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Utilisation de systèmes groupwares (collecticiels) ou d’autres technologies de l’information au sein de commissions du médicament : revue de la littérature


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 24, Numéro 3, 167-74, juillet-août-septembre 2005, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : V Amos, J Beney , Institut central des Hôpitaux valaisans, Division pharmacie, Sion, Valais, Suisse.

Résumé : La commission du médicament (CDM), instrument-clé de la gestion de la pharmacothérapie à l’hôpital, représente une charge de travail importante. La création de CDM multisites paraît dès lors judicieuse. Cependant la dissémination géographique et les contraintes de temps compliquent cet exercice. Dès lors, le recours à un groupware (système informatique qui soutient le travail de groupe) pourrait résoudre ce problème. Une revue de la littérature conduite dans trois bases de données (pharmaceutique, médicale et technologique) met en évidence les avantages suivants : gain de temps, possibilité de stockage des données, augmentation de la productivité. Parallèlement, les désavantages suivants sont relevés : perte de temps par manque de consultation du courrier, absence d’indices non verbaux de communication générant des incompréhensions, stockage des données vu comme un facteur négatif en cas de manque de confiance entre les membres. Ces éléments impliquent de conserver des réunions face à face parallèlement aux réunions électroniques. Alors que les réunions face à face semblent plus adéquates pour traiter de questions complexes, les outils groupwares sont probablement utiles lors de choix simples ou urgents. Plusieurs mesures peuvent cependant améliorer le fonctionnement d’un groupe en mode virtuel : la désignation d’un facilitateur pour stimuler l’engagement des membres, la définition de règles organisationnelles et de comportement, la mise en place d’une formation informatique si nécessaire et l’évaluation régulière de la satisfaction des utilisateurs. L’utilisation de groupwares dans le domaine de la santé est peu documentée. Cette revue de la littérature met toutefois en évidence différents éléments à intégrer lors du choix et de l’implémentation de tels systèmes au sein d’une CDM.

Mots-clés : commission du médicament, groupware, travail coopératif assisté par ordinateur, courrier électronique, travail de groupe

ARTICLE

Auteur(s) :, V Amos, J Beney

1Institut central des Hôpitaux valaisans, Division pharmacie, Sion, Valais, Suisse

Les commissions du médicament (CDM), désormais reconnues dans la législation de nombreux pays, sont un instrument-clé de la gestion de la pharmacothérapie à l’hôpital et constituent un lien entre les services de pharmacie et le corps médical. Hormis la sélection de médicaments, le cahier des charges de la CDM comprend les audits de prescription, l’élaboration de recommandations, la mise en place d’une politique de formation et d’information des professionnels de santé concernant les médicaments et la gestion du risque médicamenteux iatrogène [1-3]. Ces nombreuses tâches impliquent une charge de travail importante pour les membres et des interactions régulières entre ceux-ci. Il est dès lors avantageux de créer une CDM unique lors de regroupement ou de fusion d’établissements hospitaliers. Or, les établissements partenaires sont parfois très éloignés les uns des autres. En pratique, les réunions de travail posent de nombreux problèmes : perte de temps due aux trajets, agendas incompatibles, manque de flexibilité pour le choix des dates, etc. Dans ce contexte, le recours à des moyens informatiques de communication, de travail et d’information à distance pourrait offrir un complément aux réunions de travail face à face. Une revue de la littérature a été entreprise pour vérifier cette hypothèse.Après une introduction à la terminologie concernant le travail coopératif assisté par ordinateur (TCAO) et à la technologie mise en jeu (groupware), les besoins de la CDM dans ce domaine sont discutés. La revue de littérature présente ensuite les avantages et les limites du TCAO dans le cadre de la CDM.

Contexte

Le premier système informatique de travail collaboratif créé en 1968 par Douglas Engelbart [4] et son équipe à l’université de Stanford (États-Unis) a redéfini la notion de distance entre des chercheurs géographiquement disséminés amenés à travailler ensemble. Par la suite, l’avènement en 1969 du précurseur d’internet, Arpanet (Advance research projet agency network) qui connectait quatre universités de la côte ouest des États-Unis, puis en 1989 l’apparition des premiers réseaux commerciaux (MCI et CompuServe) offrant une passerelle de courrier électronique vers internet [5], ainsi que le développement de plates-formes de travail collaboratif pour entreprises telles que Lotus Notes® d’IBM ont rendu encore plus aisés la communication, la collaboration et le travail entre individus situés à distance les uns des autres.

Les technologies spécialisées dans le travail coopératif assisté par ordinateur (hardware et software) sont regroupées sous le terme de groupwares ou collecticiels. En raison de son utilisation plus répandue, le terme groupware sera retenu dans ce travail. En outre, le travail coopératif assisté par ordinateur fait l’objet d’une discipline scientifique dénommée Computer supported cooperative work ou CSCW « qui étudie la manière dont les groupes travaillent et qui tente d’établir de quelle façon la technologie, en particulier l’informatique, peut les aider dans leurs tâches » [6]. Dans le texte qui suit, les termes TCAO et CSCW seront considérés comme synonymes.

Groupwares

Selon la définition d’Ellis [6], les groupwares sont conçus spécifiquement pour supporter et faciliter le travail de groupe, ils fournissent une interface à un environnement partagé. Cette définition sera retenue dans ce travail, il faut toutefois préciser qu’il n’y a pas de définition universellement acceptée pour caractériser le concept de groupware.

Taxonomie des systèmes groupwares

Il existe différentes façons de classer les systèmes groupwares, l’une des plus citées est la taxonomie espace-temps qui distingue l’interaction entre utilisateurs en termes de lieu et de temps (tableau 1( Tableau 1 )) [6, 7].

Les systèmes groupwares sont parfois classés selon le type d’outils ou d’association d’outils offerts aux usagers. Il faut préciser que dans la littérature consultée, cette catégorisation n’est ni exhaustive ni homogène. De plus, les frontières entre certains outils ou groupes d’outils ne sont pas nettes, s’interpénètrent et évoluent aussi avec les progrès de la technologie. Le tableau 2( Tableau 2 ) mentionne quelques exemples d’outils ou groupes d’outils groupwares [8-14].
Tableau 1 Classification espace-temps des systèmes groupwares selon Ellis CA.

Même lieu

Lieux différents

Même temps

Interaction synchrone (face à face)

Interaction synchrone distribuée

Temps différents

Interaction asynchrone

Interaction asynchrone distribuée


Tableau 2 Exemples d’outils intégrés dans les systèmes groupwares.

Catégories d’outils ou de groupes d’outils groupwares

Description

Messagerie électronique

Le courrier électronique (e-mail) est un outil de communication asynchrone qui permet l’envoi et la réception de messages avec diverses options telles que le transfert et tri de messages, l’attachement de fichiers, la création de listes de contacts, etc.

Groupe de discussion et liste de diffusion

  • Le groupe de discussion réunit, via le courrier électronique, des dizaines, voire des milliers de personnes autour d’un même centre d’intérêt.
  • La liste de diffusion est un outil de communication qui utilise le courrier électronique et qui permet à chaque abonné de s’adresser à tous les autres et de recevoir leurs messages.


Agenda de groupe électronique

L’agenda de groupe permet la planification et la coordination de tâches entre plusieurs utilisateurs.

Conférence électronique

Les outils de conférence électronique comprennent des systèmes basés sur le texte, le son ou la vidéo.

Applications de workflow

Les applications de workflow permettent l’organisation des flux de travail par un enchaînement automatisé des différentes opérations et étapes de validation d’une tâche complexe (procédure de commande, suivi de projet, etc.).

Système d’aide à la décision de groupe (GDSS : Group decision support systems)

Les outils d’aide à la décision peuvent être de plusieurs types : outils de classification (outils de pondération, d’analyse de probabilité, etc.) ; vote électronique ; outils de génération d’idées (brainstorming).

Espaces de travail partagés

  • Cette catégorie de système groupware donne à l’utilisateur accès à un espace de travail partagé avec possibilité d’éditer du texte, des croquis, des éléments de design, etc. Les espaces de travail partagés sont en principe utilisés en parallèle à d’autres systèmes groupwares, par exemple les GDSS.
  • Exemples : salles de travail virtuelles, tableaux blancs partagés, environnements spécifiques pour le support de la collaboration scientifique (Scientific collaboratories), etc.


  • Outils d’accès au savoir
  • (knowledge management)


Ces outils permettent le partage du savoir au sein d’un groupe. Par exemple, on peut citer : les bibliothèques, les FAQ (questions fréquemment posées), la cartographie des compétences, les portails, les moteurs de recherche, etc.

Travail coopératif assisté par ordinateur

Comme on l’a vu plus haut, les systèmes groupwares permettent à des individus de travailler en groupe, même s’ils n’ont pas la possibilité d’être ensemble d’un point de vue géographique ou temporel. Pour atteindre cet objectif d’une manière probante, les systèmes groupwares doivent permettre aux personnes d’interagir de manière optimale tout en minimisant les interférences dues à l’utilisation de la technologie [15].

Pour mieux cerner de quelle manière les individus travaillent ensemble en utilisant les technologies informatiques, des recherches en CSCW sont menées par diverses disciplines scientifiques : informatique, sociologie, psychologie, sciences économiques, sciences de la communication, etc. Des travaux de recherche sont conduits sur des fronts variés : design et acceptation des groupwares par les utilisateurs, utilisabilité (usability) et évaluation des aspects sociaux et psychologiques. En effet, ces éléments ont une importance cruciale dans la réussite ou l’échec de l’implantation de ce type de technologie dans une entreprise ou une institution [16, 17].

Groupware Besoins de la commission du médicament

La sélection de médicaments qui figurent dans la liste des médicaments ou livret thérapeutique, l’élaboration de recommandations et la réalisation d’audits de prescription sont des activités communes aux CDM. Ces commissions sont habituellement composées de 10 à 20 membres. Les pharmaciens prennent en charge une grande partie du travail préparatoire. Sur cette base, les fonctionnalités qu’un système groupware destiné à la CDM ont été identifiées et classées en quatre catégories selon Deschamps (tableau 3( Tableau 3 )) [18] : 1) outils de production à distance ; 2) outils d’organisation et de coordination des activités des membres ; 3) outils de communication ; 4) outils d’accès des membres en situation de mobilité.
Tableau 3 Systèmes Groupwares : outils potentiellement utiles à la Commission du médicament (CDM).

1. Outils de production à distance

- Partage de fichiers (Word, Access, Excel, HTML, PDF, etc.) entre les membres

- Fonctionnalités de synchronisation de versions : gère les différentes versions d’un document

- Fonctionnalités de workflow : chaîne de validation des documents

- Partage de bases de données (ex. base de données médicaments)

- Outils d’aide à la décision (GDSS), par exemple vote électronique

2. Outils d’organisation et de coordination des activités des membres

- Agenda partagé : facilite la coordination des activités des membres et donne l’alerte en cas de conflit.

- Gestion des accès, sécurité

3. Outils de communication

- Courrier électronique avec possibilité d’envoyer des e-mails à des personnes non membres de la CDM

- Groupes de discussion et listes de diffusion

- Conférences électroniques

- Moteur de recherche : pour rechercher spécifiquement des documents (Word, Access, Excel, PDF, etc.) générés par les membres de la CDM

4. Accès des membres en situation de mobilité

Espace de travail sur le Web accessible par login et mot de passe.

Méthode

Une recherche de littérature de 1990 à février 2005 a été menée dans Medline, International pharmaceutical abstracts online ainsi que dans Cambridge scientific abstracts computer technology (base de données informatiques et technologiques).

Les recherches ont été conduites en utilisant les équivalents des termes suivants dans les thésaurus individuels : pharmacy and therapeutics committee, formulary, medical informatics, computer supported cooperative work, computer mediated communication, computer communication networks, professional staff committee, groupware, virtual meeting, groupwork. Cette recherche a été complétée sur les sites web ou cédéroms bibliographiques des revues suivantes : Journal de pharmacie clinique (1997-février 2005) [19], Revue Prescrire (1990-février 2005) [20], Computer Supported Cooperative Work (1997-février 2005) [21]. De plus, les références bibliographiques pertinentes mentionnées dans les articles préalablement sélectionnés ont également été retenues.

Les références ainsi identifiées ont été évaluées et classées en deux catégories : 1) références traitant de l’utilisation de l’informatique en lien avec les activités de la CDM ; 2) références traitant du travail coopératif assisté par ordinateur ou de communication dans le domaine de la santé à l’exception de la télémédecine et du dossier patient informatisé, deux aspects qui ne sont pas directement en relation avec la problématique de la CDM.

Résultats

La recherche de littérature a permis d’identifier 50 références pour la catégorie 1 (informatique en lien avec la CDM) et 150 références pour la catégorie 2 (travail coopératif dans le domaine de la santé).

Informatique en lien avec la CDM

La majorité des 50 références de la catégorie 1 concerne la communication de la CDM à l’intention des utilisateurs de la liste des médicaments. Pour améliorer la diffusion de la liste des médicaments, de nombreuses organisations la mettent à disposition électroniquement, par exemple sur leur intranet ou sur PDA [22-33]. De même, divers formulaires tels que des requêtes de modification de la liste des médicaments, demandes d’autorisation de prescription de spécialités pharmaceutiques ne figurant pas dans la liste des médicaments institutionnelle ou des fiches de rapport d’effets indésirables sont édités en versions informatiques [24, 30, 34-36]. Certains établissements de soins publient également des recommandations d’utilisation de médicaments sur leur intranet [25-27, 30, 35, 37, 38] ou sur ordinateur personnel de poche (PDA) [23, 31]. Parallèlement, des CDM rapportent l’utilisation d’outils informatiques non collaboratifs dans la gestion du système de la liste des médicaments tels qu’outils d’évaluation de la sécurité de la médication [39, 40], outils de suivi de l’utilisation de médicaments [41, 42], outils d’analyse pharmacoéconomique [43, 44], bases de données [45-47].

Ces exemples mettent en évidence l’utilisation des technologies informatiques par les CDM et les pharmacies d’établissements de soins dans la gestion du système de la liste des médicaments et la diffusion d’informations à l’intention des professionnels de santé. Par contre, l’utilisation de moyens informatiques de communication et de travail à distance au sein même de la CDM n’est décrite que dans deux résumés de présentation lors de meetings de l’ASHP en 1993 et 2003. Ces deux présentations mentionnent l’utilisation du courrier électronique par une CDM [48] et un comité en lien avec une CDM [49]. Les avantages et inconvénients de cette méthode de communication et de travail ne sont toutefois pas abordés.

Travail coopératif dans le domaine de la santé

Sur les 150 références de la catégorie 2, huit articles pertinents ont été identifiés. Trois références décrivent l’utilisation de moyens informatiques de communication et de travail dans le cadre de comités professionnels : un comité de recherche en soins infirmiers [50], un comité d’éthique [51] et un comité de révision de protocoles d’expérimentation [52]. Quatre articles traitent de l’utilisation des technologies de l’information au sein d’équipes interdisciplinaires s’occupant de patients souffrant d’affections chroniques [53-56]. Une référence décrit le développement d’un espace virtuel pour une communauté de doctorants de diverses disciplines de santé et leurs superviseurs [57].

Comités professionnels

Rakel décrit en 1996 [50] l’utilisation de la messagerie électronique au sein d’un comité mis sur pied pour intégrer la recherche dans la pratique clinique des soins infirmiers. Les courriers sont envoyés par l’intermédiaire de listes de diffusion. L’auteur définit des règles pour un bon fonctionnement du comité ; on peut citer : obtenir l’accord des membres et évaluer leur satisfaction régulièrement, poser clairement les fonctions, attentes et responsabilités de chacun, mettre en place une formation informatique si nécessaire, etc. En 2001, Eiser et al. [51] décrivent également l’utilisation du courrier électronique et d’une liste de diffusion comme outils de consultation au sein d’un comité d’éthique. Eiser et al. mentionnent parallèlement l’utilisation d’un logiciel de discussion avec possibilité d’archivage qui est en cours d’adoption par le comité. En 2004, Silverman [52] décrit un comité ayant entièrement remplacé ses réunions plénières par le courrier électronique dans le but de diminuer la charge de travail des membres et gagner du temps. Ce comité est chargé de revoir et approuver les protocoles d’expérimentation sur des animaux.

Pour Rakel, la communication et le travail par voie électronique apportent plusieurs avantages tels qu’opportunités égales de participation pour les membres, valorisation des idées de chacun, responsabilisation plus grande des participants, atténuation de la domination de certains individus sur le groupe, etc. En pratique, les éléments positifs constatés par Rakel sont un gain de temps ainsi qu’une participation accrue des différents membres du groupe. Une augmentation de la productivité des membres du comité a également été constatée. Les échanges électroniques peuvent être archivés et classés, ce qui permet d’effectuer des analyses rétrospectives et de mettre en évidence des problèmes récurrents. Toutefois, en raison de l’absence d’interaction face à face, Eiser et al. et Silvermann mentionnent un risque de diminution de l’engagement réciproque des membres les uns vis-à-vis des autres ainsi que la possibilité de survenue de malentendus. Si la confiance entre les membres est faible, la possibilité d’archiver les données peut être vécue comme un facteur négatif et restreindre la communication et la coopération. La fréquence de consultation du courrier peut également influencer négativement les échanges si elle est trop faible. Dans le cas de problème complexe tel que le processus de révision et approbation de protocoles décrit par Silvermann, on constate que les nombreux échanges d’e-mails demandent potentiellement plus de temps qu’une réunion plénière et la communication par courrier électronique s’avère moins propice au débat que les réunions face à face. Ces divers éléments conduisent l’auteur à remettre en cause le mode de fonctionnement de ce comité virtuel. Pour ces différentes raisons, Rakel, Eiser et al. et Silvermann préconisent de conserver des réunions de travail classiques. Dans ce contexte, la communication et le travail collaboratif électronique sont un complément aux réunions face à face.

Équipes interdisciplinaires

En 2004, Wiecha et Pollard [53] soulignent l’importance que les technologies de la communication pourraient avoir dans le futur dans le fonctionnement d’équipes virtuelles susceptibles d’améliorer la prise en charge interdisciplinaire des patients. Pitsillides et al. [56] décrivent en 2004 la prise en charge de patients cancéreux à domicile par des équipes interdisciplinaires fonctionnant en mode virtuel (projet Ditis). Les outils utilisés sont : logiciel de travail collaboratif, agents mobiles (téléphones, PDA, PC mobiles, etc.), bases de données, outils de télémédecine, etc. Les avantages mis en évidence sont un accès plus rapide aux informations concernant le patient et une coordination des soins plus efficace aboutissant à une amélioration de la qualité de vie du patient. La possibilité de stocker et analyser les données et de mettre en évidence les performances a permis d’obtenir un financement pour de futurs services. Les désavantages de ce mode de travail sont peu abordés par les auteurs. En 2003, Lapidos et Rothschild [54] proposent un concept d’utilisation des technologies de la communication au sein d’équipes interdisciplinaires prenant en charge des malades chroniques ou âgés. Ce concept, nommé Virtual integrated practice fait l’objet d’une étude pilote en 2004 par ces mêmes auteurs [55]. Les professionnels de santé impliqués dans les soins (médecin, pharmacien, diététicien, travailleur social, autres) se réunissent une première fois pour établir les objectifs, coordonner leurs actions et décider d’un mode de communication. L’équipe fonctionne ensuite de manière virtuelle en utilisant un ou plusieurs des outils suivants : courrier électronique, téléphone, fax, vidéo conférence, internet, etc. Pour les auteurs, les avantages constatés lors de l’étude pilote sont par exemple : meilleure efficacité du temps investi par les soignants, amélioration de la coordination des soins, prise en charge plus complète du patient, augmentation de la participation du patient à sa prise en charge et amélioration de ses connaissances, standardisation de certains processus de soin, meilleure répartition des ressources. Toutefois, les auteurs constatent que même si les membres de ces équipes virtuelles sont enthousiastes, l’implémentation de cette méthode de travail nécessite un effort et un renforcement significatif. Des infirmières ont travaillé dans ce but. En ce qui concerne les outils utilisés, contrairement aux attentes, le courrier électronique est peu utilisé au sein de l’équipe virtuelle. Selon les auteurs, le manque de confidentialité et le risque de surcharge de la boite aux lettres électronique peuvent expliquer cet élément. En raison de sa facilité d’utilisation et d’une grande familiarité pour les membres de l’équipe virtuelle, le fax est l’outil de communication préféré. Ce dernier élément est à mettre en lien avec la constatation de Wiecha et Pollard qui soulignent le manque de connaissance actuel sur la manière dont la technologie de l’information et de la communication pourrait améliorer le fonctionnement des équipes de soins [53].

Communauté de doctorants et superviseurs

En 2003, Richardson et Cooper [57] décrivent le développement d’un espace virtuel (Health_Voice Web-site) pour une communauté de doctorants de diverses disciplines de santé et leurs superviseurs. Le but de cet espace est d’encourager l’interdisciplinarité et de favoriser le développement d’une culture de la recherche. Les outils à disposition sont un forum de discussion permettant des échanges asynchrones et synchrones tels que séminaires en ligne ou débats, une liste de diffusion et un tableau blanc. Les éléments positifs constatés sont, par exemple, une valorisation des idées pertinentes des doctorants auprès des superviseurs, une intégration plus grande des doctorants dans la vie de la faculté, etc. Des échanges entre doctorants et superviseurs de différentes disciplines ont aussi contribué à élargir les débats. Les auteurs notent également que l’organisation de séminaires et rencontres « réels » a contribué au renforcement de la communauté virtuelle. On constate toutefois que malgré un bon fonctionnement technique, par manque de temps ou d’intérêt, certains superviseurs et étudiants ont été peu disposés à travailler avec ces médias. Les auteurs constatent également qu’une action soutenue (par exemple par le biais de facilitateurs ou animateurs) est nécessaire pour maintenir et favoriser le développement de cet espace collaboratif.

Discussion, conclusion

Le recours à des supports informatiques tels que l’intranet ou le PDA permet à certaines CDM ou pharmacies hospitalières de diffuser des informations, formulaires et recommandations auprès des professionnels de santé. Par contre, l’utilisation de moyens informatiques de communication et de travail à distance au sein même de commissions du médicament ou d’autres comités de professionnels de santé n’est que peu documentée.

Les outils groupwares principalement utilisés sont la messagerie électronique avec ou sans recours à une liste de diffusion [50-52, 55] et le logiciel de discussion (asynchrone ou synchrone) accessible via internet [51, 57]. Ces deux applications permettent de s’affranchir des contraintes de temps et de lieu, ce qui répond au problème principal d’une CDM multisites. Elles permettent également d’accélérer les échanges d’information et d’augmenter les interactions entre les membres des comités, il s’ensuit en général un gain de temps. Les informations peuvent être facilement archivées et permettre ainsi des analyses rétrospectives. Dans ce cadre, le logiciel de discussion peut jouer un rôle utile dans la préparation et l’envoi d’ordres du jour, procès verbaux et documents de travail de séances plénières d’une CDM. Après lecture des documents, les utilisateurs peuvent poster leurs remarques et les rendre directement lisibles aux autres membres. Toutefois, pour un fonctionnement adéquat, une CDM a potentiellement besoin d’outils supplémentaires comme indiqués dans le tableau 3 : outils de production à distance, d’organisation et de coordination, outils de communication et éventuellement outils d’accès pour les membres en situation de mobilité.

Les résultats de cette recherche de littérature mettent aussi en évidence divers facteurs-clés concernant la réussite du travail collaboratif en mode virtuel. Si les conditions le permettent, des réunions face à face entre membres du groupe, avant implémentation du système groupware et ensuite de manière ponctuelle, permettent aux utilisateurs de créer des liens sociaux et stimuler la collaboration au sein de la communauté virtuelle [55, 57]. Dans ce contexte, la présence d’un facilitateur ou animateur exerçant une action soutenue pour renforcer l’utilisation du système de travail collaboratif pourra s’avérer également judicieuse [55, 57]. De par leur rôle moteur dans de nombreuses CDM, les pharmaciens ont une position de choix pour remplir cette tâche et mobiliser les autres membres. Les malentendus et les conflits peuvent être source de non collaboration et de non utilisation de la plate-forme de travail électronique. Pour les éviter, il peut être utile d’édicter des règles d’utilisation (quel type d’information est transmise et à qui la transmettre) et de comportement (Netiquette) [57]. Comme mentionné par Goldbloom [58], mal utilisée, la messagerie électronique peut causer une perte de temps. Accaparés par le tri de leur courrier électronique, certains usagers seront moins disponibles pour leurs tâches journalières. D’autres utilisateurs n’accorderont que peu d’attention à leurs messages restreignant ainsi la collaboration [51, 52]. La littérature consultée montre également que certains outils tels que l’e-mail ne permettent pas de gérer les problèmes complexes de manière satisfaisante, en particulier lorsque le groupe comprend un grand nombre de participants. L’implémentation de systèmes groupwares ne peut donc se faire qu’en conservant les réunions face à face, ces dernières étant plus propices aux débats de fond.

Un autre aspect important relevé dans les références sélectionnées est l’acceptation des systèmes groupwares par les utilisateurs [50, 55, 56]. La littérature générale sur le CSCW mentionne plusieurs éléments susceptibles d’influencer l’adoption ainsi que l’appropriation de ces technologies par les usagers. Ces facteurs concernent principalement les caractéristiques des outils informatiques, des utilisateurs et de leurs tâches et du contexte social [17]. En ce qui concerne les outils informatiques, ceux-ci doivent être à même de soutenir les interactions sociales, de même que les processus cognitifs [17] : perception, mémorisation, traitement des informations, prise de décision, etc. Par ailleurs, le système doit posséder un certain nombre d’attributs qui permettent aux usagers de l’utiliser de manière aisée, cela est caractérisé par le terme usability. Ce terme est parfois traduit en français par ergonomie ou " utilisabilité ". L’Organisation internationale de normalisation (ISO) et la Commission electrotechnique internationale (IEC) ont défini plusieurs standards en relation avec l’ergonomie, en particulier ISO/IEC 9126, ISO/IEC 9241 [59]. L’adoption des technologies de communication par les utilisateurs dépend également de facteurs individuels tels que les préférences, la formation, les habitudes, les croyances, les craintes, la personnalité, le statut social, etc. Par exemple, Eiser et al. [51] mentionnent que la possibilité de stocker et analyser les données peut être perçue par les utilisateurs comme un facteur négatif si le niveau de confiance entre les membres du groupe n’est pas suffisant. De plus, le rapport coût – bénéfice perçu par l’usager est crucial. En effet, si l’énergie mentale ou physique nécessaire à l’utilisation de certains outils technologiques est disproportionnée par rapport au bénéfice retiré, ou si ce bénéfice n’est pas directement profitable à l’utilisateur, ces outils sont susceptibles de ne pas être adoptés [16]. Par exemple, dans l’étude pilote de Lapidos et Rothschild [54], la communication par fax, plus familière, a été préférée au courrier électronique. D’autre part, l’implémentation de nouveaux outils informatiques de communication et de travail peut amener de nouvelles manières de travailler. Par exemple, la mise à disposition immédiate d’informations auparavant détenues par un petit nombre de personnes. Certains individus peuvent donc voir leur prérogatives diminuer et résister à l’utilisation du nouveau système [17]. Le contexte social joue également un rôle prépondérant dans l’adoption des technologies de la communication. En effet, la cohésion du groupe, les normes et la capacité du système à transmettre les interactions sociales influencent l’acceptation des outils informatiques de travail et de communication [17].

Ce travail s’appuie sur une recherche de littérature dans les trois bases de données Medline, International pharmaceutical abstracts et Cambridge scientific abstracts computer technology. Bien que ne couvrant pas de manière complètement exhaustive les travaux du domaine étudié, ces sources comprennent non seulement des références d’articles publiés mais également de présentations lors de congrès, ce qui permet de restreindre le biais de publication. De plus, la littérature générale sur le CSCW apporte également des informations de fond sur le sujet. Les problèmes techniques sont une composante importante de l’acceptabilité de système groupware. Les références analysées n’abordent pourtant pas ce point. Contacté fin 2003 par les auteurs, le professeur Eiser et al. [51] a mentionné dans une brève correspondance une possible diminution de la qualité de communication en cas de problème technique.

Pour accomplir les tâches qui leur sont dévolues [1-3], les membres de CDM doivent pouvoir interagir efficacement, même s’ils sont éloignés géographiquement ou n’ont pas la possibilité de se réunir régulièrement. Cette revue de la littérature montre que les groupwares peuvent faciliter les interactions au sein de CDM. Les facteurs de succès du travail de groupe en mode virtuel sont : la conservation des réunions face à face, en particulier lors de problème complexe, la désignation d’un facilitateur pour stimuler l’engagement des membres, la définition de règles organisationnelles et de comportement, la mise en place d’une formation informatique si nécessaire, l’évaluation régulière de la satisfaction des utilisateurs. Hormis les éléments identifiés dans cette revue, le choix et l’implémentation de tels systèmes doivent également intégrer des aspects organisationnels et techniques tels que la facilité d’installation et de maintenance (ressources matérielles et humaines), la sécurité (gestion des droits, surveillance du système, etc.) et l’utilisation de logiciels déjà présents dans l’institution.

Les avantages, inconvénients et facteurs de succès mis en évidence dans cette revue de la littérature permettront de guider le choix d’une solution informatique adaptée aux besoins de la CDM.

Références

1 Décret n° 2000-1316 du 26 décembre 2000 relatif aux pharmacies à usage intérieur et modifiant le code de la Santé publique (deuxième partie : Décrets en Conseil d’Etat). Journal officiel de la République française du 30 décembre 2000 : 20954–20963. Site internet : http ://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=MESH0023036D, consulté le 12/08/2004.

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9 Lococo A, Yen DC. Groupware : computer supported collaboration. Telematics and Informatics 1998 ; 15 : 85-101.

10 Terzis S, Nixon P. Building the next generation groupware : a survey of groupware and its impact on the virtual enterprise. 1999 Feb. Available from : http ://www.cs.tcd.ie/publications/tech-reports/.

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