ARTICLE
abc.2011.0631
Auteur(s) : Delphine Collin-Chavagnac1 delphine.collin_chavagnac@bbox.fr,
Jean-François Aupetit2, Yann
Barguil3, Marie-Odile Benoit4, Giampero Bricca5, Bruno Cauliez6, Charlotte Cuerq7, Monique Dehoux8, Patrick Jourdain9, Guillaume Lefevre10, Françoise Maupas-Schwalm11, Christine Morin12, Christiane Oddoze13, Emmanuelle Plantin-Carrenard14, Vincent Sapin15, François Schellenberg16
1 Centre Hospitalier St Joseph-St Luc, Laboratoire de
biologie, Lyon
2 Centre Hospitalier St Joseph-St Luc, Service de
cardiologie, Lyon
3 Centre hospitalier Nouméa, Laboratoire, Nouméa
4 Hopital Européen Georges Pompidou, AP-Paris
5 Hospices civils de Lyon, Groupement Hospitalier No,
Lyon
6 CHU Rouen
7 Hospices civils de Lyon, Groupement Hospitalier
Sud
8 Hopital Bichat, AP-Paris
9 Centre hospitalier René-Dubos Pontoise, Service de
cardiologie
10 Centre hospitalier Tenon AP-Paris
11 CHU Toulouse
12 Centre hospitalier Calais
13 Hôpital Sainte-Marguerite. AP-Marseille
14 Centre hospitalier Bourges
15 CHU Clermont-Ferrand
16 CHU Tours
Tirés à part : D. Collin-Chavagnac
Les peptides natriurétiques font partie depuis quelques années
des biomarqueurs les plus utilisés en pratique cardiologique
(figure
1). Deux d’entre eux sont largement utilisés, le
brain natriuretic peptide (BNP) et le NT-proBNP. Le BNP tire
son nom de sa découverte dans le cerveau du porc en 1988 [1]. Chez
l’homme, le BNP est principalement synthétisé par les
cardiomyocytes. Cette synthèse est régulée par la pression
intracardiaque et l’étirement des fibres myocardiques [2]. Le gène
BNP code une première protéine de 134 acides aminés (AA), le
pré-proBNP. Le clivage du peptide signal aboutit à une protéine de
108 AA, le proBNP. La protéine active résultera de l’action de
protéases qui cliveront le proBNP en deux peptides. Le BNP est la
partie C terminale, longue de 32 AA, le NT-proBNP est la partie N
terminale. Ce dernier n’a pas de propriété biologique connue. La
fixation du BNP sur ses récepteurs entraîne une vasodilatation et
une action natriurétique.
Les variations intra-individuelles du BNP sont de l’ordre de
30 % [3], que ce soit chez des sujets sains ou insuffisants
cardiaques. Les concentrations sanguines augmentent avec l’âge
[4-6] et sont plus élevées chez la femme que chez l’homme.
L’interprétation des résultats devra tenir compte de facteurs
confondants que sont la diminution de filtration glomérulaire et
l’obésité [7, 8]. La demi-vie plasmatique in vivo de
ces peptides est courte : 22 minutes pour le BNP et 25 minutes
pour le NT-proBNP [9] selon une étude utilisant un modèle
mathématique. Les formes circulantes sont multiples et dues à
l’action de peptidases aussi bien sur la molécule de BNP (BNP 1-32,
3-32, 7-32) que de NT-proBNP (NT-proBNP 1-76, 3-76). De plus, le
proBNP et le NT-proBNP peuvent présenter des formes glycosylées
multiples. Le proBNP 1-108 a une activité physiologique six à huit
fois moins importante que le BNP 1-32. Les dosages du BNP et du
NT-proBNP mesurent également le proBNP relargué dans la circulation
dans des rapports différents en fonctions des anticorps choisis et
des différentes formes circulantes [10-14].
Les indications cliniques du dosage des peptides natriurétiques
se sont étendues avec le temps. La première indication fut le
diagnostic étiologique des dyspnées aiguës [15]. Dans l’étude
Breathing Not Properly Multinational Study Investigator (BNP) au
seuil de 100 ng/L, la valeur prédictive négative du BNP pour le
diagnostic d’une dyspnée d’origine cardiaque était de 89 %
[16], alors qu’une concentration supérieure à 400 ng/L avait une
valeur prédictive positive de 90 % en faveur d’une origine
cardiaque de la dyspnée. Le seuil permettant d’exclure une origine
cardiaque a été fixé à 300 ng/L pour le NT-proBNP. Une origine
cardiaque d’une dyspnée peut être suspectée lorsque la valeur du
NT-proBNP dépasse un seuil positif variant de 450 à 1 800 ng/L
selon l’âge du patient [17]. Entre ces seuils, existe une zone
grise, d’interprétation plus difficile sans un faisceau d’autres
arguments cliniques, biologiques et/ou échographiques. Dans
l’insuffisance cardiaque, les peptides natriurétiques sont utilisés
pour leur valeur diagnostique, leur valeur pronostique et comme
outil dans le suivi thérapeutique des patients. Dans l’insuffisance
cardiaque gauche chronique, ils sont des facteurs prédictifs de
mortalité et de morbidité, que l’insuffisance soit à fraction
d’éjection préservée ou diminuée [18-20]. De plus, certaines études
sont en faveur de l’ajustement des traitements en fonction des
concentrations des peptides [21, 22]. Les peptides
natriurétiques ont également une valeur pronostique dans
l’insuffisance cardiaque droite, où l’augmentation du BNP est un
facteur indépendant de mauvais pronostic [23]. Dans l’embolie
pulmonaire, une concentration de NT-proBNP inférieure à
1 000 ng/L a une haute valeur pronostique de survie [24], les
valeurs élevées ayant une valeur informative plus limitée. De même,
un rôle pronostique péjoratif à court terme du BNP a été démontré
dans cette pathologie [25]. L’utilisation des peptides
natriurétiques dans la stratification des syndromes coronariens
aigus est plus récente. L’expression du proBNP est augmentée chez
les sujets atteints d’ischémie coronarienne aiguë [26], conduisant
à une augmentation des peptides natriurétiques circulants. Dans ce
contexte, le NT-proBNP et le BNP [27] permettent la stratification
du risque de mortalité et la prédiction de l’efficacité des
traitements thrombolytiques. Ils sont également un facteur
pronostique de décès et d’évènements cardiovasculaires dans l’angor
stable [28], en l’absence de signes électriques évocateurs. Après
un infarctus du myocarde, le remodelage du ventricule gauche peut
être indirectement évalué par l’élévation des peptides [29], si le
dosage est réalisé entre le quatrième et le sixième jour suivant
l’infarctus.
Au plan analytique, les résultats obtenus par le dosage des deux
peptides ne sont pas superposables. Si les différentes techniques
de dosage du NT-proBNP fournissent des résultats globalement
homogènes, les valeurs obtenues par les différentes trousses de
dosage du BNP présentent des différences considérables, comme l’ont
démontré plusieurs auteurs [30]. En effet, les techniques de dosage
du BNP utilisent des anticorps différents reconnaissant des
épitopes distincts de la molécule. De plus, les anticorps dirigés
contre le BNP reconnaissent également le proBNP (tableaux 1 et 2) [31]. Étonnamment, les valeurs
décisionnelles proposées par les fabricants ne semblent pas prendre
en compte la disparité des résultats fournis par les différentes
trousses de dosage. Enfin, les conditions pré-analytiques peuvent
jouer un rôle dans le résultat du dosage. Le prélèvement pour le
dosage du BNP doit être effectué dans un tube en matière plastique
pour éviter la dégradation de la molécule dans un tube en verre et
le dosage doit être effectué dans les quatre heures suivant le
prélèvement pour éviter la dégradation du BNP [32].
Tableau 1 Caractéristiques analytiques des dosages du
brain natriuretic peptide (données fabricant : source
IFCC : version 12/10/09).
| Fabricant |
Analyseur |
Anticorps de capture |
Anticorps de détection |
Calibrateur/standard |
| Nature |
Épitope |
Nature |
Épitope |
| Alere |
Triage |
Mm |
5-13 |
Om |
? |
BNP recombinant |
| Beckman |
Access |
Mm |
5-13 |
Om |
? |
BNP recombinant |
|
| Access 2 |
|
|
|
| |
|
| D x L |
|
|
|
| |
| Abbott |
Ax Sym |
Mm |
5-13 |
Mm |
? |
BNP synthétique 32 |
|
| Architect |
|
|
|
| |
|
| I-STAT |
|
|
|
| |
| Siemens |
ACS 180 |
Mm |
27-32 |
Mm |
aa 14-21 |
BNP synthétique |
|
| Advia Centaur |
|
|
|
| |
M : monoclonal ; m : murin ; O :
polyclonal.
Tableau 2 Caractéristiques analytiques des dosages du N
terminal pro brain natriuretic peptide (données
fabricant : source IFCC : version 12/10/09).
| Fabricant |
Analyseur |
Anticorps de capture |
Anticorps de détection |
Calibrateur/standard |
| Nature |
Épitopes |
Nature |
Épitopes |
| Roche Pro BNP I |
Elecsys, E 170 |
Pc |
1-21 |
Pc |
39-50 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
| Roche Pro BNP II |
Elecsys, E 170 |
Mm |
27-31 |
Mc |
42-46 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
| Siemens (Dade) |
Dimension R x L |
Mc |
22-28 |
Mc |
42-46 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
|
| Stratus CS |
|
|
|
| |
|
| Dimension Vista |
|
|
|
| |
| Siemens (DPC) |
Immulite 1000, 2000, 2500 |
Pc |
1-21 |
Pc |
39-50 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
|
| DPC |
|
|
|
| |
| OCD |
Vitros EcI |
Pc |
1-21 |
Pc |
39-50 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
| All Diag |
RAMP |
Mm |
27-31 |
Pc |
39-50 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
| BioMérieux |
Vidas |
Pc |
1-21 |
Pc |
39-50 |
NT pro BNP synthèse 1-76 |
M : monoclonal ; P : polyclonal ; m :
murin ; c : caprin.
Les nombreuses indications du dosage des peptides natriurétiques
et la diversité de l’offre analytique ont conduit à la réalisation
de ce dosage dans un nombre toujours croissant de laboratoires de
biologie médicale, notamment en lien avec l’augmentation du volume
des prescriptions de médecine cardiologique ambulatoire. Dans ce
contexte, l’absence d’homogénéité des résultats, notamment pour le
BNP, peut rendre problématique l’interprétation des résultats et le
suivi des patients.
L’objet de ce travail est de dresser un tableau des pratiques de
l’utilisation des peptides natriurétiques en France en 2010.
Matériel et méthodes
L’utilisation des peptides natriurétiques en France a été
évaluée par une enquête diffusée aux biologistes publics et privés,
par voie électronique et réalisée entre le 2 avril et le 30 juin
2010. Pour que cette enquête soit réellement représentative, le
questionnaire a été diffusé par l’intermédiaire de la Société
française de biologie clinique, du Collège national de biochimie
des hôpitaux et de l’association Probioqual, à partir des listes de
diffusion des biologistes adhérents. Ce questionnaire a également
été diffusé par certains fournisseurs commercialisant un(des)
dosage(s) de peptides natriurétiques : Roche Diagnostics,
Siemens, Alere, Beckman Coulter et Abbott. En raison du large
recouvrement des voies de diffusion de ce questionnaire, il a été
nécessaire de ne considérer qu’une seule réponse par laboratoire,
après analyse de la cohérence des réponses. De plus, les données
manquantes ont nécessité une analyse en sous-groupe.
Le questionnaire portait sur :
- –. le type de dosage de peptides natriurétiques
réalisé : BNP, NT-proBNP ou autres ;
- –. le nom du fournisseur et du réactif utilisé pour la
réalisation du dosage ;
- –. le nombre de tests réalisés par mois ;
- –. le nombre de demandes comprenant le dosage simultané
de troponine et de peptide natriurétique et son pourcentage par
rapport au nombre total de prescriptions de PN ;
- –. les conditions de prescriptions hospitalières (par un
prescripteur senior, par un interne, sur bon de demande
particulier, absence de condition particulière) ;
- –. la spécialité des principaux
prescripteurs ;
- –. des informations concernant le laboratoire
participant à l’enquête (département d’exercice, activité).
Les résultats ont été saisis dans un tableur Excel et
analysés par le logiciel Statview 4 (Abacus Concept, CA).
Résultats
L’analyse porte sur les réponses des biologistes reçues après
diffusion de l’enquête. L’autoquestionnaire a été rempli par 584
biologistes médicaux du secteur public ou privé puis analysé.
Structure des laboratoires
Deux cents laboratoires hospitaliers (dont 48 CHU et 141 CH,
neuf autres : hôpital d’instruction des armées et non
communiqués) et 384 laboratoires privés ont répondu. Douze
laboratoires (dont sept privés) ont répondu ne pas réaliser
directement le dosage des facteurs natriurétiques et le
sous-traiter. L’activité en B relevée pour les laboratoires publics
varie de 3,8 à 75 MB (64 résultats), celles des laboratoires privés
de 2,8 à 27 MB (41 résultats). Il existe une corrélation entre
l’activité du laboratoire et le nombre de dosages de peptides
natriurétiques réalisés par mois dans le secteur public
(r = 0,41 ; p < 0,001), mais pas dans le
secteur privé (r = 0,12 ; p = 0,44).
Réponse à la demande de dosage des facteurs natriurétiques
Les résultats font l’objet du tableau
3. Une large majorité des laboratoires publics et privés
(99 et 92 %) ne possède qu’une seule technique pour doser les
facteurs natriurétiques. Les laboratoires publics (total 184
réponses) proposent soit le BNP seul (54 % des cas) soit le
NT-proBNP seul (45 %), un des laboratoires (0,5 %)
propose les deux solutions techniques. Pour quatre laboratoires
publics (2 %), il existe deux analyseurs différents pour
réaliser le BNP. Pour un laboratoire public (1 %), il existe
deux analyseurs différents pour réaliser le dosage du NT-proBNP. Un
seul laboratoire hospitalier propose un autre marqueur
d’insuffisance cardiaque, le MRproANP, associé au dosage du
BNP.
Tableau 3 Répartition des dosages des peptides
natriurétiques dans les laboratoires de biologie médicale français
ayant répondu au questionnaire.
| Type de laboratoires |
Peptides |
Nombre de laboratoires (fréquence) |
Nombre de techniques |
Nombre de laboratoires (fréquence) |
| Laboratoires privés |
BNP |
192 (53,3 %) |
1 |
187 (51,9 %) |
| 2 |
5 (1,4 %) |
| NT-proBNP |
142 (39,4 %) |
1 |
139 (38,6 %) |
| 2 |
3 (0,8 %) |
| BNP et NT-proBNP |
26 (7,2 %) |
2 |
26 (7,2 %) |
| Laboratoires publics |
BNP |
100 (54,4 %) |
1 |
96 (52,2 %) |
| 2 |
4 (2,2 %) |
| NT-proBNP |
83 (45,1 %) |
1 |
82 (44,6 %) |
| 2 |
1 (0,5 %) |
| BNP et NT-proBNP |
1 (0,5 %) |
2 |
1 (0,5 %) |
Les laboratoires privés (total : 360 réponses) proposent
soit le BNP seul (53 % des cas) soit le NT-proBNP seul
(39 %), 7 % des laboratoires ayant les deux solutions.
Pour cinq laboratoires privés (1 %), il existe deux analyseurs
différents pour réaliser le BNP. Pour trois laboratoires privés
(1 %), il existe deux analyseurs différents pour réaliser le
dosage du NT-proBNP. Aucun laboratoire privé ne propose d’autre
marqueur d’insuffisance cardiaque.
Il n’y a pas de différence de répartition du BNP et du NT-proBNP
entre les laboratoires publics et privés (κ2 ;
p = 0,597). La seule différence notable réside dans l’offre
de dosage des deux peptides, quasiment absente dans le secteur
public. Il n’a pas été observé de relation entre le nombre de
prescriptions et la diversité des réponses analytiques (simple,
double ou mixte) (test de Kruskall-Wallis ;
p = 0,06).
Répartition des analyseurs
Elle est résumée dans le tableau 4.
Les réponses au questionnaire montrent que sept systèmes
analytiques sont les plus fréquemment rencontrés, quatre dosant le
BNP (Triage-Alere, Architect-Abbott, Centaur-Siemens et
Access-Beckman), trois dosant le NT-proBNP (Vidas-BioMérieux,
Cobas/Modular-Roche et Elecsys-Roche). Il faut noter une perte
d’information à cet item due à des réponses incomplètes au
questionnaire mentionnant le nom du fournisseur sans préciser le
nom de l’automate. Parmi ces sept systèmes, trois d’entre eux sont
inégalement répartis entre laboratoires publics et privés.
L’Architect (Abbott) et le Vidas (BioMérieux) sont plus fréquemment
utilisés dans les laboratoires privés, tandis que l’Access (Beckman
Coulter) se rencontre plus souvent dans les laboratoires
hospitaliers. Pour l’automate le plus répandu (Triage-Alere), il
est également réparti entre les deux types de laboratoires.
L’utilisation d’un appareil délocalisable pour le dosage de BNP est
très sÛrement justifiée par l’activité des laboratoires pour ces
dosages. Le regroupement des laboratoires et l’augmentation du
nombre de dosages conduiront certainement les biologistes à une
automatisation centralisée de ces dosages.
Tableau 4 Réponses techniques à la demande de dosage des
facteurs natriurétiques.
|
| Public |
Privé |
| Solution unique BNP |
| |
| Abbott Architect |
15 (15,6 %) |
45 (24,1 %) |
| Abbott AxSYM |
7 (7,3 %) |
14 (7,5 %) |
| Abbott non précisé |
8 (8,3 %) |
16 (8,6 %) |
| BioAdvance |
0 (0 %) |
1 (0,5 %) |
| Beckman Access |
19 (19,8 %) |
13 (7 %) |
| Alere Triage |
24 (25 %) |
53 (28,3 %) |
| Siemens Centaur |
23 (24 %) |
44 (23,5 %) |
| Analyseur non précisé |
0 (0 %) |
1 (0,5 %) |
| Sous total |
96 |
187 |
| Solution unique NT-proBNP |
| |
| BioMérieux Vidas |
8 (9,8 %) |
38 (27,4 %) |
| Ortho Vitros Eci |
2 (2,5 %) |
1 (0,7 %) |
| Roche Cobas |
6 (7,3 %) |
11 (7,9 %) |
| Roche Elecsys |
12 (14,7 %) |
25 (18 %) |
| Roche Modular |
6 (7,3 %) |
6 (4,3 %) |
| Roche Cardiac Reader |
0 (0 %) |
5 (3,6 %) |
| Roche non précisé |
27 (32,9 %) |
39 (28,1 %) |
| RAMP NTproBNP |
0 (0 %) |
2 (1,4 %) |
| Siemens Immulite |
1 (1,2 %) |
5 (3,6 %) |
| Siemens Stratus CS |
7 (8,5 %) |
1 (0,7 %) |
| Siemens non précisé |
7 (8,5 %) |
4 (2,9 %) |
| Siemens RxL |
1 (1,2 %) |
1 (0,7 %) |
| Siemens Vista |
5 (6,1 %) |
0 (0 %) |
| Tosoh AIA |
0 (0 %) |
1 (0,7 %) |
| Sous total |
82 |
139 |
| Solution mixte BNP |
| |
| Abbott Architect & AxSYM |
1 (25 %) |
1 (20 %) |
| Abbott Architect & Alere Triage |
1 (25 %) |
3 (60 %) |
| Beckmann Access & Alere Triage |
2 (50 %) |
0 (0 %) |
| Siemens Centaur & Triage |
0 (0 %) |
1 (20 %) |
| Sous total |
4 |
5 |
| Solution mixte NTproBNP |
| |
| All Diag & Roche |
0 (0 %) |
1 (33,3 %) |
| Roche Modular & Siemens Vista |
0 (0 %) |
1 (33,3 %) |
| Roche Cobas & Roche Elecsys |
1 (100 %) |
0 (0 %) |
| All Diag et RAMPS |
0 (0 %) |
1 (33,3 %) |
| Sous total |
1 |
3 |
| Solution mixte BNP et NTproBNP |
| |
| Abbott Architect & Roche Elecsys |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| Abbott Architect & BioMérieux Vidas |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| Abbott Architect & Roche Modular |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| Abbott Architect & Roche Cobas |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| Beckman Access & BioMérieux Vidas |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| BioMérieux Vidas & Alere Triage |
0 (0 %) |
4 (15,4 %) |
| Roche Cobas & Alere Triage |
0 (0 %) |
3 (11,5 %) |
| Roche Modular & Alere Triage |
0 (0 %) |
1 (3,8 %) |
| Siemens Centaur & Roche Cobas |
0 (0 %) |
2 (7,7 %) |
| Analyseurs non précisés |
1 (100 %) |
6 (23,1 %) |
| Sous total |
1 |
26 |
| Total |
184 |
360 |
Fréquence de prescription
Le nombre de prescriptions des facteurs natriurétiques est de
456 ± 663 dosages par mois (extrêmes : 15 à 6 500) pour
les laboratoires publics et de 174 ± 190 dosages par mois
(extrêmes : 3 à 1 412) pour les laboratoires privés
(p < 0,001 Mann Whitney). En termes de fréquence, la
prescription de facteurs natriurétiques correspond à
3,6 ± 3,6 % des prescriptions des laboratoires hospitaliers et
à 2,3 ± 4,2 % des prescriptions des laboratoires privés
(p < 0,05 Mann Whitney).
Association troponine/peptides natriurétiques
La proportion de demandes de dosage de facteurs natriurétiques
associée à une demande de troponine est variable. Pour les
laboratoires privés, 25 ± 23 % des demandes de facteurs
natriurétiques sont associées à un dosage de troponine alors que
cette fréquence est augmentée dans les laboratoires hospitaliers
(47 ± 21 %) (p < 0,0001 Mann Whitney).
Particularités hospitalières
La « séniorisation » (ou prescription par un clinicien
senior et non par un interne) de la demande de dosage est retrouvée
pour 99 hôpitaux (49 % des 201 réponses). Un bon de demande
particulier est exigé par le laboratoire dans 22 hôpitaux
(11 % des 201 réponses).
Une possible « banalisation » de ce dosage dans le
cadre d’un bilan d’entrée explique peut être une prescription des
PN soumise à moins de contrainte dans une majorité de laboratoires
publics.
Prescripteurs
La répartition des prescripteurs est résumée dans le tableau 5. La majeure partie des prescriptions
de peptides natriurétiques dans le secteur public est réalisée dans
les services d’urgences (34 %), suivi des services de
cardiologie (20 %). Un faible pourcentage de prescriptions
émane des services de médecine générale (12 %).
Tableau 5 Origine des prescriptions des demandes de
dosages des facteurs natriurétiques (pourcentage indicatif).
|
| Hôpital (en %) |
Privé (en %) |
| Médecine générale |
12 |
45 |
| Médecine urgence |
34 |
14 |
| Cardiologie ville |
1 |
17 |
| Cardiologie hôpital |
20 |
15 |
| Pneumologie |
6 |
3 |
| Autres |
14 |
6 |
Dans le secteur privé, le médecin généraliste est le principal
prescripteur (45 %). Les autres prescripteurs sont
essentiellement les cardiologues libéraux et hospitaliers ainsi que
les services de médecine d’urgence.
Répartition régionale des dosages de peptides
natriurétiques
D’après les réponses obtenues au questionnaire,
140 548 dosages de peptides natriurétiques (BNP ou
NT-proBNP) sont réalisés par mois soit
1 686 576 dosages de peptides natriurétiques par
an : 58 000 dosages par les laboratoires de biologie
médicale privés, soit 696 000 par an, et 82 449 par les
laboratoires hospitaliers, soit 989 388 par an. Le nombre
total de dosages effectués par les laboratoires privés selon le
questionnaire représente 62 % des dosages comptabilisés par la
sécurité sociale selon les données Biolam.
La prescription des peptides natriurétiques en France a été
définie en termes de tests réalisés par mois (tests/mois)
(figure
2A) et en nombre de tests réalisés par laboratoire
(test/laboratoire) (figure 2B).
La répartition sur le territoire suit le découpage régional
administratif. La densité de population des régions françaises
(données 2009) exprimée en nombre d’habitants/km2
(indiqué entre parenthèses dans le texte) montre que les cinq
régions les plus peuplées sont l’Île-de-France (972), le
Nord-Pas-de-Calais (329), l’Alsace (223), la Provence Alpes-Côte
d’Azur (156) et la Haute Normandie (150). Les cinq régions les
moins peuplées sont la Corse (35), le Limousin (44), l’Auvergne
(53), la Bourgogne (53) et la Champagne Ardennes (54). La
répartition du nombre de tests par mois (figure 2A)
est cohérente avec la densité de population des régions hormis pour
la région Haute Normandie où le nombre de tests réalisés par mois
est relativement faible par rapport à la population.
Le nombre de tests réalisés par laboratoire (figure 2B)
ne peut être systématiquement rapproché de la densité de population
régionale sauf pour la région Haute Normandie où le nombre de
dosage des PN réalisés par laboratoire est relativement faible.
La répartition régionale de l’ensemble des laboratoires mais
aussi la répartition des laboratoires ayant répondu à l’enquête
pourrait temporiser le nombre de tests réalisés par laboratoire
obtenu à partir des réponses au questionnaire. Ainsi, la région
Franche Comté de densité de population moyenne se retrouve la
région réalisant le plus de tests par laboratoire.
Discussion
Les prescriptions de peptides natriurétiques (PN) ont connu une
augmentation exponentielle depuis 2004 (figure 1).
Suite à la diffusion large de ce questionnaire destiné aux
laboratoires publics et privés, notre enquête a permis d’obtenir un
état des lieux représentatif des prescriptions en 2010. En effet,
notre questionnaire a été renseigné par un grand nombre de
laboratoires : 200 laboratoires publics et 384 laboratoires
privés. Le fichier des laboratoires du Contrôle national de qualité
organisé par l’Afssaps nous a permis d’obtenir le nombre total de
laboratoires publics et privés en France : 861 et 4 039
respectivement ainsi que le nombre de laboratoires français
réalisant le dosage de BNP (765) et NT-proBNP (580) en France en
2010. Ainsi, à partir des données fournies par ces organismes
publics, près de 43 % des laboratoires français réalisant le
dosage des facteurs natriurétiques ont répondu à notre enquête. Les
résultats de cette enquête nous permettent donc de donner un bon
reflet de la pratique quotidienne dans notre pays. De plus, l’état
des lieux réalisé au cours du premier semestre 2010, présenté dans
cet article, reflète assez bien pour le secteur privé, les données
BIOLAM. Pour rappel, les données BIOLAM 2003-2009 présentent des
informations détaillées sur les actes de biologie médicale
remboursés au cours des années 2003 à 2009 par le régime général de
la sécurité sociale en France métropolitaine, hors sections locales
mutualistes. Or, le nombre de dosages effectués par les
laboratoires privés selon notre questionnaire représente 62 %
(soit 696 000 dosages par an) des dosages comptabilisés par la
sécurité sociale (données BIOLAM 2009) et démontre ainsi la forte
participation des laboratoires privés au questionnaire.
Dans cette enquête, plus de la moitié des réponses a été fournie
par le secteur privé et seuls sept laboratoires sur 360 ne
réalisent pas le dosage des PN et sous-traitent cette activité. Ces
données associées à celles de BIOLAM confirment l’importance prise
par ce biomarqueur dans la pratique médicale de ville. Le nombre de
dosages réalisés par mois reste cependant plus important dans le
secteur public que dans le secteur privé. Plusieurs explications
peuvent être proposées comme le rôle prépondérant du marqueur dans
la dyspnée aiguë prise en charge par les services d’urgences
hospitaliers ou le profil des patients vus en milieu hospitalier
qui sont souvent plus âgés, plus instables voire polypathologiques.
La question de la juste prescription en milieu hospitalier peut
également être soulevée. Plusieurs dosages de PN sont souvent
prescrits au cours d’un même séjour d’hospitalisation. Or, il n’y a
pas d’indication à répéter les dosages de PN sauf cas particulier
(OAP flash, choc cardiogénique, choc septique), et il est admis que
deux dosages, un à l’entrée (pour sa valeur diagnostique) et un à
la sortie (pour sa valeur pronostique), sont suffisants pour une
prise en charge adéquate des patients insuffisants cardiaques.
Malgré une prescription qui devrait être encadrée, notre enquête
montre que seuls quelques laboratoires hospitaliers utilisent des
feuilles de demande particulières et la séniorisation de cette
prescription n’est mise en place que dans la moitié des
laboratoires hospitaliers. Enfin, la prescription conjointe de
troponine et de PN, non négligeable, est plus fréquente dans le
secteur hospitalier car cette association est prescrite dans le
cadre du suivi des SCA, activité à orientation cardiologique
hospitalière. La co-prescription de ces deux biomarqueurs est
également proposée dans le suivi de l’insuffisance cardiaque, la
troponine étant dans ce contexte un marqueur pronostique
d’évènements cardiovasculaires.
L’enquête révèle une répartition égale du nombre de dosages de
BNP et NT-proBNP. De nombreuses études ont maintenant démontré
l’intérêt équivalent des deux marqueurs [33]. Comme on l’observe
dans cette enquête, les laboratoires ont été amenés à proposer le
dosage d’un seul PN très probablement en fonction du parc
d’analyseur dont ils disposaient. En outre, la nouvelle version de
la nomenclature publiée début janvier 2011 stipule qu’il ne peut y
avoir qu’une seule prescription de PN par dossier. Cette
disposition explique en partie qu’il n’y ait qu’un nombre limité de
laboratoires dosant les deux marqueurs, l’autre explication étant
la réponse à la non-transférabilité des valeurs des peptides
natriurétiques entre les techniques. Ainsi, seul 5 % des
laboratoires, principalement du secteur privé, et ayant répondu à
notre enquête, ont deux dispositifs pour réaliser soit le dosage de
BNP soit celui du NTproBNP, probablement pour répondre à toutes les
demandes émanant de leurs prescripteurs.
L’importance prise par le BNP et le NT-proBNP laisse peu de
place aux nombreux autres biomarqueurs de l’insuffisance cardiaque
qui ont été étudiés et pour certains disponibles sur le marché. Un
seul laboratoire hospitalier dans notre enquête propose un autre
marqueur, le MRproANP.
Les réponses au questionnaire ont montré une grande disparité
des méthodes employées dans les laboratoires de biologie médicale
français (tableau 4). La liste des
dosages quantitatifs de peptides natriurétiques et les principales
caractéristiques données par les fournisseurs (tableaux 1 et 2) montrent l’hétérogénéité des
techniques de dosages disponibles à l’heure actuelle sur le marché
français. Que ce soit pour le BNP ou le NT-proBNP, ces techniques
diffèrent en termes de nature d’anticorps de capture, d’anticorps
de détection et de nature d’antigène utilisés pour ces
immunodosages. Il n’existe pas aujourd’hui d’étalon primaire ni de
standardisation internationale des dosages de BNP et NT-proBNP. Il
est donc indispensable d’effectuer le suivi d’un patient avec la
même technique. C’est pourquoi les laboratoires doivent
impérativement indiquer avec précision sur leur compte rendu de
résultat, non seulement le nom du fournisseur mais aussi le nom de
l’analyseur, la référence de la technique utilisée ainsi que les
valeurs décisionnelles établies pour le test.
Conclusions et perspectives
Cet état des lieux représente bien le paysage actuel des
prescriptions de peptides natriurétiques et leur réalisation. Ce
travail soulève un certain nombre d’interrogations sur
l’hétérogénéité du rendu de résultats et sur les difficultés
d’interprétation des variations en découlant. Ces variations
peuvent être soit d’ordre méthodologique soit d’ordre
biologique.
Suite à cet état des lieux, le groupe de travail réalise une
étude sur les variations analytiques liées à l’utilisation de
différentes techniques utilisées en France.
Remerciements
Nous remercions les fournisseurs de réactifs de laboratoire
Roche Diagnostics, Siemens, Alere, Beckman Coulter et Abbott pour
le soutien logistique et l’aide apportée à la diffusion de ce
questionnaire.
Conflits d’intérêts: aucun.
Participation de trois membres du groupe à la relecture du
projet HAS “Guide de prise en charge de l’insuffisance cardiaque et
programme personnalisé de soins destiné au médecin et à son
patient”.
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