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Exploration biochimique du métabolisme énergétique et du stress oxydant des gliomes de bas grade : analyse du tissu tumoral central et périphérique


Annales de Biologie Clinique. Volume 66, Numéro 2, 143-50, mars-avril 2008, article original

DOI : 10.1684/abc.2008.0211

Résumé   Summary  

Auteur(s) : F Lamari, R La Schiazza, R Guillevin, B Hainque, M-J Foglietti, J-L Beaudeux, M Bernard , Service de biochimie métabolique, Hôpital Pitié Salpêtrière, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Service de neuroradiologie, GH Pitié-Salpêtrière, et Laboratoire d’imagerie fonctionnelle, Inserm U678, Université Pierre et Marie Curie, Paris, Département de biochimie, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques, Université Paris Descartes, Paris.

Résumé : Les gliomes représentent 50 % des tumeurs cérébrales primitives, dont le pronostic reste mauvais malgré la progression des méthodes diagnostiques et des stratégies thérapeutiques. Les gliomes de bas grade (GBG) sont des tumeurs infiltrantes qui évoluent de façon constante vers la malignité. Les études réalisées in vivo chez l’homme, l’animal ou sur des modèles cellulaires ont montré l’existence de différences métaboliques importantes entre les gliomes et le cerveau normal. Ainsi celles-ci pourraient constituer des marqueurs de diagnostic, de pronostic et des cibles thérapeutiques. Dans ce travail, nous avons exploré les métabolismes énergétique et oxydatif dans les extraits biopsiques de GBG obtenus au centre et à la périphérie tumorale, et les différences entre le centre et la périphérie de la tumeur ont été relevées. Notre étude montre une grande diversité métabolique des tumeurs, qui présentent un phénotype soit hypermétabolique soit au contraire hypométabolique. Une valeur du rapport lactate/pyruvate > 1 indique que le métabolisme énergétique des GBG est principalement glycolytique, et plus particulièrement au centre des tumeurs. Par ailleurs, l’activité cytochrome oxydase est significativement plus augmentée en périphérie tumorale, indiquant une activité mitochondriale plus intense à ce niveau. De même la peroxydation lipidique et l’activité catalasique sont plus importantes en périphérie tumorale. Enfin, nous montrons qu’il existe une relation entre les activités des principales enzymes antioxydantes et celles des enzymes du métabolisme énergétique. La périphérie tumorale semble donc plus active métaboliquement et plus résistante contre les attaques radicalaires que le centre de la tumeur gliale, ce qui pourrait expliquer l’extension périphérique des tumeurs.

Mots-clés : gliome de bas grade, métabolisme énergétique, stress oxydant, biopsie centrale, biopsie périphérique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : F Lamari1, R La Schiazza1, R Guillevin2, B Hainque1,3, M-J Foglietti3, J-L Beaudeux1,3, M Bernard1,3

1Service de biochimie métabolique, Hôpital Pitié Salpêtrière, Assistance Publique Hôpitaux de Paris
2Service de neuroradiologie, GH Pitié-Salpêtrière, et Laboratoire d’imagerie fonctionnelle, Inserm U678, Université Pierre et Marie Curie, Paris
3Département de biochimie, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques, Université Paris Descartes, Paris

Article reçu le 20 Juillet 2007, accepté le 28 Decembre 2007

Les gliomes sont les tumeurs primitives du cerveau les plus fréquentes ; on estime leur incidence à 5 à 10 pour 100 000 personnes dans la population générale [1, 2]. Le degré de malignité des gliomes est variable et ils restent redoutables en raison de leur transformation maligne fréquente et de leur haut potentiel infiltrant. Les tumeurs gliales peuvent être de haut ou de bas grade, sachant que la moitié des gliomes de bas grade connaissent une transformation maligne dans les 5 ans [3]. Les gliomes de bas grade affectent préférentiellement les jeunes adultes. La progression de ces tumeurs est plus lente que celle des tumeurs de haut grade, le processus de transformation maligne reste difficile à prédire ce qui rend impossible l’établissement d’un pronostic individuel. Le métabolisme énergétique des gliomes, comme celui des autres tumeurs, est basé de façon préférentielle sur la glycolyse plutôt que sur la phosphorylation oxydative, même en présence d’un apport suffisant en oxygène, dit effet Warburg [4]. Depuis le développement des techniques d’imagerie fonctionnelle telles que la tomographie par émission de positrons (PET) facilitant l’étude des tumeurs du cerveau in vivo, un intérêt particulier est porté au métabolisme énergétique des gliomes [5, 6]. Des études récentes montrent que la modification de ce métabolisme pourrait constituer une approche thérapeutique peu agressive pour ces tumeurs [7, 8]. Par ailleurs, des études réalisées par PET ont montré des différences significatives de la consommation du glucose entre les gliomes de haut et de bas grade. Au sein de chaque grade des différences ont été également observées, en relation avec l’agressivité de la tumeur et pourraient ainsi constituer un marqueur pronostique pour les patients atteints de gliomes [9].

De nombreux procédés thérapeutiques anti-tumoraux sont basés sur des agents producteurs d’espèces activées de l’oxygène (EAO) au sein de la tumeur [10]. Les tumeurs gliales sont des tumeurs particulièrement résistantes à la chimio et à la radiothérapie [11] ; cette résistance serait liée à une expression anormalement élevée de certaines enzymes antioxydantes telles que la catalase, les superoxyde dismutases et les glutathion peroxydases, empêchant l’accumulation et la toxicité des EAO au sein de la tumeur [12, 13].

L’objectif de ce travail a été double : 1) définir les caractéristiques du métabolisme énergétique et du stress oxydant cytosolique et mitochondrial de tissus d’exérèse de gliomes de bas grade ; 2) comparer ces caractéristiques métaboliques entre le centre de la tumeur gliale et sa partie périphérique, réputée plus agressive. Ce travail contribuerait à l’identification d’éventuels marqueurs métaboliques de pronostic pour les patients atteints de GBG, et pourrait permettre d’envisager des cibles pharmacologiques potentielles de ces métabolismes pour limiter la diffusion tissulaire tumorale.

Matériel et méthodes

Patients et échantillons

Entre 2003 et 2004, 64 biopsies de gliomes ont été collectées chez 42 patients hospitalisés pour l’exérèse d’un gliome classé de bas grade sur des données cliniques et radiologiques. La cohorte de patients comprend 18 femmes âgées de 26 à 54 ans, et 24 hommes âgés de 28 à 67 ans. Pour 22 patients, deux biopsies ont pu être réalisées : une en zone périphérique (péritumorale) et l’autre en zone centrale de la tumeur (centrotumorale). Après exérèse chirurgicale au bloc opératoire les tissus biopsiques ont été immédiatement plongés dans l’azote liquide puis conservés à – 80 °C. Les résultats obtenus pour les échantillons de la périphérie des tumeurs (n = 22) ont été comparés à des échantillons centraux des mêmes tumeurs auxquels ont été ajoutés, pour augmenter la significativité statistique les échantillons centraux de tumeurs de 20 autres patients.

Méthodes

Homogénéisation des tissus et fractionnement subcellulaire

Les pièces biopsiques ont été décongelées à + 4 °C, débarrassées des vaisseaux sanguins et rincées avec du NaCl 0,9 % froid. Deux types d’extractions ont été réalisés pour chaque biopsie : une extraction neutre pour la détermination des activités enzymatiques et le dosage des substrats [14], et une extraction acide pour le dosage des métabolites de la glycolyse (lactate, pyruvate) et de l’adénosine triphosphate (ATP) [15]. Toutes les étapes d’extraction ont été réalisées à + 4 °C.

L’extraction neutre à été réalisée en présence d’un tampon HEPES 20 mM, pH 7,4 contenant 0,25 M de saccharose, 1 mM d’EDTA, 10 mM de KCl et 1,5 mM de MgCl2. L’homogénéisation a été réalisée à l’aide d’un potter téflon/verre. Une centrifugation à 750 g pendant 10 min à + 4 °C a permis d’éliminer les membranes et les noyaux. Une seconde centrifugation à 10 000 g pendant 20 min à + 4 °C a permis d’obtenir un culot enrichi en mitochondries et un surnageant contenant le cytosol, les peroxysomes et les lysosomes. Les différentes fractions ont été conservées au congélateur à – 80 °C jusqu’au dosage.

L’extraction acide a été réalisée en présence d’acide perchlorique 0,7M, avec broyage dans un potter téflon/verrre. Après centrifugation à 750 g pendant 10 min à + 4 °C, le surnageant a été fractionné et conservé à – 80 °C jusqu’à l’analyse. Le culot a été dissous à nouveau dans une solution de soude 1M pour le dosage des protéines.

La concentration en protéines de chaque fraction a été déterminée par la méthode à l’acide bicinconinique en utilisant le coffret BCA (Pierce). Les activités enzymatiques et les concentrations des différents métabolites ont été exprimées par mg de protéines de la fraction étudiée.

Détermination des activités enzymatiques et dosage des substrats

Les activités cytosoliques des enzymes du métabolisme énergétique, hexokinase (HK), lactate déshydrogénase (LDH) et pyruvate kinase (PK) ainsi que les concentrations du glucose, lactate et pyruvate ont été mesurées par spectrophotométrie en mode cinétique (pour les enzymes) et point final (pour les substrats) sur analyseur multiparamétrique Hitachi-Modular® (Roche Diagnostics). Les activités des enzymes antioxydantes superoxyde dismutase (SOD) et glutathion peroxydase (GPX) ont été mesurées en utilisant les trousses Randox® adaptées sur automate multiparamétrique Koné® (Thermo-Electron). L’activité de la catalase a été mesurée par la méthode décrite par Johansson et Borg [16]. Les concentrations du malonedialdéhyde (MDA), produit de dégradation des lipoperoxydes ont été mesurées par spectrofluorimétrie en utilisant la méthode décrite par Ohkawa et al. [17]. L’activité cytochrome c oxydase (Cyt c Ox) a été mesurée par spectrofluorimétrie en suivant la cinétique d’oxydation du cytochrome c à 512 nm [18].

Analyse statistique

Les résultats ont été exprimés en médianes et quartiles ; la comparaison des moyennes entre biopsies centrales et périphériques a été réalisée en utilisant le test U de Mann et Whitney. Les corrélations entre les différents paramètres ont été évaluées en utilisant le test de corrélation de Spearman. L’analyse statistique est effectuée par le logiciel StatView version 5.0.

Résultats

Etude du métabolisme énergétique

Les résultats des différents paramètres mesurés sont présentés dans le tableau 1. Une grande variabilité des activités enzymatiques et des concentrations des métabolites a été observée d’une biopsie à une autre, témoignant de l’existence de biopsies à forte activité métabolique, alors que d’autres sont à faible activité métabolique. Pour l’ensemble des biopsies une corrélation positive entre les activités enzymatiques de la LDH et de PK (r = 0,78 ; p < 0,001) est observée (figure 1A). Cette corrélation est encore plus significative dans les biopsies réalisées en périphérie tumorale (r = 0,93 ; p < 0,0001) (figure 1B). Une corrélation positive est également observée entre les activités de l’HK et de la PK (r = 0,61 ; p < 0,001), mais uniquement dans les biopsies centrotumorales (figure 1C).

La concentration en glucose est inversement corrélée à l’activité de l’hexokinase mesurée dans la fraction mitochondriale (r = 0,561 ; p < 0,001), mais pas à celle mesurée dans la fraction cytosolique. Ce résultat suggère que l’hexokinase liée à la mitochondrie jouerait un rôle plus déterminant dans la consommation du glucose par les cellules tumorales.

Parmi les 64 biopsies étudiées, 60 ont présenté un rapport lactate/pyruvate > 1, aussi bien en zone périphérique (médiane = 6,7) qu’en zone centrale (médiane = 14,9) (p < 0,05), indiquant que le métabolisme énergétique est principalement glycolytique, et plus accentué au centre de la tumeur par rapport à la périphérie.

La comparaison des résultats des paramètres du métabolisme glucidique entre les zones péri et centro-tumorales montre que le glucose et le lactate sont significativement plus augmentés dans le centre de la tumeur, p < 0,01 et p < 0,05 respectivement, alors que l’activité de la cytochrome c oxydase mitochondriale est plus augmentée en zone périphérique des tumeurs (p < 0,005). En revanche, aucune différence significative n’est observée pour les activités des enzymes glycolytiques, le pyruvate et l’ATP.

Une corrélation positive entre la concentration de l’ATP et celle du pyruvate (r = 0,847 ; p < 0,001) (figure 1D), est observée, aussi bien en zone périphérique (r = 0,852 ; p < 0,05) qu’en zone centrale (r = 0,845 ; p < 0,05) des tumeurs. Par ailleurs une corrélation négative est observée sur l’ensemble de tumeurs entre la concentration en ATP et l’activité de la PK (r = 0,72 ; p < 0,005).

Tableau 1 Activités enzymatiques et concentrations des métabolites du métabolisme énergétique dans les homogénats de biopsies de gliomes de bas grade. Les résultas sont exprimés en médianes et (interquartiles). La comparaison des paramètres entre les échantillons périphériques et centraux des tumeurs a été effectuée en utilisant le test U de Mann–Whitney. Une différence est considérée comme statistiquement significative pour une valeur de p < 0,05.

Paramètre

Toutes biopsies n = 64

Biopsies centrales n = 42

Biopsies périphériques n = 22

p

HK (mU/mg)

26,3 (18,8-43,3)

25,5 (18,3-35,6)

27,8 (20,7-48,7)

NS

  • PK
  • (mU/mg)


56,4 (34,9-75,6)

57,4 (34,3-78,0)

51,6 (35,5-68,2)

NS

LDH (U/mg)

3,4 (2,6-4,1)

3,2 (2,5-3,9)

3,6 (3,2-4,2)

NS

Glucose (μmol/mg)

0,177 (0,135-0,230)

0,194 (0,152-0,254)

0,138 (0,114-0,199)

< 0,01

Lactate (mmol/mg)

6,4 (2,9-11,5)

7,4 (3,2-12,9)

4,4 (2,6-6,7)

< 0,05

Pyruvate (mmol/mg)

0,567 (0,321-0,967)

0,534 (0,130-0,992)

0,608 (0,486-0,943)

NS

Lactate/pyruvate

10,1 (4,2-46,5)

14,9 (4,6-132,0)

6,7 (3,4-10,1)

< 0,05

Cyt c Ox (mU/mg)

101,6 (68,2-127,2)

87,7 (67,0-110,4)

122,6 (110,5-149,1)

< 0,005

ATP (pmol/mg)

33,7 (15,3-114,5)

35,3 (20,1-110,8)

29,6 (13,1-103,8)

NS

Etude du stress oxydant

Les résultats du tableau 2 montrent une dispersion des valeurs d’une biopsie à l’autre. Sur l’ensemble des biopsies, une corrélation positive est observée entre les activités GPX et SOD (r = 0,60 ; p < 0,001) (figure 2A) ; cette relation est encore plus significative dans les biopsies périphériques (r = 0,806 ; p < 0,001) (figure 2B).

La comparaison des résultats entre les biopsies centrales et périphériques montre que l’activité catalasique est significativement plus importante en périphérie tumorale par rapport au centre (p < 0,001). La concentration en MDA est légèrement plus élevée en périphérie tumorale, à la limite de la significativité statistique (p = 0,057).

Tableau 2 Activités des enzymes antioxydantes et de la concentration du malondialdéhyde (MDA) dans les homogénats de biopsies de gliomes de bas grade. Les résultas sont exprimés en médianes et (interquartiles). Une comparaison des paramètres entre les échantillons périphériques et centraux des tumeurs à été effectuée en utilisant le test U de Mann–Whitney. La différence est considérée comme statistiquement significative pour une valeur de p < 0,05.

Paramètre

Toutes biopsies n = 64

Biopsies centrales n = 42

Biopsies périphériques n = 22

p

SOD (U/mg)

5,8 (4,7-7,8)

6,2 (5,1-8,2)

5,4 (4,3-6,6)

NS

GPX (mU/mg)

117 (95-139)

115 (77-140)

121 (100-139)

NS

Catalase (mU/mg)

477 (196-876)

302 (146-711)

827 (545-1186)

< 0,001

MDA (pmol/mg)

260 (177-385)

230 (156-383)

303 (246-414)

0,057

Relation entre métabolisme énergétique et stress oxydant

Les résultats comparatifs du métabolisme énergétique et du stress oxydant indiquent une corrélation positive entre l’activité des enzymes antioxydantes SOD et GPX et l’activité de la LDH, respectivement (r = 0,604 ; p < 0,05) et (r = 0,637 ; p < 0,001) (figure 3A et B). Une corrélation positive est également observée pour l’ensemble des biopsies entre les activités cytosoliques de la SOD et de la PK (r = 0,727 ; p < 0,001) (figure 3C). Enfin, les concentrations de MDA sont positivement corrélées à celles de l’ATP dans les biopsies périphériques (figure 3D).

Discussion

Cette étude fournit une description biochimique du métabolisme énergétique et du stress oxydant dans un ensemble de 64 tumeurs gliales présentant les caractéristiques cliniques et radiologiques de gliomes de bas grade. L’analyse de 22 tumeurs pour lesquelles nous disposons à la fois d’un prélèvement périphérique et d’un prélèvement central permet de révéler certaines différences métaboliques entre le centre et la périphérie des gliomes. On note une grande dispersion des valeurs des différents paramètres, aussi bien au sein de la même tumeur que d’une tumeur à une autre. Cette variabilité des résultats est probablement liée à la grande hétérogénéité cellulaire et métabolique qui caractérise les tumeurs gliales [19]. Cependant, l’analyse détaillée des résultats des différents paramètres du métabolisme et des corrélations qui existent entre eux permet de dégager certaines caractéristiques importantes.

Pour l’ensemble des tumeurs, une corrélation positive et significative est observée entre les principales enzymes de la glycolyse : HK, PK et LDH. De plus, certaines tumeurs ont une activité métabolique augmentée alors que d’autres présentent un métabolisme plus faible. Ces résultats confirment ce qui a été rapporté dans des études réalisées par PET, qui ont montré qu’en fonction de la captation du 18-fluoro-déoxyglucose (18-FDG) les tumeurs peuvent être classées en hypermétaboliques ou en hypométaboliques [20]. Les gliomes hypermétaboliques, qu’ils soient de haut ou de bas grade, sont souvent associés à une médiane de survie plus courte [20]. Le rapport lactate/pyruvate très supérieur à 1 dans l’ensemble des tumeurs montre que le métabolisme énergétique est principalement glycolytique, ce qui est tout à fait en accord avec l’effet Warburg décrit dans les tumeurs en général et plus particulièrement dans les gliomes [21-23]. Nos résultats montrent que la glycolyse dans les gliomes de bas grade aboutit préférentiellement à la formation de lactate comme cela avait été décrit pour les gliomes de haut grade [24]. L’effet Warburg semble plus accentué au centre de la tumeur comme le suggère la concentration en lactate et des rapports lactate/pyruvate plus élevés. Ceci pourrait être lié à une meilleure oxygénation des tissus de la zone péri-tumorale. Les cellules tumorales seraient en effet susceptibles d’adapter leur activité métabolique en fonction de l’apport en oxygène, ce qui leur permettrait de conserver leur autonomie métabolique. Il a été rapporté par Oudard et al. [23] que le rapport lactate/pyruvate est plus élevé dans les tissus de gliomes de haut grade par rapport à ce qui a été retrouvé dans un tissu cérébral sain. Les résultats que nous avons obtenus sur les gliomes de bas grade sont proches de ceux obtenus par Oudard dans les tumeurs de haut grade, suggérant que le métabolisme énergétique des gliomes de bas grade est plus proche de celui des hauts grades que du tissu normal. La concentration en glucose est plus élevée au centre des tumeurs qu’à la périphérie, suggérant une consommation de glucose plus importante à la périphérie des tumeurs. Les études du métabolisme réalisées par des techniques d’imagerie par TEP ont montré que la captation du 18-FDG est plus importante dans le tissu tumoral par rapport au tissu sain adjacent [25], et que les tissus tumoraux les plus invasifs sont également ceux dont la consommation en glucose est plus élevée [26]. Associés à ces données de la littérature, nos résultats suggèrent donc que le tissu tumoral périphérique porte le potentiel invasif des gliomes de bas grade. En parallèle, l’activité mitochondriale au centre de la tumeur apparaît plus basse par rapport à la périphérie, comme le suggère l’activité cytochrome c oxydase plus faible. Nos résultats sont en accord avec ceux d’autres travaux [27, 28] ayant montré que le nombre et les fonctions des mitochondries sont diminués dans les gliomes par rapport au tissu normal. L’activité plus basse de la cytochrome c oxydase peut expliquer la faible consommation du glucose et l’accumulation de lactate dans le tissu central. La corrélation positive entre les concentrations du pyruvate et celles de l’ATP observée sur l’ensemble des biopsies montre que, dans les gliomes de bas grade, l’essentiel de la charge énergétique reflétée par l’ATP proviendrait du pyruvate.

Les gliomes sont des tumeurs particulièrement résistantes à la chimiothérapie et à la radiothérapie. De nombreux travaux suggèrent l’existence d’une relation entre la résistance des gliomes aux thérapeutiques anticancéreuses et l’expression des enzymes antioxydantes [12, 13]. Ainsi, il a été rapporté que les activités des enzymes SOD, GPX et glutathion réductase étaient 5 fois plus élevées dans une lignée cellulaire de gliome radiorésistante par rapport à une lignée non résistante [11]. La mesure de l’activité des principales enzymes antioxydantes dans les biopsies a montré une corrélation positive entre les activités de la SOD et la GPX dans l’ensemble des biopsies ; cette corrélation est particulièrement significative dans les prélèvements périphériques. La comparaison des activités enzymatiques antioxydantes entre les biopsies centrales et périphériques a montré une activité catalase plus augmentée en périphérie des tumeurs par rapport au centre. La catalase a été rapportée comme étant une enzyme qui confère la résistance des cellules de gliomes aux molécules anticancéreuses, l’inhibition de la catalase dans ces cellules les rend donc plus sensibles [29]. Une augmentation significative de l’activité catalasique à la périphérie des gliomes peut donc laisser supposer une plus grande résistance de la tumeur aux procédés thérapeutiques, souvent basés sur une génération d’espèces activées de l’oxygène au sein de la tumeur comme le 1,3-bis(2-chlorethyl)-1-nitrosouree (BCNU) et la buthionine sulfoximine (BSO) [30]. La concentration du MDA, produit de dégradation des lipides oxydés est légèrement diminuée au centre des tumeurs, probablement en raison d’une glycolyse anaérobie plus importante. Une corrélation positive entre les concentrations du MDA et de l’ATP est observée dans les biopsies périphériques indiquant l’existence d’une relation entre le métabolisme oxydatif générateur d’EAO et la peroxydation lipidique. Cette corrélation n’est pas observée dans les biopsies centrales, probablement à cause d’un effet Warburg plus accentué. Cirak et al. [31] ont rapporté que la concentration tissulaire du MDA était plus augmentée dans les gliomes que dans le tissu cérébral non tumoral, et qu’au sein de la cohorte des gliomes le MDA était 1,5 fois plus élevé dans les hauts grades par rapport aux bas grades. Selon ces auteurs, le MDA malgré sa mauvaise spécificité pourrait constituer un marqueur supplémentaire permettant de différencier les tumeurs gliales de haut et de bas grade [31].

Conclusion

Cette étude montre que les GBG ont un métabolisme énergétique principalement basé sur la glycolyse comme ce qui a été rapporté dans les gliomes de haut grade. Le tissu péritumoral semble plus actif métaboliquement que le tissu centrotumoral avec une consommation de glucose et une activité mitochondriale plus importantes. La protection enzymatique antiradicalaire est apparue non significativement différente entre le centre et la périphérie tumorale, à l’exception de la catalase, plus augmentée en périphérie en accord avec une peroxydation lipidique plus élevée, suggérant un stress oxydant accru dans cette partie de la tumeur.

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