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Progression des antiprotéases du VIH au CHU de Grenoble


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 18, Numéro 1, 49-51, Mars 1999, 4es ATELIERS DU SNPHPU


Résumé   Summary  

Auteur(s) : C. LAMBERT, S. LEGER, A. LEMOIGNE, P. FONTANILLE, I. MEYLAN, .

Résumé : Depuis quelques années, avec l’apparition des combinaisons d’antirétroviraux, les antiprotéases ou inhibiteurs de la protéase du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) font partie intégrante des traitements médicamenteux de l’infection à VIH. Une évaluation des dispensations pharmaceutiques d’antiprotéases, depuis leur commercialisation, a montré une progression spectaculaire de leur consommation. Cet afflux d’antiprotéases va de paire avec le développement croissant des trithérapies. Bien que la supériorité d’une molécule, en termes d’efficacité, ne soit pas prouvée, on observe de fortes inégalités dans la consommation des différentes antiprotéases.

Mots-clés : dispensation, antirétroviraux, antiprotéases du VIH.

Illustrations

ARTICLE

La prise en charge des patients infectés par le VIH est un problème majeur de santé publique. Encadrés par les recommandations du rapport Dormont, les modes de prise en charge et les stratégies thérapeutiques se sont considérablement diversifiés au cours de ces dernières années. La mise à jour permanente de ces recommandations conformément aux données actuelles de la science ont une incidence indéniable sur l'augmentation des prescriptions et donc sur la dispensation des antirétroviraux. L'objectif de ce travail est de préciser la place actuelle des antiprotéases (AP).

Actuellement 10 antirétroviraux disposant d'une AMM sont disponibles au CHU de Grenoble (tableau I) dans le traitement de l'infection par le VIH1 : six inhibiteurs de la transcriptase inverse dont cinq analogues nucléosidiques (zidovudine, didanosine, zalcitabine, stavudine et lamivudine) et une molécule non nucléosidique (névirapine). Les quatre antiprotéases (saquinavir, ritonavir, indinavir et nelfinavir) sont d'apparition plus récente.

Deux molécules sont en voie de commercialisation : efavirenz (Sustiva®), inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse qui bénéficie d'une autorisation temporaire d'utilisation (ATU) de cohorte depuis le mois de juin, et abacavir, analogue nucléosidique, actuellement sous ATU nominative.

Matériel et méthodes

Le logiciel de gestion de stock Sigefi disponible à la pharmacie nous a permis de quantifier les unités de traitement délivrées par année et par spécialité. Les chiffres obtenus ont été convertis en journées de traitement (à partir des posologies préconisées). Le centre d'information et de soins de l'immunodéficience humaine (CISIH) du CHU réalise une évaluation trimestrielle des prescriptions d'antirétroviraux sur l'ensemble des patients suivis sur le centre hospitalier. De cette enquête statistique ressort le pourcentage de patients sous mono, bi, tri ou quadrithérapie ainsi que les proportions des différentes combinaisons. Ces résultats, confrontés au bilan des consommations fourni par Sigefi, permettent de mieux cerner le positionnement des diverses antiprotéases dans l'évolution des stratégies thérapeutiques.

Résultats et interprétations

Au terme de l'année 1997, la pharmacie du CHUG enregistre une hausse de + 57 % du volume total d'antirétroviraux consommés. Cette croissance, en conformité avec les rapports 1997 du CISIH de Grenoble, répond principalement à deux critères : l'émergence de nouveaux patients traités et l'extension de la trithérapie pour une partie de cette population (figure 1). Cette évolution des stratégies thérapeutiques s'est traduite à la pharmacie par une évolution des consommations d'antiprotéases qui passent de 17,4 % du volume total d'antirétroviraux en 1996 à 41 % en 1997.

L'analyse de la distribution montre que cette évolution s'est effectuée de façon inégale entre les diverses antiprotéases (tableau II). Si l'indinavir reste la plus prescrite en 1997, il est indéniable que cette prévalence est directement corrélée à la poursuite de traitements déjà engagés au cours de l'année 1996 mais ne peut se justifier par ce seul engagement.

La pénétration thérapeutique du saquinavir est un point marquant de l'année 1997.

Alors que l'indinavir et le ritonavir progressent dans un rapport voisin de 3, on constate une multiplication des dispensations de saquinavir d'un facteur 10 et l'on peut déjà s'interroger sur l'avenir de cette antiprotéase « qui n'est pas prioritairement recommandée en première intention » dans sa formulation classique en raison de sa mauvaise biodisponibilité (environ 4 %).

Désormais, l'efficacité in vivo du saquinavir peut être améliorée grâce à une modification de sa formulation galénique, générant ainsi une nouvelle spécialité : Fortovase®, obtenue nominativement, après accord de l'Agence du médicament (ATU nominative depuis juillet 1998). Selon certaines études, chez des patients naïfs, sous trithérapie, la nouvelle formulation de saquinavir (EOF pour enhanced oral formulation ou SGC pour soft gel capsule) exercerait à 1 200 mg 3 fois par jour, une activité antivirale initiale aussi puissante que celle de l'indinavir [1] et plus puissante que celle de l'ancienne formulation [2]. Néanmoins, les prescriptions de Fortovase® restent limitées de par son statut particulier et en raison du nombre important de gélules à absorber (18/jour).

La biodisponibilité du saquinavir peut être également améliorée par l'adjonction d'un inhibiteur enzymatique du cytochrome P450 diminuant ainsi l'effet de premier passage hépatique [3]. Ainsi, en 1998, au CHU de Grenoble, environ 20 % des patients reçoivent, en association au saquinavir, le nelfinavir ou plus fréquemment le ritonavir.

La combinaison saquinavir-ritonavir est recommandée par le rapport Dormont en traitement de deuxième intention, en association avec deux inhibiteurs nucléosidiques (IN) nouveaux (jamais administrés par le patient) après échec du schéma thérapeutique classique : 2 IN + AP.

Pour indinavir et saquinavir, les résultats de 1998 sont à l'image de ceux de 1997. A l'inverse, on constate une explosion des dispensations de nelfinavir. Commercialisé sous le nom de Viracept®, le nelfinavir obtient son AMM, le 19 mars 1998, après 11 mois de circulation sous ATU de cohorte. La montée rapide des consommations est la conséquence probable d'un changement de statut de la molécule, facilitant ainsi son accès, mais également le résultat d'une dispensation encore réservée au milieu hospitalier. La double dispensation (hospitalière et officinale) est prévue pour le début de l'année 1999.

L'avancée du ritonavir semble moins glorieuse. Cet antirétroviral aurait des effets indésirables plus fréquents que les autres antiprotéases, essentiellement sur la sphère digestive et préférentiellement en début de traitement [3]. De plus, son puissant effet inhibiteur des cytochromes P450 hépatiques expose à de nombreuses interactions médicamenteuses.

CONCLUSION

Il est difficile à l'heure actuelle de présager de la supériorité clinique et de la tolérance au long cours de ces antiprotéases. Avec des profils d'activité antivirale comparable, les antiprotéases disponibles à ce jour ne peuvent se distinguer qu'au travers de leurs profils de tolérance et de leurs aptitudes à garantir une bonne compliance.

L'apparition de résistances croisées entre les différentes antiprotéases reste le problème majeur de cette classe thérapeutique. Ainsi, par souci « d'économie » des inhibiteurs de protéase, les études cliniques actuelles s'orientent vers une trithérapie, en première intention, comportant uniquement des analogues nucléosidiques et non nucléosidiques [4]... L'avenir des antiprotéases serait t-il pour autant menacé ?

REFERENCES

1. Borleffs JCC, on behalf of the Cheese Study Team. First comparative study of saquinavir soft gel capsules vs indinavir as part of triple therapy regimen. Presented at the 5th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, February 1-5, 1998, Chicago. Abstract 387b.

2. Slater L, on behalf of the NV15355 Study Group. Activity of a new formulation of saquinavir in combination with two nucleosides in treatment naive patients. 5th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, February 1-5, 1998, Chicago. Abstract 368.

3. Deeks SG, Smith M, Holodniy M, Kahn JO. HIV-1 protease inhibitors. A review for clinicians. JAMA 1997 ; 277 : 145-53.

4. Granier F, Valantin MA. Infections à VIH : l'apport des combinaisons antirétrovirales. Presse Méd 1998 ; 27 : 622-3.


 

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