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La radio-immunothérapie des cancers


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 24, Numéro 3, 139-44, juillet-août-septembre 2005, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : D Levêque, M-C Monteiro, J Detour, C Blondet, F Maloisel, L Beretz , Service de pharmacie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Institut de bactériologie, Laboratoire d’antibiologie, Université Louis Pasteur, Strasbourg, Service de médecine nucléaire, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Département d’oncologie et d’hématologie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Résumé : La radio-immunothérapie, en oncologie, consiste à traiter des tumeurs radiosensibles, de manière relativement spécifique, à l’aide d’anticorps monoclonaux couplés à des isotopes radioactifs. Cette mise au point présente les concepts et les aspects généraux de la radio-immunothérapie et met l’accent sur l’ibritumomab tiuxétan et le tositumomab actuellement utilisés dans le traitement de certaines formes de lymphomes non hodgkiniens.

Mots-clés : radio-immunothérapie, cancer, ibritumomab tiuxétan, tositumomab, médicaments radiopharmaceutiques

ARTICLE

Auteur(s) : D Levêque1,2, M-C Monteiro1, J Detour3, C Blondet3, F Maloisel4, L Beretz1

1Service de pharmacie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg
2Institut de bactériologie, Laboratoire d’antibiologie, Université Louis Pasteur, Strasbourg
3Service de médecine nucléaire, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
4Département d’oncologie et d’hématologie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg

La radio-immunothérapie, en oncologie, consiste à traiter des tumeurs radiosensibles, de manière relativement spécifique, à l’aide d’anticorps monoclonaux couplés à des isotopes radioactifs. Ce concept n’est pas récent : la technique de marquage des protéines par l’iode 131 (131I) a été mise au point à la fin des années 1940 [1] et les premiers essais cliniques menés à l’époque avec des anticorps polyclonaux de lapin marqués à l’131I ont été effectués il y a 50 ans [1, 2]. Par la suite, l’histoire de la radio-immunothérapie a été marquée par les développements dans l’imagerie médicale au début des années 1960, l’avènement des anticorps monoclonaux en 1975, l’utilisation thérapeutique d’anticorps monoclonaux radiomarqués dès 1984 [1] et la mise sur le marché du premier anticorps radiomarqué à usage thérapeutique, l’ibritumomab tiuxétan (Zevalin®), en février 2002 aux États-Unis et en mai 2004 en France.

Concepts

Le traitement systémique des cancers (chimiothérapie) se heurte à deux problèmes, la toxicité importante d’une part et le manque d’efficacité d’autre part. Une des approches visant à améliorer la tolérance, hormis l’addition de traitements symptomatiques, a été de cibler plus spécifiquement les cellules cancéreuses. C’est l’intérêt des anticorps monoclonaux qui interagissent de manière préférentielle avec des déterminants tumoraux. Concernant l’insuffisance d’activité imputable, en partie, à une mauvaise diffusion du médicament au sein du tissu néoplasique (les anticorps monoclonaux compris) [3-7], plusieurs solutions ont été suggérées : l’administration de doses continues [5], l’utilisation de moyens physiques (irradiation, hyperthermie) [5], l’emploi d’agents anti-angiogéniques (bevacizumab notamment) qui paradoxalement normalisent les vaisseaux tumoraux déjà formés de manière transitoire et qui permettrait une meilleure distribution de l’agent anticancéreux [8-10] et l’utilisation de radio-isotopes, in situ, qui peuvent agir à courte distance de leur site de distribution. Les anticorps monoclonaux radiomarqués constituent une approche séduisante répondant, en théorie, aux insuffisances de la chimiothérapie par leur relative spécificité et la possibilité d’agir à distance du site de liaison.

Aspects généraux

Le profil d’activité et de tolérance d’un anticorps radiomarqué est déterminé par les caractéristiques de l’anticorps monoclonal vecteur (affinité pour l’antigène cible, paramètres de distribution et d’élimination), la sélection et le mode de couplage du radioélément (type et énergie de l’émission, période physique, parcours du rayonnement émis, labilité de la liaison entre le radio-isotope et l’immunoglobuline), le type de tumeur ciblée (radiosensibilité, expression de l’antigène), l’expression de l’antigène sur les tissus sains et sa présence à l’état libre circulant.

Compte tenu de la toxicité des radiations, la radio-immunothérapie se pratique généralement en une seule séance. D’autre part, il apparaît souhaitable que le radioconjugué soit éliminé rapidement afin d’éviter toute surexposition toxique. C’est une des raisons qui conduit à utiliser des anticorps monoclonaux d’origine murine qui ont des demi-vies d’élimination plus courtes (quelques jours) que celles des anticorps chimériques ou humanisés. Les anticorps murins ont moins d’affinité pour le récepteur FcRn, exprimé notamment sur les cellules endothéliales, que les anticorps présentant un fragment Fc humain (i.e. chimérique, humanisé). Le récepteur FcRn est impliqué dans le passage transcellulaire des immunoglobulines G (IgG). Il participe également au recyclage et à la protection des IgG endogènes et explique leur longue demi-vie (28 jours) par rapport aux autres protéines plasmatiques [6, 7].

Concernant le radio-isotope, plusieurs types de rayonnements sont utilisables à des fins thérapeutiques (alpha, bêta moins, Auger) [11]. Historiquement et même actuellement, c’est le rayonnement bêta moins qui suscite le plus d’intérêt [11]. Compte tenu de son parcours (quelques millimètres), le rayonnement bêta moins apparaît adapté pour le traitement de tumeurs volumineuses et/ou mal vascularisées. À ce jour, deux radioéléments sont utilisés, l’yttrium-90 ou 90Y (émetteur pur de rayonnement bêta moins) et l’iode 131 (émetteur bêta moins et gamma). Le rayonnement bêta moins émis par l’131I est plus faible en termes d’énergie maximale que celui de l’90Y (0,606 versus 2,3 MeV) et présente un parcours moyen plus court dans les tissus mous (1 mm versus 3,6 mm) [12]. Le rayonnement gamma permet la réalisation d’une image de type scintigraphique, et donc de vérifier la distribution de l’anticorps radiomarqué dans l’organisme, mais nécessite des mesures de protection de l’entourage du patient (personnel soignant, famille). Le couplage de l’131I s’effectue par halogénation directe des résidus tyrosine de l’IgG (cas du tositumomab ou Bexxar® commercialisé aux États-Unis depuis juin 2003). L’90Y (métal) nécessite l’utilisation d’un chélateur comme le tiuxétan dans le cas de l’ibritumomab. L’utilisation des rayonnements alpha ou des électrons Auger qui présentent des parcours plus faibles que les rayonnements bêta moins pourrait être intéressante pour le traitement, à l’échelle cellulaire, de micrométastases ou de cancers disséminés (leucémies) [13, 14].

De nombreux essais cliniques ont été menés chez des patients atteints de différents types de cancer (leucémies, lymphomes, sein, ovaire, côlon, prostate, gliomes) [1, 15-17]. La radio-immunothérapie s’est principalement intéressée à la prise en charge des lymphomes malins non hodgkiniens (LNH) compte tenu de leur radiosensibilité [12, 18]. D’autre part, une revue de la littérature en 1996 [1], mentionnait que les pourcentages de réponses les plus élevés par radio-immunothérapie étaient ceux obtenus chez les patients atteints de LNH (environ 50 %). L’ibritumomab tiuxétan et le tositumomab sont indiqués dans le traitement de certains LNH (tableau 1( Tableau 1 )) et parmi les cinq radioconjugués actuellement en développement clinique avancé, deux sont destinés aux traitement des LNH et trois aux tumeurs solides [11].

La tolérance dépend de l’énergie des rayonnements et des tissus irradiés, certains comme la moelle osseuse, le tube digestif, les ovaires, les testicules étant plus radiosensibles que le foie, les reins ou les poumons. La tolérance est également associée à l’intensité de l’expression de l’antigène cible et à la variabilité de la clairance de l’activité isotopique imposant parfois (cas du tositumomab radiomarqué) la réalisation d’une dosimétrie avant traitement.
Tableau 1 Caractéristiques des anticorps monoclonaux thérapeutiques anti-CD20.

Ibritumomab tiuxétan

Tositumomab

Rituximab

Type d’anticorps

IgG1 murin

IgG2a murin

IgG1 chimérique

Radio-isotope

90Y

131I

Non marqué

Rayonnement

Bêta moins

Bêta moins, gamma

Cible

CD20 (lymphocytes B)

CD20 (lymphocytes B)

CD20 (lymphocytes B)

Indications

LNH folliculaires en rechute après rituximab

LNH folliculaires en rechute après rituximab (États-Unis)

LNH folliculaires et agressifs associé ou non à une chimiothérapie

Imagerie avant administration

Non (oui aux États-Unis)

Oui

Non

Dosimétrie avant administration

Non

Oui

Non

Adaptation de la dose

Poids et numération plaquettaire

Paramètres d’élimination isotopique et numération plaquettaire

Surface corporelle

Shéma thérapeutique

Une séance IV, dose de 15 MBq/kg à j8 précédée par 2 injections de rituximab (250 mg/m2) à j1 et j8

Une séance IV, irradiation de 75 cGy à j8 précédée par 2 injections de tositumomab non marqué (450 mg) à j1 et j8

375 mg/m2 IV seul ou en association à une chimiothérapie pendant 4 à 8 cycles

Dose thérapeutique sur une base pondérale

Environ 3,6 mg

Environ 35 mg

Environ 700 mg par injection

L’ibritumomab tiuxétan

L’ibritumomab tiuxétan est composé d’un anticorps monoclonal murin de type IgG1 (ibritumomab), dirigé contre l’antigène membranaire CD20 présent notamment sur les lymphocytes B matures et sur environ 90 % des lymphocytes B malins et d’un chélateur (le tiuxétan, lié de manière covalente) destiné à fixer le radio-isotope (90Y). Le radiomarquage est effectué in vitro.

Pharmacologie

Le mécanisme d’action cytotoxique est attribué aux radiations émises par l’90Y et à l’activité intrinsèque du vecteur murin après fixation sur les antigènes CD20 lymphocytaires [11, 12]. L’90Y émet un rayonnement bêta moins capable d’atteindre des cellules se trouvant en moyenne à 3,6 mm de l’anticorps monoclonal soit environ 100 à 200 diamètres cellulaires [12]. Ceci signifie que 90 % de l’énergie est absorbée dans une sphère de 3,6 mm de rayon. Le profil pharmacocinétique de l’anticorps est caractérisé par une demi-vie d’élimination de 47 heures (écarts : 22-140 h) [19]. Le processus d’élimination intègre également la décroissance exponentielle du rayonnement bêta émis par l’90Y (période physique : 64 h). L’élimination urinaire déterminée sur 7 jours représente 5,9 % de la radioactivité injectée (écarts : 2-8,5 %) [19].

Activité clinique

L’90Y ibritumomab tiuxétan a fait l’objet de 4 études ouvertes et d’un essai randomisé (versus rituximab ou Mabthera®) dans le traitement de LNH réfractaires [20-25]. Les LNH réfractaires restent à l’heure actuelle incurables et l’90Y ibritumomab tiuxétan tout comme le tositumomab radiomarqué s’inscrivent dans une thérapeutique à visée palliative. Le rituximab est un anticorps monoclonal chimérique anti-CD20 utilisé notamment dans le traitement des LNH folliculaires seul ou en association à une chimiothérapie. Par rapport à l’ibritumomab (fragment Fc murin), le rituximab possède un fragment Fc humain lui conférant une demi-vie d’élimination plus longue (76 h versus 40 h) [7].

Les essais en ouvert qui comportaient deux phases I-II [20-22] visaient à évaluer l’activité maximale tolérée de radio-isotope, le type et la posologie d’anticorps monoclonal anti-CD20 utilisé pour le prétraitement, la tolérance, l’activité thérapeutique chez des patients atteints de LNH réfractaires présentant des chiffres plaquettaires normaux ou une légère thrombopénie (i.e. 100-149 ×109/L) [24]. La 4e étude ouverte qui correspond au contexte d’utilisation fixé par l’AMM incluait 54 patients prétraités (médiane 4 lignes) atteints de LNH folliculaires réfractaires au rituximab (74 % présentaient une taille tumorale supérieure à 5 cm) [23]. Le taux de réponses objectives était de 74 % avec 15 % de réponses complètes et une durée médiane jusqu’à progression tumorale de 6,8 mois.

L’90Y ibritumomab tiuxétan (une séance) a été comparé au rituximab (375 mg/m2, 4 injections) lors d’un essai contrôlé qui incluait 143 patients prétraités (médiane 2 lignes) atteints d’un LNH de bas grade, folliculaire (55 % des patients dans les 2 bras présentaient une taille tumorale inférieure à 5 cm) [25]. L’90Y ibritumomab tiuxétan s’est montré significativement supérieur au rituximab en termes de taux de réponses objectives (critère de jugement principal, 80 % versus 56 %) et de réponses complètes (30 % versus 16 %). En revanche, les durées jusqu’à progression n’étaient pas statistiquement différentes (11 mois versus 10 mois). Même si ce paramètre ne constituait pas l’objectif principal de l’essai, ces résultats sont un peu décevants et ne traduisent pas, cliniquement, l’intérêt du couplage radio-isotopique.

Tolérance

La tolérance a été évaluée chez les 349 patients inclus dans les 5 essais [26]. La toxicité est majoritairement hématologique avec une incidence des neutropénies, thrombocytopénies et anémies de grade 4 de 30 %, 10 % et 3 %, respectivement. Les hospitalisations pour infections ont concerné 7 % des patients. Cinq patients ont développé une myélodysplasie ou une leucémie aiguë myéloblastique 8 à 34 mois après le traitement. Les principaux effets indésirables non hématologiques, sont des réactions liées à la perfusion imputables au rituximab (nausées, frissons, fièvre).

Indication de l’AMM

L’90Y ibritumomab tiuxétan est actuellement indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d’un LNH à cellules B CD20 positif, de type folliculaire en rechute ou réfractaire après traitement par le rituximab. Compte tenu de sa toxicité hématologique, il ne peut être administré aux patients présentant un envahissement médullaire supérieur à 25 %. Les indications aux États-Unis incluent également les LNH réfractaires ou en rechute de bas grade, folliculaires ou transformés (i.e., susceptibles d’être traités par le rituximab).

Posologie / schéma thérapeutique

Le traitement par 90Y ibritumomab tiuxétan ne comporte qu’un cycle et peut être effectué en hôpital de jour. Il inclut un prétraitement par rituximab administré à j1 et j8, à la posologie de 250 mg/m2. La posologie de rituximab (250 mg/m2) utilisée dans le prétraitement est plus faible que celle employée habituellement (375 mg/m2). Les deux injections de rituximab visent à saturer les sites CD20 circulants et de la rate et in fine à optimiser la biodistribution de l’ibritumomab tiuxétan. La posologie de l’90Y ibritumomab tiuxétan est adaptée au poids et à la numération plaquettaire du patient et exprime l’activité du médicament radiopharmaceutique mesurée en mégabecquerels (MBq). La posologie d’ibritumomab tiuxétan marqué in vitro à l’90Y est de 15 MBq/kg (sans dépasser 1 200 MBq) si le nombre de plaquettes est supérieur à 150 ×109/L. Il est administré à j8 après la 2e injection de rituximab. Pour les patients présentant une numération plaquettaire comprise entre 100 et 150 × 109/L, la dose est réduite à 11 MBq/kg (sans dépasser 1 200 MBq). Sur une base pondérale (mg) et à poids moléculaires comparables, la dose d’ibritumomab tiuxétan est 200 fois plus faible qu’une dose thérapeutique de rituximab (3,6 mg versus 700 mg en moyenne par administration).

Aux États-Unis, le protocole d’administration figurant dans les mentions légales est sensiblement différent. Au cours de la semaine précédant l’administration du conjugué marqué à l’90Y, 2 ou 3 scintigraphies sont réalisées après l’injection d’une activité de 185 MBq d’ibritumomab tiuxétan marqué à l’indium 111 (111In, émetteur pur de rayonnements gamma). Ces images sont réalisées afin de mettre en évidence d’éventuelles perturbations de distribution tissulaire du conjugué qui peuvent contre-indiquer son utilisation. Ces anomalies se caractérisent par une accumulation trop importante du conjugué au niveau des poumons, des reins, de la moelle osseuse ou du tube digestif. Une étude rétrospective, menée pendant la première année de commercialisation aux États-Unis, a montré que ces perturbations étaient peu fréquentes car elles concernaient environ 0,6 % des patients (12/953) [27].

Le tositumomab

Le tositumomab est un anticorps monoclonal murin de type IgG2a, également dirigé contre l’antigène membranaire CD20 et marqué in vitro à l’131I. Le tositumomab a été développé au début des années 1990 dans le traitement de LNH en rechute, à posologies conventionnelle [28] ou intensifiée suivie d’une autogreffe de cellules souches périphériques ou de moelle osseuse [29, 30]. Le tositumomab est actuellement commercialisé aux États-Unis dans le traitement de LNH folliculaires CD20 positifs réfractaires et poursuit son développement dans un contexte intensif associé à une chimiothérapie myéloablative avant autogreffe de cellules souches périphériques [31, 32].

Pharmacologie

Le mécanisme d’action cytotoxique est lié au rayonnement bêta moins de l’131I capable d’atteindre, en moyenne, des cellules distantes de 1 mm du site de liaison et à l’anticorps murin par cytotoxicité dépendante des anticorps et apoptose [11, 12]. Contrairement au rituximab, l’activité cytotoxique dépendant du complément apparaît faible [33]. Les données cinétiques sont peu nombreuses. La demi-vie d’élimination de l’anticorps radiomarqué a été estimée à 59,3 heures (écarts : 24,6-88,6 h) [34]. La période physique de l’131I est de 8 jours.

Activité clinique

L’étude ouverte qui a donné lieu à l’enregistrement incluait 60 patients prétraités (médiane 4 lignes) atteints de LNH de bas grade ou transformés en échappement à leur dernière ligne de traitement [35]. Le taux de réponses objectives après une séance était de 65 % avec 20 % de réponses complètes et une durée médiane jusqu’à progression tumorale de 6,5 mois. Une analyse en sous-groupes révélait que les patients qui avaient une masse tumorale inférieure à 500 g répondaient significativement mieux que les patients avec une masse tumorale supérieure à 500 g (81 % versus 39 %). Une autre étude de phase II qui incluait 40 patients prétraités (médiane 4 lignes dont le rituximab) a rapporté des résultats comparables avec 65 % de réponses objectives, 38 % de réponses complètes et une durée médiane jusqu’à progression de 10,4 mois [36]. Davies et al. [37] ont évalué l’activité et la tolérance du tositumomab chez 41 patients atteints de LNH indolents moins lourdement prétraités (en 1e ou 2e rechute). Le pourcentage de réponses objectives était de 76 % (31/41) avec 49 % de réponses complètes. La durée médiane de rémission était de 1,3 année.

Le tositumomab marqué à l’131I (une injection) a été comparé au tositumomab non marqué (485 mg, 2 injections) lors d’un essai contrôlé qui incluait 78 patients prétraités (médiane 2 lignes) atteints d’un LNH de bas grade ou transformé (55 à 60 % des patients dans les 2 bras présentaient une taille tumorale ganglionnaire inférieure à 5 cm) [38]. Les patients n’avaient pas reçu de rituximab. Le tositumomab marqué s’est montré significativement supérieur au tositumomab non marqué en termes de réponses complètes (critère de jugement principal, 33 % versus 8 %) et de réponses objectives (55 % versus 19 %). Les durées jusqu’à progression étaient également statistiquement différentes (6,3 mois versus 5,5 mois). Cette étude est intéressante car elle montre, in vivo, l’activité cytotoxique de l’anticorps nu (non marqué) et le gain d’activité observé avec le radiomarquage. En revanche, d’un point de vue stratégie thérapeutique, il reste difficile de situer le tositumomab marqué par rapport au rituximab (qui est un comparateur plus licite que le tositumomab nu) et l’ibritumomab tiuxétan chez des patients atteints de LNH folliculaires en rechute, non prétraités aux anticorps anti-CD20.

Tolérance

Les principaux effets indésirables observés chez les 60 patients inclus dans l’essai ouvert étaient hématologiques [34]. Ils étaient caractérisés par une incidence des neutropénies, thrombocytopénies de grade 4 de 18 % et 22 %, respectivement. Quinze patients (25 %) ont présenté des épisodes infectieux et un patient a été hospitalisé pour une neutropénie fébrile. La toxicité non hématologique (majoritairement de grade I/II) était marquée par des fatigues, des fièvres, des nausées, des tremblements et des hypothyroïdies. Quatre patients ont développé une myélodysplasie environ 3 ans après le traitement par tositumomab et 5 ans après la première administration d’agents alkylants. La survenue d’une myélodysplasie ou d’une leucémie aiguë myéloblastique liées aux traitements (agents alkylants +/- radiothérapie) constitue une complication retardée chez les patients atteints d’un LNH de bas grade avec un risque estimé à 1-1,5 % par an sur une période de 10 ans [39]. L’incidence des myélodysplasies et des leucémies aiguës myéloblastiques a été récemment évaluée chez 985 patients prétraités pour un LNH de bas grade ou transformé (en médiane 4 lignes de traitement dont l’131I tositumomab et les agents alkylants) [39]. Vingt-trois patients (2,3 %) ont présenté cette complication, 10 avant la radio-immunothérapie et 13 après. Le risque annualisé (23 cas sur 985 avec un recul médian de 2 ans soit 1,1 %) n’était pas supérieur à ce qui était attendu [39].

Indication aux États-Unis

L’131I tositumomab est indiqué dans le traitement de LNH folliculaires CD20 positifs transformés ou non, réfractaires au rituximab et ayant rechuté après chimiothérapie.

Posologie / schéma thérapeutique

Le protocole comprend deux étapes, une étape dosimétrique et d’imagerie à j1 et la séance proprement thérapeutique à j8. Des mesures de protection du personnel soignant ainsi que de l’entourage du patient (isolement) doivent être prises compte tenu des rayonnements gamma émis par l’131I. De plus, le patient reçoit de l’iodure de potassium avant le traitement et 2 semaines après la dernière étape afin de prévenir la fixation de l’iode radioactif sur la thyroïde. La dosimétrie ainsi que l’évaluation de la distribution est réalisée après injection de185 MBq de tositumomab marqué à l’131I (activité traceuse) précédée par une injection de tositumomab non marqué (450 mg). Trois scintigraphies sont ensuite réalisées afin de déterminer d’éventuelles anomalies de distribution tissulaire (comme pour l’ibritumomab tiuxétan aux États-Unis). Cette étape permet également de déterminer la cinétique d’élimination de l’131I. Les études cliniques ont mis en évidence une grande variabilité interindividuelle d’élimination (facteur 5) [40] attribuable à des processus hétérogènes de déhalogénation (labilité du marquage à l’131I) [41]. La dose est adaptée pour chaque patient, non pas au poids du patient, mais aux paramètres d’élimination isotopique et correspond à une dose absorbée (énergie reçue) limitée à 75 centiGray (cGy), si la numération plaquettaire est supérieure à 150 × 109/L. Pour les patients présentant une numérotation plaquettaire comprise entre 100 et 150 x 109/L, l’irradiation est réduite à 65 cGy. Ce phénomène n’est pas observé avec l’ibritumomab tiuxétan marqué, peut-être du fait de la plus grande stabilité de la liaison de l’90Y au chélateur [42]. Sur une base pondérale, la dose de tositumomab marqué est d’environ 35 mg.

Conclusion

La radio-immunothérapie en oncologie reste à l’heure actuelle restreinte aux traitements de certains LNH et en France, une seule spécialité, l’90Y-ibritumomab tiuxétan, dispose d’une autorisation de mise sur le marché. Par rapport aux anticorps monoclonaux nus, l’addition du radiomarquage ne s’est pas traduite par un gain clinique significatif chez les patients atteints de LNH folliculaires prétraités. D’autre part, les anticorps radiomarqués n’ont pas été comparés à des agents anticancéreux conventionnels. Compte tenu des limites du traitement observées notamment en cas de masses tumorales importantes et du contexte d’utilisation actuel (patients lourdement prétraités) des travaux visent à optimiser et/ou à élargir l’utilisation du 90Y -ibritumomab tiuxétan et du 131I-tositumomab. Des essais sont menés en monothérapie ou en association à une chimiothérapie (conventionnelle ou intensive avant une autogreffe de cellules souches périphériques), chez des patients non prétraités ou atteints d’autres types de LNH (lymphome du manteau, leucémie lymphoïde chronique). Ainsi, le 131I-tositumomab administré après 6 cycles de chimiothérapie de type CHOP (cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine, prednisone) a donné des résultats encourageants (90 % de réponses objectives incluant 67 % de réponses complètes) chez 90 patients non prétraités atteints de LNH folliculaires [43]. Ce protocole est actuellement comparé à l’association CHOP/rituximab dans le cadre d’un essai randomisé. Le rituximab associé à une chimiothérapie est actuellement considéré comme un traitement de première intention chez des patients non prétraités, atteints de LNH folliculaires [44]. Dernièrement, l’131I-tositumomab a été évalué en monothérapie, chez 76 patients non prétraités atteints de LNH folliculaires dans le cadre d’une phase II [45]. Quatre-vingt-quinze pour cent des patients ont présenté une réponse et 75 % ont eu une réponse complète. La durée de vie médiane sans progression était estimée à 6 ans [45].

D’autres anticorps monoclonaux radiomarqués sont actuellement en développement clinique comme l’epratuzumab marqué à l’90Y et le Lym-1 marqué à l’131I dans le traitement des LNH. Certains sont en expérimentation dans la prise en charge de cancers solides administrés par voie systémique ou locale. Citons le labetuzumab marqué à l’90Y dans le cancer colorectal, le chTNT-1/B marqué à l’131I en perfusion intratumorale dans les tumeurs cérébrales primitives (glioblastomes, astrocytomes) et le pemtumomab marqué à l’90Y en administration péritonéale dans le cancer de l’ovaire [11].

Références

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