ARTICLE
Les antibiotiques représentent une large part des dépenses
pharmaceutiques du budget médicament d'un service de pharmacie
hospitalière [13, 20]. Sans compter le coût induit, des prescriptions
inadaptées génèrent des résistances et ont
une répercussion sur l'écologie bactérienne [8, 11].
La consommation d'antibiotiques plus importante dans les services de réanimation
[22] nous a donc amené à nous intéresser au suivi
des prescriptions des antibiotiques dans cette spécialité.
L'étude a été menée dans deux services de
réanimation à Lyon et à Paris.
Le concept de defined daily dose (DDD) ou dose définie
journalière, élaboré dans les années 1970
par les Norvégiens [19, 26] pour évaluer et réaliser
des comparaisons de consommations pharmaceutiques entre différents
pays, a été envisagé [16, 24]. Adapté initialement
à la médecine de ville, son champ d'application s'est étendu
à d'autres secteurs : l'hôpital, les systèmes de remboursement
des médicaments [9, 10]. Mais ce concept reste encore peu développé
en France [12], contrairement aux autres pays européens : Italie
[2, 6, 7, 21, 23], Espagne [5, 25], Bulgarie [3], Suisse [4, 17], Hongrie
[1], Allemagne, Belgique [15].
La DDD se définit comme la dose moyenne journalière d'un
médicament administré à un adulte de 70 kg et utilisé
dans son indication principale. Elle s'exprime en poids de principe actif
administré par 24 h, soit en grammes, excepté pour la pénicilline
G et la spiramycine indiquées en millions d'unités internationales.
Il ne s'agit pas d'une posologie recommandée mais d'une unité
de mesure standardisée de la consommation médicamenteuse
[14, 18]. Les DDD ayant été établies pour la médecine
de ville, on peut s'interroger sur leurs adéquations à la
pratique hospitalière, et notamment à la spécialité
de réanimation où les doses administrées sont souvent
maximales du fait de la sévérité de l'état
des patients hospitalisés.
L'étude a donc consisté, dans un premier temps, à
déterminer et valider des DDD pour les antibiotiques spécifiques
de la réanimation, pour ensuite obtenir un instrument de mesure
fiable des consommations d'antibiotiques dans tout service de réanimation.
Matériel et méthode
Une étude rétrospective a été menée
sur une période consécutive d'un an à compter du
1er mars 1994, dans deux services de réanimation différents
à Lyon et à Paris : le service de réanimation nord
du centre hospitalier Lyon-Sud ou réanimation I, unité de
12 lits, et le service de réanimation postopératoire et
traumatologique du groupe hospitalier Lariboisière-Fernand-Widal-Saint-Lazare
ou réanimation II, unité de 8 lits.
Les données ont été recueillies sur la même
période annuelle à Lyon et à Paris. Tous les patients
hospitalisés pendant cette période ont été
inclus. Les données ont été collectées sur
une feuille constituée de deux volets comportant d'une part les
renseignements généraux sur le malade, et d'autre part l'antibiothérapie
reçue dans le service.
Les informations sur le patient sont : les dates d'admission et de sortie
du service, la date de naissance, le sexe, le poids, le diagnostic principal,
la provenance du patient (hospitalisé, extérieur), les antibiotiques
prescrits avant l'admission en réanimation, le score de gravité
déterminé dans les 24 premières heures d'admission
dans le service de réanimation (score Apache II ou score IGS) et
l'évolution finale (survie ou décès à la sortie
du service de réanimation).
Les informations sur l'antibiothérapie sont : le nombre de prescriptions,
le nombre d'adaptations par prescription, les dates de début et
de fin de la prescription, la durée de traitement, les noms, voies
d'administration et doses journalières des antibiotiques, la motivation
de la prescription (probabiliste, prophylactique, documentée) et
les raisons de la modification de la prescription. Dans notre étude,
le passage d'une prescription d'antibiotiques à une nouvelle prescription
se fait à chaque changement de motivation de la prescription. Ainsi,
lorsque le traitement instauré initialement en probabiliste devient
documenté, cela donne lieu à l'établissement d'une
nouvelle prescription. Les médicaments prescrits ne sont pas obligatoirement
changés d'une prescription à une autre, mais l'antibiothérapie
mise en place est revue et l'absence de modification réfléchie.
Cette définition de la prescription a été choisie
dans un souci des réanimateurs de connaître la durée
d'une prescription.
L'adaptation de prescription regroupe toutes les adaptations de posologie
en fonction d'une fonction rénale ou hépatique déficiente,
le passage d'une dose de charge à une dose d'entretien, les événements
intercurrents tels qu'une allergie à un principe actif, qui ont
eu lieu au cours d'une même prescription. Ces changements n'impliquent
pas l'instauration d'une nouvelle prescription, ils interviennent au sein
d'une même prescription.
Les données collectées ont été secondairement
saisies et analysées à l'aide du logiciel Excel 4.0.
Pour chaque antibiotique, le rapport des quantités prescrites
sur le nombre de journées de prescriptions a déterminé
la dose moyenne journalière (DMJ). Le calcul de la DMJ de chaque
antibiotique pour chaque patient a permis d'établir la distribution
de la DMJ pour l'ensemble des patients et les paramètres statistiques
: moyenne, médiane et écart-type. A partir des résultats
observés, une dose définie journalière spécifique
de la pratique de réanimation appelée DDJR a
pu être proposée pour chaque antibiotique.
Ces DDJR ont conduit à l'élaboration d'un nouvel
instrument de mesure : l'index de pénétration. Cet index
correspond au nombre de journées de prescription pour un antibiotique
donné rapporté au nombre de journées d'hospitalisation
pendant la même période.
Le suivi des consommations médicamenteuses depuis les services
de pharmacie hospitalière se présente souvent sous la forme
de liste de quantités consommées exprimées en grammes,
millions d'unités internationales... selon les produits, par unité
de temps (mois ou année). Ainsi, à partir des quantités
d'antibiotiques consommées en 1996 dans les services I et II et
des DDJR, nous pouvons calculer le nombre de journées
de prescription réalisées en 1996 dans les deux services,
pour chaque antibiotique. Le nombre de journées d'hospitalisation
réalisées dans une unité fonctionnelle est un paramètre
de mesure de l'activité suivi régulièrement et disponible
auprès des services administratifs de l'établissement hospitalier.
Le nombre de journées de prescription et d'hospitalisation étant
connu, les index de pénétration des antibiotiques consommés
en 1996 en réanimation I et II s'obtiennent aisément en
faisant le rapport des deux paramètres.
Prenons un exemple pour illustrer notre méthode de calcul tel
que l'amoxicilline sous forme injectable : 140 flacons de 1 g et 82 flacons
de 2 g ont été consommés au cours de l'année
1996 dans le service de réanimation nord, soit 304 g d'amoxicilline.
La DDJR de l'amoxicilline est de 5,2 g.
Nous avons 304/5,2 journées de prescription d'amoxicilline, soit
59 jours. Le nombre de journées d'hospitalisation réalisées
dans le service de réanimation nord en 1996 est de 3 394 jours.
L'index de pénétration est de (59/3 394) x 100, soit 1,74.
Résultats
Le nombre de patients hospitalisés pendant la période
de l'étude est de 425 dans le service de réanimation I et
248 en réanimation II. Les caractéristiques générales
de la population dans les deux services, consignées dans le tableau
I, mettent en évidence de nombreuses similitudes : le sexe
majoritairement masculin, la pyramide des âges avec une moyenne
d'âges aux alentours de 50 ans, le score de gravité du même
ordre de grandeur dans les deux services et dans les valeurs moyennes
pour un service de réanimation français, le pourcentage
de survie de l'ordre de 78 %. Des différences apparaissent concernant
le diagnostic à l'entrée principalement médical en
réanimation I, alors que la répartition est homogène
entre les activités médicale, chirurgicale et traumatologique
en réanimation II. Initialement, nous nous sommes intéressés
à plusieurs données dont le recueil n'a pu être réalisé,
notamment le poids et les antibiotiques prescrits antérieurement.
En effet, il est surprenant de constater que le poids est une donnée
rarement mentionnée dans le dossier médical mais, bien souvent,
il s'avère difficile, voire impossible, de peser les patients du
fait de fractures multiples. De même, l'item « antibiotiques
antérieurs » est peu indiqué car soit l'information
était inconnue, soit elle a été retranscrite verbalement
aux médecins réanimateurs et donc non disponible lors d'un
recueil rétrospectif.
La prescription d'antibiotiques est analysée selon plusieurs
critères regroupés dans le tableau II. Ainsi, il
apparaît que la mise en place d'une prescription d'antibiotiques
est plus fréquente en réanimation I (65 %) avec une prépondérance
de prescriptions probabilistes qu'en réanimation II où la
prescription est motivée après documentation bactériologique
dans 49 % des cas.
Les DDJR-I et DDJR-II proposées dans les
deux services sont similaires pour la plupart des antibiotiques, la DDJR,
dans ces cas, est donc valide. Lorsque des différences sont notées,
la DDJR retenue a été obtenue en analysant les
données cumulées observées dans les deux services.
Le tableau III synthétise les DDJR et mentionne
les DDD recommandées par l'OMS. Les antibiotiques ont été
scindés en trois groupes selon le positionnement des DDJR
par rapport aux DDD (>, <, =).
Pour certaines catégories d'antibiotiques, notamment les bêtalactamines,
des écarts importants sont constatés entre les DDJR
et les DDD. Les céphalosporines sont globalement prescrites à
des doses journalières plus faibles et les pénicillines
à des doses plus élevées en réanimation qu'en
médecine de ville.
Pendant la période de l'étude (mars 1994 à février
1995), les index de pénétration ont été calculés
à partir des données de prescription. Les index de pénétration
globaux observés, tous antibiotiques confondus, sont de 101,4 %
en réanimation I et 60,2 % en réanimation II, le nombre
de journées d'hospitalisation réalisées pendant la
période de l'étude étant de 3 384 en réanimation
I et de 2 703 en réanimation II.
Le nombre de journées d'hospitalisation réalisées
en réanimation I et en réanimation II en 1996 est respectivement
de 3 394 et 2 366. A l'aide des DDJR, le nombre de journées
de prescription de chaque antibiotique en 1996 a pu être calculé
dans chaque service et répertorié ainsi que les index de
pénétration dans le tableau IV.
Les figures 1 et 2 correspondent respectivement aux index
de pénétration par groupes d'antibiotiques en 1996 dans
les services de réanimation I et II. En 1996, l'index de pénétration
global des antibiotiques est de 74,6 % en réanimation I et de 99,8
% en réanimation II.
Discussion
La prescription antibiotique
L'étude s'est déroulée dans les mêmes conditions
: même période d'étude, même personne qui collecte
et analyse les données, pour éviter tout biais de recueil.
Il apparaît une certaine homogénéité des caractéristiques
démographiques (âge et sexe). Ainsi, un écart des
doses moyennes journalières observé entre les deux services
ne pourra être justifié par un recrutement différent
de patients : par exemple, une prépondérance de personnes
âgées justifiant un ajustement des doses de certains antibiotiques.
En revanche, des divergences de diagnostic principal peuvent influencer
la prescription antibiotique. En effet, un antibiotique est prescrit en
fonction de la nature de l'infection : localisation et nature du germe,
du site et du spectre d'action. Par exemple, un pourcentage élevé
d'affections chirurgicales peut justifier une prescription importante
d'antibiotiques actifs sur les bactéries anaérobies et préconisés
dans les protocoles d'antibioprophylaxie.
Concernant la prescription antibiotique, le pourcentage de patients
recevant une antibiothérapie est assez faible eu égard à
la spécialité de réanimation, avec respectivement
65 et 59 % dans les services de réanimation I et II. En effet,
une étude réalisée au Danemark dans un hôpital
universitaire montre que sur 615 patients admis dans une unité
de soins intensifs, 71 % reçoivent des antibiotiques au cours de
leur séjour dont 36 % pour une prescription documentée et
36 % pour une prescription prophylactique [22]. Dans notre étude,
la proportion de traitements probabilistes est plus élevée
avec 50 % dans le service de réanimation I contre 35 %. Un taux
important de traitements documentés dans le service de réanimation
II peut s'expliquer en partie par une documentation bactériologique
antérieure à la mutation du malade en réanimation.
En effet, le service de réanimation recevant des malades à
J5 ou J8 d'une intervention chirurgicale a dans le même temps un
suivi des dossiers médicaux et donc une information bactériologique
sur les germes isolés, ce qui n'est pas le cas, si le service de
réanimation reçoit essentiellement des patients provenant
de l'extérieur ou mutés après un jour de passage
dans un service.
Concernant les durées de traitement, le nombre de prescriptions
d'antibiotique et le nombre d'adaptations de la prescription, les deux
services sont comparables.
La durée moyenne de la prescription est courte, moins de 4 jours
pour 58 % des patients recevant une antibiothérapie en réanimation
I, et 60 % en réanimation II. Cette durée doit être
mise en corrélation avec la durée d'hospitalisation en réanimation.
En effet, 53 % des patients hospitalisés en réanimation
I restent moins de 4 jours et 49 % en réanimation II. Aussi, un
traitement antibiotique peut être poursuivi en dehors du service
de réanimation après la sortie ou la mutation du malade.
Les résultats ne présagent donc pas de la durée réelle
d'un traitement antibiotique.
La DDJR
Aucune étude concernant les dose définies journalières
des antibiotiques en réanimation n'a été publiée
jusqu'à ce jour. Cette étude originale ne peut donc pas
faire l'objet d'une comparaison avec les données de la littérature.
En revanche, nos pays limitrophes, Espagne et Italie, ont intégré
ce concept dans le suivi de leurs consommations à l'hôpital
et l'ont adapté à leur pratique hospitalière. Ainsi,
Camean-Fernandez et al. [5] ont attribué de nouvelles doses
définies journalières aux antibiotiques. Des écarts
entre les doses attribuées et les DDD recommandées par l'OMS
sont constatés pour les antibiotiques suivants : le céfotaxime
avec une dose de 4 g (DDD égale à 6 g), l'amoxicilline avec
1,5 g (DDD égale à 1 g), le céfamandole avec 4 g
(DDD égale à 6 g), la ticarcilline avec 10 g (DDD égale
à 15 g), l'érythromycine avec 2 g (DDD égale à
3 g) et la fosfomycine avec 3 g (DDD égale à 8 g). De même,
Wood-y-Wood et al. [25] ont déterminé de nouvelles
doses en se basant sur les consommations pharmaceutiques de 44 hôpitaux
en Espagne et sur les présentations existant pour chaque médicament.
Ainsi, la DDD retenue est en adéquation avec les dosages de médicaments
: si par exemple, le dosage des ampoules injectables de la tobramycine
est de 100 mg et que la DDD indique 0,24 g pour la voie parentérale,
alors la dose définie journalière retenue est de 0,3 g.
Pour la classe des bêtalactamines, ils proposent une dose équivalente
à 2 g pour l'amoxicilline (DDD égale à 1 g), à
4 g pour le céfotaxime (DDD égale à 6 g) et à
4 g pour la cloxacilline (DDD égale à 2 g). Les résultats
de ces deux études confirment les différences que nous avons
mises en évidence et montrent la nécessité d'un ajustement
des DDD. Parmi les explications possibles pouvant justifier de tels écarts,
les habitudes de prescription entre les pays latins et les pays nordiques,
la culture propre à chaque pays peuvent être mises en cause.
Index de pénétration
Initialement, le concept de DDD a été utilisé en
médecine de ville. Les données sont exprimées pour
100 000 habitants. Il doit être adapté à l'hôpital.
Certains auteurs l'ont ramené pour 100 lits. Cet indicateur nous
paraît très loin de l'activité médicale, surtout
en période où le nombre de lit a une connotation politique.
C'est pourquoi on a utilisé un nouvel indicateur.
L'apport des DDJR a permis d'accéder à ce nouvel
indicateur : l'index de pénétration.
Le calcul de cet index pour chaque antibiotique prescrit durant l'année
1996 permet de mettre en évidence les antibiotiques majoritairement
prescrits et de les positionner les uns par rapport aux autres. Il constitue
un observatoire de l'antibiothérapie intéressant pour les
médecins réanimateurs-anesthésistes, qui peuvent
analyser les prescriptions d'antibiotiques instaurées dans leur
service dans leur globalité et les interpréter en fonction
de l'écologie bactérienne connue au sein de leur service.
Pour le pharmacien hospitalier, cet index peut servir à la fois
pour suivre, contrôler et analyser en permanence les prescriptions
d'antibiotiques. Un avantage de ce mode d'expression est d'être
sans dimension, l'index de pénétration de chaque antibiotique
peut s'additionner pour déterminer un index de pénétration
par classe pharmacologique (bêtalactamines, aminosides) ou selon
le spectre d'action des antibiotiques (index de pénétration
des antistaphylocoques). De même, un index de pénétration
global de tous les antibiotiques peut être établi. Il permet
d'estimer la pénétration ou la densité d'exposition
des antibiotiques dans le service désigné. Du fait des associations
d'antibiotiques, cet index global peut avoir une valeur supérieure
à 100 %. Entre la période d'étude (1er
mars 1994 au 28 février 1995) et 1996, l'index de pénétration
global des antibiotiques a évolué de façon importante.
De 101,4 %, il est passé à 74,6 % dans le service de réanimation
I et de 60,2 %, il est passé à 99,8 % dans le service de
réanimation II. Il semble que des efforts de restriction de l'usage
des antibiotiques en réanimation I soient faits notamment pour
la prescription des aminosides (amiklin et tobramycine). Une chute de
la consommation des imidazolés, due peut-être à une
modification du nombre de patients hospitalisés pour un diagnostic
chirurgical, explique également cette variation. Néanmoins,
un biais inhérent à la présence d'une personne pendant
toute la durée de l'étude a pu modifier l'attention des
prescripteurs sur leur antibiothérapie. En effet, cette personne
a recueilli les données dans le service de réanimation II
à partir des dossiers des patients localisés dans les archives
et donc a été peu en contact avec les prescripteurs n'influençant
pas leur prescription.
L'application de cet index à plusieurs années consécutives
dans un service permet de suivre l'évolution des prescriptions
dans le temps, pouvant correspondre à des changements de pathologie
ou de flore et d'évaluer l'impact de la politique d'antibiothérapie
ou de détecter d'éventuelles dérives de prescription.
En revanche, il n'apporte aucun élément explicatif quant
à la raison ou la motivation de ces variations. En effet, les pathologies
traitées et les bactéries en cause devraient être
à l'origine des variations observées d'une année
sur l'autre. La corrélation des données bactériologiques
telles quelles avec les consommations d'antibiotiques est difficile du
fait de la diversité des pathologies rencontrées, ce qui
limite l'interprétation et l'évaluation de la pertinence
de la prescription.
L'index de pénétration permet également de vérifier
que ce qui a été observé dans un service de réanimation
est retrouvé dans un autre. En ce qui concerne nos deux services,
des différences de prescription ont pu être mises en évidence.
Notamment, la prescription d'antibiotiques associés à des
inhibiteurs de bêtalactamases est plus importante dans le service
de réanimation I : 15,47 % contre 4,3 %. L'association imipénème-
cilastatine préconisée dans les infections à bactéries
à Gram négatif résistantes aux autres traitements
antibiotiques est beaucoup plus prescrite dans le service de réanimation
II : 8,07 % contre 1,71 %. Une politique de restriction de l'usage de
cet antibiotique dans le service de réanimation I est mise en place.
La prescription des autres classes d'antibiotiques, aminosides, fluoroquinolones,
est comparable mais les antibiotiques prescrits sont différents.
Ainsi, pour les aminosides, par ordre décroissant d'index de pénétration,
nous avons la nétilmicine, la tobramycine, l'amikacine et enfin
la gentamicine dans le service de réanimation I alors que, dans
le service de réanimation II, la gentamicine est la plus fréquemment
prescrite suivie par l'amikacine, la tobramycine et la nétilmicine.
Il est intéressant de noter qu'à efficacité équivalente
la gentamicine présente un coût unitaire très inférieur
à celui des autres représentants de cette classe. La consommation
des glycopeptides et des pénicillines du groupe M, antibiotiques
actifs notamment sur les staphylocoques, est plus importante dans le service
de réanimation II. Cela peut s'expliquer par une population différente
en termes de diagnostic à l'entrée : beaucoup de patients
ayant subi une intervention de chirurgie cardiaque, sujets à des
endocardites à staphylocoques, sont suivis en postopératoire
dans ce service.
CONCLUSION Ce
nouvel indicateur est pertinent et opérationnel, il présente
de nombreux avantages. En effet, il a le mérite de pouvoir faire
un état des lieux rapide des prescriptions dans un service donné.
La visualisation de cet index sous représentation graphique en radar
apporte des éléments d'information directement exploitables
par les cliniciens. Sans dimension, il est additif. Les données nécessaires
à sa mise en uvre sont rapidement disponibles, quelle que soit
la structure de l'établissement. Il trouve sa place dans le cadre
d'une dispensation globale de médicaments où les outils de
suivi de consommations médicamenteuses existants sont peu nombreux
ou avec un intérêt limité. Facile d'accès, il
fournit une information fiable, compréhensible et claire pour les
cliniciens.REFERENCES
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