée a probablement été stoppée par l’administration de morphine.

La morphine a pu être employée du fait de la ventilation artificielle (contre-indiquée en cas d’insuffisance respiratoire décompensée) et de l’atténuation de ses effets dépresseurs respiratoires lors de l’administration chronique. Les posologies utilisées (toutes les 6 heures, en bolus ou en perfusion) sont conformes [22]. Celle de la nalbuphine IV l’est également [21]. La morphine, agoniste opioïde pur et la nalbuphine, agoniste-antagoniste, ont pu être utilisées successivement en raison du délai entre les administrations, la demi-vie de la morphine étant de 2 à 6 heures [22].

Conclusion

Le cas d’Armelle montre la difficulté diagnostique rencontrée par les cliniciens, qui même après les résultats bactériologiques, n’ont pas voulu écarter trop rapidement un traitement anti-staphylococcique. La pneumopathie nécrosante, rare en pédiatrie, a retardé le rétablissement d’Armelle. En pratique, l’optimisation de la prescription d’antibiotiques pour lutter contre l’apparition de résistances ne peut se faire qu’en prenant en considération l’ensemble des critères bactériologiques, sémiologiques, statistiques et les facteurs de risques. La maîtrise de la résistance passe par l’implication de tous les acteurs : microbiologistes, pharmaciens, cliniciens, soignants, industriels et patient [27]. La France est le plus gros consommateur d’antibiotiques en Europe (80 % en ville, 20 % à l’hôpital), pourtant plus d’un tiers des pathologies ainsi traitées sont virales et 20 à 50 % des prescriptions seraient non justifiées [28]. La résistance aux antibiotiques est non seulement consécutive à la consommation d’antibiotiques mais en est également la cause [13].

Ce cas nous montre encore une fois qu’en pédiatrie plus qu’ailleurs, les cliniciens sont confrontés à la pauvreté des recommandations disponibles en terme de prise en charge des pathologies, ainsi que de traitements officiellement reconnus actifs et dont les règles de prescriptions sont bien établies.

Références

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27 Anonyme. Comment améliorer la qualité de l’antibiothérapie dans les établissements de soins ? Qualité = préserver l’intérêt collectif sans nuire à l’intérêt individuel du patient. Presse Med 2002 ; 31 : 1231-8.

28 Girault V. Antibiotiques, combattre le mésusage. Presse Med 2002 ; 31 : 1733.


 

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