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Hypocholestérolémie et maladie cœliaque : à propos d’un cas


Annales de Biologie Clinique. Volume 67, Numéro 3, 359-61, mai-juin 2009, pratique quotidienne

DOI : 10.1684/abc.2009.0334

Résumé   Summary  

Auteur(s) : S Neffati, B Charfeddine, M Ali Smach, L Ben Othmen, A Ltaief, I Brahem, H Dridi, K Limem , Département de biochimie, Faculté de médecine, Sousse, Tunisie.

Résumé : L’hypocholestérolémie est une perturbation biochimique qui souvent ne présente pas beaucoup d’intérêt auprès des cliniciens. Cependant, sa fréquence varie de 2 à 5 % selon les populations et peut révéler une pathologie grave (cancer, dénutrition, malabsorption). Nous rapportons l’observation de Madamoiselle HY, âgée de 17 ans, chez qui l’association biologique d’une hypocholestérolémie avec une anémie ferriprive a révélé une maladie cœliaque. La confirmation diagnostique a été apportée par l’examen anatomopathologique et le dosage des anticorps anti-gliadine et anti-endomysium. L’instauration d’un régime strict sans gluten a permis la normalisation des paramètres biologiques et l’amélioration de la symptomatologie clinique fruste.

Mots-clés : hypocholestérolémie, maladie cœliaque

ARTICLE

Auteur(s) : S Neffati, B Charfeddine, M Ali Smach, L Ben Othmen, A Ltaief, I Brahem, H Dridi, K Limem

Département de biochimie, Faculté de médecine, Sousse, Tunisie

Article reçu le 20 Octobre 2008, accepté le 12 Février 2009

L’observation

Mademoiselle HY, âgée de 17 ans, sans antécédent pathologique notable, a consulté pour des vertiges chroniques. L’examen clinique a mis en évidence un état de maigreur, un poids de 49 kg pour une taille de 160 cm (IMC = 19), une pâleur conjonctivale et des troubles trophiques cutanéomuqueux (hypoplasie de l’émail dentaire avec des cheveux secs et clairsemés). L’examen neurologique était normal.

L’examen biologique initial a montré une anémie (Hb = 84 g/L) hypochrome (CCMH = 28g/dL) microcytaire (VGM = 75 fL). Le dosage du fer sérique a révélé une valeur basse à 5 μmol/L, celle de la ferritine était à 4 μg/L avec une transferrinémie élevée (sachant que la patiente ne prenait pas de traitement à base d’œstrogène). Une hypocholestérolémie à 20 mmol/L (N : 3,7 à 6,50), une hypotriglycéridémie à 0,5 mmol/L (N : 0,6 à 1,7) ont été mises en évidence ; la calcémie corrigée était normale avec une hypoalbuminémie à 30 g/L.

La biologie hépatique et les temps de coagulation n’ont pas révélé d’autres anomalies.

Devant ce tableau biologique qui associait une hypocholestérolémie avec une anémie ferriprive et une hypoalbuminémie, une malabsorption a été suspectée.

La reprise de l’interrogatoire a révélé des troubles fonctionnels digestifs anciens, des épisodes anémiques résistant aux traitements et des selles diarrhéiques par intermittence faites de 4 selles liquidiennes par jour sans glaire ni sang. Une fibroscopie digestive haute avec biopsies a été réalisée et l’examen anatomopathologique a montré une atrophie villositaire totale et une hyperplasie des cryptes avec lymphocytose épithéliale.

Les anticorps anti-gliadine (IgG et IgA) et anti-endomysium d’isotype IgA étaient positifs. La recherche d’anticorps anti-transglutaminase sérique n’a pas été réalisée. Le diagnostic de maladie cœliaque (MC) a été retenu et la patiente mise sous régime sans gluten. L’évolution a été rapidement favorable avec une prise de poids de 9 kg, la disparition de la symptomatologie digestive et une repousse villositaire notable sur les biopsies duodénales réalisée 9 mois plus tard.

Le point de vue du clinicien

La MC est une entéropathie secondaire à une réponse immunitaire anormale du tube digestif en présence de gluten. La réponse cellulaire se traduit par l’apparition de lymphocytes T CD4+ et de lymphocytes intraépithéliaux (CD3+, CD8+) responsables de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires (IL-2 et interféron γ). La disparition des villosités réduit les capacités d’absorption de l’intestin et provoque un syndrome de malabsorption [1].

Cette maladie débute le plus souvent entre l’âge de 6 et 9 mois. Le tableau classique de la MC est actuellement bien défini : diarrhée avec des selles trop volumineuses typiquement en bouse de vache. Celles-ci sont graisseuses du fait de la malabsorption lipidique. Un amaigrissement, des douleurs abdominales avec flatulences et malabsorption sont aussi présents. Cependant, il existe des modes de révélation particuliers moins connus qui peuvent retarder le diagnostic. Ainsi, 60 % des MC sont diagnostiquées à l’âge adulte et même 15 % après 60 ans. Trente pour cent des malades ont un surpoids [2]. Ces formes atypiques ou pauci symptomatiques peuvent se traduire par :

  • des manifestations hématologiques (anémie par carence en fer et allongement du temps de coagulation par déficit en facteurs vitamine K dépendants, observé dans 40 % des cas [3]) ;
  • une atteinte hépatique avec une augmentation inexpliquée des transaminases ;
  • des atteintes cutanéomuqueuses (70 à 100 % des malades suivis pour dermatite herpétiforme présentent une MC associée [4]) ;
  • des atteintes ostéoarticulaires dominées par l’ostéopénie ;
  • des signes neuropsychiques et des maladies auto-immunes associées.

Un terrain génétique prédisposant est prouvé. En effet, la fréquence de la maladie chez les apparentés de premier degré de sujets atteints est de 10 %, et le taux de concordance chez les jumeaux monozygotes est de 70 à 90 % comparé à un taux de 10 à 30 % chez les jumeaux dizygotes [1]. Ces facteurs génétiques impliquent des gènes HLA de classe II. La majorité des patients sont porteurs de l’hétérodimère DQ2 constitué d’une chaîne (a) codée par le gène DQA1*0501, et d’une chaîne (b) codée par le gène DQB1*02 [4].

Le diagnostic est habituellement affirmé par l’histologie. La MC se caractérise par une atrophie villositaire totale ou subtotale de la muqueuse duodénojéjunale associée à une hypertrophie des cryptes de Lieberkühn. D’autres lésions peuvent être associées, ces dernières étant seules présentes à des stades plus précoces de la maladie. La classification de Marsh décrit l’évolution des lésions en stades successifs : infiltration de l’épithélium par des lymphocytes (> 30 % cellules épithéliales), hyperplasie des cryptes, puis perte progressive des cellules épithéliales et atrophie villositaire. Les lésions prédominent toujours dans l’intestin grêle proximal (duodénum) et s’étendent plus ou moins vers l’aval (parfois tout le grêle). On peut donc dans l’immense majorité des cas se fier à l’endoscopie haute avec biopsies duodénales pour poser le diagnostic [2].

Aujourd’hui des marqueurs sérologiques permettent le diagnostic et le suivi de la majorité des patients atteints de MC. Les moyens sérologiques de dépistage reposent sur la détection des anticorps anti-endomysium (AEM/IgA) dont la sensibilité est de l’ordre de 90 % et la spécificité de presque 100 %, des anticorps anti-gliadine (AAG IgA/IgG) qui ont respectivement une sensibilité de 90 et 65 % et une spécificité de 100 % [5] et très récemment des anticorps anti-transglutaminase.

Le traitement reste le régime strict sans gluten à vie. Dans de très rares cas, la reprise d’un régime normal ne donne lieu à aucune symptomatologie clinique ou anomalie biologique, mais la rechute peut survenir de façon retardée.

Le point de vue du biologiste

Le cholestérol appartient à la famille des stérols et joue un rôle central dans de nombreux processus biochimiques. Il est pour l’essentiel produit par le foie et provient minoritairement de l’alimentation. Une insuffisance hépatocellulaire est responsable d’une baisse importante du cholestérol et de son estérification (par diminution de synthèse de la lecithin cholesterol acyl transferase ou LCAT) ; en cas de malabsorption digestive sévère, l’estérification est en principe normale mais l’hypocholestérolémie est aggravée par la synthèse des hormones dérivées et par l’utilisation de l’acétyl CoA vers la synthèse d’autres substrats que le cholestérol [6].

L’hypocholestérolémie est définie par une cholestérolémie totale inférieure au 5e percentile pour l’âge (< 1,30 g/L, soit 3,30 mmol/L pour un homme de plus de 30 ans) [7]. Elle se rencontre en cas d’insuffisance hépatique, de malabsorption, lors de certains régimes végétariens stricts, d’abêtalipoprotéinémie, de maladie de Gaucher et de Tangier.

Au cours de la MC, une hypocholestérolémie est presque toujours présente et son association avec une anémie ferriprive est fortement corrélée à un risque élevé d’avoir la maladie clinique [8] comme dans le cas de notre patiente. La MC serait responsable d’environ 5 % des anémies ferriprives inexpliquées. L’interrogatoire retrouve fréquemment la notion d’une anémie antérieure mal explorée [4], qui serait secondaire à une mauvaise absorption du fer. Certains auteurs concluent que parmi les patients présentant une anémie hypochrome, une cholestérolémie normale ou élevée permet d’exclure l’existence d’une MC [8].

Le diagnostic de la MC est facile à étayer par le dosage des anticorps anti-endomysium et anti-gliadines. La biopsie duodénale permet d’affirmer le diagnostic.

Notre observation souligne l’intérêt de la recherche d’une atrophie villositaire devant une hypocholestérolémie associée à une anémie ferriprive.

Conclusion

Le cholestérol sanguin est un paramètre biologique facile à doser et peu coûteux. Il peut constituer un marqueur de surveillance au cours de la maladie cœliaque. La cholestérolémie semble être un indicateur de mauvais pronostic indépendamment de l’état nutritionnel.

Références

1 Dieterich W, Ehnis T, Bauer M, Donner P, Volta U, Riecken EO, et al. Identification of tissue transglutaminase as the autoantigen of celiac disease. Nat Med 1997 ; 3 : 725-801.

2 Marteau P, Vahedi K, Lavergne-Slove A. La maladie coeliaque de l’adulte en 2006. Rev Med Int 2006 ; 27 : S59-S60.

3 Devignes J, Roche JF, de Maistre E, Goux A, Rieder D, Lecompte T. Un cas de maladie coeliaque révélée tardivement par un temps de Quick et un temps de céphaline avec activateur très allongés. Ann Biol Clin 2004 ; 62 : 597-600.

4 Lepers S, Couignoux S, Colombel JF, Dubucquoi S. La maladie cœliaque de l’adulte : aspects nouveaux. Rev Med Int 2004 ; 25 : 22-34.

5 Missoum H, Arji N, Mouan N, El Aouad R. Anticorps antigliadine et anticorps antiendomysium : detection et valeur diagnostique dans la maladie cœliaque. Immunoanal Biol Spec BS 2008 ; 23 : 45-8.

6 Sassolas A, Cartier R. Les hypocholestérolémies : causes et diagnostic. Ann Biol Clin 1999 ; 57 : 555-60.

7 Glueck CJ, Kelley W, Gupta A, Fontaine RN, Wang P, Gartside PS, et al. Prospective 10 year evaluation of hypobetalipoproteinemia in a Cohort of 772 firefighters and cross-sectionnal evaluation of hypocholesterolemia in 1479 men in the National Health and Nutrition Examination Survey I. Metabolism 1997 ; 46 : 625-33.

8 Ciacci C, Cirillo M, Giorgetti G, Alfinito F, Franchi A, Mazzetti di Pietralata M, et al. Low plasma cholesterol : a correlate of nondiagnosed celiac disease in adults with hypochromic anemia. Am J Gastroenter 1999 ; 94 : 1888-91.


 

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