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Etude comparative de deux enquêtes d’opinion réalisées auprès des patients infectés par le VIH pour l’accès aux médicaments antirétroviraux (printemps 1997 – printemps 1998) à Nantes


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 18, Numéro 1, 92-4, Mars 1999, 4es ATELIERS DU SNPHPU


Résumé   Summary  

Auteur(s) : A. LEPELLETIER, B. GAUTHIER, D. LEPELLETIER, C. BOUILLANT, F. BALLEREAU, .

Résumé : Depuis le 30 octobre 1997, les antirétroviraux ayant une AMM bénéficient du double statut de dispensation : officine et pharmacie hospitalière (circulaire n°97/166 du 1er mars 1997). Au mois de février 1997, la pharmacie de l’Hôtel-Dieu a mis en place une enquête auprès des patients séropositifs traités. Un an plus tard, une enquête de satisfaction a été réalisée afin de déterminer si l’opinion des patients s’était modifiée. Quarante-cinq pour cent des patients interrogés étaient favorables à la double dispensation, et 41 % sont favorables à son maintien. Les patients prennent leurs traitements à l’hôpital pour des raisons de confidentialité, alors que d’autres privilégient l’officine pour des raisons de commodité (proximité et horaires d’ouverture). La question du maintien de la double dispensation n’a pas encore été tranchée par la Direction générale de la santé. Il semble pour l’instant, qu’à Nantes, environ 30 % des patients prennent leurs traitements en officine.

Mots-clés : antirétroviraux, patients séropositifs, dispensation.

ARTICLE

Depuis le 30 octobre 1997, la majorité des antirétroviraux disposant d'une AMM sont disponibles en officine de ville. Ce sont Rétrovir® (zidovudine), Videx® (didanosine), Epivir® (lamivudine), Zerit® (stavudine), Invirase® (saquinavir), Norvir® (ritonavir), Crixivan® (indinavir) et, depuis juillet 1998, Hivid® (zalcitabine).

Comme le prévoit la circulaire n°97/166 du 1er mars 1997, ces médicaments bénéficient du statut particulier de la double dispensation ; en effet, ils restent disponibles dans les pharmacies hospitalières. Les autres médicaments : Viramune® (névirapine), Combivir® (AZT/3TC), Viracept® (nelfinavir), Sustiva® (efavirenz) et Ziagen® (abacavir) sont actuellement uniquement disponibles à l'hôpital, soit parce qu'ils sont en attente de l'avis de la commission de transparence pour leur pasage en ville (Viramune®, Combivir® et Viracept®), soit parce qu'ils n'ont pas d'AMM et bénéficient d'une ATU (Ziagen® et Sustiva®).

Avant que cette nouvelle réglementation ne soit appliquée, la pharmacie de l'Hôtel-Dieu de Nantes a mis en place, au mois de février 1997, une enquête auprès des patients séropositifs traités, afin de connaître leur opinion quant à l'accès à leur traitement. Cinq mois après le passage en ville de ces médicaments, une enquête de satisfaction a été menée afin de déterminer si l'opinion des patients s'était modifiée.

Matériel et méthodes

La première étude a été menée auprès des patients venus en consultation au CISIH, de février 1997 à mai 1997. Quatre-vingt-dix patients ont été inclus. Un questionnaire comportant 6 questions leur a été remis à la fin de leur consultation, dans lequel différents items évoqués dans la circulaire ont été retenus, notamment la confidentialité de la dispensation, ainsi que les conseils et les informations nécessaires lors de la dispensation. Celui-ci était rempli lors de la consultation médicale et non pas à la pharmacie de l'hôpital afin d'éviter d'influencer le patient.

La deuxième étude a porté sur 49 patients venus chercher leurs médicaments à la pharmacie de l'Hôtel-Dieu, entre le 16 et le 27 mars 1998. Le questionnaire remis au patient pendant la dispensation de son traitement différait du premier et comportait un item supplémentaire concernant les caractéristiques sociodémographiques dont nous n'avons pas tenu compte dans notre analyse.

Les réponses des patients ont été analysées sur le logiciel Epi Info version 6.04b.

Résultats de la première enquête

L'arrivée des antirétroviraux en ville suscite un grand intérêt chez les patients séropositifs (41,1 %). Les raisons principales de choix sont cependant d'ordre pratique. En effet, proximité et horaires d'ouverture sont les deux raisons invoquées, devant l'accueil, le conseil et la confidentialité. Ainsi, le patient privilégie la qualité de vie.

La double dispensation semble bien accueillie par les patients interrogés. En effet, 45 % d'entre eux aimeraient avoir le choix de pouvoir prendre leurs médicaments, soit à l'hôpital, soit en ville. Ils estiment cependant trouver une plus grande confidentialité à l'hôpital pour 67,5 % d'entre eux. L'information est suffisante pour 60 % aussi bien à l'officine qu'à l'hôpital.

Cependant, 26 % d'entre eux préfèrent prendre leurs médicaments à l'hôpital à la suite de leur consultation ; pour 22 % la délivrance en ville est plus simple.

La notion de confidentialité devra faire l'objet d'une réflexion chez les pharmaciens officinaux car 71 % des patients estiment avoir une plus grande confidentialité à l'hôpital.

L'information prodiguée par les pharmaciens officinaux ou hospitaliers est équivalente (respectivement 54,3 et 63,2 %).

Le logiciel Epi Info nous a permis d'analyser de façon plus approfondie les réponses des patients. Les patients (24) préférant prendre leurs médicaments uniquement à l'hôpital s'y rendent à l'évidence pour des raisons de confidentialité ; 75 % estiment recevoir une meilleure information à l'hôpital, alors que, pour 59 %, l'information est insuffisante en officine. Les patients préférant prendre uniquement leurs médicaments dans leur pharmacie habituelle pensent trouver une plus grande confidentialité : à l'hôpital pour 45 % d'entre eux, dans leur pharmacie pour 35 %, autant à l'hôpital qu'en pharmacie pour 20 %. Ils estiment que l'information est suffisante aussi bien à l'hôpital qu'en officine (50 %). Le seul patient préférant prendre ses médicaments dans une autre pharmacie pense trouver la plus grande confidentialité à l'hôpital ainsi qu'une information suffisante aussi bien à l'hôpital qu'en officine. Les patients préférant se rendre dans n'importe quelle pharmacie (4,4 %) pensent trouver une plus grande confidentialité à l'hôpital pour 50 % d'entre eux. L'information est suffisante aussi bien à l'hôpital qu'en officine pour 75 % des patients.

Ainsi, les patients pour lesquels la confidentialité est un critère important préfèrent pour 50 % d'entre eux avoir le choix de prendre leur traitement soit à l'hôpital, soit en officine, 58 % estiment trouver une plus grande confidentialité à l'hôpital.

Résultats de la deuxième enquête

Les patients interrogés à la pharmacie de l'hôpital se procurent leurs traitements uniquement à l'hôpital pour 67,4 % d'entre eux et indifféremment en officine de ville ou en pharmacie hospitalière pour 32,6 %. Globalement la délivrance des médicaments à l'hôpital et en officine est très satisfaisante (respectivement 69 et 57 % des patients).

Les raisons pour lesquelles les patients se rendent dans une officine sont d'ordre pratique : proximité du lieu de travail ou du domicile (57 % des patients interrogés). Ces mêmes patients se rendent à la pharmacie de l'hôpital, soit par commodité, à la suite de leur consultation (43 %), soit parce que la totalité des médicaments n'est pas disponible en officine de ville (43 %). Les patients prenant leurs médicaments exclusivement à la pharmacie de l'hôpital le font pour des raisons d'anonymat (62 %) et de confidentialité (45 %), ou par commodité après leur consultation hospitalière (38 %). Enfin, à terme, les patients semblent favorables au maintien de la double dispensation (41,9 %), principalement ceux allant chercher leurs médicaments en ville et à l'hôpital (64,5 %), et, parmi les 31 % des patients allant uniquement à l'hôpital, 51 % sont plutôt favorables au maintien de la réserve hospitalière.

Ainsi cette deuxième enquête confirme les premiers résultats que nous avions obtenus : les patients apprécient le système de double dispensation et sont favorables à son maintien. Les résultats sont stables : 45 % des patients en mai 1997 et 41 % en mars 1998 aimeraient avoir le choix entre les deux modes de dispensation (la différence entre ces deux pourcentages n'est pas significative). Il est intéressant de noter que le fait que le questionnaire ait été rempli de façon anonyme à la pharmacie ne semble pas constituer un biais important.

CONCLUSION

Le passage en ville de ces médicaments risque d'entraîner une perte du suivi de l'information concernant l'historique médicamenteux des patients.

La formation des pharmaciens d'officine est indispensable en raison du grand nombre de médicaments, des différentes associations possibles et de l'évolution très rapide des stratégies thérapeutiques. Les interactions médicamenteuses nombreuses nécessitent une bonne connaissance de ces médicaments.

La majorité des patients aimerait pouvoir avoir le choix entre l'hôpital et l'officine. Malgré l'éloignement du domicile du patient, des plages horaires d'ouverture de la pharmacie hospitalière moins importantes, l'hôpital reste pour une majorité un endroit priviligié de confidentialité et d'information. Cependant les patients semblent privilégier, pour des raisons de confort, la possibilité de se rendre dans une officine pour obtenir leur traitement.

La deuxième enquête ne fait que confirmer les résultats précédemment obtenus.

La question du maintien de la double dispensation reste posée et n'a pas encore été tranchée par la Direction générale de la santé.

Il semble pour l'instant qu'à Nantes, environ 30 % des patients prennent leurs traitements en officine.

Remerciements.
Les médecins du CISIH, les patients pour leur aimable collaboration.

REFERENCES

Circulaire DGS/DSS/DH/DAS n° 97/166 du 4 mars 1997 relative au nouveau dispositif de dispensation et de prise en charge des antirétroviraux mis en place depuis le 1er janvier 1997.


 

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