ARTICLE
abc.2012.0685
Auteur(s) : Alban Godon, Franck Genevieve, Anne
Marteau-Tessier, Marc Zandecki MaZandecki@chu-angers.fr
Laboratoire d’hématologie, Centre hospitalier universitaire
d’Angers, Angers
Tirés à part : M. Zandecki
Les automates d’hématologie cellulaire (AHC) déterminent
simultanément, à partir d’un même canal, le nombre des globules
rouges (GR), le volume globulaire moyen (VGM) et la numération des
plaquettes (PLT). L’hématocrite (Ht) est soit calculé à partir du
produit du nombre des GR par le VGM, soit mesuré à partir de la
somme des volumes individuels des GR qui traversent l’orifice en un
temps donné (ce qui correspond à un volume précis). Les indices
érythrocytaires, utiles à la démarche diagnostique des anémies,
doivent également être considérés comme les premiers messages
d’alerte pour détecter une erreur de détermination du nombre des
GR, du VGM et/ou de l’hémoglobine (Hb). Notamment, la concentration
corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH) est calculée à partir
de trois paramètres mesurés, et une anomalie de mesure de l’un
d’entre eux va générer une CCMH anormale : cet indice doit
donc être particulièrement surveillé avant la validation technique
de l’hémogramme, des valeurs trop hautes ou trop basses pouvant
être le signe d’une anomalie de mesure autant que d’une pathologie
précise [1, 2]. La numération des réticulocytes est
aujourd’hui incluse parmi les analyses réalisées par plusieurs AHC,
soit sous forme d’une technique semi-automatisée (dilution et
coloration manuelle puis analyse de la coloration par l’AHC) soit
totalement automatisée : différents écueils et causes
d’erreurs existent également pour ce paramètre et doivent être
connus.
Perturbation de la mesure de l’hémoglobine
La concentration en Hb du sang est mesurée après dilution et
lyse des GR (hypotonie, pH bas, addition d’agents accélérant la
lyse), et en présence de détergents non ioniques qui diminuent la
turbidité liée aux membranes cellulaires et aux lipides
plasmatiques. La mesure est spectrophotométrique, utilisant soit
une modification de la technique à la cyanmethémoglobine soit
divers agents dépourvus de cyanure tels que le laurylsulfate de
sodium ou l’imidazole. Les AHC analysant les GR par une technique
de diffraction optique mesurent également directement la quantité
(ou la concentration) en Hb de chaque GR : divers indices sont
alors proposés, tels que la concentration hémoglobinique
corpusculaire moyenne (CHCM), superposable chez le sujet sain de la
CCMH calculée (Siemens, Abbott), ou la teneur individuelle en
hémoglobine des GR (Sysmex). Les principales situations perturbant
la mesure de l’hémoglobine sont reprises dans le tableau 1.
Tableau 1 Principales situations conduisant à une erreur
de détermination de l’hémoglobine ou de la numération
érythrocytaire.
| Anomalies de mesure de l’hémoglobine totale |
Anomalies d’autres paramètres de l’hémogramme |
| Fausse augmentation |
|
| Lipides |
Augmentation de la No des leucocytes,
des plaquettes, et de la CCMH |
| Grandes hyperleucocytoses |
Augmentation de la No des GR,
diminution de la CCMH |
| Immunoglobulines (et cryoglobulines) |
Augmentation de la No des leucocytes,
ou augmentation de la No des PLT, et augmentation de la
CCMH |
| Hémolyse in vitro |
Augmentation de la CCMH, diminution de la
No des GR |
| Carboxyhémoglobine (forte quantité) |
|
| Bilirubine ( > 250-300 mg/L) |
Augmentation de la CCMH |
| Fausse diminution |
|
| Circonstances préanalytiques liées à
l’échantillon : coagulation, remplissage excessif du tube |
|
| Ponction à proximité d’une perfusion |
Si perfusion glucosée : augmentation du VGM
et diminution de la CCMH |
| Sulfhémoglobine |
|
| Numération érythrocytaire |
|
| Fausse augmentation |
|
| Grandes hyperleucocytoses |
Augmentation du VGM, de l’Hb et augmentation ou
diminution de la CCMH (variable selon les automates) |
| Plaquettes géantes (anecdotique) |
Diminution de la No des PLT |
| Fausse diminution |
|
| Agglutinines froides |
Augmentation du VGM et de la CCMH |
| Agglutinines chaudes (quelques cas) |
Augmentation du VGM et de la CCMH (parfois) |
| Microcytes, schizocytes |
Augmentation de la No des PLT |
| Cryoglobulines : si aspiration
insuffisante |
Diminution du VGM, de la No des PLT et
de la No des leucocytes |
|
| (remarque : le plus souvent les
cryoglobulines augmentent la No des leucocytes et des
PLT) |
| Hémolyse in vitro |
Augmentation d’Hb et de la CCMH |
| Coagulation dans l’échantillon de sang |
Diminution de tous les paramètres mesurés |
Les lipides et l’hyperchylomicronémie
L’hyperlipémie peut induire, outre une numération erronée des
PLT et des leucocytes, une turbidité excessive dans les cuves de
lecture de l’Hb [3]. Ce phénomène s’observe principalement avec des
échantillons de sang prélevés après un repas riche en lipides, et
parfois chez des patients présentant une hypertriglycéridémie
sévère constitutionnelle ou acquise [4], ou qui reçoivent des
perfusions intraveineuses d’émulsions lipidiques
[3, 5, 6]. Parmi les diverses hyperlipémies, des erreurs
sont observées chez les patients ayant au moins 20 g/L de
triglycérides (hyperlipoprotéinémies de type I et une partie des
types V) [7]. Tous les AHC, même les plus récents, sont sensibles à
l’hyperlipémie, bien qu’à des degrés variables. Par exemple, les
AHC Cell Dyn 4000 et Sapphire (Abbott) proposent des valeurs
vraies de l’Hb jusqu’à des concentrations sériques de 13 g/L de
triglycérides et 9 g/L de cholestérol, et deviennent
progressivement sensibles à l’hyperlipémie au-delà.
On suspecte ce type d’interférence quand la CCMH
est > 36 g/dL, et/ou quand il existe une image anormale sur
l’histogramme biparamétrique de la formule leucocytaire : les
particules lipidiques peuvent en effet apparaître sous forme d’un
nuage de points, revêtant des aspects variables selon les AHC (figure 1). Les
AHC qui utilisent la méthode de mesure par diffraction optique
proposent souvent une mesure de l’Hb intraérythrocytaire (CHCM),
qui permet d’obtenir par calcul la valeur de l’Hb sanguine (Siemens
Advia, Sysmex). Sinon, différentes méthodes ont été proposées pour
retrouver la valeur approximative de l’Hb de l’échantillon, mais
sont à éviter : remplacement isovolumétrique du plasma par un
diluant iso-osmotique ou extraction à l’éther des lipides. Un
calcul approximatif de la valeur de l’Hb à partir de la valeur de
l’Ht centrifugé est utilisable en situation d’urgence
(3 unités d’Ht correspondent approximativement à 1 g/dL
d’Hb).
Bien qu’un excès de lipides soit surtout rapporté comme
augmentant faussement la valeur de l’Hb, une valeur anormalement
diminuée a été rapportée dans un cas [8].
Les grandes hyperleucocytoses
Un nombre élevé de leucocytes insuffisamment détruits par les
agents d’hémolyse et les détergents peut provoquer une turbidité
excessive dans la cuve de mesure de l’Hb et en perturber la
mesure : il n’y a pas de seuil clairement défini, mais en
pratique il faut être prudent quand l’hyperleucocytose dépasse 50 à
100 G/L [1-3]. Certains AHC définissent un seuil à 250 G/L, alors
que d’autres sont insensibles à l’hyperleucocytose du fait de
l’addition d’un mélange particulier d’agents lytiques et de
détergents avant la mesure de l’Hb (Sysmex).
Il n’y a pas d’alarme spécifique, quoique certains AHC signalent
la possibilité d’une turbidité excessive dans la cuve d’Hb, et
c’est surtout l’existence d’une CCMH anormalement haute dans un
contexte d’hyperleucocytose qui doit faire évoquer l’anomalie [9].
La CHCM proposée par les AHC utilisant la diffraction optique
permet d’obtenir la vraie valeur de l’Hb. La dilution du
prélèvement sanguin permet parfois de minimiser l’interférence,
mais doit être utilisée avec précautions ; les méthodes de
déleucocytation par centrifugation ménagée et échange de plasma
riche en leucocytes avec du diluant sont sujettes à des erreurs
ultérieures sur la mesure des autres paramètres de l’hémogramme. La
numération des GR peut également être perturbée au cours des
grandes hyperleucocytoses (voir plus loin), rendant les indices
érythrocytaires calculés suspects : la mesure de l’Ht par
centrifugation puis une approximation constitue l’alternative dans
les cas extrêmes.
Les immunoglobulines
L’excès d’immunoglobulines (Ig) interfère dans la détermination
de divers examens biologiques [10, 11]. Une fausse
augmentation de l’Hb a été décrite chez des patients présentant une
macroglobulinémie de Waldenström avec IgM et dans le myélome
multiple avec IgA ou IgG [10-12]. Les Ig en quantité élevée
interagissent avec les réactifs de la solution de lyse : pour
les IgM ce phénomène est clairement relié à une quantité élevée de
forme monomère dans le sang circulant [13]. Les AHC utilisant la
technique à la cyanmethémoglobine semblent être plus fréquemment
affectés, sans doute parce que les méthodes sans cyanure
surajoutent divers surfactants.
Ici, la CCMH est habituellement supérieure à 36 g/dL par une
surestimation de l’Hb, alors que l’Ht de l’AHC n’est pas perturbé.
Afin d’obtenir des résultats plus exacts, il a été proposé de
déterminer “l’Hb plasmatique” après centrifugation de
l’échantillon, qui donne la turbidité liée à la paraprotéine, puis
de retirer ce résultat de l’Hb mesurée à partir du sang total [10].
Pour certains AHC (Sysmex), il semble que ce phénomène ne survienne
plus si l’échantillon est dilué de moitié par le technicien avant
analyse. Pour les AHC proposant une CHCM mesurée (technique de
diffraction optique), la discordance avec la CCMH calculée génère
une alarme : la valeur vraie de l’Hb peut être obtenue à
partir de la CHCM (Siemens, Sysmex).
Les cryoglobulines
Une fausse augmentation de l’Hb a été rapportée dans quelques
cas, correspondant soit à un mécanisme similaire à celui de la
présence de grandes quantités d’Ig (décrit ci-dessus) [1] soit à la
perturbation de la transmission lumineuse [14]. Dans d’autres cas
ce sont des anomalies de flux liées à l’hyperviscosité au sein de
l’AHC (gélification partielle de l’échantillon produisant un aspect
proche de celui d’un sang coagulé) qui provoquent une diminution à
la fois de l’Hb et de la numération des GR [14]. Cependant la
perturbation de la mesure de l’Hb liée à la présence d’une
cryoglobulinémie reste une situation rare.
Hémolyse
L’Hb libre plasmatique est mesurée en même temps que celle
contenue dans les GR, mais en conditions normales cette quantité
est négligeable et ne provoque aucune interférence de dosage.
Cependant, dans les hémolyses intravasculaires majeures liées à des
toxiques, en rapport avec des valves cardiaques ou
post-transfusionnelles, l’Hb libre plasmatique peut être
suffisamment élevée pour perturber la mesure de l’Hb totale,
entraînant parfois une CCMH > 36 g/dL. Les AHC qui déterminent
la CHCM (diffraction optique) permettent d’obtenir la vraie valeur
de l’Hb (Siemens, Sysmex). Dans les grandes hémolyses il faut en
outre réaliser l’analyse rapidement après le prélèvement, car
celle-ci peut se poursuivre in vitro, entraînant une
appréciation faussée de l’Hb libre plasmatique mais aussi une
fausse diminution du nombre des GR et de l’Hb.
La structure chimique de l’hémoglobine, et la bilirubine
En situation normale, l’Hb est soit couplée à l’oxygène, soit au
dioxyde de carbone, et les pics optimaux d’absorption lumineuse de
l’Hb diffèrent légèrement : l’utilisation de divers réactifs
(ferricyanure, laurylsulfate), qui transforment toutes les formes
de couplage de l’Hb en une molécule unique de pic d’absorption
lumineuse étroit, permet d’obtenir une valeur très exacte de l’Hb
sanguine. Cependant, quand il existe une forte quantité de monoxyde
de carbone, le complexe Hb-monoxyde de carbone se transforme plus
lentement sous l’influence des réactifs, ce qui peut induire une
fausse augmentation de la valeur de l’Hb [1, 15]. À l’opposé,
la sulfhémoglobine en grande quantité a été rapportée comme
diminuant la valeur de l’Hb [1]. En pratique, de telles anomalies
ne s’observent qu’au cours de situations extrêmes d’intoxication au
monoxyde de carbone ou d’anémies hémolytiques toxiques. Concernant
la bilirubine, bien qu’il faille par principe être prudent quand il
en existe de grandes quantités dans le plasma, on n’observe pas
d’interférence sur la plupart des AHC, au moins pour des
concentrations allant jusqu’à 400 μmol/L.
Perturbation de la numération des GR et des paramètres
érythrocytaires
De telles anomalies sont observées de manière variable selon la
technologie utilisée par les AHC (voir pour chaque AHC son
« guide d’utilisation »). Avec la technique par impédance, un
aliquot de sang est dilué par un réactif iso-osmotique, et les
impulsions électriques générées par les GR traversant l’orifice de
comptage permettent de déterminer à la fois le nombre et le volume
des GR. Par les techniques de diffraction optique à au moins deux
angles on détermine également le nombre de GR et leur volume moyen
(VGM). Afin d’améliorer la précision de mesure, certains AHC
effectuent un prétraitement des GR par un réactif spécifique qui
les transforme de manière isovolumétrique en une sphère (Siemens,
Abbott). Les PLT et les GR sont énumérés sur un même canal :
la discrimination entre GR de taille réduite et PLT de grande
taille, basée sur le volume et/ou l’indice de diffraction, est
parfois délicate et a été discutée préalablement (voir partie
1 de ce travail). À l’inverse, même dans les
situations extrêmes de la pathologie humaine le VGM ne dépasse pas
150-160 fL, et selon les AHC le seuil supérieur d’analyse des
particules dans le canal érythrocytaire est limité (à 250-360 fL
selon les AHC). Les principales situations perturbant la numération
des GR sont reprises dans le tableau
1.
Numération des GR faussement augmentée
Les grandes hyperleucocytoses
Quand les AHC énumèrent les GR par impédancemétrie, le décompte
réalisé dans le canal « GR et PLT » inclut en réalité les
GR et une partie des leucocytes. En situation physiologique la
surestimation de la numération des GR ne dépasse pas 0,1 % (en
considérant un nombre de leucocytes de 5 G/L et un nombre de GR de
5 T/L). Cependant, de grandes hyperleucocytoses (> 100 G/L)
peuvent induire une modification significative de la numération
érythrocytaire, particulièrement si le patient est anémique [16].
Selon les AHC, la plage de mesure des GR varie (40 à 250 fL ou 36 à
360 fL), et les leucocytes seront inclus ou non dans le nombre des
GR en fonction de leur volume. Ceci est particulièrement vrai dans
la leucémie lymphoïde chronique ou dans la phase de dissémination
des lymphomes à petites cellules, car les cellules anormales ont un
volume faible (150-200 fL). L’histogramme des volumes des GR montre
la présence d’une seconde population cellulaire, de plus grand
volume (figure
2). Le VGM rendu est plus ou moins faussé car il correspond
à la moyenne des volumes des GR et des leucocytes (voir plus loin).
Cette erreur de numération des GR est observée également avec la
technique par diffraction optique, mais plus ou moins nettement
selon les AHC.
Quand l’hyperleucocytose dépasse 100 G/L, l’alarme ou l’aspect
particulier de l’histogramme des GR (évocateur d’une « double
population de GR ») aident à repérer l’anomalie. La CCMH est
parfois anormale, mais soit augmentée soit diminuée selon
l’importance des perturbations respectives du nombre des GR et de
la mesure du VGM. Il faut prendre en compte que la valeur de l’Hb
est aussi parfois faussée par l’hyperleucocytose. En pratique,
quand la CCMH et le VGM se situent encore dans les zones de
normalité et que l’histogramme des GR est normal, il n’est pas
utile de réaliser de calculs correctifs. Si une deuxième population
cellulaire est présente sur l’histogramme des volumes des GR, et
que la CCMH est < 31-32 g/dL, on peut alors calculer le nombre
réel de GR en lui retirant celui du nombre des leucocytes. Il
faudra ensuite recalculer l’Ht et vérifier que la CCMH retrouve des
valeurs proches de la normale pour valider les nouveaux résultats.
Mais le VGM peut être également faussé, ce qui limite la portée des
calculs correctifs. Utiliser le résultat de l’Ht obtenu après
centrifugation permet de déterminer au moins approximativement
quelles corrections apporter. Le VGM peut être apprécié à la valeur
modale du pic majoritaire de l’histogramme des volumes
érythrocytaires. Certains AHC proposent le volume moyen de chaque
pic cellulaire en cas de « double population » clairement
identifiée sur l’histogramme des GR, ce qui permet de corriger le
VGM (Sysmex). Enfin, quand cela est possible, il ne faut pas
oublier de vérifier l’Hb à partir de la mesure directe dans les GR,
comme le proposent les AHC utilisant la diffraction optique (voir
ci-dessus).
Les plaquettes géantes
Des PLT géantes peuvent présenter un volume supérieur à celui du
seuil discriminant PLT-GR, ne pas être incluses dans la numération
des PLT et être alors énumérées parmi les GR. Dans cette situation,
la perturbation de la numération des GR reste très modérée et en
pratique elle est négligée [1, 16].
Numération des GR faussement diminuée
Les agglutinines froides
Les agglutinines froides agrègent les GR entre eux quand la
température est inférieure à 37 ̊C : de ce fait, des
anomalies de détermination des paramètres érythrocytaires sont
presque constantes avec les AHC fonctionnant à température du
laboratoire [17]. Les GR isolés et les petits agglutinats de deux
ou trois GR sont analysés dans le canal
« érythrocytes » et énumérés chaque fois comme une
seule particule. Les agglutinats érythrocytaires plus volumineux
sont négligés par les AHC, au-delà du seuil maximum de mesure
(250 à 360 fL selon les AHC). La numération des GR est ainsi
sous-estimée et le VGM surestimé. L’Ht, qu’il soit calculé (nombre
de GR x VGM) ou mesuré, est également sous-estimé. En revanche
l’Hb, mesurée après lyse des GR, n’est pas affectée par la présence
d’agglutinines : la CCMH calculée est élevée, dépassant
parfois 150 g/dL quand l’Ht est très effondré.
L’association particulière d’une numération des GR basse, avec
un VGM élevé et une CCMH > 36 g/dL est quasi pathognomonique de
l’interférence liée à une agglutinine froide, et il n’est pas rare
que ce type de perturbation soit à l’origine de la découverte de
cette agglutinine [18]. Les AHC qui utilisent des réactifs à
température proche de 37 ̊C sont moins sensibles à ce
phénomène, mais quand le titre de l’agglutinine est élevé des
modifications de la numération globulaire apparaissent cependant,
provoquant une augmentation discrète du VGM, difficile à détecter
car la CCMH demeure à la limite supérieure des valeurs normales
[19]. En revanche, même en cas de titre très élevé d’agglutinine,
la CHCM mesurée par diffraction optique est le plus souvent proche
de la réalité et l’Hb ainsi obtenue n’est pas perturbée. Les
anomalies observées disparaissent quand l’échantillon est réchauffé
au bain-marie à 37 ̊C pendant une à deux heures puis réanalysé
rapidement. L’amplification des anomalies sur un aliquot
préalablement placé pendant une heure à 4 ̊C renforce le
diagnostic (figure
3). Une alternative consiste en la centrifugation de
l’échantillon et le remplacement iso-volumétrique du plasma par du
diluant isoosmotique, puis l’homogénéisation et l’incubation à
37 ̊C préalables à l’analyse. Dans de rares cas le titre de
l’agglutinine est si élevé que la normalisation de l’hémogramme ne
peut pas être obtenue après réchauffage à 37 ̊C, nécessitant
alors un nouveau prélèvement réalisé et maintenu à 37 ̊C
jusqu’à l’analyse. La viscosité de l’échantillon peut être très
élevée et conduire à une aspiration insuffisante, générant une
alarme liée à ce type d’anomalie (« échantillon
insuffisant », « aspiration insuffisante », ou un
message apparenté). La coexistence d’une agglutination des GR avec
une thrombopénie induite par l’EDTA a été rapportée, mais les
anticorps dirigés contre les GR et ceux dirigés contre les PLT
étaient différents [20].
Anémies hémolytiques à anticorps chauds
Quelques cas d’agglutination des GR en présence d’autoanticorps
chauds ont également été rapportés, conduisant à de faux résultats
de la numération érythrocytaire et du VGM, comme dans le cas des
agglutinines froides, mais avec une absence de correction de
l’anomalie après réchauffage à 37 ̊C [21].
Les microcytes et schizocytes et leur séparation d’avec les
plaquettes
La numération des PLT peut être perturbée par les GR
microcytaires, notamment si leur taille est < 36-40 fL,
induisant une possible surestimation de leur nombre (voir partie
1 consacrée aux plaquettes). Cependant certains AHC ne
comptent pas les particules érythrocytaires en deçà du seuil
discriminant parmi les GR et PLT : une sous-estimation de la
numération des GR peut alors être observée, bien qu’elle reste
limitée, ne dépassant pas 5 à 6 % [22].
Les cryoglobulines
Comme déjà mentionné, une petite diminution portant à la fois
sur l’Hb et sur la numération des GR a été rapportée dans quelques
cas, reliée à une anomalie de flux, avec un message correspondant à
une aspiration insuffisante ou à un prélèvement coagulé
[1, 14].
Problèmes liés à la qualité de l’échantillon
La coagulation ou une homogénéisation insuffisante par
remplissage excessif du tube sanguin [23] peuvent conduire à
l’aspiration d’un aliquot non représentatif de l’échantillon. Les
agglutinines froides (comme parfois les cryoglobulines) peuvent
rendre l’échantillon sanguin très visqueux, et induire une
aspiration insuffisante (message d’alarme signalé par divers AHC).
Quand il n’a été possible d’obtenir que très peu de sang capillaire
ou veineux, et que le recueil a été réalisé dans un tube de volume
normal contenant de l’EDTA-K3 sous forme liquide, une petite
dilution peut s’observer (nourrisson prélevé avec un tube pour
adulte).
Hémolyse in vitro
Dans certaines situations, notamment dans les hémolyses
post-transfusionnelles ou toxiques, les GR peuvent continuer à se
lyser dans le tube de sang et conduisent à une numération
anormalement diminuée. Il en est de même pour la mesure de l’Hb et
des indices érythrocytaires (voir « mesure de
l’Hb »).
Volume globulaire moyen et hématocrite
Une erreur d’appréciation du volume globulaire moyen (VGM) et/ou
de la numération des GR peu(ven)t induire secondairement une erreur
de l’hématocrite (Ht) (habituellement calculé par les AHC). De
manière systématique, quand on suspecte une anomalie de mesure du
VGM, de la numération des GR et/ou de l’Ht, il faut vérifier la
validité des deux autres paramètres considérés. Les principales
situations perturbant la mesure du VGM sont reprises dans le tableau 2.
Tableau 2 Principales situations conduisant à une erreur
de détermination du volume globulaire moyen ou de la concentration
corpusculaire moyenne en hémoglobine.
| Volume globulaire moyen (VGM) |
Anomalies d’autres paramètres de l’hémogramme |
| Fausse augmentation |
|
| Agglutinines froides, agglutinines chaudes |
Diminution de la No des GR et parfois
de la No des PLT, augmentation de la CCMH |
| Grandes hyperleucocytoses |
Augmentation de la No des GR,
augmentation ou diminution de la CCMH |
| Grandes hyperglycémies (ou ponction proche d’une
perfusion glucosée) |
Diminution de la CCMH (en plus si
perfusion = dilution de l’échantillon) |
| Excès d’EDTA K2 |
Diminution de la CCMH |
| Hypernatrémie |
Diminution de la CCMH |
| Sang vieilli (> 3 jours) |
Diminution de la CCMH |
| Fausse diminution |
|
| Hyponatrémie |
Augmentation de la CCMH |
| Technique de mesure : impédance sans
focalisation hydrodynamique et anémies hypochromes |
CCMH subnormale au lieu d’être diminuée |
| Concentration corpusculaire moyenne en
hémoglobine (CCMH) |
|
| Supérieure à 36 g/dL |
|
| (hyperchromie « vraie » : voir
texte) |
|
| Agglutinines froides, agglutinines chaudes |
Augmentation du VGM, diminution de la
No des GR |
| Lipides |
Augmentation de la No des leucocytes et
de l’Hb |
| Grandes hyperleucocytoses |
Augmentation de l’Hb (parfois) |
| Immunoglobulines (et cryoglobulines) |
Augmentation de l’Hb |
| Hémolyse in vivo et in vitro |
Modifications de l’Hte |
| Carboxyhémoglobine (> 20 %) |
|
| Bilirubine (> 250-300 mg/L) |
|
| Médicaments immunosuppresseurs |
Augmentation du VGM |
| Inférieure à 32 g/dL |
|
| Hyperglycémie (ou ponction proche d’une perfusion
glucosée) |
Augmentation du VGM (et dilution si ponction à
proximité d’une perfusion) |
| Grandes hyperleucocytoses |
Augmentation de la No des GR (variable
selon les automates) et de l’Hb (variable selon les automates) |
| Sang vieilli |
Augmentation du VGM |
VGM et agglutinines froides (et anticorps chauds)
Comme signalé au chapitre précédent, on observe une augmentation
du VGM (plus nette quand les AHC utilisent des réactifs à
température du laboratoire) et de la CCMH et une baisse de la
numération des GR, alors que la mesure de l’Hb n’est pas perturbée.
Certains AHC « mesurent » l’Ht en faisant la somme des
volumes des particules analysées dans le canal GR en un temps et un
volume donnés : ce résultat est également faussé en présence
d’agglutinines froides car les agglutinats de gros volume sont
négligés (Sysmex).
VGM et grandes hyperleucocytoses
Comme mentionné ci-dessus, le décompte réalisé dans le canal
« GR et PLT » inclut en réalité les GR, mais également
une partie des leucocytes (variable selon l’AHC), et le VGM affiché
devient alors la moyenne du volume des GR et de celui des
leucocytes. Au cours des grandes hyperleucocytoses, surtout
associées à une anémie sévère et donc peu de GR, la mesure du VGM
est plus nettement faussée : une augmentation pouvant
atteindre 15-20 fL peut être observée dans certaines circonstances
[16]. Les AHC qui calculent le VGM à partir de l’Ht et de la
numération des GR sont eux aussi sensibles aux
hyperleucocytoses > 100 G/L. Une perturbation de l’Hb et de la
numération des GR est également à envisager : les approches
correctives sont discutées dans le chapitre précédent.
Variation du VGM en fonction de la technologie de mesure
Lors de la mesure par impédance, les GR discoïdes s’étirent
(ellipses) lorsqu’ils sont aspirés au travers de l’orifice de
mesure : cette élongation est en outre plus prononcée pour les
particules qui passent en périphérie de l’orifice que pour celles
qui passent à la partie centrale. Ce phénomène s’accentue
particulièrement au cours des anémies hypochromes, lorsque la
concentration en Hb des GR est faible : le VGM peut ainsi être
exagérément diminué de 5 à 7 fL [24, 25]. Ceci conduit à une
diminution de l’Ht, et par voie de conséquence à une erreur de la
CCMH : cette dernière demeure faussement « normale »
ou est à peine diminuée, sous-estimant l’hypochromie dans de telles
situations [24, 25]. Des modifications techniques de la mesure
par impédance, comme une chambre de mesure mieux adaptée (Beckman
Horiba) ou la focalisation hydrodynamique qui dirige le flux des GR
au centre de l’orifice (Sysmex), améliorent la précision de mesure.
Avec la diffraction optique, la nécessité d’une sphérisation
isovolumétrique préalable à l’analyse évite cet écueil. Pour les
AHC qui utilisent la technique de mesure par impédance et
« mesurent » l’Ht en additionnant les volumes individuels
des GR analysés dans un volume et un temps donnés (le VGM est alors
le paramètre calculé), la valeur de l’Ht est également faussée.
Hyperglycémie sévère
Le VGM peut être artificiellement augmenté lorsque l’échantillon
sanguin contient des taux élevés de glucose (hyperglycémie sévère)
[26-28], ou lorsque le prélèvement a été réalisé à proximité d’une
perfusion de soluté glucosé. Dans ce dernier cas le prélèvement est
en plus dilué, conduisant à une pseudo-anémie macrocytaire ou à une
accentuation de l’anémie préexistante [28, 29]. Dans les deux
cas, l’« augmentation » du VGM est directement liée à la
quantité de glucose intra-érythrocytaire, en équilibre avec le
glucose plasmatique. Dans les AHC, dès les premières secondes
suivant la dilution du sang, de l’eau pénètre dans les GR riches en
glucose, ce qui provoque leur gonflement. Le retour à la taille
normale se réalise ensuite progressivement, et est complet après
deux à cinq minutes [29]. Le VGM augmente de manière variable selon
les AHC : une petite augmentation peut apparaître avec des
concentrations en glucose supérieures à 20 mmol/L, et tous les AHC
sont perturbés avec des concentrations dépassant 35 mmol/L. Le VGM
peut être faussement augmenté de 30-50 fL [29]. Les AHC utilisant
la sphérisation isovolumétrique sont particulièrement sensibles à
l’hyperglycémie, car la stabilisation du volume des GR survient
dans les secondes qui suivent la dilution, au moment où le
gonflement est à son maximum [28, 29]. L’augmentation du VGM
augmente artificiellement l’Ht, et la CCMH est faussement diminuée.
La découverte d’une macrocytose hypochrome doit faire évoquer en
premier lieu un échantillon hyperglycémique (figure 4). Des
messages d’alerte aspécifiques (« macrocytose »,
« hypochromie », « anémie ») sont visualisés.
Chez le patient diabétique, la numération des GR et la valeur de
l’Hb ne sont pas affectées : comme l’Ht centrifugé n’est pas
modifié, il permet le calcul du VGM réel. La CHCM (mesure de l’Hb
au sein de chaque GR), a parfois été rapportée comme également
faussée.
Influence de l’anticoagulant
L’utilisation des anticoagulants EDTA-K2 ou
K3 n’interfère pas avec la numération des GR lorsque les tubes
sont remplis de manière optimale. Cependant, quand la quantité de
sang est insuffisante dans le tube (ponction difficile,
nouveau-nés), la concentration en anticoagulant est
proportionnellement augmentée, et des modifications peuvent être
observées. Une concentration excessive en EDTA-K2 conduit à
une petite augmentation du VGM sur divers types d’AHC [30]. L’excès
d’EDTA-K3 n’influence ni le VGM ni l’Ht des AHC, à l’opposé de
ce que l’on observe avec l’Ht centrifugé qui diminue
artificiellement par contraction des GR [30, 31].
Hyper- et hyponatrémie
En cas d’hypernatrémie on observe une tendance à la macrocytose
et à l’hypochromie des GR, tandis que l’hyponatrémie entraîne une
tendance microcytaire et hyperchrome [1, 32]. De telles
situations ont également été rapportées chez les animaux [32].
L’hyper- et l’hyponatrémie sont également des situations qui
peuvent induire des erreurs de l’Ht centrifugé [1].
Conservation des échantillons et son influence sur le VGM
L’EDTA utilisé comme anticoagulant permet une détermination
exacte des divers paramètres de la numération globulaire jusqu’à
24 heures après le prélèvement. Après cette date, le VGM peut
augmenter, notamment si l’échantillon est stocké à température du
laboratoire. Les modifications sont signalées comme étant
discrètes, de l’ordre de 1,5 % après 24 heures et 4 %
après 48 heures, le stockage prolongé au-delà de 3 jours
pouvant parfois masquer une microcytose modérée [33, 34]. La
numération érythrocytaire et l’Hb étant relativement stables dans
la même période, la CCMH diminue avec le temps [33, 34].
Cependant certains auteurs signalent des variations plus
importantes du VGM, pouvant atteindre 9 % après 24 heures et
16 % après 48 heures, et ce sur plusieurs types d’AHC
[35].
Concentration corpusculaire moyenne en Hb (CCMH)
Elle correspond au rapport entre la quantité d’Hb et l’Ht, et
reflète la concentration en Hb au sein des GR, définissant la
normo-, l’hypo- ou l’hyperchromie. Avec la mesure par diffraction
optique, certains AHC déterminent directement la concentration en
Hb au sein de chaque GR (CHCM) : cet indice est comparé à la
CCMH calculée, et un message d’alerte est généré lorsque la
différence dépasse un seuil (habituellement 1,9 g/dL) (Siemens,
Abbott). Cette discordance correspond habituellement à une anomalie
dans la détermination de l’un des paramètres mesurés que sont l’Hb,
la numération des GR et/ou le VGM, ou l’Ht. Les principales
situations perturbant la valeur de la CCMH sont reprises dans le tableau 2.
L’hyperchromie vraie (CCMH > 36 g/dL)
Observée dans certaines situations pathologiques, elle est
rarement révélée avec la technique de mesure par impédance, mais
plus souvent par diffraction optique : la CCMH peut atteindre
ou dépasser 41 g/dL. De telles valeurs caractérisent des
pathologies constitutionnelles au cours desquelles les GR sont
déshydratés, comme la sphérocytose héréditaire, diverses
hémoglobinoses (CC, SC, Cβ thalassémie), et la xérocytose.
Certaines anémies hémolytiques auto-immunes à anticorps chauds
peuvent également présenter une CCMH augmentée après analyse par
diffraction optique.
CCMH artificiellement augmentée
Une telle situation s’observe dans trois circonstances. Le plus
souvent il s’agit d’une fausse diminution de la numération des GR
liée à la présence d’agglutinines froides. Parfois il s’agit d’une
fausse augmentation de l’Hb mesurée : excès de lipides
plasmatiques ou d’immunoglobulines (et cryoglobulines), grandes
hyperleucocytoses (mais provoquant parfois aussi une CCMH
diminuée : voir plus loin), hémolyse in vivo et in
vitro, excès de carboxyhémoglobine (> 20 %) ou de
bilirubine (> 400 μmol/L). Enfin, bien que le mécanisme en
soit mal connu, certains médicaments immunosuppresseurs peuvent
légèrement augmenter la CCMH, mais habituellement pas au-delà de
37,5 g/dL [1]. Les diverses situations qui modifient la CCMH sont
reprises dans le tableau 2.
CCMH artificiellement diminuée
En pathologie, l’hypochromie s’observe surtout au cours des
anémies microcytaires, et plus rarement en association avec un VGM
normal. À l’opposé, une hypochromie associée à une macrocytose est
très inhabituelle en hématologie, et doit faire évoquer une erreur
de mesure suite à une hyperglycémie, vraie ou induite (ponction
veineuse proche d’une perfusion glucosée). Les grandes
hyperleucocytoses peuvent générer un ensemble d’anomalies
secondaires à l’inclusion de leucocytes dans l’analyse des GR, en
provoquant les anomalies de la numération érythrocytaire, du VGM et
de l’hématocrite, et en influant de manière variable sur la mesure
de l’hémoglobine. Ceci peut aboutir in fine à une baisse de
la CCMH. La conservation des échantillons sanguins influence la
mesure du VGM, qui a tendance à augmenter avec le temps, ce qui
augmente l’Ht et diminue la CCMH [33, 34].
Les réticulocytes
La numération des réticulocytes sanguins est une partie
essentielle du diagnostic et de la surveillance des patients
anémiques, et doit être considérée à l’heure actuelle comme faisant
partie de l’hémogramme. Si le décompte manuel par microscopie
optique reste une méthode classique, les méthodes automatisées
développées pendant les deux dernières décennies ont montré leur
exactitude et leur précision, à un coût inférieur du fait du faible
temps technique nécessaire. De plus, divers paramètres dérivés de
l’analyse des réticulocytes (volume, concentration individuelle en
hémoglobine, niveau de maturité), impossibles à obtenir par
microscopie optique, sont maintenant proposés par tous les AHC
récents à forte cadence d’analyse [36-42]. Initialement réalisée à
l’aide de cytofluoromètres en flux généralistes puis de cytomètres
en flux dédiés, la numération automatisée des réticulocytes est
maintenant incluse sous forme de technique soit semi-automatique
(dilution manuelle puis analyse par l’AHC) soit totalement
automatisée au sein de l’hémogramme [37-42]. L’ARN des
réticulocytes est coloré par le bleu de méthylène nouveau (certains
automates Abbott et Beckman) ou l’oxazine (Siemens), ou par un
colorant fluorescent qui peut être le thiazole orange (Horiba),
l’auramine O (Sysmex), le CD4K530 (Abbott) ou la coriphosphine
(Beckman). L’analyse est ensuite réalisée par cytométrie en flux
[41, 42]. Chaque étape de l’analyse est potentiellement
sujette à perturbations.
Le fenêtrage des réticulocytes
Il constitue une étape primordiale pour la détermination de
décomptes exacts, car les colorants utilisés réagissent également
avec l’ARN des PLT, et peuvent se combiner à l’ARN et l’ADN des
cellules nucléées. Les GR et les réticulocytes étant d’une part,
plus grands que les PLT et, d’autre part, plus petits que les
leucocytes, une séparation utilisant le critère de taille est
appliquée. Ce fenêtrage peut être rendu difficile si des composants
du sang ont une taille inhabituelle, et/ou contiennent de l’ARN ou
de l’ADN : PLT géantes ou amas plaquettaires, leucocytes
anormaux ou en nombre anormalement élevé, et grands fragments
leucocytaires sont les principales sources d’interférence
potentielle [40, 43]. Les érythroblastes ne sont pas inclus en
tant que tels parmi les réticulocytes mais peuvent cependant en
perturber la numération, vraisemblablement par le nombre élevé de
très jeunes réticulocytes présents en même temps que les
érythroblastes [40, 43, 44].
Le seuil de discrimination entre GR et réticulocytes
Un seuil plus ou moins fixe sépare ces deux populations,
déterminé par exemple à partir de la mesure de l’autofluorescence
des GR matures (Abbott). Des GR contenant du matériel coloré ou
fluorescent mais ne correspondant pas à des réticulocytes peuvent
perturber le positionnement de ce seuil : ce sont notamment
les GR contenant des corps de Howell-Jolly, des corps de
Pappenheimer ou des ponctuations basophiles. Cependant les AHC sont
plus ou moins sensibles à ce type d’interférence [40, 43-46].
Beaucoup plus rarement une interférence comparable aux précédentes
a été signalée en présence de corps de Heinz [40], d’inclusions
d’Hb H [40], d’un nombre élevé de sphérocytes [45] ou de
drépanocytes [45]. Les parasites intra-érythrocytaires (paludisme,
babésiose), bien qu’habituellement faiblement colorés par les
réactifs fluorescents, peuvent interférer avec la numération
automatisée, et des valeurs augmentées jusqu’à six fois par rapport
à valeur réelle ont été rapportées chez un patient dont 71 %
des GR étaient infectés par Plasmodium falciparum [47].
L’intensité de coloration ou de fluorescence des
réticulocytes
Elle peut être quantifiée au sein de chaque réticulocyte par la
plupart des AHC. Les réticulocytes les plus colorés (ou les plus
brillants) sont les plus riches en ARN et donc considérés comme les
plus jeunes : ceci a permis de définir de nouveaux indices, et
notamment la fraction immature des réticulocytes (Immature
Reticulocyte Fraction ou IRF) [39]. La présence d’un nombre élevé
de leucocytes (intensément colorés) peut induire une estimation
erronée des indices réticulocytaires, avec un parallélisme entre
l’importance de l’erreur et celle de l’hyperleucocytose [48]. À
l’opposé, les réticulocytes les plus matures ne contiennent que
quelques ponctuations colorées et peuvent être détectés de manière
insuffisante chez les nouveau-nés, peut-être du fait d’une
concentration trop faible en matière colorante dans certains
automates (Advia 120) [49]. Si la numération des réticulocytes est
stable 24 à 48 heures à température du laboratoire et 72 heures
à + 4 °C, la fraction immature des réticulocytes ne l’est que
pendant 8 heures à 4 °C et 6 heures à température du laboratoire
[16, 50].
Diverses autres situations ont été rapportées comme ayant
provoqué de manière occasionnelle une erreur dans la numération des
réticulocytes : présence d’agglutinats de GR en présence
d’agglutinines froides à titre élevé, auto-fluorescence des GR
(porphyries, prise de médicaments), présence de substances
fluorescentes intraveineuses à visée diagnostique, de fortes
quantités d’immunoglobulines, ou hémolyse intense [40, 43].
Les messages d’alerte de la numération des réticulocytes sont
habituellement générés lorsque l’une des anomalies mentionnées
ci-dessus est présente, incitant le technicien à porter une
attention particulière au résultat ou à réaliser une numération
microscopique. Cependant des exceptions et une absence de message
ont été rapportées avec les agglutinines froides ou la β
thalassémie majeure [43, 45].
Conclusion
L’utilisation des AHC a conduit à une amélioration majeure de la
qualité en hématologie cellulaire, avec des résultats rapides et
exacts dans une vaste majorité des cas. Les variables
préanalytiques liées aux conditions du prélèvement sanguin sont
sans doute à considérer aujourd’hui en premier lieu en cas d’erreur
de l’hémogramme. Les variables préanalytiques liées au patient ou à
sa maladie sont plus difficiles à maîtriser, et resteront l’un des
objets d’intérêt de l’hématologie automatisée. Les anomalies
analytiques intrinsèques à la technologie utilisée ont initialement
limité la qualité de certaines mesures : elles ont
progressivement conduit les fabricants à développer des
améliorations techniques, comme l’utilisation de la focalisation
hydrodynamique pour la mesure du VGM par impédance, ou la
sphérisation des GR avant analyse par diffraction optique, voire à
abandonner certains protocoles (numération des PLT après lyse des
GR). L’optimisation du traitement informatique des données a permis
(i) de proposer des messages d’alerte d’abord généralistes, (ii)
puis de trouver les critères discriminant les divers leucocytes des
amas plaquettaires, des érythroblastes, et d’autres cellules
anormales, aboutissant à proposer une formule leucocytaire
complète, (iii) mais aussi de quantifier certains éléments
(érythroblastes), (iv) et enfin de générer des messages
d’orientation plus informatifs en cas d’anomalie. La CCMH demeure
l’indice érythrocytaire qui reflète le plus fréquemment une
anomalie de mesure du nombre des GR, de leur VGM ou de l’Hb.
L’étude des histogrammes bi-paramétriques de la formule
leucocytaire est le second point crucial du contrôle de validité de
l’hémogramme automatisé, car elle visualise de nombreux artefacts
et permet dans bon nombre de cas d’orienter la démarche
complémentaire.
Certaines situations entraînent quasi constamment une anomalie
de mesure d’un paramètre, bien que l’amplitude de l’anomalie varie
d’un cas à l’autre et d’un AHC à l’autre. Dans d’autres cas on
observe des anomalies sur deux ou plusieurs autres paramètres de
l’hémogramme automatisé, qu’il convient de gérer en parallèle.
Finalement, si de nombreux comptes erronés ont été observés de
façon suffisamment récurrente pour les identifier clairement, voire
pour proposer des améliorations techniques, il existe encore trop
souvent des erreurs de mesure qui soit ne génèrent pas de message
d’alarme spécifique d’une anomalie soit ne génèrent pas du tout de
message. Les AHC les plus élaborés sont capables de générer divers
messages en rapport avec au moins une partie des erreurs de mesure
décrites ici tandis que les AHC les plus simples, notamment ceux
qui ne disposent pas de l’analyse précise de la formule
leucocytaire, seront souvent pris en défaut. Si l’acquisition d’un
AHC est un choix personnel, chaque hématologiste doit connaître
comment son AHC va réagir avec (au moins) les diverses situations
présentées ici.
Conflits d’intérêts: aucun.
Remerciements
Les auteurs remercient Madame le Docteur Souni (Abbott
diagnostics), et Messieurs Kerivel (Beckman-Coulter), Manceau
(Horiba Médical), Maldonado (Siemens), et Pérol (Sysmex) pour leurs
propos constructifs et les explications précises concernant les
automates d’hématologie cellulaire fabriqués par leurs sociétés
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