ARTICLE
abc.2012.0714
Auteur(s) : Caroline Rouvellat1, Pascal Chourrout1, Hervé Escourolle2, Safouane Hamdi3 hamdi.s@chu-toulouse.fr
1 Laboratoire de biologie médicale, Centre
hospitalier général d’Albi
2 Service d’endocrinologie, Centre hospitalier
général d’Albi
3 Institut fédératif de biologie, Laboratoire de
biochimie, CHU de Toulouse
L’hypoglycémie désigne une concentration de glucose sanguin en
dessous de 0,5 g/L ou 2,8 mmol. Les épisodes hypoglycémiques
sont fréquents chez les patients diabétiques sous
insulinothérapie : chaque année, 20 à 30 % d’entre eux
présentent une hypoglycémie sévère et 10 % un coma
hypoglycémique. C’est la raison pour laquelle ces patients doivent
être parfaitement éduqués pour la prévention et le traitement des
hypoglycémies.
Des situations à risque et/ou des comorbidités, bien connues des
diabétologues, augmentent la fréquence des hypoglycémies sévères.
Cependant, lorsque les épisodes se succèdent chez un même patient
sans une cause évidente, il convient de réaliser un bilan plus
poussé avec dosage d’insuline et de C-peptide sériques.
L’interprétation de ce bilan peut être compliqué par les limites
analytiques des automates utilisés et nécessite une étroite
collaboration entre le clinicien et le biologiste, comme le montre
l’observation suivante.
L’observation
Monsieur D., âgé de 44 ans, sans autres antécédents, est connu
comme diabétique insulino-requérant. Il est vu en consultation de
diabétologie au CHG d’Albi en juin 2009 pour des tendances
hypoglycémiques. A cette occasion, son traitement antidiabétique
est modifié : Novomix 50 (insuline asparte), de 8 à 10 U et
jusqu’à 12 U le matin et Novomix 30, 14 U le soir. Le patient ne
présente pas d’autres pathologies hormis une réaction dépressive
dans un contexte conjugal tendu.
En octobre 2009, le patient est admis en hospitalisation
dans le service de diabétologie après passage par les urgences pour
un accident hypoglycémique au réveil avec perte totale de la
conscience et un contrôle glycémique capillaire à 0,30 g/L
avant resucrage. Au cours de cette hospitalisation, le bilan
biochimique réalisé sur sang veineux (J0) prélevé sur anticoagulant
(héparinate de lithium) montre les résultats suivants :
glycémie : 1,4 mmol/L (valeurs de référence : 3,5-6,5
mmol/L, technique à l’hexokinase), créatininémie :
84 μmol/L (60-105 μmol/L) et urémie à 7,2 mmol/L (2,5-7,5
mmol/L). À J1<strike> </strike>l’équilibre glycémique
est rétabli, l’HbA1c est dosée à 6,3 % (4,5-6,5 %), la
créatininémie à 73 μmol/L et l’urémie à 6 mmol/L. Après
plusieurs contrôles glycémiques capillaires satisfaisants
(moyenne : 8,3 mmol/L) et ne montrant pas de tendance
hypoglycémique à l’exception d’un épisode hypoglycémique nocturne à
2,8 mmol/L dépisté au décours d’un contrôle systématique de 0h pour
lequel il a été resucré, le patient regagne son domicile avec un
traitement antidiabétique réajusté : Novomix 50, 8 U le matin
et 10 U midi avant le repas et Novomix 30, 8 U avant le repas du
soir.
En avril 2010, Monsieur D. est à nouveau hospitalisé au CHG
d’Albi pour coma hypoglycémique. Le traitement à l’insuline est
arrêté puis repris avec des doses résiduelles de Novomix 50,
6 U le matin et 8 U le midi, Novomix 30, 6 U le soir
et introduction de Novonorm (répaglinide) : 2 mg puis
1 mg 3 fois par jour. Au bout de deux jours, le schéma
insulinique est à nouveau arrêté en raison de la persistance
d’épisodes hypoglycémiques francs, essentiellement nocturnes et qui
ont même justifié la mise en place de perfusions glucosées à
5 % puis à 10 %. Deux dosages d’insulinémie sont alors
réalisés au laboratoire du CHG sur automate Cobas de Roche :
les concentrations d’insuline circulante sont basses et contrastent
avec une franche tendance hypoglycémique (tableau 1). Devant l’absence d‘arguments en
faveur d’hyperinsulinisme, un bilan surrénalien est réalisé pour
écarter l’éventualité d’une insuffisance surrénalienne
(cortisolémie de base à 8h et cortisolémie à T+60 min d’un test au
synacthène ordinaire normales) ainsi qu’un scanner abdomino-pelvien
pour écarter celle d’une masse tumorale et d’un syndrome de
consommation glycémique.
Tableau 1 Résultats sur Cobas (Roche)1.
|
| Glycémie (mmol/L) |
Insulinémie (mUI/L) |
| 26/04/2010 à 23h* |
1,2 |
3,3 |
| 28/04/2010 à 16h* |
2,1 |
0,6 |
1. Plus précisément, il s’agit du module d’immunoanalyse du
Cobas 6000. *Absence d’hémolyse qui pourrait interférer
avec le dosage d’insuline.
Le patient est transféré au mois de mai 2010 dans le
service de diabétologie du CHU de Toulouse pour une réadaptation de
son traitement, il revient au CHG avec la prescription
suivante : Lantus (insuline glargine), 16 U le matin et
Novorapid (insuline asparte), 2 U le soir. Les hypoglycémies
nocturnes reprennent obligeant l’équipe médicale à arrêter
l’insulinothérapie et à instaurer des perfusions glucosées à
10 %. L’hypothèse d’auto-injections masquées d’insuline est
alors évoquée. Il est proposé au patient une consultation
psychiatrique qu’il accepte. La psychiatre retrouve chez lui une
tendance dépressive, mais pas de signes évocateurs d’un tel
comportement. Deux prélèvements sanguins contemporains d’épisodes
d’hypoglycémiques sont réalisés et envoyés au laboratoire de
biochimie hormonale du CHU de Toulouse pour le dosage d’insuline et
de C-peptide sur automate Centaur XP de Siemens (tableau 2). Les insulinémies franchement élevées
contrastent avec des niveaux de C-peptide endogène bas et sont en
faveur d’une administration non contrôlée d’insuline.
Tableau 2 Résultats sur Advia Centaur (Siemens).
|
| Glycémie (mmol/L) |
Insulinémie (mUI/L) |
C-Peptide (ng/L) |
| 09/05/10 à 23h* |
1,8 |
320 |
0,1 |
| 11/05/10 à 16h* |
1,8 |
101 |
0,3 |
*Absence d’hémolyse.
Trois jours après l’arrêt du traitement par insuline, le patient
connaît un épisode hypoglycémique nocturne grave avec coma dont il
est difficilement récupéré par une perfusion de G30. Suite à cet
incident préoccupant, une fouille complète de ses effets personnels
est alors organisée permettant de retrouver, caché au fond d’un
gant de toilette, un stylo à insuline Novomix 30 largement entamé.
Le patient a reconnu les auto-injections mais sans apporter
d’explications claires à son geste. Il a par la suite été orienté
vers une structure adaptée pour prise en charge psychiatrique. Sur
le plan diabétologique, une insulinothérapie sur la base de Novomix
a été mise en œuvre sans incident particulier depuis.
Le point de vue du biologiste
L’insuline est la seule hormone hypoglycémiante de l’organisme.
Elle est produite par les cellules β-pancréatiques à partir d’un
précurseur, la pro-insuline. Cette dernière est clivée pour libérer
dans la veine porte des quantités équimoléculaires d’insuline et de
peptide-C dont le métabolisme périphérique sera différent. La
première est fortement captée par le foie et se fixe à des
récepteurs spécifiques, ce qui limite sa demi-vie à environ 4
minutes. Le second n’a pas d’effet physiologique, sa demi-vie est
plus longue (30 minutes environ) et il est filtré par le rein
rendant ainsi possible son dosage urinaire. La forme circulante et
active de l’insuline humaine se présente sous la forme d’un
monomère composé d’une chaîne A de 21 acides aminés et d’une chaîne
B de 30 acides aminés, reliées entre elles par deux ponts
disulfures (figure
1). À fortes concentrations et à pH physiologique,
l’insuline a tendance à s’agréger en dimères ou en hexamères
stables (si présence d’ions Zn2+) [1]. Cette propriété
est utilisée pour moduler le comportement pharmacocinétique et
pharmacodynamique des préparations standards d’insuline humaine
recombinante (formes rapides, intermédiaires et lentes). Cependant,
les possibilités de formulations restent limitées et ne permettent
pas de résoudre les principales difficultés de ces insulines :
le manque de stabilité des préparations, une absorption cutanée
trop longue et très variable d’un patient à l’autre et un pic
plasmatique décalé et trop prononcé exposant les patients au risque
d’hypoglycémie [2]. Les techniques biotechnologiques ont non
seulement permis de faire produire par E. Coli une forme
recombinante de l’insuline humaine, mais elles ont également permis
d’explorer le rôle de chaque acide aminé des deux chaînes par
mutation dirigée ouvrant ainsi la voie à de nouveaux analogues
biologiques [3]. Ainsi, l’insuline asparte décrite dans la présente
observation résulte du remplacement de la proline en position B28
par un acide aspartique (figure 1). Ce
dernier est porteur d’une charge négative à pH physiologique qui
réduit l’interaction entre monomères voisins et donc la formation
d’agrégats. L’injection sous-cutanée de cet analogue permet ainsi
d’obtenir un pic plasmatique plus rapide et plus intense que les
préparations standards. À l’inverse, le second analogue décrit dans
l’observation, la glargine, a été conçu pour avoir un effet
prolongé. L’asparagine en position A21 a ainsi été remplacée par la
glycine et la chaîne B a été prolongée à son extrémité C-terminale
par deux résidus arginine en positions B31 et B32 (figure 1). Ces
modifications permettent de stabiliser les hexamères et, par un
effet sur le point isoélectrique, de diminuer la solubilité de la
molécule à pH physiologique. Des microprécipités apparaissent alors
au point d’injection, avec une absorption sanguine si lente que le
profil insulinique sanguin est quasiment dénué de pic [2].
Le dosage de l’insulinémie est réalisé en routine dans les
laboratoires de biologie médicale pour apprécier la sécrétion
endogène d’insuline ou évaluer, en la confrontant à la glycémie
couplée, l’insulino-résistance des patients. Les trousses
disponibles sont pour la plupart montées sur des automates
d’immunoanalyse et, bien qu’elles soient en majorité calibrées sur
la 1re préparation de référence de l’OMS (WHO 1st IRP
66/304), des différences de performances analytiques subsistent
encore [4]. Il est recommandé d’exprimer l’insulinémie en
concentration (pmol/L) plutôt qu’en activité biologique (mUI/L), et
un facteur de conversion de 6.0 est en général utilisé par les
fournisseurs pour passer des mUI/L aux pmol/L. Dans notre
observation, deux automates d’immunoanalyse, le Cobas de Roche et
l’Advia Centaur de Siemens, largement répandus en France, ont été
utilisés pour les dosages d’insuline. Leurs caractéristiques et
performances analytiques ont été extraites des notices
constructeurs et comparées dans le tableau
3.
Tableau 3 Comparaison des deux automates d’immunoanalyse
utilisés.
|
| Advia Centaur (Siemens) |
Cobas (Roche) |
| Technique |
Chemiluminescence |
Electrochemiluminescence |
| Prise d’essai (μL) |
25 |
20 |
| Standardisation |
IRP 66/304 de l’OMS |
IRP 66/304 de l’OMS |
| Facteur de conversion |
NI* |
1 mU = 6,945 pmol |
| Domaine de mesure (mU/L) |
0,1-300 |
0,2-1 000 |
| Valeurs de référence (mU/L) |
1,7-31 |
2,6-24,9 |
| CV intersérie max (%) |
5,9 |
4,9 |
| Interférences |
| |
| Pro-insuline |
Non |
Non |
| C-peptide |
Non |
Non |
| Analogues |
NI* |
Non# |
*NI = non indiqué ; #la notice cite
l’article d’Owen et al. [5].
L’introduction des analogues de l’insuline a été un progrès
significatif dans la prise en charge des patients diabétiques, mais
a compliqué leur exploration biologique et en particulier le dosage
des insulinémies. En effet, les modifications structurales de ces
analogues avaient comme principal objectif d’en altérer les
propriétés pharmacocinétiques, l’impact sur l’antigénicité, et donc
la reconnaissance par les anticorps des trousses d’immunoanalyse
n’a probablement pas été anticipée. Plusieurs études (compilées par
Agin et Sapin [2]) ont montré que la réactivité croisée de ces
trousses vis-à-vis des analogues était assez imprévisible. Tirant
profit de cette observation, et en se basant sur la littérature, il
nous a été possible de distinguer les techniques automatisées en
fonction de leur réactivité croisée avec l’insuline asparte et la
glargine (tableau 4). Nous nous sommes
focalisés sur les techniques décrites dans un récent contrôle de
qualité externe (Probioqual, sérum 11I3A/B) et représentatif du
marché français.
Tableau 4 Comparaison de la réactivité croisée des
trousses d’insuline humaine pour l’insuline asparte et la glargine,
adapté de [2] et [5].
| Automate |
Fournisseur |
Insuline Aspart |
Glargine |
| Access |
Beckman |
++ |
++ |
| Advia Centaur |
Siemens |
++ |
++ |
| Architect |
Abbott |
+ |
++ |
| BI-INS Irma |
Cis-bio |
++ |
++ |
| AIA |
Tosoh |
++ |
+/- |
| Immulite 2000 |
Siemens |
+/- |
+/- |
| Cobas/Elecsys |
Roche |
- |
- |
| Liaison |
Diasorin |
- |
- |
++ : de 70 à > 100 % ; + : de 30 à
69 % ; +/- : < 30 % ; - :
absence de réactivité.
Il donc possible de distinguer trois catégories de
trousses : celles qui reconnaissent parfaitement les deux
analogues (Access, Centaur et BI-INS), celles qui n’en
reconnaissent qu’un seul (AIA, Architect) et les dernières qui
croisent mal avec les analogues (Immulite), voire qui ne les
reconnaissent pas du tout (Cobas, Liaison). Ces différences
confirment que les modifications structurales des analogues peuvent
altérer, à la hausse ou à la baisse, la reconnaissance par les
anticorps des trousses et donnent quelques indications sur les
épitopes reconnus, ce que se gardent bien de révéler les
industriels. Ainsi, la trousse Access de Beckman qui présente une
réactivité croisée autour de 100 % pour les deux analogues
laisse penser qu’aucun anticorps n’est dirigé contre les extrémités
C-terminales des chaînes. La catégorisation précédente doit
néanmoins rester qualitative car les études citées n’ont exploré la
réactivité croisée que dans des tampons additionnés de
concentrations précises d’analogues. Elles ne tiennent pas compte
des possibles effets de matrice, de l’hémolyse, des anticorps
anti-insuline et de l’interférence des métabolites rencontrés dans
un prélèvement de routine. L’extrapolation aux dosages sanguins est
donc délicate et même si la trousse utilisée reconnaît ces deux
analogues, il convient pour le biologiste de prendre le résultat du
dosage comme une simple indication et d’en avertir le clinicien.
Les laboratoires qui réalisent des dosages d’insulinémies en
routine devraient donc connaître la réactivité de leurs trousses
vis-à-vis des analogues, puisqu’ils peuvent être sollicités par des
endocrinologues qui souhaitent parfois confronter l’insulinémie de
leurs patients à un tableau clinique et thérapeutique particulier
(comme la suspicion d’auto-injections rapportées dans l’observation
ci-dessus). Il faut noter que les fournisseurs ne donnent pas tous,
dans leurs notices techniques, des indications claires sur cette
réactivité croisée, ce qui est bien regrettable. S’il s’avère que
la trousse ne reconnaît pas les analogues, les biologistes peuvent
travailler en tandem avec un confrère ou une consœur qui dispose
d’une autre méthode. Ce travail « en binôme biologique »
est déjà réalisé au CHU de Toulouse pour identifier les
interférences analytiques pour certains paramètres comme la
prolactine ou la testostérone (communications personnelles).
Enfin, rappelons que devant des hypoglycémies non expliquées, le
biologiste doit rechercher et éliminer certaines causes comme les
hyperleucocytoses [6] ou les délais d’acheminement trop longs.
Le point de vue du clinicien
En dehors d’un contexte diabétique, le diagnostic d’hypoglycémie
est difficile. Il repose sur la mise en évidence de trois signes
simultanés (triade de Whipple) : glycémie basse (2,8 mmol/L),
signes de neuro-glucopénie et correction des symptômes lors du
resucrage. Il est important d’éliminer certaines étiologies
évidentes comme l’alcoolisme, les insuffisances rénales et
hépatiques sévères, l’insuffisance surrénalienne périphérique ou
anté-hypophysaire et la prise de certains médicaments (antalgiques,
antidépresseurs, β-bloquants…). Le diagnostic positif n’est
envisageable qu’en ayant recours à l’épreuve de jeûne en milieu
spécialisé, avec dosages de la glycémie, de l’insuline, du
C-peptide et de la pro-insuline. En pratique, la principale
étiologie ainsi identifiée est d’origine tumorale :
l’insulinome.
Dans un contexte diabétique, le diagnostic est plus évident. En
effet, tout patient diabétique sous insulinothérapie présente des
épisodes d’hypoglycémies (deux par semaines environ pour une HbA1C
entre 6,5 et 7 %). Le diagnostic est posé devant une glycémie
< 3,3 mmol/L et non sur des signes cliniques qui diffèrent
d’un sujet à l’autre mais qui, le plus souvent, se reproduisent à
l’identique chez un même sujet. Il faut distinguer les signes
précurseurs d’origine sympathique qui alertent le patient du risque
d’une hypoglycémie grave (sueurs, tremblements, sensation de faim…)
et les signes de neuro-glucopénie qui témoignent de l’atteinte des
neurones. Dans ce cas, les manifestations sont neurologiques et
psychiques et peuvent aller jusqu’au coma hypoglycémique. Chez les
patients présentant des hypoglycémies fréquentes, il y a une
adaptation progressive avec perte des signes neurovégétatifs
d’alerte qui les exposent alors au risque d’un coma hypoglycémique
brutal.
Les hypoglycémies des patients diabétiques sous insuline
relèvent de circonstances favorisantes et/ou d’erreurs qu’il
convient de rechercher :
- –. erreurs dans les doses d’insuline injectées
(confusion insuline rapide/lente) ;
- –. erreurs d’adaptation de doses d’insuline ;
- –. ration glucidique insuffisante au cours d’un repas ou
prise d’alcool en dehors des repas ;
- –. exercice intense, prolongé, inhabituel sans
adaptation de l’insulinothérapie et/ou de
l’alimentation ;
- –. injection d’insuline dans une zone de
lipodystrophie.
A niveau glycémique égal, les analogues de l’insuline, qu’ils
soient rapides ou lents, s’associent à moins d’hypoglycémies que
l’insuline. Dans le cas de notre patient, l’absence de
circonstances favorisantes évidentes pour les hypoglycémies
répétées et le traitement par analogues, nous a amené à explorer
l’hypothèse d’une prise masquée d’insuline en dosant les
concentrations d’insuline et de C-peptide. À noter que les
prélèvements doivent être réalisés, dans la mesure du possible, au
moment de l’épisode hypoglycémique et avant le resucrage. La
littérature indique qu’une hypoglycémie en présence d’une
concentration d’insuline élevée mais de C-peptide indétectable
suggère son caractère factice et un apport incontrôlé d’insuline
[7, 8]. Ce profil n’est cependant identifiable qu’avec des
techniques de dosage qui reconnaissent l’insuline et ses analogues.
La discussion avec les biologistes de ces possibilités de
reconnaissance est donc importante. La mise en évidence des
injections masquées reste pourtant difficile car les patients
concernés sont très souvent dans le déni. Dans notre cas, c’est la
découverte du stylo entamé de Novomix dans les affaires du patient,
puis ses aveux, qui ont confirmé les auto-injections masquées. Ce
type de situation nécessite une prise en charge psychiatrique
adaptée.
Conclusion
Les hypoglycémies représentent un risque connu chez le patient
diabétique sous insulinothérapie, mais leur répétition doit être
explorée pour identifier et corriger la cause. Lorsque celle-ci
n’est pas évidente, les dosages d’insuline et de C-peptide,
contemporains de l’épisode hypoglycémique sont nécessaires et
peuvent orienter vers une prise masquée d’insuline. Cependant, les
différentes techniques d’immunodosage de l’insuline humaine n’en
reconnaissent pas toutes de la même manière les analogues. Il
convient que les biologistes et les cliniciens identifient le
statut de la technique utilisée en routine et confrontent les
données cliniques et biologiques car la confirmation d’une
hypoglycémie factice par auto-injection reste difficile.
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
1. De Meyts P. Insulin and its receptor : structure,
function and evolution. Bioessays 2004 ; 12 :
1351-62.
2. Agin A, Sapin R. Analogues et dosages
d’insuline : le cas général et le cas particulier de la
glargine. Médecine nucléaire 2010 ; 34 :
571-82.
3. Hirsch IB. Insulin analogues. N Engl J Med
2005 ; 352 : 174-83.
4. Marcovina S, Bowsher RR, Miller WG, Staten M, Myers G,
Caudill SP, et al. Insulin Standardization Workgroup.
Standardization of insulin immunoassays : report of the
American Diabetes Association Workgroup. Clin Chem
2007 ; 53 : 711-6.
5. Owen EW, Roberts WL. Cross-reactivity of three
recombinant insulin analogs with five commercial insulin
immunoassays, Clin Chem 2004 ; 50 : 257-9.
6. Nourrisson C, Batisse M, Sapin V, Bouvier D.
Pseudo-hypoglycémie et hyperleucocytose : à propos d’un cas.
Ann Biol Clin 2010 ; 68 : 490-4.
7. Grenn RP, Hollander AS, Thevis M, Thomas A, Dietzen
DJ. Detection of surreptitious administration of analog insulin to
an 8-week-old infant. Pediatrics 2010 ; 125 :
e1236-45.
8. Giurgea I, Ulinski T, Touati G, Sempoux C, Mochel F,
Brunelle F, et al. Factitious hyperinsulinism leading to
pancreatectomy : severe forms of Munchausen syndrome by proxy.
Pediatrics 2005 ; 116 : e145-8.
|