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Liste limitative et dispensation automatisée : bilan initial


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 18, Numéro 1, 80-2, Mars 1999, 4es ATELIERS DU SNPHPU


Résumé   Summary  

Auteur(s) : C. LOISEAU, J.-Y. FORESTIER, S. TERNOIS, I. BEUGNET, I. PATTE, A. GRUSON, .

Résumé : Depuis 1995, la pharmacie du Centre hospitalier d’Arras met en place une dispensation nominative et automatisée des médicaments. Après quelques mois de fonctionnement, il nous est apparu intéressant de faire un premier bilan. Quatre-vingt-dix pour cent des médicaments dispensés sont des formes orales sèches. La combinaison liste limitative-automate de dispensation permet d’automatiser 71 % de la dispensation. Les interactions médicamenteuses (AD et CI) décelées sur la période novembre 1997-mai 1998 ont permis un dialogue pharmacien-médecin. Les coûts mensuels rapportés aux journées d’hospitalisation, pour une même période, depuis la mise en place de ce système ont diminué en moyenne de 15 % (p < 0,01). On remarque des consommations médicamenteuses plus régulières. Le gain de temps hebdomadaire au niveau du service est d’environ 15 h. Il contribue à l’amélioration de la qualité des soins. Grâce à la présentation personnalisée, 10 % des pensionnaires ont pu gérer de nouveau seuls leur traitement journalier. A la pharmacie, l’inconvénient majeur, la présentation des médicaments, nécessite un déconditionnement de la majorité des spécialités pharmaceutiques. La législation européenne permettra peut-être de minorer ce problème.

Mots-clés : distribution nominative, informatisation.

Illustrations

ARTICLE

Depuis 1995, le Centre hospitalier d'Arras met en place progressivement une dispensation nominative et automatisée des médicaments. Pour cela, il dispose d'un automate de dispensation des formes orales sèches : l'ATC-212 couplé au logiciel de prescription Atchos® et sécurisé par le logiciel Thériaque® pour le contrôle des interactions médicamenteuses. En novembre 1997, le système s'est étendu à la maison de retraite Pierre-Bolle (80 lits). L'existence d'une liste limitative dans ce service depuis 1995 permet d'optimiser ce mode de dispensation et d'être en conformité avec la circulaire de janvier 1986 et l'arrêté d'août 1991. La dispensation se trouve associée à l'analyse pharmaceutique de l'ordonnance médicale, à la préparation éventuelle des doses à administrer et à la mise à disposition des informations nécessaires au bon usage des médicaments. Après quelques mois de fonctionnement, il nous est apparu intéressant de faire un premier bilan.

Matériels et méthodes

Le médecin saisit sa prescription parmi une liste limitative de 280 spécialités élaborée par un consensus entre soignants, médecins et pharmaciens : après avoir analysé les prescriptions des deux années précédentes nous avons sélectionné les médicaments dont l'efficacité est démontrée par des essais cliniques contrôlés en privilégiant ceux pour lesquels les laboratoires étaient capables de fournir des essais gériatriques spécifiques. Le choix d'un médicament chez le sujet âgé ne pouvant être dissocié de ses effets indésirables, nous avons également étudié les seuils d'efficacité et de toxicité. Nous avons choisi les médicaments avec la marge thérapeutique la plus large. Enfin le coût a été un facteur déterminant ; la décision d'achat par le pharmacien sous couvert du Comité du médicament est un élément de choix thérapeutique. Bien entendu, chaque praticien gériatre conserve la libre prescription de toutes les thérapeutiques. Les médicaments délivrés par l'appareil sortent sous forme d'une bande de sachets monodoses thermosoudés et imprimés avec les mentions suivantes : identité du patient, service d'hospitalisation, identification du médicament, dosage, liste substances vénéneuses, jour et heure de prise, numéro de lot et date de péremption, date de conditionnement.

Résultats

Le respect de la liste limitative conjugué à l'automatisation de la distribution permet de réaliser une dispensation nominative des médicaments en limitant la charge de travail inhérente à la pharmacie (71 % de la dispensation est automatisée) (figure 1). Le contrôle des interactions médicamenteuses améliore la qualité du circuit du médicament. Sur six mois, nous avons décelé 9 interactions (association déconseillée et contre-indication) dont une formelle. Elles permettent d'instaurer un dialogue pharmacien-médecin.

Le médicament dans le service de gériatrie représente 60 % de l'activité de l'infirmière. Grâce à la dispensation nominative automatisée ce travail est diminué à 40 %, ce qui contribue à améliorer la qualité des soins (figure 2).

Grâce à la présentation personnalisée des médicaments, 10 % des pensionnaires ont pu gérer de nouveau seuls leur traitement et acquérir une meilleure autonomie. Ces deux derniers points apparaissent intéressants dans le cadre de l'accréditation par l'Anaes car le patient est remis au centre de nos préoccupations.

La liste limitative instaurée en 1995 avait permis de diminuer les consommations de médicaments du service. La mise en place du nouveau système de dispensation accentue ce phénomène : les coûts mensuels rapportés aux journées d'hospitalisation ont diminué en moyenne de 15 % par rapport à la même période précédente : il est égal à 4,08 F contre 4,79 F sur la période précédente (p < 0,01) avec un écart-type significativement différent : 0,48 contre 0,86 avec p < 0,04 (figure 3).

* Le point de vue du soignant. L'infirmière retrouve son rôle de soignante et une communication améliorée avec son patient. Les traitements de nuit sont distribués par une aide soignante, le conditionnement sous blister nominatif sécurise cet état de fait en limitant les risques d'erreurs. Le document unique édité lors de la prescription n'est pas très lisible dans sa forme actuelle et mériterait d'être amélioré. Les médicaments reconditionnés sous sachets sont moins facilement identifiables.

* Le point de vue du praticien. Le médecin conserve une totale liberté de prescription. Il est responsable de sa prescription, l'accès au logiciel Atchost® se faisant par la combinaison d'un code d'identification et d'un mot de passe. Il rédige une ordonnance nominative, en conformité avec la loi. L'informatisation apporte l'avantage de ne pas avoir à recourir à de fastidieux et longs travaux d'écriture à chaque prescription même si la saisie informatique peut sembler contraignante. Chaque modification de traitement si minime soit-elle entraîne la lecture sur l'écran informatique de la totalité de l'ordonnance et oblige le prescripteur à une réflexion sur l'utilité réelle de chaque médicament.

* Le point de vue du pharmacien. Soixante-dix pour cent du contenu de l'ordonnance est préparé par l'automate. Le pharmacien peut réaliser une analyse de chaque ordonnance en conformité avec la loi et un contrôle informatique des interactions médicamenteuses. La gestion des armoires de service sur des sites géographiquement éloignés est facilitée avec diminution, voire disparition des périmés. L'inconvénient majeur reste la présentation des médicaments : en effet la majorité des spécialités pharmaceutiques doit être placée dans l'automate après déconditionnement. La législation européenne permettra peut-être de minorer ce problème en proposant une présentation adéquate.

CONCLUSION

La liste limitative associée à la dispensation automatisée repose sur une collaboration étroite entre tous les intervenants du circuit du médicament. La saisie informatique des ordonnances par le médecin facilite la lecture et le suivi du traitement. Le pharmacien joue son rôle à part entière : il analyse chaque ordonnance et en contrôle les interactions. L'influence sur les consommations médicamenteuses est intéressante. Le patient bénéficie pleinement du système grâce à un circuit du médicament amélioré

REFERENCES

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