ARTICLE
L'évaluation économique des programmes de santé
consiste à identifier puis à évaluer les coûts
et les conséquences de stratégies diagnostiques, thérapeutiques
ou préventives. Dans tous les cas, l'évaluation économique
a pour objectif d'éclairer une prise de décision, (et par
conséquent un choix d'allocation de ressources), mais en aucun
cas de la remplacer.
Les raisons de la nécessité de cette évaluation
économique sont au moins de deux ordres. En premier lieu, si les
ressources destinées à financer les soins de santé
étaient illimitées, les évaluations économiques
seraient inutiles. Mais la limitation des ressources, ou même leur
insuffisance, ne permet pas de financer tous les traitements dont l'efficacité
est positive, et l'évaluation économique va éclairer
cet arbitrage nécessaire. En second lieu, l'évaluation économique
de ces programmes de santé est intéressante parce que le
secteur des soins de santé n'est pas un marché concurrentiel,
à la différence des produits, biens ou services acquis par
les consommateurs qui réalisent un arbitrage individuel dans le
cadre de leur contrainte de budget familial. Dans le cas des soins, ces
arbitrages individuels ne sont pas réalisés, et c'est donc
à un tiers qu'il revient de mesurer les avantages attendus en contrepartie
des moyens mobilisés, pour les utiliser le mieux possible [1].
Après une présentation de l'environnement dans lequel
se réalise l'évaluation économique et plus particulièrement
la pharmaco-économie, nous présenterons des notions méthodologiques
puis des exemples issus de l'hôpital.
Pourquoi la pharmaco-économie
?
Que ce soit pharmaco-économie, socio-économie ou médico-économie,
ces termes, souvent mal employés, renvoient aux mêmes notions
et traitent des coûts et des conséquences de la décision
médicale (préventive, diagnostique ou thérapeutique)
[2-4]. L'application des concepts économiques aux pratiques médicales
n'a pas comme finalité de dépenser moins mais plutôt
de dépenser mieux [5, 6]. Actuellement les contraintes économiques
restent puissantes. Même si la consommation médicale totale
française n'a évolué en 1997 que de 1,7 % contre
2,8 % en 1996, elle représente encore 728 516 millions de FF, soit
12 431 FF par habitant en moyenne [source DREES].
L'allocation des ressources (le choix) doit combiner plusieurs approches
: 1) des critères médicaux objectifs à partir de
données de la littérature, 2) des procédés
de choix permettant l'évaluation de leur intérêt pour
chaque patient. In fine, la décision de choix de stratégie
est prise par accord entre le médecin et le patient, avec l'éclairage
de ces données [7]. Dans cette optique la pharmaco-économie
est un outil d'aide à la décision.
En France, une commission d'économistes de la santé, sous
la présidence du professeur Emile Levy, a élaboré
des recommandations de bonnes pratiques d'évaluation économique
du médicament avec le concours d'experts [8]. Mais il ne s'est
pas mis en place de structures équivalentes à celles existant
au Canada (forte incitation des autorités) ou en Australie (obligation
réglementaire) [9]. Les autorités de tutelle n'ont pas clairement
précisé, en France, la place des études d'évaluation
économique des produits pharmaceutiques. La maîtrise des
dépenses de santé, au travers des ordonnances d'avril 1996,
s'inscrit tout à la fois dans une politique régionale et
dans une démarche d'accréditation des établissements
de soins et d'amélioration de la qualité, axes qui devraient
permettre d'améliorer l'efficience du système de santé
[10].
L'explosion soudaine et récente de la pharmaco-économie
peut s'expliquer par la naissance de l'ère de la biotechnologie
ou high-technology qui implique le développement de médicaments
extrêmement coûteux. Le coût de la recherche et du développement
conduit les firmes pharmaceutiques à rechercher une sécurité
maximale dans le développement d'une substance active et donc à
sécuriser son coût. La mondialisation des marchés
pharmaceutiques impose un développement international d'autant
plus onéreux. Les laboratoires souhaitent démontrer que
le prix élevé de ces médicaments est justifié
par leur apport clinique et/ou économique et non par une situation
de monopole. Une récente étude des évaluations économiques
des médicaments apparus sur le marché français entre
1989 et 1993, montre que l'hôpital est le lieu prépondérant
de l'évaluation pharmaco-économique, et que ces évaluations
concernaient surtout des médicaments de grande innovation [11].
La pharmaco-économie participe à la recherche de l'efficience
(rapport entre le coût et les performances) du secteur de santé
et son corollaire, l'allocation maîtrisée des ressources.
Mais lors de l'intégration de l'économie dans les décisions
cliniques, le bien-être du patient et son intérêt individuel
ne coïncide pas systématiquement avec le bénéfice
de santé publique de la population [2, 4, 5, 12-15].
La pharmaco-économie
Les différentes analyses
Toutes les études pharmaco-économiques sont comparatives,
et leurs résultats exprimés de façon différentielle
[8]. Les critères de jugement utilisés dans ces études
sont le résultat médical et le coût, et leur objectif
est la comparaison de différentes stratégies selon ces deux
critères. On distingue classiquement 4 types d'études :
* Analyse de minimisation des coûts
Ce type d'analyse permet simplement de répondre à la question
« quelle stratégie est la moins chère ? ». Elles
ne sont réalisées que dans le cas où les stratégies
comparées ne différent que par les coûts impliqués
dans leur mise en uvre. Implicitement, les résultats et conséquences
de ces stratégies sont considérés comme équivalents
[5, 8].
* Analyse coût-efficacité
L'analyse coût-efficacité (ACE) est une analyse où
sont comparées des interventions dont l'indicateur de résultat
est le même comme, par exemple, les années de vie gagnées.
L'analyse coût-efficacité mesure le coût de stratégies
et leur bénéfice clinique. L'intérêt des analyses
coût-efficacité réside dans leur capacité à
associer à un différentiel d'efficacité mesuré
avec un critère pertinent, la dépense nécessaire
à son obtention (figure)
[5, 8, 15].
* Analyse coût-utilité
L'analyse coût-utilité peut être considérée
comme une forme particulière d'analyse coût-efficacité
où les résultats sont mesurés en années de
vie gagnées ajustées par la qualité de vie ou AVAQ
(QALY, quality adjusted life-year). Les QALY combinent tout à
la fois les changements quantitatifs et qualitatifs (morbidité
et mortalité) en une seule mesure indépendante de la stratégie
ou de la maladie, ils permettent de révéler la préférence
du patient pour un état de santé [5, 6, 8, 15-17].
* Analyse coût-bénéfice
Dans une analyse coût-bénéfice, les coûts
et les résultats sont exprimés dans la même unité,
en termes monétaires [5, 8].
Mesure des coûts
Une fois le cadre fixé, il faut estimer les coûts. Le choix
de la perspective retenue détermine les coûts à retenir
(cf. le chapitre « Point de vue de l'analyse »). L'estimation
des coûts des interventions et stratégies thérapeutiques
comprend trois étapes : 1) la détermination des ressources
consommées, 2) leur mesure et 3) leur valorisation [21, 22].
* Les coûts
Coûts directs [5, 22-24]
Les coûts directs sont les coûts directement imputables
à la pathologie et/ou sa prise en charge. Ils peuvent être
médicaux (hospitalisation, consultations, examens, explorations,
imagerie, traitement, etc.) ou non médicaux et ils ont trait, par
exemple, au transport du patient, aux aides à domicile...
Coûts indirects
Ce sont les coûts des conséquences négatives indirectement
induites par la pathologie ou son traitement : pertes de productivité
liées aux arrêts de travail... [20-22].
Coûts intangibles
Ces coûts intangibles représentent les conséquences
sociales ou psychologiques induites par la pathologie et son traitement,
c'est la perte du bien-être du patient et de son entourage (douleur,
souffrance, l'impact affectif). L'importance de ces coûts intangibles
peut être appréhendée par des questionnaires de qualité
de vie. Mais leur nature subjective rend leur monétarisation difficile
et aléatoire [20, 22, 25].
* Détermination des ressources
La détermination des ressources consommées par la stratégie
thérapeutique à l'étude est la première étape
permettant l'évaluation des coûts [22]. Il faut déterminer
et lister la succession des actes nécessaires à la réalisation
de la stratégie étudiée (par exemple, un examen radiologique
et des examens biologiques, puis une hospitalisation pour pose d'une chambre
implantable, suivie d'un traitement médicamenteux...). L'établissement
d'un arbre décisionnel, présentant l'intervention étudiée,
peut permettre de recenser tous ces actes.
* Mesure des ressources
La mesure des ressources listées détermine la quantité
utilisée par chaque stratégie étudiée. Il
est conseillé de réaliser le recueil en utilisant des unités
naturelles comme le nombre de jours d'hospitalisation ou d'examens effectués
(exemple : NFS...) [6, 22].
* Valorisation des coûts
La valorisation des coûts consiste à calculer le prix des
ressources utilisées. Pour chaque unité ou variable mesurée,
il faut déterminer la source du prix choisi. De même, il
faut garder à l'esprit que ces valorisations sont très difficilement
transposables d'un pays à un autre [6, 22]. Pour faciliter la reproduction
des études, il est nécessaire de préciser clairement
la source retenue (coût standard, par exemple le prix tarif des
produits sanguins labiles décrété par arrêté
ministériel, ou coût observé). Les études pharmaco-économiques,
même réalisées dans un environnement précis,
sont des études d'intérêt global et cet aspect doit
être pris en compte dans le choix de la source de coût retenue.
Pour les coûts indirects, la valorisation est plus difficile :
comment valoriser, par exemple, le temps perdu. Le coût de l'absentéisme
peut être évalué par le taux de salaire (taux de salaire
moyen annuel INSEE) et/ou les indemnités journalières (perspective
assurance-maladie).
Spécificité économique de
la vie humaine
Dans l'analyse coût-bénéfice, l'amélioration
de la santé ou efficacité est exprimée en unité
monétaire pour permettre la comparaison avec les coûts engagés.
Le problème de ces études reste la nécessité
de valoriser la vie humaine. Au-delà des difficultés que
pose cette valorisation, cette démarche est-elle conforme à
l'éthique [26] ?
Comptabilité analytique/pharmaco-économie
La comptabilité analytique a pour but d'évaluer les différentes
composantes du coût d'une structure hospitalière en fonction
de son activité : le coût correspond aux charges directement
ou indirectement imputées à la fonction étudiée
et aux charges logistiques et médico-techniques. On distingue habituellement
: 1) Les coûts directs qui sont des charges directement affectables
à une procédure (par exemple, le personnel, les médicaments
ou le matériel à usage unique...), 2) Les coûts indirects
qui correspondent aux charges ne pouvant être affectées que
par une clé de répartition (par exemple, l'eau, l'électricité,
le chauffage, la pharmacie, la stérilisation...).
L'activité est mesurée par le nombre de jours d'hospitalisation,
la durée d'hospitalisation, le nombre d'admissions... Cela permet
d'obtenir le coût d'une unité d'uvre. Mais ces définitions
de coûts ne recoupent pas celles de la pharmaco-économie
qui considère comme directs tous les coûts qui peuvent être
rapportés à la stratégie thérapeutique, qu'il
s'agisse de coûts induits ou de coûts évités.
En France, la comptabilité analytique s'est développée
depuis quelques années au sein de chaque hôpital. Mais actuellement,
lors du bilan annuel, un certain nombre de points reste à l'appréciation
de chaque hôpital : ainsi les coûts directs peuvent être
les seuls répartis ou, au contraire tous les coûts le sont,
pour déterminer par exemple un coût journalier. De plus,
la création d'une clé de répartition des coûts
indirects n'est pas nationale mais laissée au choix de chaque établissement.
Il convient d'y prêter attention avant toute décision sur
les coûts à prendre en compte pour une étude.
* Coûts hospitaliers et PMSI
Actuellement, l'objectif du programme de médicalisation des systèmes
d'information (PMSI) est de décrire exactement l'activité
hospitalière des hôpitaux publics et PSPH, pour l'instant,
pour réaliser un rééquilibrage des bases budgétaires
afin d'inciter les hôpitaux à améliorer leur productivité.
L'échelle nationale de coûts par séjour hospitalier
et groupe homogène de malades (GHM) porte sur un échantillon
de 45 hôpitaux et avoisine le million de séjours.
Chaque établissement de court séjour fournit un résumé
de sortie standardisé (RSS) de chaque séjour. Les départements
d'information médicale ou DIM exploitent ces RSS. Ils permettent
de définir le case-mix d'un établissement et de calculer
la production de points ISA.
Dans l'échelle nationale des coûts, chaque GHM est relié
à un coût moyen complet qui se décompose en plusieurs
items : personnel médical, personnel soignant, actes médico-techniques,
restauration, blanchisserie, explorations fonctionnelles...
Les avantages de l'utilisation des GHM tiennent d'une part à
l'utilisation de la comptabilité analytique qui permet de se rapprocher
de la notion de coût réel et d'autre part à leur utilisation
dans les évaluations économiques pour déterminer
un coût par pathologie, ce qui permettra une meilleure comparaison
de celles-ci. Leurs limites actuelles sont dues à la disponibilité
de ces données qui ne prennent en compte que les courts séjours
et ne concernent que les séjours et non les patients, et au décalage
important dans le temps puisque les données de l'échelle
nationale des coûts ont trois ans de retard. Cela peut avoir une
incidence importante dans la valorisation, en particulier pour les pathologies
dont la prise en charge thérapeutique a un fort potentiel évolutif
(onco-hématologie, exemple de l'arrivée des sétrons).
L'intégration économique des données du PMSI est
délicate et nécessite de retravailler la base nationale
des coûts. Par exemple la ponction biopsie hépatique appartient
au GHM 276 (2 325 points ISA soit près de 34 875 F) mais la durée
moyenne de séjour de ce GHM est de 11,1 jours, très éloignée
de la journée d'hospitalisation nécessaire à la réalisation
de cette investigation (dans le cas de l'hépatite chronique à
virus C, la biopsie hépatique peut être l'acte classant du
séjour pour exploration avant décision thérapeutique).
Certaines pathologies sont très mal décrites par les GHM
(onco-hématologie) et de même certains modes de prise en
charge (GHM ambulatoires). Pour toutes ces raisons, le PMSI n'est pas
encore l'outil idéal pour approcher les dépenses nécessaires
à la réalisation d'un programme médical.
Point de vue de l'analyse
: perspective
Toute évaluation économique suppose que l'on précise
le point de vue adopté et l'objectif poursuivi. Le choix de la
perspective oriente directement la valorisation des coûts. Ces différences
de points de vue provoquent également des conséquences importantes
pour le choix des critères d'efficacité retenus [4, 5, 8,
18-20].
* Le point de vue du patient
Le patient considère le prix des biens et des services médicaux
qui ne lui sont pas remboursés. De son point de vue, les coûts
à retenir sont très différents des autres perspectives,
et ce sont essentiellement les coûts intangibles qu'il faudrait
pouvoir analyser. Or, ce sont les plus difficiles à identifier
et à valoriser. Ce point de vue est probablement moins intéressant
en France qu'aux États-Unis où les patients payent, en fonction
de leur assurance, directement une partie des dépenses médicales
et pharmaceutiques.
* Le point de vue de l'hôpital
Il s'agit du coût réel du service fourni, c'est-à-dire
des coûts directement imputables aux soins du malade sans que l'on
tienne obligatoirement compte des charges fixes ou de structures [5].
* Le point de vue de l'assurance-maladie
Du point de vue de l'assurance-maladie, les coûts à retenir
sont ceux pris en charge par celle-ci. L'assurance-maladie s'intéresse
généralement à l'impact financier des choix et à
cette fin utilise les tarifs de remboursement pratiqués, même
si ceux-ci sont très éloignés des coûts réels.
* Le point de vue de la société
Cette perspective, la plus globale sur le plan macro-économique,
permet d'éviter des biais consécutifs aux règles
de gestion propres aux institutions (hôpital, assurance-maladie).
Cadre temporel
Si les conséquences d'une stratégie ne sont pas immédiates
mais étalées dans le temps, il faudra actualiser les coûts
futurs pour pouvoir les comparer aux coûts présents. En pratique
les taux d'actualisation les plus utilisés sont, actuellement,
3 ou 5 % par an [15]. L'actualisation exprime la préférence
pour le présent ou, selon le vieil adage, l'idée qu'«
un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ».
Les résultats : mesure des effets ou conséquences
* Effets et états de santé
Les résultats mesurent l'amélioration de la santé
grâce aux interventions mises en uvre. L'efficacité
peut se définir par la mesure du résultat d'un traitement
en termes médicaux pour un patient ou pour une population. L'efficacité
englobe de multiples dimensions comme la survie, la survie sans maladie,
la guérison, la douleur, la qualité de vie. Un indicateur
d'efficacité doit être sensible à l'effet du traitement,
quantitatif (mesurable), objectif et universel. Mais pour répondre
à toutes ces questions, seule la survie est utilisable. D'autres
indicateurs peuvent être spécifiques, objectifs et quantitatifs
mais ils ne sont pas universels (par exemple les mesures biologiques),
ils correspondent à des critères « intermédiaires
» par opposition au nombre d'années de vie gagné ou
aux décès évités qui apparaissent comme critères
finals. Dans la mesure des résultats, il est parfois intéressant
d'associer la notion d'utilité à la survie pour révéler
la préférence du patient pour tel ou tel état de
santé.
* Analyse de sensibilité
Le degré d'imprécision, tant pour la mesure des ressources
et des résultats que pour leur valorisation, doit être pris
en compte et l'analyse de sensibilité est indispensable pour vérifier
la fiabilité de l'étude. Elle consiste à effectuer
le calcul d'une valeur caractéristique de l'intervention étudiée
en faisant varier les valeurs des différentes variables. Elle teste
la robustesse de l'analyse et permet de s'assurer de la validité
du résultat. Cette technique est conçue pour tenir compte
des incertitudes en vérifiant si des modifications plausibles de
la valeur des principales variables peuvent modifier les conclusions d'une
analyse. Pour chaque hypothèse importante, d'autres hypothèses
plausibles doivent être formulées ; en effet, à tous
les niveaux de l'analyse, s'introduit un élément d'incertitude
[2, 3, 5, 8, 9, 15, 27]. Les recommandations de bonne pratique insistent
toutes sur l'importance de la réalisation d'une analyse de sensibilité
de bonne qualité [8].
Quelques exemples d'analyses
Les deux premiers exemples sont présentés pour illustrer
les différents types d'études, l'un correspond à
une analyse de minimisation des coûts en hématologie et l'autre
à une analyse coût-efficacité qui introduit également
la notion d'utilité.
Nous avons réalisé une étude qui illustre l'analyse
de minimisation des coûts [28]. Cette étude compare le coût
de deux stratégies d'obtention d'un greffon de cellules souches
hématopoïétiques (CSH) pour des patients atteints de
lymphomes non hodgkiniens : soit par prélèvement de moelle
osseuse, soit par collection par cytaphérèses après
mobilisation par chimiothérapie et facteurs de croissance hématopoïétique.
Le résultat en termes d'efficacité des deux techniques est
considéré comme équivalent et seuls les coûts
différentiels sont pris en compte. La perspective retenue est celle
de l'hôpital. Les coûts pris en compte sont globaux et obtenus
d'une part à partir des données du dossier médical
pour les coûts médicaux directs variables et, d'autre part,
complétés par les données de la comptabilité
analytique de l'AP-HP. La valorisation est faite pour l'année 1994.
Les données de 20 patients consécutifs du service d'hématologie
sont analysées depuis le recueil du greffon jusqu'à J +
100 postgreffe. Les résultats montrent une économie globale
de près de 32 000 FF (15 %) en faveur de la stratégie mobilisant
et recueillant les CSH du sang périphérique. Ce résultat
est très largement confirmé dans la littérature quel
que soit le système de santé ou les pathologies en cause
(tumeurs solides ou hémopathies malignes) [29-31].
Le deuxième exemple est une analyse coût-efficacité
de la transfusion autologue différée (TAD) [32]. L'analyse
compare la TAD à la transfusion classique « allogénique
». L'analyse est conduite du point de vue de la société
et les coûts retenus sont les coûts directs supplémentaires
liés au recueil et à la transfusion de sang autologue. L'efficacité
est exprimée en année de vie ajustée par la qualité
(AVAQ) gagnée par l'absence de risque de transmission de maladies
virales (VIH, VHC, VHB, HTLV-I et HTLV-II). Les résultats sont
impressionnants : la substitution de la transfusion par la TAD n'apporte
qu'un bénéfice très limité de l'ordre de 0,0002
à 0,00044 AVAQ pour un surcoût de 68 à 4 783 $US.
Les ratios coût-efficacité varient de 235 000 à
plus de 23 millions de $US par année de vie ajustée par
la qualité. Ce résultat est lié d'une part à
la diminution du risque viral post-transfusionnel et d'autre part au nombre
important de poches de TAD prélevées mais non transfusées.
La prothèse totale de hanche est l'intervention chirurgicale la
moins défavorable de l'étude avec le rapport unités
transfusées sur unités prélevées le plus élevé.
Les auteurs concluent que l'amélioration de la sécurité
transfusionnelle limite l'intérêt de la TAD au regard de
ces ratios, mais ils admettent que ce choix est difficilement imposable
sur la seule base d'étude pharmaco-économique et que le
patient peut avoir un point de vue, personnel donc individuel, différent
de celui de la société (surtout aux États-Unis !).
Les exemples suivants s'intéressent aux études économiques
réalisées dans les structures très hospitalières
que sont les unités de réanimation. La revue de la bibliographie
met en évidence l'absence d'analyse pharmaco-économique
mais la présence de nombreuses études nord-américaines
sur le coût des unités de réanimation ou intensive
care unit (ICU). En effet, il est admis aux États-Unis que
les ICU sont les unités les plus chères d'un hôpital
[33]. Pour un groupe homogène de malades (GHM), la durée
de séjour est supérieure dans une ICU par rapport aux autres
unités de soins (23,5 jours contre 12,2 jours). Ces études
identifient le coût d'une journée d'hospitalisation mais
ne sont pas des études pharmaco-économiques en l'absence
de comparaison de plusieurs stratégies.
P. Jacobs et T. Noseworthy [34] ont comparé en 1986 l'utilisation
et le coût des ICU aux États-Unis et au Canada. Grâce
à des statistiques nationales, ils ont montré que le coût
d'une ICU représentait 8,3 % du total des patients hospitalisés
au Canada contre 20 % aux États-Unis. Le coût journalier
par patient était de 954 CAN$ au Canada contre 1 296 US$ aux États-Unis.
Noseworthy et al. [35] en 1996 ont réalisé une étude
prospective sur un an, analysant tous les coûts liés au séjour
de chaque patient admis dans une ICU. Ce travail dans un hôpital
universitaire de 932 lits et sur 690 patients montre un coût journalier
par patient de 1 508 US$.
En Europe, le coût d'une ICU représente environ 20 % des
budgets hospitaliers [36]. M. Singer et al. [37] ont analysé
les coûts relatifs à une ICU dans un hôpital universitaire
londonien, durant deux périodes : en 1988 et en 1991. Leur comparaison
montre une évolution des coûts totaux en trois ans, liée
à l'inflation mais, également, à l'impact des technologies
sophistiquées et au besoin en personnel soignant. Le coût
journalier par patient a varié de 1 010 £ en 1988 à
1 149 £ en 1991, soit une augmentation de 14 %.
En France, la comptabilité analytique s'est développée
depuis quelques années au sein de chaque hôpital. Mais actuellement,
lors du bilan annuel, un certain nombre de points reste à l'appréciation
de chaque hôpital : ainsi au CHU de Besançon, pour l'année
1996, la comptabilité analytique calcule un prix de revient global
de la journée d'hospitalisation en réanimation médicale
et chirurgicale qui s'élève respectivement à 7 563
FF et à 7 503 FF. Pour la même année, l'AP-HP calcule
un prix de revient de ces services de 5 114 FF et 4 776 FF, mais seules
les charges directes sont intégrées. Les comparaisons sont
donc extrêmement délicates. Pour le CHU de Besançon,
si les prix de revient sont calculés sur les seules charges directes,
comme à l'AP-HP, ils s'élèvent alors à 4 605
FF et 4 715 FF.
CONCLUSION
Selon les pathologies, la disponibilité des études pharmaco-économiques
est extrêmement hétérogène. Ainsi, le très
faible nombre d'études en réanimation illustre bien la difficulté
de leur mise en uvre. En effet, il est difficile de séparer
l'effet ou les conséquences d'un traitement chez des patients «polytraités».
Cette difficulté se retrouve lorsque l'on s'intéresse aux
infections nosocomiales. La situation est différente en hématologie
(hémopathies malignes) où au décours d'essais cliniques,
l'impact pharmaco-économique d'une nouvelle stratégie thérapeutique
est régulièrement analysé. La situation évolue
et de nombreuses études pharmaco-économiques se développent
tant en parallèle aux essais cliniques que dans la pratique quotidienne.
Largement publiées par les Anglo-Saxons, elles sont encore rares
dans le contexte français.
Remerciements
à Pierre-Jean Lancry, Directeur Médicaments et Dispositifs
Médicaux, CNAMTS.
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