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Assurance qualité des préparations stériles : évaluation des techniques de prélèvements microbiologiques sur des surfaces


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 17, Numéro 4, 227-31, Décembre 1998, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : V. Lebreton-Doussaud, L. Simon, J.M. Lestreit, I. May, .

Résumé : Au sein d’une pharmacie hospitalière et dans le cadre d’une politique d’assurance qualité, l’évaluation de la qualité microbiologique des postes de préparation de médicaments stériles peut être réalisée sur des prélèvements de surface. L’objectif de l’étude est d’évaluer six techniques de prélèvements microbiologiques de surface (écouvillonnage à sec avec écouvillon en coton, en alginate, en Dacron® et en mousse, écouvillonnage humide avec écouvillon en coton, l’application standardisée d’une boîte gélosée) sur trois surfaces (inox, PVC et latex) avec une souche de Staphylococcus epidermidis de référence. La méthode utilisée est le dépôt sur une des trois surfaces testées d’un nombre déterminé de germes et leur prélèvement par les différentes techniques citées ci-dessus. Les écouvillons sont ensuite ensemencés, après agitation, dans un milieu de culture. Les milieux et les boîtes Count-Tact® sont ensuite mis à incuber. Après analyse statistique des résultats et dans les conditions de l’étude, les techniques d’écouvillonnage à sec sont identiques et la technique d’écouvillonnage humide est équivalente à l’application de la boîte gélosée. En revanche, le groupe d’écouvillonnage à sec diffère significativement du groupe écouvillonnage humide et application d’une boîte gélosée. En conclusion, la technique utilisée pour les prélèvements de surface au niveau des flux et des plans de travail des pièces propres et blanches reste l’application d’une boîte gélosée. Mais nous préférons utiliser l’écouvillonnage humide de surface avec un écouvillon en coton pour les prélèvements dans l’isolateur où sont fabriquées les poches de nutrition parentérale.

Mots-clés : prélèvements microbiologiques, surfaces, écouvillons, boîtes gélosées, hygiène.

Illustrations

ARTICLE

Au sein des pharmacies hospitalières, de nombreuses préparations médicamenteuses sont effectuées en atmosphère contrôlée : les poches pour nutrition parentérale, les perfusions d'antibiotiques et d'anticancéreux.

Ces manipulations doivent se faire dans des conditions optimales d'asepsie afin d'éviter tout risque infectieux. Dans le cadre d'une politique d'assurance qualité, l'évaluation de la qualité microbiologique des postes de préparations de médicaments stériles peut être réalisée par des prélèvements de surface.

Il faut noter qu'aucune norme sur la qualité microbiologique des surfaces n'existe actuellement, seule une norme européenne est en préparation [3].

Différentes techniques de prélèvements de surface peuvent être utilisées. A la pharmacie de l'hôpital d'enfants, les deux techniques utilisées sont l'écouvillonnage à sec au niveau de l'isolateur (préparation des poches nutritives) et les prélèvements par boîte Count-Tact® au niveau des flux laminaires et des plans de travail des pièces de préparation des antibiotiques et des cystostatiques.

L'objectif de cette étude est d'évaluer des techniques de prélèvements microbiologiques sur des surfaces. Deux catégories de méthodes de prélèvement sont évaluées avec du Staphylococcus epidermidis : l'application directe d'une boîte gélosée (Count-Tact®) et l'écouvillonnage de surface (écouvillon sec, écouvillon humide, écouvillon en alginate, écouvillon en Dacron®, écouvillon en mousse) sur trois types de surfaces (inox, PVC et latex).

Un rappel sur l'adhésion des bactéries aux surfaces, les méthodes de prélèvement et les normes sera exposé dans une première partie. L'étude pratique et son analyse seront détaillées dans une seconde partie.

Rappels théoriques

Les bactéries sur les surfaces

Les micro-organismes environnementaux sont constitués d'une flore de base à laquelle s'ajoute éventuellement une flore accidentelle. La flore de base est omniprésente, très exceptionnellement pathogène et se compose de bactéries très résistantes (Bacillus, staphylocoques à coagulase négative et Micrococcus) ou de champignons (Aspergillus, Penicillium, Mucor) et/ou de levures (Candida). La flore accidentelle est extrêmement variable et se compose de micro-organismes potentiellement pathogènes issus de l'homme tels que les entérobactéries ou le staphylocoque doré. Ces micro-organismes peuvent se fixer sur un support dans certaines conditions et le coloniser [6].

Cette fixation bactérienne à un support est liée à des phénomènes physiques, biologiques et chimiques. Trois grandes étapes peuvent être décrites lors de la formation d'un biofilm sur une surface : l'adsorption, la fixation et la colonisation [1, 7]. L'adsorption est réversible, les forces attractives mises en œuvre sont d'ordre physique, ponts hydrogènes par exemple. La fixation (ou adhésion irréversible) est la formation de contacts entre la bactérie et le support par l'intermédiaire de polymères extracellulaires, entraînant une adhérence permanente et irréversible des bactéries sur le support. Ces mêmes substances favorisent également l'adhésion des micro-organismes entre eux sous forme d'agrégats. Les bactéries ainsi fixées, de manière irréversible, sur le support, vont pouvoir plus facilement survivre et le coloniser. Leur multiplication et la synthèse des produits extracellulaires réalisent la formation d'un biofilm.

Les méthodes de détermination de la biocontamination de surfaces

La détermination de la contamination des surfaces peut se faire soit par des méthodes indirectes telles que des prélèvements microbiologiques, soit par des techniques directes comme la quantification de molécules provenant des bactéries comme l'ATP ou par coloration (techniques d'épifluorescence). Ces deux techniques sont inutilisables sur des surfaces stériles car le seuil de détection est de 100 cellules pour 100 cm2 (sensibilité médiocre). Nous allons donc envisager les techniques indirectes de prélèvement de surface.

Les « empreintes » sont une technique de prélèvement indirecte sur la surface à analyser [2]. Elles peuvent faire appel au tampon de velours qui manque de sensibilité ou au Pétrifilm® qui est difficile d'utilisation. L'application de lames gélosées est difficile à standardiser alors que l'application de boîtes recouvertes de gélose est une méthode simple, rapide et facile à normaliser. Le projet de norme européenne CEN/243 normalisera cette technique par application pendant 10 s d'une force constante de 25 g/cm2 sur la boîte gélosée [9]. Cette technique convient pour estimer la qualité microbienne de surfaces planes et lisses, mais ne peut être utilisée pour des surfaces de petites dimensions, verticales, humides ou fortement contaminées.

Un autre groupe de méthodes indirectes de prélèvement de surface est représenté par les méthodes d'écouvillonnage. Cette technique, simple d'utilisation [10], peut être utilisée pour les surfaces importantes, non absorbantes, irrégulières ou comportant des recoins et pour lesquelles les techniques utilisant les boîtes gélosées ne conviennent pas. En revanche, la reproductibilité est difficile à mettre en œuvre et son rendement est discutable. En effet, aucune technique ne permet de récupérer la totalité des micro-organismes présents sur une surface. Le coefficient d'arrachement (R1) des bactéries est applicable dans un premier temps lors du « décrochage » des bactéries du support par l'écouvillon. Dans un deuxième temps, le coefficient de désorption (R2) s'applique lors du relargage des bactéries de l'écouvillon dans le liquide. Le rendement total de l'écouvillonnage (R) s'exprime donc par le produit de R1 et R2. Le projet de normes européennes CEN/TC 243 normalisera l'écouvillonnage [9] (tableau I) : la zone 4 correspond à une zone blanche, la zone 3 à une zone propre, la zone 2 à une zone grise et la zone 1 à une zone dite « sale ».

Deux autres techniques directes de prélèvement de surface existent mais sont peu utilisées [5] : la méthode par lavage-rinçage-récupération, non applicable en routine, et le brossage-lavage-récupération, parfois utilisée en référence, car elle récupère, après trois passages successifs et l'utilisation de trypsine, près de 99 % de germes [4].

Matériels et méthodes

Pour étudier les prélèvements microbiologiques de surface, nous avons limité la comparaison à l'étude d'un seul germe de l'environnement, facilement mis en culture et dénombré : un staphylocoque.

A la pharmacie de l'hôpital d'enfants, nous effectuons nos prélèvements de surfaces :

- au niveau de l'isolateur, sur du PVC (composition de la « bulle »), du latex (composition des gants), de l'inox (étagères), du papier (emballage des gants de chirurgie utilisés dans l'isolateur) et du verre (flacons) ;

- au niveau des flux laminaires, sur le plan de travail en inox.

Nous avons donc limité l'étude aux surfaces composant les structures de l'isolateur (PVC, inox) et du flux laminaire (inox) en ajoutant celle des gants (latex) qui sont un élément important lors de la fabrication des produits médicamenteux.

Nous avons testé les deux techniques utilisées actuellement à la pharmacie : le prélèvement direct par boîte Count-Tact® et l'écouvillonnage à sec avec des écouvillons en coton. Nous avons ajouté l'utilisation d'écouvillons :

- en alginate : le coefficient de désorption (R2) est théoriquement de 100 %, la récupération des germes est facilitée ;

- en Dacron® : ses fibres synthétiques inertes sont intéressantes ;

- en mousse : habituellement utilisés pour les prélèvements biologiques afin d'augmenter la survie des germes pathogènes dans ses micro-alvéoles.

De plus, nous évaluerons l'efficacité de l'écouvillonnage humide.

La température d'incubation de Staphylococcus epidermidis a été fixée à 30 °C, température de croissance optimale des germes de l'environnement. Le temps d'incubation sera de 48 h, temps nécessaire à la croissance de ce germe.

Le nombre de bactéries présentes dans le bouillon initial est obtenu par l'utilisation d'un bioluminomètre qui détecte théoriquement 100 % des germes. Il donne les résultats en RLU (relative light units : intégration de la quantité de lumière émise pendant 10 s) ou en nombre de bactéries selon des abaques établies entre les RLU et le nombre d'Escherichia coli. Les résultats du nombre de germes ne sont pas exacts, mais ils nous ont permis d'évaluer le nombre de germes déposés afin d'obtenir un nombre de colonies dénombrables après prélèvement.

Les écouvillons, après le prélèvement, sont introduits dans du bouillon nutritif trypticase-soja et agités 1 min au Vortex®. Puis, le bouillon est immédiatement ensemencé sur une boîte de gélose mise à incuber en vue du dénombrement.

Le matériel utilisé se compose de :

- la souche de référence de Staphylococcus epidermidis n° CIP-EPI 6821-189 CIP-EPI 6821-189 (collection Institut Pasteur-Staphylococcus epidermidis) ;

- les supports : la surface inox est étudiée sur des plateaux en acier inoxydable, la surface PVC est obtenue en découpant une enveloppe de l'isolateur de transfert usagée (la Calhène), la surface latex est réalisée à partir de gants chirurgicaux (Gammex, Ansell Medical) ;

- les écouvillons en coton (Sayag), en alginate (CML), en Dacron® (CML), en mousse (Unipath) ;

- les boîtes Count-Tact® (diamètre de 55 mm) (Unipath) et leur applicateur (BioMérieux). Le milieu qu'elles contiennent assure une croissance optimale des bactéries de l'environnement et contient quatre agents neutralisants qui inactivent les désinfectants résiduels présents sur la surface à tester ;

- un bioluminomètre (Bioprobe®, laboratoire AES).

Les six techniques (écouvillonnage avec un écouvillon sec, humide, en alginate, en mousse et application d'une boîte Count-Tact®) sont testées en parallèle.

Résultats

Les résultats sont donnés dans le tableau II.

L'étude statistique consiste à comparer les six techniques ensemble (comparaison globale), puis entre elles (2 à 2) (comparaisons multiples) (tableaux II à V).

Pour la comparaison globale, le plan d'expérience est à 2 facteurs (la nature de la surface et la méthode) avec une mesure répétée 10 fois. La variable mesurée est le nombre de colonies comptées et le test employé est l'analyse de variance (Anova). Si les variances sont très différentes (test de Bartlett) avec un nombre de sujets inférieur à 30, on doit utiliser un test non paramétrique de type Anova à 2 facteurs et à mesures répétées : le test non paramétrique de Friedman. Ce test permet le calcul de z (donnée statistique).

Pour les comparaisons multiples, les variances sont comparées 2 à 2 dans chaque groupe en utilisant les rangs de classement (test non paramétrique).

Donc, d'après ces tests statistiques, sur les trois surfaces étudiées (inox, PVC et latex), il apparaît que les méthodes d'écouvillonnage à sec en coton, en alginate, en Dacron® ou en mousse sont d'efficacité comparable, car il n'existe pas de différences significatives au risque 5 %. Les deux méthodes écouvillon en coton humide et application de la boîte Count-Tact® sont également équivalentes. De plus, le groupe écouvillonnage à sec en coton, en alginate, en Dacron® et en mousse diffère donc du groupe écouvillonnage humide et application de la boîte Count-Tact®.

Discussion

Les résultats obtenus sur les trois surfaces (inox, PVC, latex) ne sont pas différents. Les prélèvements sont ainsi simplifiés par utilisation d'une même procédure sans distinction de matériau de la surface échantillonnée.

L'écouvillonnage humide est une méthode de prélèvement plus efficace que l'écouvillonnage à sec : par analogie au brossage-lavage-récupération, la supériorité de l'écouvillonnage humide s'explique par un contact support/écouvillon amélioré par la présence d'eau.

L'application de la boîte gélosée et l'écouvillonnage humide sont équivalents. Or Niskanen et al. [8] ont montré que le prélèvement par boîte Count-Tact® est meilleur que par écouvillonnage humide. En effet, si nous comparons les moyennes du nombre de colonies comptées pour un même nombre de bactéries déposées, nous constatons, comme ces auteurs, que le nombre de bactéries prélevées est largement supérieur avec la boîte Count-Tact® qu'avec l'écouvillonnage humide. Pour démontrer ces résultats par un test statistique, il aurait fallu augmenter le nombre de manipulations afin que les variances diffèrent peu et que les résultats puissent être analysés par des tests statistiques paramétriques de type Anova et test de Student.

Étant donné ces résultats, ces deux techniques de prélèvement de surface, écouvillonnage humide et application d'une boîte Count-Tact®, peuvent être utilisées.

Notons qu'il est plus facile de standardiser l'application de la boîte Count-Tact® que l'écouvillonnage : la force d'application sur la boîte est déterminée par une masse alors que, sur l'écouvillon, elle dépend du manipulateur. Il est donc conseillé d'utiliser en priorité la boîte gélosée pour les prélèvements bactériologiques effectués en routine.

L'application de la boîte gélosée ne peut pas être effectuée dans les conditions suivantes : pour une surface inaccessible, rugueuse, humide, ou quand tout dépôt de milieu nutritif sur une surface peut être dangereux, comme par exemple lors d'une utilisation dans une enceinte close tel qu'un isolateur. Dans ces conditions, l'écouvillonnage humide est utilisé.

CONCLUSION

Pour les trois surfaces testées (inox, PVC, latex), avec Staphylococcus epidermidis, les deux meilleures méthodes sur les six techniques expérimentées (écouvillonnage à sec en coton, alginate, Dacron®, mousse, écouvillonnage humide en coton et l'application de la boîte Count-Tact®) sont l'écouvillonnage humide avec un écouvillon en coton et l'application standardisée d'une boîte Count-Tact®.

Dans le programme d'assurance qualité de la pharmacie de l'hôpital d'enfants, les prélèvements de surface sont donc effectués avec :

- des boîtes gélosées sur les plans de travail et les flux des pièces blanches et propres ;

- des écouvillons en coton humidifié au niveau des surfaces de l'isolateur.

REFERENCES

1. Bellon-Fontaine MN, Cerf O. Étude de l'adhésion des micro-organismes aux surfaces de matériaux chimiquement inertes ; perspectives d'application. Premières journées d'étude de la Fondation hospitalière internationale (1, 1987, Lyon). Infection hygiène hospitalière perspectives an 2000. Fondation Marcel-Mérieux, 1987 : 281-95.

2. Darbord JC, Brion F. Contrôles microbiologiques des surfaces en milieu hospitalier. Nouv Presse Med 1976 ; 5 : 1349-52.

3. Devaux F, Demoulin A, Harel A, Vidal JL, et al. Assurance qualité au bloc opératoire et en stérilisation centrale, bilan de 4 ans de contrôles microbiologiques d'environnement. Ph Hosp Fr 1994 ; 110 : 423-33.

4. Girard N, Vergnaud T, Isoard P, Dufour C, Kurz JP. Étude comparative de trois méthodes d'évaluation de la flore de surface. Forum international Contaminexpert, Versailles, 1989.

5. Isoard P. Désinfection des sols. In : Guide de la biocontamination. Paris : Cobac, 1988 : 154-8.

6. Lévy A, Jourdan R. Contaminations intrahospitalières par micro-organismes. Paris : Masson, 1975 : 227 p.

7. Mozes N. The ways we study interfacial phenomena of living cells. In : Adhésion des micro-organismes aux surfaces. Paris : Lavoisier, 1994 : 3-13.

8. Niskanen A, Pohja MS. Comparative studies on the sampling and investigation of microbial contamination of surfaces by the countact plate and swab methods. J Appl Bact 1977 ; 42 : 53-63.

9. Norme européenne CEN/TC 243. Part 6 : Biocontamination control/methods of analyzing and measuring biocontamination of surfaces in zones at risk. Comité européen de normalisation, 1994 : 1-21.

10. Squinazi F, Festy B. Contamination de l'air et des surfaces en milieu hospitalier. Rev Fr Santé Publ 1985 ; 30 : 50-5.


 

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