ARTICLE
Auteur(s) : D
Levêque1,2, M-C Monteiro1, J
Detour3, C Blondet3, F Maloisel4,
L Beretz1
1Service de pharmacie, Hôpitaux universitaires de
Strasbourg
2Institut de bactériologie, Laboratoire d’antibiologie,
Université Louis Pasteur, Strasbourg
3Service de médecine nucléaire, Hôpitaux Universitaires
de Strasbourg
4Département d’oncologie et d’hématologie, Hôpitaux
universitaires de Strasbourg
La radio-immunothérapie, en oncologie, consiste à traiter des
tumeurs radiosensibles, de manière relativement spécifique, à
l’aide d’anticorps monoclonaux couplés à des isotopes radioactifs.
Ce concept n’est pas récent : la technique de marquage des
protéines par l’iode 131 (131I) a été mise au point à la
fin des années 1940 [1] et les premiers essais cliniques menés à
l’époque avec des anticorps polyclonaux de lapin marqués à
l’131I ont été effectués il y a 50 ans [1, 2]. Par
la suite, l’histoire de la radio-immunothérapie a été marquée par
les développements dans l’imagerie médicale au début des années
1960, l’avènement des anticorps monoclonaux en 1975, l’utilisation
thérapeutique d’anticorps monoclonaux radiomarqués dès 1984 [1] et
la mise sur le marché du premier anticorps radiomarqué à usage
thérapeutique, l’ibritumomab tiuxétan (Zevalin®), en
février 2002 aux États-Unis et en mai 2004 en France.
Concepts
Le traitement systémique des cancers (chimiothérapie) se heurte à
deux problèmes, la toxicité importante d’une part et le manque
d’efficacité d’autre part. Une des approches visant à améliorer la
tolérance, hormis l’addition de traitements symptomatiques, a été
de cibler plus spécifiquement les cellules cancéreuses. C’est
l’intérêt des anticorps monoclonaux qui interagissent de manière
préférentielle avec des déterminants tumoraux. Concernant
l’insuffisance d’activité imputable, en partie, à une mauvaise
diffusion du médicament au sein du tissu néoplasique (les anticorps
monoclonaux compris) [3-7], plusieurs solutions ont été
suggérées : l’administration de doses continues [5],
l’utilisation de moyens physiques (irradiation, hyperthermie) [5],
l’emploi d’agents anti-angiogéniques (bevacizumab notamment) qui
paradoxalement normalisent les vaisseaux tumoraux déjà formés de
manière transitoire et qui permettrait une meilleure distribution
de l’agent anticancéreux [8-10] et l’utilisation de radio-isotopes,
in situ, qui peuvent agir à courte distance de leur site de
distribution. Les anticorps monoclonaux radiomarqués constituent
une approche séduisante répondant, en théorie, aux insuffisances de
la chimiothérapie par leur relative spécificité et la possibilité
d’agir à distance du site de liaison.
Aspects généraux
Le profil d’activité et de tolérance d’un anticorps radiomarqué est
déterminé par les caractéristiques de l’anticorps monoclonal
vecteur (affinité pour l’antigène cible, paramètres de distribution
et d’élimination), la sélection et le mode de couplage du
radioélément (type et énergie de l’émission, période physique,
parcours du rayonnement émis, labilité de la liaison entre le
radio-isotope et l’immunoglobuline), le type de tumeur ciblée
(radiosensibilité, expression de l’antigène), l’expression de
l’antigène sur les tissus sains et sa présence à l’état libre
circulant.
Compte tenu de la toxicité des radiations, la
radio-immunothérapie se pratique généralement en une seule séance.
D’autre part, il apparaît souhaitable que le radioconjugué soit
éliminé rapidement afin d’éviter toute surexposition toxique. C’est
une des raisons qui conduit à utiliser des anticorps monoclonaux
d’origine murine qui ont des demi-vies d’élimination plus courtes
(quelques jours) que celles des anticorps chimériques ou humanisés.
Les anticorps murins ont moins d’affinité pour le récepteur FcRn,
exprimé notamment sur les cellules endothéliales, que les anticorps
présentant un fragment Fc humain (i.e. chimérique, humanisé). Le
récepteur FcRn est impliqué dans le passage transcellulaire des
immunoglobulines G (IgG). Il participe également au recyclage et à
la protection des IgG endogènes et explique leur longue demi-vie
(28 jours) par rapport aux autres protéines plasmatiques [6,
7].
Concernant le radio-isotope, plusieurs types de rayonnements
sont utilisables à des fins thérapeutiques (alpha, bêta moins,
Auger) [11]. Historiquement et même actuellement, c’est le
rayonnement bêta moins qui suscite le plus d’intérêt [11]. Compte
tenu de son parcours (quelques millimètres), le rayonnement bêta
moins apparaît adapté pour le traitement de tumeurs volumineuses
et/ou mal vascularisées. À ce jour, deux radioéléments sont
utilisés, l’yttrium-90 ou 90Y (émetteur pur de
rayonnement bêta moins) et l’iode 131 (émetteur bêta moins et
gamma). Le rayonnement bêta moins émis par l’131I est
plus faible en termes d’énergie maximale que celui de
l’90Y (0,606 versus 2,3 MeV) et présente un
parcours moyen plus court dans les tissus mous (1 mm versus
3,6 mm) [12]. Le rayonnement gamma permet la réalisation d’une
image de type scintigraphique, et donc de vérifier la distribution
de l’anticorps radiomarqué dans l’organisme, mais nécessite des
mesures de protection de l’entourage du patient (personnel
soignant, famille). Le couplage de l’131I s’effectue par
halogénation directe des résidus tyrosine de l’IgG (cas du
tositumomab ou Bexxar® commercialisé aux États-Unis
depuis juin 2003). L’90Y (métal) nécessite l’utilisation
d’un chélateur comme le tiuxétan dans le cas de l’ibritumomab.
L’utilisation des rayonnements alpha ou des électrons Auger qui
présentent des parcours plus faibles que les rayonnements bêta
moins pourrait être intéressante pour le traitement, à l’échelle
cellulaire, de micrométastases ou de cancers disséminés (leucémies)
[13, 14].
De nombreux essais cliniques ont été menés chez des patients
atteints de différents types de cancer (leucémies, lymphomes, sein,
ovaire, côlon, prostate, gliomes) [1, 15-17]. La
radio-immunothérapie s’est principalement intéressée à la prise en
charge des lymphomes malins non hodgkiniens (LNH) compte tenu de
leur radiosensibilité [12, 18]. D’autre part, une revue de la
littérature en 1996 [1], mentionnait que les pourcentages de
réponses les plus élevés par radio-immunothérapie étaient ceux
obtenus chez les patients atteints de LNH (environ 50 %).
L’ibritumomab tiuxétan et le tositumomab sont indiqués dans le
traitement de certains LNH (tableau 1( Tableau
1 )) et parmi les cinq radioconjugués actuellement en
développement clinique avancé, deux sont destinés aux traitement
des LNH et trois aux tumeurs solides [11].
La tolérance dépend de l’énergie des rayonnements et des tissus
irradiés, certains comme la moelle osseuse, le tube digestif, les
ovaires, les testicules étant plus radiosensibles que le foie, les
reins ou les poumons. La tolérance est également associée à
l’intensité de l’expression de l’antigène cible et à la variabilité
de la clairance de l’activité isotopique imposant parfois (cas du
tositumomab radiomarqué) la réalisation d’une dosimétrie avant
traitement.
Tableau 1 Caractéristiques des anticorps monoclonaux
thérapeutiques anti-CD20.
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Ibritumomab tiuxétan
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Tositumomab
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Rituximab
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Type d’anticorps
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IgG1 murin
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IgG2a murin
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IgG1 chimérique
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Radio-isotope
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90Y
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131I
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Non marqué
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Rayonnement
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Bêta moins
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Bêta moins, gamma
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Cible
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CD20 (lymphocytes B)
|
CD20 (lymphocytes B)
|
CD20 (lymphocytes B)
|
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Indications
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LNH folliculaires en rechute après rituximab
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LNH folliculaires en rechute après rituximab (États-Unis)
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LNH folliculaires et agressifs associé ou non à une
chimiothérapie
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Imagerie avant administration
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Non (oui aux États-Unis)
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Oui
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Non
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Dosimétrie avant administration
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Non
|
Oui
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Non
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Adaptation de la dose
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Poids et numération plaquettaire
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Paramètres d’élimination isotopique et numération plaquettaire
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Surface corporelle
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Shéma thérapeutique
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Une séance IV, dose de 15 MBq/kg à j8 précédée par 2
injections de rituximab (250 mg/m2) à j1 et j8
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Une séance IV, irradiation de 75 cGy à j8 précédée par 2
injections de tositumomab non marqué (450 mg) à j1 et j8
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375 mg/m2 IV seul ou en association à une
chimiothérapie pendant 4 à 8 cycles
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Dose thérapeutique sur une base pondérale
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Environ 3,6 mg
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Environ 35 mg
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Environ 700 mg par injection
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L’ibritumomab tiuxétan
L’ibritumomab tiuxétan est composé d’un anticorps monoclonal murin
de type IgG1 (ibritumomab), dirigé contre l’antigène membranaire
CD20 présent notamment sur les lymphocytes B matures et sur environ
90 % des lymphocytes B malins et d’un chélateur (le tiuxétan,
lié de manière covalente) destiné à fixer le radio-isotope
(90Y). Le radiomarquage est effectué in vitro.
Pharmacologie
Le mécanisme d’action cytotoxique est attribué aux radiations
émises par l’90Y et à l’activité intrinsèque du vecteur
murin après fixation sur les antigènes CD20 lymphocytaires [11,
12]. L’90Y émet un rayonnement bêta moins capable
d’atteindre des cellules se trouvant en moyenne à 3,6 mm de
l’anticorps monoclonal soit environ 100 à 200 diamètres cellulaires
[12]. Ceci signifie que 90 % de l’énergie est absorbée dans
une sphère de 3,6 mm de rayon. Le profil pharmacocinétique de
l’anticorps est caractérisé par une demi-vie d’élimination de
47 heures (écarts : 22-140 h) [19]. Le processus
d’élimination intègre également la décroissance exponentielle du
rayonnement bêta émis par l’90Y
(période physique : 64 h). L’élimination urinaire
déterminée sur 7 jours représente 5,9 % de la
radioactivité injectée (écarts : 2-8,5 %) [19].
Activité clinique
L’90Y ibritumomab tiuxétan a fait l’objet de 4 études
ouvertes et d’un essai randomisé (versus rituximab ou
Mabthera®) dans le traitement de LNH réfractaires
[20-25]. Les LNH réfractaires restent à l’heure actuelle incurables
et l’90Y ibritumomab tiuxétan tout comme le tositumomab
radiomarqué s’inscrivent dans une thérapeutique à visée palliative.
Le rituximab est un anticorps monoclonal chimérique anti-CD20
utilisé notamment dans le traitement des LNH folliculaires seul ou
en association à une chimiothérapie. Par rapport à l’ibritumomab
(fragment Fc murin), le rituximab possède un fragment Fc humain lui
conférant une demi-vie d’élimination plus longue (76 h versus
40 h) [7].
Les essais en ouvert qui comportaient deux phases I-II [20-22]
visaient à évaluer l’activité maximale tolérée de radio-isotope, le
type et la posologie d’anticorps monoclonal anti-CD20 utilisé pour
le prétraitement, la tolérance, l’activité thérapeutique chez des
patients atteints de LNH réfractaires présentant des chiffres
plaquettaires normaux ou une légère thrombopénie (i.e. 100-149
×109/L) [24]. La 4e étude ouverte qui
correspond au contexte d’utilisation fixé par l’AMM incluait 54
patients prétraités (médiane 4 lignes) atteints de LNH
folliculaires réfractaires au rituximab (74 % présentaient une
taille tumorale supérieure à 5 cm) [23]. Le taux de réponses
objectives était de 74 % avec 15 % de réponses complètes
et une durée médiane jusqu’à progression tumorale de
6,8 mois.
L’90Y ibritumomab tiuxétan (une séance) a été comparé
au rituximab (375 mg/m2, 4 injections) lors d’un
essai contrôlé qui incluait 143 patients prétraités (médiane 2
lignes) atteints d’un LNH de bas grade, folliculaire (55 % des
patients dans les 2 bras présentaient une taille tumorale
inférieure à 5 cm) [25]. L’90Y ibritumomab tiuxétan
s’est montré significativement supérieur au rituximab en termes de
taux de réponses objectives (critère de jugement principal,
80 % versus 56 %) et de réponses complètes (30 %
versus 16 %). En revanche, les durées jusqu’à progression
n’étaient pas statistiquement différentes (11 mois versus
10 mois). Même si ce paramètre ne constituait pas l’objectif
principal de l’essai, ces résultats sont un peu décevants et ne
traduisent pas, cliniquement, l’intérêt du couplage
radio-isotopique.
Tolérance
La tolérance a été évaluée chez les 349 patients inclus dans les 5
essais [26]. La toxicité est majoritairement hématologique avec une
incidence des neutropénies, thrombocytopénies et anémies de grade 4
de 30 %, 10 % et 3 %, respectivement. Les
hospitalisations pour infections ont concerné 7 % des
patients. Cinq patients ont développé une myélodysplasie ou une
leucémie aiguë myéloblastique 8 à 34 mois après le traitement.
Les principaux effets indésirables non hématologiques, sont des
réactions liées à la perfusion imputables au rituximab (nausées,
frissons, fièvre).
Indication de l’AMM
L’90Y ibritumomab tiuxétan est actuellement indiqué dans
le traitement des patients adultes atteints d’un LNH à cellules B
CD20 positif, de type folliculaire en rechute ou réfractaire après
traitement par le rituximab. Compte tenu de sa toxicité
hématologique, il ne peut être administré aux patients présentant
un envahissement médullaire supérieur à 25 %. Les indications
aux États-Unis incluent également les LNH réfractaires ou en
rechute de bas grade, folliculaires ou transformés (i.e.,
susceptibles d’être traités par le rituximab).
Posologie / schéma thérapeutique
Le traitement par 90Y ibritumomab tiuxétan ne comporte
qu’un cycle et peut être effectué en hôpital de jour. Il inclut un
prétraitement par rituximab administré à j1 et j8, à la posologie
de 250 mg/m2. La posologie de rituximab
(250 mg/m2) utilisée dans le prétraitement est plus
faible que celle employée habituellement
(375 mg/m2). Les deux injections de rituximab
visent à saturer les sites CD20 circulants et de la rate et in fine
à optimiser la biodistribution de l’ibritumomab tiuxétan. La
posologie de l’90Y ibritumomab tiuxétan est adaptée au
poids et à la numération plaquettaire du patient et exprime
l’activité du médicament radiopharmaceutique mesurée en
mégabecquerels (MBq). La posologie d’ibritumomab tiuxétan marqué in
vitro à l’90Y est de 15 MBq/kg (sans dépasser
1 200 MBq) si le nombre de plaquettes est supérieur à 150
×109/L. Il est administré à j8 après la 2e
injection de rituximab. Pour les patients présentant une numération
plaquettaire comprise entre 100 et 150 × 109/L, la dose
est réduite à 11 MBq/kg (sans dépasser 1 200 MBq). Sur
une base pondérale (mg) et à poids moléculaires comparables, la
dose d’ibritumomab tiuxétan est 200 fois plus faible qu’une dose
thérapeutique de rituximab (3,6 mg versus 700 mg en
moyenne par administration).
Aux États-Unis, le protocole d’administration figurant dans les
mentions légales est sensiblement différent. Au cours de la semaine
précédant l’administration du conjugué marqué à l’90Y, 2
ou 3 scintigraphies sont réalisées après l’injection d’une activité
de 185 MBq d’ibritumomab tiuxétan marqué à l’indium 111
(111In, émetteur pur de rayonnements gamma). Ces images
sont réalisées afin de mettre en évidence d’éventuelles
perturbations de distribution tissulaire du conjugué qui peuvent
contre-indiquer son utilisation. Ces anomalies se caractérisent par
une accumulation trop importante du conjugué au niveau des poumons,
des reins, de la moelle osseuse ou du tube digestif. Une étude
rétrospective, menée pendant la première année de commercialisation
aux États-Unis, a montré que ces perturbations étaient peu
fréquentes car elles concernaient environ 0,6 % des patients
(12/953) [27].
Le tositumomab
Le tositumomab est un anticorps monoclonal murin de type IgG2a,
également dirigé contre l’antigène membranaire CD20 et marqué in
vitro à l’131I. Le tositumomab a été développé au début
des années 1990 dans le traitement de LNH en rechute, à posologies
conventionnelle [28] ou intensifiée suivie d’une autogreffe de
cellules souches périphériques ou de moelle osseuse [29, 30]. Le
tositumomab est actuellement commercialisé aux États-Unis dans le
traitement de LNH folliculaires CD20 positifs réfractaires et
poursuit son développement dans un contexte intensif associé à une
chimiothérapie myéloablative avant autogreffe de cellules souches
périphériques [31, 32].
Pharmacologie
Le mécanisme d’action cytotoxique est lié au rayonnement bêta moins
de l’131I capable d’atteindre, en moyenne, des cellules
distantes de 1 mm du site de liaison et à l’anticorps murin
par cytotoxicité dépendante des anticorps et apoptose [11, 12].
Contrairement au rituximab, l’activité cytotoxique dépendant du
complément apparaît faible [33]. Les données cinétiques sont peu
nombreuses. La demi-vie d’élimination de l’anticorps radiomarqué a
été estimée à 59,3 heures (écarts : 24,6-88,6 h)
[34]. La période physique de l’131I est de 8 jours.
Activité clinique
L’étude ouverte qui a donné lieu à l’enregistrement incluait 60
patients prétraités (médiane 4 lignes) atteints de LNH de bas grade
ou transformés en échappement à leur dernière ligne de traitement
[35]. Le taux de réponses objectives après une séance était de
65 % avec 20 % de réponses complètes et une durée médiane
jusqu’à progression tumorale de 6,5 mois. Une analyse en
sous-groupes révélait que les patients qui avaient une masse
tumorale inférieure à 500 g répondaient significativement
mieux que les patients avec une masse tumorale supérieure à
500 g (81 % versus 39 %). Une autre étude de phase
II qui incluait 40 patients prétraités (médiane 4 lignes dont le
rituximab) a rapporté des résultats comparables avec 65 % de
réponses objectives, 38 % de réponses complètes et une durée
médiane jusqu’à progression de 10,4 mois [36]. Davies et al.
[37] ont évalué l’activité et la tolérance du tositumomab chez 41
patients atteints de LNH indolents moins lourdement prétraités (en
1e ou 2e rechute). Le pourcentage de réponses
objectives était de 76 % (31/41) avec 49 % de réponses
complètes. La durée médiane de rémission était de 1,3 année.
Le tositumomab marqué à l’131I (une injection) a été
comparé au tositumomab non marqué (485 mg, 2 injections) lors
d’un essai contrôlé qui incluait 78 patients prétraités
(médiane 2 lignes) atteints d’un LNH de bas grade ou
transformé (55 à 60 % des patients dans les 2 bras
présentaient une taille tumorale ganglionnaire inférieure à
5 cm) [38]. Les patients n’avaient pas reçu de rituximab. Le
tositumomab marqué s’est montré significativement supérieur au
tositumomab non marqué en termes de réponses complètes (critère de
jugement principal, 33 % versus 8 %) et de réponses
objectives (55 % versus 19 %). Les durées jusqu’à
progression étaient également statistiquement différentes
(6,3 mois versus 5,5 mois). Cette étude est intéressante
car elle montre, in vivo, l’activité cytotoxique de l’anticorps nu
(non marqué) et le gain d’activité observé avec le radiomarquage.
En revanche, d’un point de vue stratégie thérapeutique, il reste
difficile de situer le tositumomab marqué par rapport au rituximab
(qui est un comparateur plus licite que le tositumomab nu) et
l’ibritumomab tiuxétan chez des patients atteints de LNH
folliculaires en rechute, non prétraités aux anticorps
anti-CD20.
Tolérance
Les principaux effets indésirables observés chez les 60 patients
inclus dans l’essai ouvert étaient hématologiques [34]. Ils étaient
caractérisés par une incidence des neutropénies, thrombocytopénies
de grade 4 de 18 % et 22 %, respectivement. Quinze
patients (25 %) ont présenté des épisodes infectieux et un
patient a été hospitalisé pour une neutropénie fébrile. La toxicité
non hématologique (majoritairement de grade I/II) était marquée par
des fatigues, des fièvres, des nausées, des tremblements et des
hypothyroïdies. Quatre patients ont développé une myélodysplasie
environ 3 ans après le traitement par tositumomab et
5 ans après la première administration d’agents alkylants. La
survenue d’une myélodysplasie ou d’une leucémie aiguë
myéloblastique liées aux traitements (agents alkylants +/-
radiothérapie) constitue une complication retardée chez les
patients atteints d’un LNH de bas grade avec un risque estimé à
1-1,5 % par an sur une période de 10 ans [39].
L’incidence des myélodysplasies et des leucémies aiguës
myéloblastiques a été récemment évaluée chez 985 patients
prétraités pour un LNH de bas grade ou transformé (en médiane 4
lignes de traitement dont l’131I tositumomab et les
agents alkylants) [39]. Vingt-trois patients (2,3 %) ont
présenté cette complication, 10 avant la radio-immunothérapie et 13
après. Le risque annualisé (23 cas sur 985 avec un recul médian de
2 ans soit 1,1 %) n’était pas supérieur à ce qui était
attendu [39].
Indication aux États-Unis
L’131I tositumomab est indiqué dans le traitement de LNH
folliculaires CD20 positifs transformés ou non, réfractaires au
rituximab et ayant rechuté après chimiothérapie.
Posologie / schéma thérapeutique
Le protocole comprend deux étapes, une étape dosimétrique et
d’imagerie à j1 et la séance proprement thérapeutique à j8. Des
mesures de protection du personnel soignant ainsi que de
l’entourage du patient (isolement) doivent être prises compte tenu
des rayonnements gamma émis par l’131I. De plus, le
patient reçoit de l’iodure de potassium avant le traitement et
2 semaines après la dernière étape afin de prévenir la
fixation de l’iode radioactif sur la thyroïde. La dosimétrie ainsi
que l’évaluation de la distribution est réalisée après injection
de185 MBq de tositumomab marqué à l’131I
(activité traceuse) précédée par une injection de tositumomab non
marqué (450 mg). Trois scintigraphies sont ensuite réalisées
afin de déterminer d’éventuelles anomalies de distribution
tissulaire (comme pour l’ibritumomab tiuxétan aux États-Unis).
Cette étape permet également de déterminer la cinétique
d’élimination de l’131I. Les études cliniques ont mis en
évidence une grande variabilité interindividuelle d’élimination
(facteur 5) [40] attribuable à des processus hétérogènes de
déhalogénation (labilité du marquage à l’131I) [41]. La
dose est adaptée pour chaque patient, non pas au poids du patient,
mais aux paramètres d’élimination isotopique et correspond à une
dose absorbée (énergie reçue) limitée à 75 centiGray (cGy), si
la numération plaquettaire est supérieure à 150 × 109/L.
Pour les patients présentant une numérotation plaquettaire comprise
entre 100 et 150 x 109/L, l’irradiation est réduite à
65 cGy. Ce phénomène n’est pas observé avec l’ibritumomab
tiuxétan marqué, peut-être du fait de la plus grande stabilité de
la liaison de l’90Y au chélateur [42]. Sur une base
pondérale, la dose de tositumomab marqué est d’environ 35 mg.
Conclusion
La radio-immunothérapie en oncologie reste à l’heure actuelle
restreinte aux traitements de certains LNH et en France, une seule
spécialité, l’90Y-ibritumomab tiuxétan, dispose d’une
autorisation de mise sur le marché. Par rapport aux anticorps
monoclonaux nus, l’addition du radiomarquage ne s’est pas traduite
par un gain clinique significatif chez les patients atteints de LNH
folliculaires prétraités. D’autre part, les anticorps radiomarqués
n’ont pas été comparés à des agents anticancéreux conventionnels.
Compte tenu des limites du traitement observées notamment en cas de
masses tumorales importantes et du contexte d’utilisation actuel
(patients lourdement prétraités) des travaux visent à optimiser
et/ou à élargir l’utilisation du 90Y -ibritumomab
tiuxétan et du 131I-tositumomab. Des essais sont menés
en monothérapie ou en association à une chimiothérapie
(conventionnelle ou intensive avant une autogreffe de cellules
souches périphériques), chez des patients non prétraités ou
atteints d’autres types de LNH (lymphome du manteau, leucémie
lymphoïde chronique). Ainsi, le 131I-tositumomab
administré après 6 cycles de chimiothérapie de type CHOP
(cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine, prednisone) a donné
des résultats encourageants (90 % de réponses objectives
incluant 67 % de réponses complètes) chez 90 patients non
prétraités atteints de LNH folliculaires [43]. Ce protocole est
actuellement comparé à l’association CHOP/rituximab dans le cadre
d’un essai randomisé. Le rituximab associé à une chimiothérapie est
actuellement considéré comme un traitement de première intention
chez des patients non prétraités, atteints de LNH folliculaires
[44]. Dernièrement, l’131I-tositumomab a été évalué en
monothérapie, chez 76 patients non prétraités atteints de LNH
folliculaires dans le cadre d’une phase II [45].
Quatre-vingt-quinze pour cent des patients ont présenté une réponse
et 75 % ont eu une réponse complète. La durée de vie médiane
sans progression était estimée à 6 ans [45].
D’autres anticorps monoclonaux radiomarqués sont actuellement en
développement clinique comme l’epratuzumab marqué à
l’90Y et le Lym-1 marqué à l’131I dans le
traitement des LNH. Certains sont en expérimentation dans la prise
en charge de cancers solides administrés par voie systémique ou
locale. Citons le labetuzumab marqué à l’90Y dans le
cancer colorectal, le chTNT-1/B marqué à l’131I en
perfusion intratumorale dans les tumeurs cérébrales primitives
(glioblastomes, astrocytomes) et le pemtumomab marqué à
l’90Y en administration péritonéale dans le cancer de
l’ovaire [11].
Références
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