ARTICLE
Auteur(s) : É. DUFAY, É. SCHMITT
Réseau épidémiologique de l'erreur médicamenteuse, Lunéville
aaqte@wanadoo.fr
Sous l’égide de la Société française de pharmacie clinique a
été créé un groupe de travail « Erreur médicamenteuse ». Pour tout
renseignement, contacter É. Dufay.
L’erreur médicamenteuse : l’affaire de tous ?
L’erreur médicamenteuse est un acte, l’événement indésirable
médicamenteux un dommage. Le premier est réalisé par des
professionnels de santé, le second est subi par des malades. Cela
paraît simple. Et pourtant, ces deux notions sèment le trouble.
L’erreur médicamenteuse peut engendrer un événement indésirable
médicamenteux, mais pas forcément : elle peut être sans conséquence
pour le malade. L’événement indésirable médicamenteux peut être dû
à une erreur médicamenteuse, mais pas forcément : il peut aussi
survenir dans les conditions normales d’utilisation du médicament.
L’événement indésirable médicamenteux peut être l’effet indésirable
d’un médicament, mais pas forcément : il peut s’agir de
l’aggravation de l’état de santé du malade ou d’une complication
liée à sa pathologie, notamment lors d’un défaut de soins.
La confusion se conçoit. Pour y voir plus clair, il convient
d’appréhender les différences entre événement indésirable
médicamenteux, effet indésirable d’un médicament et erreur
médicamenteuse.
Selon qu’il s’agit d’un événement indésirable médicamenteux ou
d’une erreur médicamenteuse, les études pharmaco‐épidémiologiques
qui cherchent à évaluer leurs fréquences ne sont pas les mêmes.
Concernant les événements indésirables médicamenteux ou les effets
indésirables de médicaments, la méthodologie des études repose sur
la détection d’événements sentinelles, cliniques ou biologiques,
permettant d’identifier les malades atteints. Pour les erreurs
médicamenteuses, la méthodologie repose sur l’observation des
pratiques professionnelles afin de repérer les actes erronés.
Dans le cas d’un effet indésirable d’un médicament, le
médicament en cause n’est pas connu, tout au plus suspecté. C’est
la démarche d’imputabilité, mise en œuvre par la pharmacovigilance,
qui établit le lien entre médicament et effet indésirable d’un
médicament. Lors de la survenue d’une erreur médicamenteuse, le
médicament incriminé est connu. Une démarche d’analyse approfondie
des causes permet alors de rechercher à quelle défaillance
systémique du circuit du médicament il y a lieu de la
rattacher.
Les spécialistes de pharmacovigilance s’interrogent sur le degré
d’évitabilité des effets indésirables d’un médicament : ils
recherchent les facteurs liés à l’exposition des malades à la prise
de médicament. Les mesures de pharmacovigilance prises pour
atténuer le risque de survenue d’événement indésirable
médicamenteux et d’effet indésirable d’un médicament consistent
alors à cibler ou à limiter les indications du médicament concerné,
voire à proposer son retrait du marché. Aucune incertitude en ce
qui concerne l’erreur médicamenteuse, de même que ses conséquences,
car elle résulte d’une prise en charge du malade non conforme à
celle qui aurait due être mise en œuvre. Il n’y a pas lieu de
s’interroger sur son degré d’évitabilité : l’erreur médicamenteuse
est évitable par définition. Ce qui est en question, ce sont les
mesures d’amélioration de l’organisation des soins afin d’éviter
que l’erreur médicamenteuse ne se reproduise.
L’acceptabilité d’un risque dépend de sa connaissance précise et
d’une information préalables. Lors de la prescription d’un
médicament, le soignant évalue la balance bénéfices‐risques, le
risque étant la survenue d’un effet indésirable d’un médicament. La
prise de risque est délibérée, partagée avec le malade informé du
bénéfice attendu et du risque encouru. Ce risque est choisi et
accepté. Une erreur médicamenteuse, à plus forte raison lorsqu’elle
engendre un événement indésirable médicamenteux, n’est acceptable
ni par les professionnels de santé, ni par le malade ou ses
proches. L’erreur médicamenteuse est le résultat de
dysfonctionnements dans la prise en charge thérapeutique du malade.
Le malade ne peut en être informé ; il ne peut en être averti ; il
ne peut en être prévenu. L’erreur médicamenteuse est un risque
subi, et de fait il n’est pas acceptable.En somme, l’erreur
médicamenteuse ne peut être évaluée, déclarée, analysée, gérée et
prévenue de la même manière qu’un événement indésirable
médicamenteux. C’est bien en cela que la démarche entreprise par le
réseau épidémiologique de l’erreur médicamenteuse (REEM) se
distingue de celle des centres de pharmacovigilance. Mais il ne
sauraît être question d’opposer ces deux démarches, car elles sont
aussi utiles que complémentaires : inutile donc de débattre d’une
question de territoire dépourvue d’intérêt pour le clinicien. Parce
que l’erreur médicamenteuse relève des bonnes pratiques
professionnelles, elle est l’affaire de tous. Et sa prévention
dépend de tous les soignants impliqués dans le circuit du
médicament, y compris des pharmaciens.
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