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Syndrome métabolique : physiopathologie et impact sur la lithogenèse


Annales de Biologie Clinique. Volume 66, Numéro 1, 9-17, Janvier-Février 2008, revue générale

DOI : 10.1684/abc.2008.0187

Résumé   Summary  

Auteur(s) : R Zerifi, A Bahlous, O Marakchi, M Daudon, Z Bartagi, J Abdelmoula , Centre national de la médecine et des sciences du sport, Tunis, Tunisie, Service de biochimie, Hôpital Charles Nicolle, Tunis, Tunisie, Service de biochimie A, Hôpital Necker, Paris.

Résumé : L’augmentation, dans nos sociétés, de la fréquence des maladies de surcharge notamment l’obésité, le diabète de type 2 et le syndrome métabolique coïncide avec celle de la lithiase urinaire. Comme la maladie lithiasique, le syndrome métabolique ou syndrome X est multifactoriel. Plusieurs études épidémiologiques se sont intéressées à la recherche d’une relation physiopathologique entre les différents composants de ce syndrome (obésité, hypertension artérielle, diabète, dyslipémie) et la lithogenèse. Au cours du syndrome métabolique, la résistance à l’insuline et le défaut d’ammoniogenèse rénale constituent les principaux désordres favorisant la lithogenèse. Le défaut d’ammoniogenèse induit par la résistance des cellules rénales à l’insuline entraîne une hyperacidité urinaire qui favorise la cristallisation de l’acide urique responsable de la formation des calculs uriques ou oxalouriques.

Mots-clés : syndrome métabolique, lithogenèse, physiopathologie, urolithiase

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : R Zerifi1, A Bahlous2, O Marakchi2, M Daudon3, Z Bartagi1, J Abdelmoula2

1Centre national de la médecine et des sciences du sport, Tunis, Tunisie
2Service de biochimie, Hôpital Charles Nicolle, Tunis, Tunisie
3Service de biochimie A, Hôpital Necker, Paris

Article reçu le 20 Juin 2007, accepté le 22 Septembre 2007

Le syndrome métabolique, encore appelé syndrome X ou syndrome polymétabolique est actuellement un problème de santé publique majeur. Il est bien établi que les sujets atteints de ce syndrome sont exposés à un risque trois fois plus élevé de subir une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral par rapport à ceux qui en sont indemnes [1]. Par ailleurs, le risque de développer une maladie lithiasique est plus important chez ces patients.

Plusieurs définitions du syndrome métabolique ont été proposées par plusieurs auteurs et organismes scientifiques : Kylin (1920), Vague (1947), Reaven (1988), l’Organisation mondiale de santé (OMS) en 1998, l’European group for the study of insulin resistance (EGIR) en 1999 et le National cholesterol education program (NCEP) en 2001. Ces définitions se différencient non seulement par leurs composants mais également par les seuils des paramètres choisis [1-4]. En 2005, la nouvelle définition de la Fédération internationale de diabète (FID) [1] tient compte de l’évidence croissante de l’obésité abdominale. Selon cette nouvelle définition, une augmentation du tour de taille, mesure indirecte bien acceptée de l’adiposité abdominale, constitue un élément nécessaire au diagnostic du syndrome métabolique ; ainsi, cette dernière définition associe la présence d’un tour de taille élevé avec celle d’au moins deux autres facteurs parmi ceux indiqués dans le tableau 1 [1].

Physiopathologie du syndrome métabolique

Bien que la base moléculaire sous-tendant le syndrome métabolique demeure incomplètement élucidée, la mise en évidence récente de multiples sécrétions peptidiques par le tissu adipeux a permis de placer l’adipocyte au centre du processus aboutissant à l’expression clinique des différents désordres de ce syndrome [5]. Le sujet obèse, de par sa plus grande masse adipeuse, sera par conséquent prédisposé à une dysfonction sécrétoire de l’adipocyte.

Plusieurs gènes responsables du surpoids ont été récemment identifiés [6-9] ; cette prédisposition génétique est amplifiée par des facteurs environnementaux dont l’importance croissante au sein des différents groupes de populations explique la progression du syndrome métabolique dans de nombreux pays du monde. Ces facteurs associent une alimentation hypercalorique riche en matière grasse et en sucres d’absorption rapide avec une activité physique insuffisante.

Obésité abdominale

La topographie de distribution des masses grasses joue un rôle important dans l’apparition des risques métaboliques et cardiovasculaires chez l’homme [10]. En effet, c’est l’obésité abdominale (obésité androïde) qui est associée à ce risque contrairement à l’obésité des hanches (obésité gynoïde) [11]. Ceci a été confirmé par de nombreuses études épidémiologiques au cours des dix dernières années [12, 13]. Parmi les adipocytes abdominaux, ce sont les adipocytes omentaux (adipocytes de l’épiploon) qui sont les plus concernés. Ainsi, la mesure du tour de taille devient une mesure anthropométrique très utile en plus de l’index de masse corporelle (IMC).

La dysrégulation du métabolisme lipidique induite par l’accumulation de tissu adipeux conduit au développement d’une insulino-résistance, dont les conséquences métaboliques sont au cœur du processus évolutif du syndrome métabolique.

Tableau 1 Les critères du syndrome métabolique selon la Fédération internationale de diabète (2005).

Tour de taille élevé

≥ 94 cm chez l’homme et ≥ 80 cm chez la femme

Glycémie veineuse augmentée

Glycémie à jeun ≥ 5,6 mmol/L (1 g/L) ou diabète de type 2 diagnostiqué précédemment

Triglycérides élevés

  • ≥ 1,7 mmol/L (> 1,5 g/L)
  • ou traitement spécifique de ce trouble lipidique


Faible concentration d’HDL-cholestérol

  • < 1,03 mmol/L (< 0,4 g/L) chez l’homme
  • < 1,29 mmol/L (< 0,5 g/L) chez la femme
  • ou traitement spécifique de ce trouble lipidique


Hypertension artérielle

Pression systolique : ≥ 130 mmHg ou pression diastolique : ≥ 85 mmHg ou traitement d’une hypertension diagnostiquée précédemment

Résistance à l’insuline

La résistance à l’insuline se définit comme un état de diminution de la réponse cellulaire et tissulaire à l’hormone en présence d’une concentration normale d’insuline ou comme une réponse normale au prix d’une insulinémie élevée. En effet, tant que la sécrétion bêta pancréatique est suffisante pour contrer la résistance à l’insuline, la glycémie reste normale ou modérément altérée. Ainsi, le syndrome métabolique se traduit biologiquement par une hyperinsulinémie et une altération de la tolérance au glucose dont l’évolution se fait vers un diabète de type 2 lorsque les capacités sécrétoires du pancréas sont dépassées. Cet état de résistance à l’insuline, au premier plan dans le syndrome métabolique, a été proposé comme étant l’altération centrale responsable, non seulement des troubles de la tolérance au glucose, mais également des autres anomalies métaboliques touchant en premier lieu le foie et les muscles [3, 13].

Lipolyse et dyslipidémie

Les anomalies lipidiques du syndrome métabolique se caractérisent par une augmentation des triglycérides, une diminution du HDL-cholestérol et des anomalies qualitatives des LDL qui deviennent petites et denses [3]. En effet, le métabolisme lipidique est influencé par la différence de sensibilité aux processus contrôlant la lipogenèse des adipocytes sous-cutanés et viscéraux. Ces processus sont gérés par les catécholamines et l’insuline. Plusieurs travaux ont montré que, chez le sujet normal, les catécholamines ont un effet lipolytique plus puissant sur les adipocytes viscéraux que sur les adipocytes sous-cutanés. Cette variabilité de réponse peut s’expliquer par la nette différence existant entre le niveau d’expression des récepteurs des adipocytes β1 et β2 stimulant la lipolyse et α2 adrénergiques inhibant la lipolyse. Contrairement aux adipocytes sous-cutanés, les adipocytes viscéraux (omentaux en particulier) ont une réponse β adrénergique majorée du fait d’une forte densité des β récepteurs. Il y a ainsi une production accrue d’acides gras libres (AGL) et de glycérol à partir des triglycérides (TG) [14].

De plus, l’insuline joue un rôle essentiel dans le contrôle de la biodisponibilité des AGL ; en régulant l’activité de la lipoprotéine lipase, l’insuline inhibe la lipolyse et réduit l’afflux des AGL ; en stimulant la ré-estérification des AGL en TG, elle augmente les capacités de stockage des graisses par les adipocytes. Les effets antilipolytiques de l’insuline et la ré-estérification des AGL sont réduits dans les adipocytes omentaux par rapport aux adipocytes sous-cutanés.

Au cours du syndrome métabolique, la libération accrue d’AGL et de glycérol favorise au niveau hépatique la synthèse des lipoprotéines de très faible densité very low density lipoprotéines (VLDL) et par conséquent l’hypertriglycéridémie, ainsi que la néoglucogenèse et son corollaire, l’hyperglycémie. Au niveau du muscle, les AGL entraînent une résistance à l’insuline du fait de leur utilisation préférentielle par rapport au glucose.

L’expansion des tissus adipeux périphériques, plus aptes à stocker ces AGL et se caractérisant par une bonne réponse insulinique avec une réponse lipolytique limitée, pourrait être associée à des effets protecteurs vis-à-vis de l’installation de troubles métaboliques. Elle peut vraisemblablement différer l’apparition ou protéger contre l’envahissement lipidique du foie, du pancréas et du muscle squelettique et maintenir des taux plasmatiques d’AGL bas.

Participation des différentes adipokines dans le syndrome métabolique

Le tissu adipeux, l’endothélium vasculaire et les cellules inflammatoires des espaces sous-endothéliaux produisent plusieurs peptides appelés adipokines (cytokines, facteurs de croissance, hormones). Ces peptides, sécrétés dans la circulation, jouent un rôle local auto-paracrine. Un nouvel éclairage sur la physiopathologie du syndrome X est apporté par la découverte de l’effet physiologique de ces peptides. Il s’agit en particulier de la leptine, du tumor necrosis factor-α (TNFα), de l’interleukine 6, de l’adiponectine et de la résistine. D’autres adipokines, telles que l’angiotensinogène ou l’inhibiteur 1 anti-activateur du plasminogène (PAI-1), font l’objet de nombreuses recherches mais leur impact sur l’inflammation et l’insulino-résistance reste à préciser [5].

La leptine

Son expression varie en fonction du site adipeux considéré. Elle est plus importante dans le tissu adipeux sous-cutané par rapport au tissu adipeux viscéral chez l’homme [5]. Les concentrations plasmatiques de leptine et l’expression de son ARNm dans le tissu adipeux sont étroitement associées au degré d’obésité, ce qui fait de la leptine un véritable indicateur de la masse adipeuse, essentiellement sous-cutanée (80 %) [5]. Bien que l’effet biologique principal de la leptine intervienne au niveau du système nerveux central dans le contrôle de la prise alimentaire, il existe une relation entre la leptinémie et un état sub-inflammatoire chronique dans l’obésité, ce qui suggère d’autres effets biologiques périphériques possibles de l’hormone associés à sa nature, apparentée à celle des cytokines [14, 15].

L’adiponectine

C’est une hormone adipocytaire qui joue un rôle important dans la pathogenèse de l’insulino-résistance. L’adiponectine réduit l’insulino-résistance en favorisant la réduction de la teneur en triglycérides du foie et des muscles par l’intermédiaire de molécules qui augmentent l’utilisation des lipides par les tissus. Il a été montré qu’une expression réduite de l’adiponectine est corrélée à l’insulino-résistance chez les souris obèses et que l’administration conjointe d’adiponectine et de leptine permettait de faire disparaître l’insulino-résistance induite par l’obésité [16]. De plus, l’adiponectine active deux types de récepteurs appelés AdipoR1 présents dans la plupart des cellules, mais particulièrement au niveau du muscle squelettique et AdipoR2 présents au niveau du foie. La stimulation de ces récepteurs active, entre autres, la voie de signalisation de l’adénosine monophosphate kinase (AMPK) qui elle-même stimule l’utilisation de glucose par les tissus périphériques et diminue sa production hépatique. L’adiponectine agirait sur la production hépatique de glucose, en diminuant l’expression des ARNm de deux enzymes essentielles de la néoglucogenèse : la phosphoénolpyruvate carboxykinase et la glucose-6-phosphatase [17]. De plus, elle pourrait contribuer à diminuer la réponse inflammatoire induite par le TNFα. En revanche, le TNFα et l’IL-6 diminuent l’expression de l’adiponectine dans les adipocytes [5, 14]. Le taux d’adiponectine circulant est réduit chez l’obèse et chez les patients ayant un diabète de type 2 avec des pathologies coronariennes. Elle est corrélée négativement avec l’IMC.

Le tumor necrosis factor-α (TNFα)

Il est extrêmement faible dans le tissu adipeux quel que soit le tissu considéré, et il n’est pas modifié en cas d’obésité [18]. D’après des travaux récents [5, 14], des macrophages s’accumuleraient dans le tissu adipeux au cours du développement de la masse grasse chez l’homme avant l’apparition de l’insulino-résistance. Ils pourraient contribuer, par leur activité sécrétoire, représentée en particulier par le TNFα et d’autres cytokines, à la genèse de l’insulino-résistance. Parmi les effets métaboliques de cette cytokine, ont été rapportés une hyperglycémie et une augmentation des AGL et des TG ainsi qu’une augmentation de l’ACTH et des catécholamines. Le TNFα pourrait être à l’origine d’une résistance à l’insuline en entraînant une phosphorylation anormale de l’insulin receptor substrate (IRS-1) [5, 14].

L’interleukine-6 (IL-6)

C’est une hormone sécrétée par le tissu adipeux viscéral. Sa production augmente avec l’IMC et diminue après une perte de poids [19]. L’IL-6 produite est délivrée directement au foie, via la veine porte. Elle pourrait contribuer au syndrome métabolique en augmentant la production de VLDL et la synthèse de protéines de la phase aiguë de l’inflammation [14].

La résistine

C’est une hormone sécrétée par les adipocytes. Il a été démontré que cette hormone est impliquée dans l’insulino-résistance chez les rongeurs et qu’elle inhibe la captation du glucose dans le muscle squelettique de certains modèles animaux [20]. Chez l’homme, les taux de résistine plasmatique sont corrélés aux taux des marqueurs de l’inflammation, indépendamment de la protéine C-réactive (CRP). Sa contribution dans l’insulino-résistance est encore débattue [5, 14].

Le plasminogen activator inhibitor-1 (PAI-1)

Inhibiteur physiologique de l’activation du plasminogène, il joue un rôle essentiel dans le contrôle du système fibrinolytique. L’expression accrue de PAI-1 est un facteur de risque cardiovasculaire, en particulier chez les patients insulino-résistants. Sa synthèse est modulée par divers agents tels que le TNFα, l’IL-1 et l’angiotensinogène II [5, 14].

L’angiotensinogène

Il est exprimé dans l’adipocyte. Le tissu adipeux, plus particulièrement omental, semble exprimer des taux élevés d’angiotensinogène, en particulier chez les obèses, ce qui expliquerait l’activation du système rénine-angiotensine et l’hypertension artérielle observée chez ces patients [5, 14].

Hypertrophie du tissu adipeux et réaction inflammatoire

L’obésité est associée à une réponse inflammatoire chronique, caractérisée par une production anormale d’adipokines et l’activation des voies de signalisation pro-inflammatoires, se traduisant par une induction des marqueurs plasmatiques de l’inflammation. À l’inverse, une réduction pondérale est associée à une normalisation de ces marqueurs de l’inflammation. Cette association n’est pas fortuite. En effet, il a démontré dans plusieurs modèles animaux, que ces phénomènes inflammatoires sont liés de façon causale à l’obésité et à ses co-morbidités, telles que l’insulino-résistance, le diabète de type 2 et certaines pathologies cardiovasculaires [5, 14].

Un faisceau d’arguments suggère l’existence d’une inflammation à bas bruit au cours de l’obésité, avec une élévation des concentrations plasmatiques de CRP, de TNFα, d’IL-6 et d’autres marqueurs de l’inflammation. L’IL-6, une cytokine pro-inflammatoire, stimule la production hépatique de CRP, ce qui explique l’association observée entre l’élévation du contenu en IL-6 du tissu adipeux et l’élévation de la CRP chez les individus obèses.

Il existe aussi une corrélation entre l’IMC et la valeur de la CRP chez des individus en bonne santé. Par ailleurs, une valeur augmentée de CRP chez un individu obèse majore d’au moins deux fois le risque de survenue de diabète de type 2 dans les trois ou quatre ans qui suivent.

De plus, en situation d’hypertrophie adipocytaire, la sécrétion locale de chimiokines et de cytokines pro-inflammatoires induit un recrutement de cellules macrophagiques qui vont amplifier cette sécrétion : TNFα, IL-6, l’interleukine 1-β en particulier [5, 14].

L’hypertension artérielle

L’hyperinsulinémie résultant de la résistance à l’insuline peut rendre compte des mécanismes physiopathologiques qui conduisent à l’hypertension. En effet, l’hyperinsulinémie peut augmenter la pression artérielle par plusieurs mécanismes : stimulation de la réabsorption tubulaire de sodium, activation du système nerveux adrénergique, stimulation de la croissance des cellules musculaires lisses et altération du passage ionique transmembranaire. Ces effets s’ajoutent à celui de l’angiotensinogène produit en abondance par le tissu adipeux des sujets obèses [21]. Tous ces mécanismes peuvent être associés et contribuent à l’augmentation de la pression artérielle au cours du syndrome métabolique. Cependant, malgré les nombreux travaux relatifs à ce sujet, les relations physiopathologiques entre insulino-résistance et hypertension artérielle restent encore discutées.

Rôle de l’acide urique

L’acide urique est le produit final du catabolisme peroxysomal des purines. Filtré par le glomérule, l’acide urique est l’objet d’un transport rénal très actif dans le tube proximal, comportant une réabsorption presque complète, suivie d’une sécrétion tubulaire et d’une nouvelle réabsorption post-sécrétoire. Chez les sujets obèses qui présentent un syndrome métabolique, on observe une diminution de l’excrétion rénale d’acide urique, ce qui conduit corrélativement à une élévation de l’uricémie [22]. La prévalence élevée de cette anomalie dans le syndrome métabolique en fait un marqueur de plus en plus étudié, en particulier à cause de son implication dans le stress oxydant et l’état inflammatoire qui sont associés à ce syndrome [23, 24].

Influence des perturbations métaboliques du syndrome X sur la lithogenèse

L’obésité, la résistance à l’insuline et l’hypertension artérielle, critères essentiels du syndrome métabolique, engendrent des perturbations métaboliques qui vont créer les conditions d’une sursaturation urinaire en plusieurs composés promoteurs de la lithogenèse.

Généralités sur la lithogenèse

La lithogenèse est l’ensemble des processus qui conduisent à la formation d’un calcul dans l’appareil urinaire. Elle comporte plusieurs étapes : la sursaturation des urines, la germination des cristaux, leur croissance, leur agrégation, leur rétention et enfin la croissance du calcul. De nombreuses molécules inhibitrices d’une ou plusieurs de ces étapes influencent grandement le processus lithiasique.

Sursaturation et cristallisation

La sursaturation des urines est le mécanisme fondamental de l’apparition des germes cristallins. Elle résulte d’un excès de concentration des promoteurs de la lithogenèse, c’est-à-dire des substances urinaires ionisées capables de cristalliser, soit seules, soit par associations de plusieurs espèces ioniques, lorsque leur concentration molaire est supérieure à la capacité solubilisante de l’urine (tableau 2). La saturation se définit comme la concentration maximale d’un soluté au-delà de laquelle toute nouvelle fraction de la substance ajoutée reste insoluble. Cette concentration définit le produit de solubilité (PS) de la substance considérée. Aucune nucléation ne peut se produire lorsque la concentration du soluté lithogène est inférieure à son PS. Toute concentration de la substance au-dessus du PS définit l’état de sursaturation. Une substance sursaturée peut cristalliser, mais plus ou moins rapidement selon sa nature et son niveau de sursaturation. Certaines molécules ont une sursaturation très fortement dépendante du pH des urines, comme l’acide urique, les urates et les phosphates, alors que d’autres y sont moins sensibles, comme l’oxalate de calcium. Le niveau de sursaturation est étroitement dépendant du débit urinaire du soluté, du volume de la diurèse et, pour les espèces qui y sont sensibles, du pH urinaire [25].

D’autres facteurs physico-chimiques influencent la cristallisation, en particulier la force ionique urinaire.

Tableau 2 Promoteurs et inhibiteurs de la cristallisation.INH : inhibiteurs ; FPM : faible poids moléculaire ; N : nucléation ; C : concrétion ; Ag : agrégation ; Ad : adhésion.

Influence du pH urinaire sur la lithogenèse

Le pH urinaire joue un rôle essentiel dans l’ionisation des molécules impliquées dans la lithogenèse. Un pH acide (< 5,3) favorise la précipitation de l’acide urique tandis qu’un pH moins acide (5,3 – 5,8) est souvent associé à des cristalluries mixtes faites tantôt d’acide urique, tantôt d’oxalate de calcium, tantôt du mélange des deux espèces cristallines. Un pH supérieur à 6 s’accompagne, spontanément, de la précipitation de phosphate de calcium carbonaté sous forme cristalline (carbapatite) ou amorphe (phosphate amorphe de calcium carbonaté), tandis qu’un pH supérieur à 8 entraîne la précipitation du phosphate ammoniaco-magnésien et de l’urate d’ammonium (figure 1). L’oxalate de calcium dont la solubilité est peu dépendante du pH peut être observé aussi bien en urine acide qu’en urine alcaline [25], mais certaines substances de l’urine, sensibles au pH, comme le citrate, sont capables de complexer le calcium plus efficacement en urine alcaline, ce qui tend à diminuer la cristallisation oxalocalcique.

Inhibiteurs de cristallisation

Les urines contiennent normalement des substances nommées « inhibiteurs de la cristallisation » capables de s’opposer aux conséquences de la sursaturation. Chez les sujets lithiasiques, ces substances sont présentes mais paraissent moins efficaces pour empêcher la formation de cristaux, soit parce qu’elles sont présentes en quantité insuffisante, soit parce qu’elles sont structuralement modifiées, ce qui altère leur efficacité [25]. Ces inhibiteurs comportent non seulement des molécules capables d’empêcher la formation des cristaux mais aussi des substances qui peuvent s’opposer à leur évolution (croissance, agrégation, adhésion à l’épithélium…). On distingue les inhibiteurs de faible poids moléculaire (magnésium, citrate, pyrophosphate…) et les inhibiteurs macromoléculaires (glycosaminoglycanes, glycoprotéines, ostéopontine, etc.) [25].

Lithiase rénale, suralimentation et surpoids

Des études ont montré une augmentation de l’incidence des calculs avec les excès alimentaires et la surcharge pondérale aussi bien chez les hommes que chez les femmes [26-28]. Dans une étude prospective publiée en 2005 [26], Taylor et al. ont démontré qu’il existe une relation entre le risque de formation de calcul et l’augmentation de l’IMC qui serait en rapport avec une excrétion urinaire accrue des oxalates et des urates. En Californie, Powell et al. [29] ont observé que les sujets obèses avaient une excrétion urinaire accrue d’acide urique et de phosphate, mais aussi d’oxalate. De plus, l’excès d’apport en protéines animales, constaté chez de nombreux lithiasiques, est propice à une augmentation de l’uricurie et à une diminution du pH urinaire [30].

Par ailleurs, l’élévation du glucose plasmatique observée chez les obèses peut affecter le métabolisme du calcium ; en effet, il a été démontré que l’excrétion urinaire du calcium augmente avec celle des apports en sucres raffinés. Or, l’hypercalciurie est l’un des principaux facteurs de risque de lithiase oxalocalcique [30].

Rôle du syndrome métabolique et de l’insulino-résistance

Il a été prouvé que l’insuline agit sur le rein à plusieurs niveaux :
  • elle stimule la production d’ammonium à partir de la L-glutamine dans le tube proximal [31] ;
  • elle augmente la réabsorption du sodium et de l’acide urique dans le tube proximal, favorisant la baisse de la natriurèse et de l’excrétion urinaire de l’acide urique et l’élévation de l’uricémie [32].

La principale conséquence rénale de l’insulinorésistance, induite par le syndrome métabolique, est un déficit de la production et de l’excrétion des ions ammonium qui entraîne la baisse du pH urinaire et, partant, une diminution de la solubilité de l’acide urique [30, 31, 33]. Ce défaut d’ammoniogenèse rénale relève de deux mécanismes [34, 35] :

  • le taux élevé des AGL circulant altère l’utilisation, par les tubes proximaux, de la glutamine nécessaire à l’ammoniogenèse,
  • en raison de l’insulino-résistance, l’insuline devient inefficace sur l’échangeur Na+/H+ du tube proximal, important pour le transfert d’ions ammonium dans la lumière tubulaire.

Ainsi, chez les lithiasiques uriques l’excrétion nette d’acide s’élève pour compenser le déficit de l’ammoniurie et entraîne une augmentation de l’acidité titrable et une baisse de la citraturie [22, 31]. Par ailleurs, Sakhaee et al. [22] ont montré que la plupart des lithiasiques uriques en surpoids avaient à la fois un trouble de l’acidification rénale et une diminution de l’excrétion fractionnelle de l’acide urique avec une hyperuricémie ; la lithiase urique serait la conséquence de l’acidification urinaire. Ainsi, plusieurs études ont mis en évidence la prévalence accrue de la lithiase urique chez les lithiasiques en surcharge pondérale ou obèses [36, 37].

Le défaut d’ammoniogenèse rénale est très répandu chez les sujets âgés, ce qui explique la fréquence élevée de lithiase urique chez les sujets de plus de 60 ans, alors que leur IMC est plus faible que chez les lithiasiques uriques plus jeunes [37]. Cette anomalie est probablement liée à une insulino-résistance liée à l’âge, sachant que 35 % des sujets âgés de 65 ans ou plus avaient un syndrome métabolique dans une étude épidémiologique récente réalisée aux États-Unis [23]. Un déclin des fonctions mitochondriales expliquerait cette insulino-résistance liée à l’âge [38].

Toutes les altérations des fonctions tubulaires induites par l’insulino-résistance associée à l’obésité et aux troubles métaboliques qui en résultent favorisent électivement la formation des calculs uriques ou des calculs mixtes oxalo-uriques en raison, principalement, de l’abaissement du pH urinaire et ce, malgré une uricurie généralement normale [33].

Lithiase et diabète

En 2001, Daudon et Jungers rapportaient une prévalence élevée de calculs d’acide urique chez les lithiasiques diabétiques par rapport aux lithiasiques non diabétiques [39]. Les auteurs attiraient l’attention sur le fait que, parmi les lithiasiques diabétiques, les femmes semblaient plus exposées que les hommes à ce type de lithiase. En 2003, Pak et al. confirmaient le pourcentage spécialement élevé des calculs uriques chez les sujets ayant un diabète de type 2, ce dernier constituant un facteur majeur indépendant de lithiase urique avec le surpoids et l’obésité comme facteurs de risque supplémentaires [40]. De fait, la prévalence du diabète de type 2 est quatre fois plus élevée chez les lithiasiques uriques que chez les lithiasiques calciques [32]. Cela peut s’expliquer par la modification de l’excrétion de l’acide urique chez les diabétiques de type 2 présentant une lithiase urique. En effet, ces patients, contrairement à ceux qui présentaient un syndrome métabolique sans diabète, avaient une uricurie normale ou élevée due à une augmentation de l’excrétion fractionnelle de l’acide urique, accompagnée corrélativement d’une baisse de l’uricémie. Par ailleurs, ces patients conservaient, comme les porteurs d’un syndrome métabolique, une hyperacidité urinaire. La conjonction d’un pH urinaire acide et d’une excrétion augmentée d’acide urique créait ainsi un risque accru de cristallisation de l’acide urique [32]. Cependant, le rôle d’un défaut d’ammoniogenèse rénale dans l’hyperacidité des urines n’est pas clair. En effet, dans une étude récente, Cameron et al. ont montré que l’excrétion de l’ammonium augmentait normalement avec une charge alimentaire acide chez le diabétique de type 2 contrairement à ce que l’on observe chez les obèses présentant un syndrome métabolique sans diabète [41]. L’analyse infrarouge des calculs développés chez des patients diabétiques a mis en évidence une autre particularité. Alors que la proportion des lithiases de whewellite (oxalo-dépendantes) ne diminuait pas, on observait une baisse significative des calculs de weddellite (calcium-dépendants), suggérant une baisse de la calciurie chez ces patients [39].

Lithiase et hypertension artérielle

La lithiase urinaire et l’hypertension artérielle sont des maladies hétérogènes d’origine multifactorielle. Une association entre ces deux affections a été suggérée par de nombreuses études conduites aussi bien chez l’animal que chez l’homme.

Dans l’étude de Borghi et al., les facteurs de risque de lithiase retrouvés chez les patients hypertendus sont l’excès pondéral et la présence d’anomalies urinaires, en particulier l’hypercalciurie, l’hyperoxalurie, l’hyperuricurie et l’émission d’urine sursaturée en oxalate de calcium [42].

Conclusion

Le syndrome métabolique, en pleine expansion dans tous les pays industrialisés, est l’expression de modifications multiples et complexes du métabolisme glucido-lipidique génératrices de pathologies cardio-vasculaires et rénales. Son expression clinique la plus apparente est l’excès pondéral, associé à des modifications tensionnelles et à une dyslipidémie. La résistance à l’insuline, qui se développe au cours de ce syndrome entraîne des modifications métaboliques majeures et le déplacement des équilibres tant au niveau de la cellule elle-même que de l’organisme dans sa globalité. Ses conséquences sur l’ammoniogenèse rénale et les transports rénaux de l’ammonium et de l’acide urique en font aussi une cause de lithiase urinaire. Le défaut d’ammoniogenèse rénale induit par la résistance des cellules rénales à l’insuline entraîne une hyperacidité urinaire qui favorise la cristallisation de l’acide urique, même en présence d’une uricurie normale, voire diminuée. Chez les patients en surpoids ou obèses, les apports alimentaires excessifs en protéines animales tendent à la fois à abaisser le pH urinaire par l’augmentation de l’excrétion urinaire de phosphates et à augmenter l’uricurie, constituant ainsi un facteur favorisant la sursaturation en acide urique. De plus, l’excrétion accrue de protons par le rein entraîne une diminution de la réabsorption du calcium, augmentant ainsi la sursaturation oxalocalcique. Tous ces facteurs expliquent le profil épidémiologique particulier de la lithiase urinaire chez ces patients, profil caractérisé à la fois par une augmentation de la fréquence de la lithiase et par une proportion anormalement élevée de calculs d’acide urique. La prévention des lithiases liées au syndrome métabolique repose sur les mesures habituellement recommandées aux patients lithiasiques : réduction des apports caloriques, en protéines animales et en sucres raffinés associée à une augmentation des apports liquidiens pour atteindre une diurèse de deux litres par jour. La découverte d’une lithiase urique chez un sujet en surpoids doit inciter à contrôler son statut glycémique et lipidique, ainsi que sa tension artérielle à la recherche d’un syndrome métabolique, voire d’un diabète dont les facteurs de risque cardiovasculaires, qui font toute la gravité de cette pathologie, doivent être évalués et traités.

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