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Comparaison de cinq techniques de détection des anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae (ASCA) dans le sérum pour le diagnostic de la maladie de Crohn


Annales de Biologie Clinique. Volume 65, Numéro 6, 601-8, Novembre-Décembre 2007, article original

DOI : 10.1684/abc.2007.0167

Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Le Goff, JP Chapelle, L Lutteri , Service de chimie médicale, Université de Liège, Belgique.

Résumé : Objectif : les anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae (ASCA) sont des marqueurs diagnostiques retrouvés chez les patients atteints de la maladie de Crohn. Le but de cette étude est de comparer trois différents kits Elisa (enzyme linked immunosorbent assay) avec la technique d’immunofluorescence indirecte (IFI) et la technique immunodot pour la recherche des ASCA. Matériel et méthodes : nous avons comparé les résultats obtenus en IFI (IgA et IgG) et en Elisa (IgA et IgG) dans une population de 139 patients, dont un diagnostic final de maladie de Crohn a été posé chez 37 d’entre eux. Nous avons également testé un immunodot (IgA + IgG) sur un sous-échantillon de 24 patients dont 18 atteints de la maladie de Crohn. Résultats : en Elisa, pour IgA ou IgG, selon les techniques, la sensibilité varie de 65 % à 76 %, la spécificité de 88 à 98 %, la valeur prédictive positive (VPP) de 84 % à 94 % et la valeur prédictive négative (VPN) de 88 % à 93 %. En IFI, pour IgA ou IgG, la sensibilité est de 81 %, la spécificité de 100 %, la VPP de 100 % et la VPN de 93 %. Pour l’immunodot, nos résultats préliminaires indiquent une spécificité et VPP de 100 %, une sensibilité et VPN de 33 %. Conclusion : la recherche des ASCA est fort utile dans le diagnostic différentiel de la maladie de Crohn. L’IFI paraît être la méthode de choix pour sa grande sensibilité, sa spécificité et son aspect économique.

Mots-clés : anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae, maladie de Crohn, Elisa, immunofluorescence indirecte, immunodot

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : C Le Goff, JP Chapelle, L Lutteri

Service de chimie médicale, Université de Liège, Belgique

Article reçu le 22 Juin 2007, accepté le 27 Août 2007

La maladie de Crohn (MC) est une affection inflammatoire chronique de cause inconnue qui peut atteindre tous les segments du tube digestif, mais le plus souvent l’iléon, le côlon et l’anus. Les lésions sont habituellement segmentaires, asymétriques séparées par des zones saines. Les localisations iléales, coliques ou iléocoliques et anopérinéales représentent 95 % des cas.Avec la rectocolite ulcéro-hémorragique (RCUH), la MC fait partie des maladies inflammatoires de l’intestin les plus courantes. Dans la MC, l’inflammation s’étend profondément dans le tissu atteint avec une alternance de zones de tissu sain et malade alors que dans la RCUH, l’inflammation et les ulcères n’affectent que les couches superficielles tapissant le côlon. Dans la RCUH, l’inflammation est symétrique et ininterrompue à partir de la proximité du rectum [1, 2].Les signes cliniques digestifs de la MC sont la diarrhée, les douleurs abdominales, des manifestations anales et périanales (fissures, abcès, fistules) ainsi que, parfois, la perception d’une masse abdominale. Les signes généraux sont la fièvre, la perte de poids et l’altération de l’état général. Les manifestations extra-intestinales les plus fréquentes sont les atteintes ostéo-articulaires (arthralgies, arthrites), cutanéo-muqueuses (érythème noueux, ulcérations buccales) et oculaires (uvéites). Le diagnostic peut être aidé par la recherche d’un syndrome inflammatoire, d’une anémie et de signes biologiques de malabsorption ou de carence vitaminique. Le diagnostic doit aussi exclure une cause infectieuse par des examens microbiologiques et sérologiques. Ces derniers permettent d’aider au diagnostic et ce, de manière non invasive.Des tests immunologiques permettent de montrer des taux d’ASCA élevés dans la MC [3], contrairement à la RCUH [4, 5].Les ASCA sont des anticorps dirigés contre la levure Saccharomyces cerevisiae. En 1988, Main et al. décrivent une réponse immunitaire spécifique contre la levure chez les patients atteints de la maladie de Crohn [6] et deux ans plus tard, les ASCA sont proposés comme marqueurs diagnostiques de cette maladie. Le constituant antigénique reconnu par les anticorps se trouve dans l’extrait soluble de la paroi de la levure [3, 7, 8]. Il s’agit d’un composant macromoléculaire, le phosphopeptidomannane, appelé couramment mannane. Ces déterminants antigéniques sont représentés par les résidus de mannose reliés par des liaisons α (1.2) et α (1.3), spécifiques pour Saccharomyces cerevisiae.Les anticorps peuvent être de classe IgA ou IgG. Leur présence permet de différencier la MC de la RCUH et des autres colites inflammatoires [9, 10]. La fréquence des ASCA dans la MC varie, selon les études, de 40 à 70 % [10]. Elle est fonction de l’état clinique des malades et de la méthode employée pour la recherche des anticorps [11]. En outre, on a rapporté que la présence d’ASCA à la fois de classe IgG et IgA est 100 % spécifique de la MC [12]. Il est intéressant de noter que répéter régulièrement la recherche des ASCA n’est absolument pas justifié puisqu’il n’y a pas de corrélation entre l’activité de la maladie et le titre des anticorps [13]. La seule présence ou absence d’anticorps est suffisante pour aider le clinicien dans son diagnostic [14]. De nombreux tests commerciaux sont à présent disponibles pour détecter ces anticorps dans le sérum des patients. Malheureusement, il n’y a pas encore de méthode standardisée pour la mise en évidence des ASCA [15] et les laboratoires manquent souvent d’éléments d’information objectifs sur les performances analytiques et cliniques des différentes techniques. C’est pourquoi nous avons entrepris cette étude afin de comparer trois différents kits Elisa avec les techniques d’immunofluorescence indirecte (IFI) et d’immunodot.

Matériels et méthodes

Patients

Notre étude a porté sur une cohorte adulte de 109 patients ayant consulté au service de gastroentérologie du CHU de Liège (Belgique) pour suspicion de MC. Le diagnostic final, basé sur les résultats de l’examen clinique, d’examens exploratoires notamment endoscopique, ainsi que sur la sévérité des symptômes décrits par le sujet, était : une MC chez 37 patients (25 femmes, 12 hommes, âge moyen : 34 ans (range : 20-53)), une RCUH chez 37 patients (10 femmes, 27 hommes, âge moyen : 51 ans (range : 31-73)) et un syndrome inflammatoire d’étiologie variée chez 35 patients (20 femmes, 15 hommes, âge moyen : 54 ans (range : 23-76)). Trente sujets contrôles avec une CRP inférieure à la valeur seuil de 6 mg/L (kit CRPLX Tinaquant®, Roche Diagnostic, Manheim, Allemagne) ont aussi été intégrés dans l’étude.

Des biopsies ont été réalisées lors de la colonoscopie chez les patients suspects de MC ou de RCUH. L’examen anatomopathologique de ces biopsies montre, dans le cas des RCUH, une muqueuse avec des anomalies des villosités coliques et des amas de cellules inflammatoires. Les lésions sont limitées aux régions superficielles et épargnent la sous-muqueuse. Dans le cas de la MC, par contre, l’examen anatomopathologique met en évidence des lésions inflammatoires de toute l’épaisseur de la paroi intestinale, de la muqueuse de la paroi intestinale et de la muqueuse à la séreuse. Ces lésions forment des granulomes (non caséeux) à cellules épithélioïdes, caractéristiques de l’affection. La classification de Vienne a été utilisée pour décrire la localisation et les caractéristiques de la maladie pour les patients atteints de la MC. L’endoscopie permet d’observer des lésions aphteuses ou ulcératives, voire des zones d’ulcération plus ou moins étendues. Les patients atteints de RCUH ont été évalués par rectosigmoïdoscopie qui permet d’observer une muqueuse érythémateuse d’aspect granuleux, parfois hémorragique, œdémateuse ou ulcéreuse. Les lésions observées impliquent des érosions muqueuses ou des saignements spontanés ou au contact de l’endoscope.

Le groupe de patients « contrôles inflammatoires » est hétérogène. Il comprend des pathologies inflammatoires touchant le tractus digestif, diverticulites ou colites infectieuses. Le diagnostic des diverticulites a été confirmé par un examen de l’abdomen (CT-scan). Les colites infectieuses ont été identifiées par un tableau clinique indiquant une inflammation sévère de l’intestin, associée à des coprocultures positives pour des pathogènes spécifiques, comme des salmonelles ou des entérocoques.

Méthodes

Les dosages par Elisa et IFI ont été réalisés pour l’ensemble de ces sujets. Par contre, la technique immunodot a été réalisée sur un sous-groupe de 24 patients sélectionnés au hasard parmi les 4 groupes. Il comprenait 18 patients atteints de MC et 6 patients indemnes de cette maladie (2 contrôles, 2 patients atteints de RCUH et 2 ayant un syndrome inflammatoire prononcé). Notre étude a été approuvée par le comité d’éthique de notre hôpital.

Les échantillons de sérum ont été conservés à - 80 °C et analysés immédiatement après décongélation. Parmi les kits Elisa disponibles sur le marché, nous avons testé les techniques Quanta Lite® ASCA IgA et IgG (Inova, San Diego, États-Unis), ASCA IgA et IgG (Medipan, Dahlewitz, Allemagne) et Euroimmun ASCA IgA et IgG Elisa (Euroimmun, Lübeck, Allemagne). Pour l’immunofluorescence, le seul kit commercial proposé actuellement (ASCA IgA et IgG, Euroimmun, Lübeck, Allemagne) a été utilisé. Quant à l’immunodot, notre choix s’est porté sur ASCA Screen Dot IgA et IgG (Alphadia, Wavre, Belgique). Les tests Elisa sont des dosages quantitatifs contrairement à l’IFI et l’immunodot qui ne permettent qu’une réponse qualitative. Pour les trois tests Elisa et l’immunodot utilisés dans cette étude, les antigènes sont des mannanes obtenus à partir de la paroi des levures. Il s’agit d’antigènes de levures disloquées ou bouillies ou de phosphopeptidomannanes purifiées à partir de la paroi de levures. L’IFI utilise des frottis fixés de Saccharomyces cerevisiae.

Principe du test Elisa

L’antigène S. cerevisiae fractionné et partiellement purifié est fixé sur les puits d’une plaque de microtitration en polystyrène dans des conditions qui préservent son état natif. Les contrôles et les échantillons de sérums des patients dilués sont déposés dans les différents puits. Une étape d’incubation permet la liaison entre les anticorps anti-ASCA IgA ou anti-ASCA IgG présents dans le sérum et l’antigène immobilisé dans les puits. Les molécules non liées sont éliminées par lavage. Un conjugué enzymatique anti-IgA ou anti-IgG humaine est alors ajouté à chaque puits pour révéler les autoanticorps du patient. Après une étape d’incubation, le conjugué non fixé est éliminé par lavage. L’activité enzymatique résiduelle est quantifiée grâce à l’addition d’un substrat chromogène. L’enzyme transforme le substrat non coloré en un produit coloré. Le test se termine par une étape de mesure spectrophotométrique de l’intensité de la coloration ainsi développée. À l’aide d’une courbe de calibration obtenue avec un échantillon standard, la concentration d’anticorps correspondant à la quantité de produit coloré formé dans la réaction peut être calculée [16].

Principe du test IFI

Le principe de l’analyse est basé sur une incubation des échantillons de sérum sur frottis fixés de levures de Saccharomyces cerevisiae. Les anticorps non spécifiques sont éliminés par lavage. Un conjugué (anti-IgA ou anti-IgG) marqué à la fluorescéine est appliqué. Le conjugué non lié est éliminé par lavage. La lecture des lames s’effectue à l’aide d’un microscope à fluorescence [16].

Principe de l’immunodot

Le principe du test est celui d’un Elisa. La bandelette (immunodot) est composée d’une membrane recouverte de mannanes purifiés. Les bandelettes sont incubées avec le sérum de patient dilué. Lors de cette première étape, les anticorps présents se lient aux antigènes sur la membrane. L’excès d’anticorps ou les anticorps non fixés sont éliminés par lavage. On ajoute alors le conjugué enzymatique dirigé contre les anticorps IgA + IgG. Après un second lavage pour enlever l’excès de conjugué, le substrat est ajouté. L’activité enzymatique provoque l’apparition de spots colorés sur la membrane. Les détails techniques des différents kits anti-Saccharomyces cerevisiae sont résumés dans le tableau 1.


Tableau 1 Détails techniques des différents kits anti-Saccharomyces cerevisiae utilisés.

Fabricant

Antigène

Technique

Temps d’incubation (sérum, conjugué, substrat, stop (min))

Nombre de calibrateurs

Dilution

Conjugué

Substrat

Cut-off proposé

Intervalle de référence

Inova Quanta Lite IgA

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

30 ; 30 ; 30 min à TAa

1

1/101

Anticorps de chèvre anti-IgA humaine couplé à du HRPb (IgA-HRP)

TMBc chromogène

20 U/mL

≥ 25 U/mL

Inova Quanta Lite IgG

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

30 ; 30 ; 30 min à TA

1

1/101

Anticorps de chèvre anti-IgG humaine couplé à du HRP (IgG-HRP)

TMB chromogène

20 U/mL

≥ 25 U/mL

Medipan ASCA IgA

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

60 min à 37 °C ; 30 min à 37 °C ; 10 min à TA

4

1/101

IgA-HRP

TMB/H2O2

20 U/mL

≥ 20 U/mL

Medipan ASCA IgG

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

60 min à 37 °C ; 30 min à 37 °C ; 10 min à TA

4

1/101

IgG-HRP

TMB/H2O2

20 U/mL

≥ 20 U/mL

Euroimmun Elisa IgA

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

30 min à TA ; 30 min à TA ; 15 min à TA

3

1/101

Anticorps de lapin antiglobuline humaine IgA marqué à la peroxidase

TMB/H2O2

20 RU/mL

≥ 20 U/mL

Euroimmun Elisa IgG

Mannane (S. cerevisiae)

Elisa

30 min à TA ; 30 min à TA ; 15 min à TA

3

1/101

Anticorps de lapin antiglobuline humaine IgG marqué à la peroxidase

TMB/H2O2

20 RU/mL

≥ 20 U/mL

Euroimmun (IgA)

S. cerevisiae

IFI

30 ; 30 min à TA

0

1/100

Anticorps antiglobuline humaine IgA marqué à la fluoréscéine

Euroimmun (IgG)

S. cerevisiae

IFI

30 ; 30 min à TA

0

1/1 000

Anticorps antiglobuline humaine IgG marqué à la fluoréscéine

Alphadia ASCA Screen Dot kit

Mannane (S. cerevisiae)

Dot

10’ ; 30’ ; 30’ ; 10’ min à TA

0

1/150

Anticorps de chèvre anti-IgG et IgA humaine couplé à de la phosphatase alcaline

NBT/BCIPd

aTA : température ambiante ;

bHRP : horseradish peroxidase ;

cTMB : 3,3′,5,5′-tétraméthylbenzidine dans du tampon citraté contenant du peroxyde d’hydrogène ;

dNBT/BCIP : nitroblue tetrazolium/ bromo-chloro-indolyl-phosphate

Analyse statistique

Le logiciel utilisé pour réaliser les statistiques est MedCal QC®. La sensibilité est définie comme la probabilité d’avoir un résultat positif chez les patients atteints de la maladie, la spécificité comme la probabilité d’avoir un résultat négatif dans la population contrôle. La valeur prédictive positive est définie comme la probabilité qu’un patient avec un résultat positif soit réellement atteint de la maladie et la valeur prédictive négative comme la probabilité de ne pas être malade si le résultat est négatif. Nous avons également utilisé le kappa de Cohen pour étudier la concordance entre les différentes méthodes.

Résultats

Pour les différents kits Elisa, les taux d’ASCA IgA et IgG sont statistiquement plus élevés dans le groupe de patients souffrant de la MC en comparaison avec les patients non atteints (p < 0,0001). Le tableau 2 reprend la moyenne des résultats obtenus avec les trois kits Elisa par catégorie de patients.

Les ASCA IgA sont détectés chez 49 % (Euroimmun), 54 % (Medipan), 59 % (Inova) et 81 % (IFI Euroimmun) et les ASCA IgG chez 54 % (IFI Euroimmun), 59 % (Euroimmun), 62 % (Medipan) et 76 % (Inova) des patients atteints de la MC. Nous observons des différences statistiquement significatives entre l’IFI IgA et Euroimmun Elisa IgA et Medipan IgA (p < 0,05) mais aussi entre Inova Elisa IgG et Euroimmun Elisa IgA (p < 0,05). La différence entre IgA et IgG en IFI est aussi statistiquement significative (p < 0,05).

Toutes techniques confondues, les ASCA IgA sont présents chez 0-14 % des patients indemnes de MC : 0-3 % chez les RCHU, 0-14 % chez les contrôles inflammatoires et 3-7 % chez les sujets sains. Les ASCA IgG sont mis en évidence chez ces mêmes patients : 0-8 % chez les RCHU, 0-14 % chez les contrôles inflammatoires et 0-7 % dans les sujets sains (tableau 3).

Le tableau 4 rassemble la sensibilité, spécificité, VPP et VPN pour chaque test. En Elisa, pour IgA ou IgG, la sensibilité varie de 65 % à 76 %, la spécificité de 88 à 98 %, la VPP de 84 % à 94 % et la VPN de 88 % à 93 %. En IFI, pour IgA ou IgG, la sensibilité est de 81 %, la spécificité de 100 %, la VPP de 100 % et la VPN de 93 %. L’immunofluorescence IgG Euroimmun présente la meilleure spécificité (100 %). Cette technique présente également la meilleure valeur prédictive positive (100 %) (p < 0,05). Pour la valeur prédictive négative, c’est l’Elisa (IgA et IgG) Euroimmun qui donne les meilleurs résultats avec 98 % et 97 % respectivement. Nous observons en général que la spécificité, la sensibilité, la VPN et la VPP sont meilleures en Elisa pour les IgG. Pour l’IFI, la spécificité, la VPP et la VPN sont meilleures en IgG tandis que la sensibilité est meilleure en IgA. La recherche des ASCA IgA ou IgG permet d’augmenter la sensibilité tout en diminuant un peu la spécificité comme on peut l’observer dans le tableau 4 et dans la figure 1. Par contre, l’association d’un résultat positif ASCA IgG et IgA diminue la sensibilité tout en augmentant la spécificité.

En complément à cette étude, 24 patients sélectionnés au hasard, 18 patients atteints de MC et 6 atteints d’autres pathologies, ont été testés par la technique de l’immunodot. La spécificité, la sensibilité, la VPP et la VPN sont données dans le tableau 4. La spécificité et la VPP de l’immunodot sont excellentes (100 %) ; elles sont meilleures que celles obtenues avec l’Elisa ou l’IFI dans le même échantillon de patients. Par contre, la sensibilité et la VPN sont médiocres (33 %). Ces résultats préliminaires doivent cependant faire l’objet d’une confirmation sur un groupe de sujets plus important.

Sur la population de 139 patients et contrôles, nous avons comparé les Elisa à l’IFI par le kappa de Cohen pour étudier leur concordance. Le kappa varie de 0,641 à 0,807, ce qui signifie que ces techniques sont comparables entre elles (tableau 5). Dans le tableau 5, les Elisa, l’IFI et l’immunodot sont comparés entre eux sur la population des 24 patients. Le kappa dans ce cas est mauvais, il varie de – 0,263 à 0,368.

Tableau 2 Moyenne des résultats obtenus en Elisa pour les 2 catégories de patients.

Crohn

Non Crohn

IgA

IgG

IgA

IgG

Elisa

n = 37 (U/mL)

n = 102 (U/mL)

Euroimmun

37

35

5

7

Medipan

49

62

20

23

Inova

51

71

11

12



Tableau 3 Pourcentage de patients présentant des ASCA IgA et/ou IgG positifs.

Malade (n = 37)

RCUH (n = 37)

Contrôle Inflammatoire (n = 35)

Sains (n = 30)

En pourcentage

IgA

IgG

IgA et IgG

IgA ou IgG

IgA

IgG

IgA et IgG

IgA ou IgG

IgA

IgG

IgA et IgG

IgA ou IgG

IgA

IgG

IgA et IgG

IgA ou IgG

Elisa Medipan

54

62

41

76

3

3

3

3

14

14

6

23

3

3

3

3

Elisa Inova

59

68

57

76

3

8

3

8

11

14

6

20

7

7

3

10

Elisa Euroimmun

49

59

38

65

0

5

0

5

0

6

0

6

3

3

3

3

IFI Euroimmun

81

54

54

81

0

0

0

0

14

0

0

14

3

0

0

3



Tableau 4 Sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive et négative pour les populations étudiées (n = 139 et n = 24).Pourcentage pour ASCA IgA, IgG ou combinés mesurés avec les différentes techniques.

n = 139

Sensibilité (%)

Spécificité (%)

VPP (%)

VPN (%)

Elisa

Inova

IgA

59

93

77

85

IgG

68

93

82

87

IgA ou IgG

76

88

84

88

IgA et IgG

57

96

68

86

Medipan

IgA

54

94

76

86

IgG

62

95

80

90

IgA ou IgG

76

95

94

92

IgA et IgG

41

96

79

82

Euroimmun

IgA

49

98

49

98

IgG

59

97

59

97

IgA ou IgG

65

98

94

93

IgA et IgG

38

97

82

81

IFI

Euroimmun

IgA

81

93

81

93

IgG

54

100

100

86

IgA ou IgG

81

100

100

93

IgA et IgG

54

92

79

82

n = 24

Sensibilité

Spécificité

VPP

VPN

Elisa

Inova

IgA

50

50

69

21

IgG

67

50

80

20

IgA ou IgG

72

67

68

18

IgA et IgG

40

17

30

10

Medipan

IgA

56

33

71

20

IgG

72

50

81

38

IgA ou IgG

94

67

89

60

IgA et IgG

33

50

67

20

Euroimmun

IgA

44

83

89

33

IgG

61

83

92

42

IgA ou IgG

44

67

80

29

IgA et IgG

33

67

75

25

IFI

Euroimmun

IgA

72

67

93

44

IgG

56

100

100

75

IgA ou IgG

72

67

82

38

IgA et IgG

72

50

81

31

Alphadia

Immunodot

IgA

/

/

/

/

IgG

/

/

/

/

IgA ou IgG

33

100

100

33

IgA et IgG

/

/

/

/



Tableau 5 Kappa de Cohen. Comparaison des techniques utilisées.

n = 139

ASCA Elisa Euroimmun

ASCA Elisa Inova

ASCA Elisa Medipan

ASCA Elisa Inova

0,711

/

/

ASCA Elisa Medipan

0,71

0,641

/

ASCA IFI Euroimmun

0,761

0,807

0,729

n = 24

ASCA immunodot Alphadia

ASCA Elisa Inova

ASCA Elisa Medipan

ASCA Elisa Euroimmun

ASCA Elisa Inova

0,161

/

/

/

ASCA Elisa Medipan

0,013

- 0,263

/

/

ASCA Elisa Euroimmun

0,273

0,316

0,013

/

ASCA IFI Euroimmun

0

0,276

0,276

0,368

Discussion

La recherche combinée des ASCA et des anticorps anti-neutrophiles de type périnucléaire (pANCA) permet de faire la discrimination entre deux pathologies intestinales dont le diagnostic différentiel peut s’avérer difficile, la MC et la RCUH. Des ASCA positifs combinés à des pANCA négatifs ont une haute spécificité pour la MC alors que des ASCA négatifs avec des pANCA positifs ont une haute spécificité pour la RCUH [15]. Différentes méthodes de détection des ASCA disponibles dans le commerce ont été testées précédemment par d’autres auteurs. L’étude de Klebl et al. montre une sensibilité, une spécificité, une VPP et une VPN de, respectivement, 53, 97, 95 et 68 % avec Inova. Pour l’Elisa Euroimmun, les chiffres étaient de 46, 97, 94 et 66 %, pour Medipan de 30, 98, 94 et 59 % et pour l’IFI, de 51, 97, 94 et 66 % [14]. Avec le kit Medipan, Moore et al. ont obtenu une spécificité meilleure (93 %) mais une sensibilité plus faible (50 %) par rapport au kit Inova (sensibilité = 79 % et spécificité = 74 %) [16]. Vermeire et al. ont trouvé une sensibilité plus grande mais une spécificité plus faible pour Inova [17]. Dans notre étude, nous obtenons avec Inova IgA ou IgG , des valeurs pour la sensibilité, spécificité, VPP et VPN de 68, 88, 68 et 88 % ; avec Euroimmun, de 65, 98, 94 et 93 % ; avec Medipan, de 76, 95, 94 et 92 % ; avec l’IFI, de 81, 92, 79 et 93 % respectivement. Euroimmun en Elisa présente donc la spécificité la plus élevée mais une sensibilité plus faible. L’IFI offre un bon compromis entre spécificité et sensibilité. En termes de spécificité, il n’y a pas de différence statistiquement significative entre les IgA ou les IgG. Par contre, en terme de sensibilité, pour les Elisa, la sensibilité pour les IgA est nettement inférieure à celle des IgG. En IFI, la sensibilité est supérieure pour les IgA et la différence avec les IgG est statistiquement significative (p = 0,0001).

Pour ce qui est du choix de l’Elisa, nous avons préféré Inova pour une question pratique (temps et température d’incubation) ainsi que le bon compromis sensibilité-spécificité. Le choix entre l’Elisa, l’IFI ou l’immunodot devra être orienté à la fois par les critères classiques de qualité d’un test biologique (sensibilité, spécificité) mais aussi par des critères propres à chaque laboratoire (nombre de demandes, choix de l’investissement dans un microscope à fluorescence, automatisation des techniques Elisa, coût du kit, type de nomenclature des actes de biologie médicale…). Notre laboratoire utilise en routine l’IFI, moins onéreuse et qui fournit de très bons résultats en termes de spécificité, sensibilité et valeur prédictive. En ce qui concerne l’immunodot, des études comparatives sont encore nécessaires vu le faible nombre de patients étudiés. Les tests Elisa permettent un dosage quantitatif contrairement à l’IFI et à l’immunodot qui sont des techniques permettant de rendre une réponse qualitative. Le titrage de ces anticorps ne paraît cependant pas intéressant à l’heure actuelle, car il n’y aurait pas de rapport entre l’activité de la maladie et le titre des anticorps [13]. L’IFI et l’immunodot, ne présentent donc pas d’inconvénient par rapport à l’Elisa. Nous avons vu que le diagnostic différentiel entre la MC et la RCUH n’est pas toujours simple. La haute spécificité des ASCA apporte une aide précieuse à ce diagnostic.

Conclusion

Dans la MC, les ASCA montrent une haute spécificité aussi bien en Elisa, en immunodot qu’en IFI, mais une sensibilité plus faible variant statistiquement entre les différents Elisa et IFI. Pour l’immunodot, la sensibilité n’est pas bonne. La standardisation des tests pour la mise en évidence des ASCA est nécessaire. L’immunofluorescence pourrait constituer une technique adéquate à employer au laboratoire vu les résultats obtenus et arguments en sa faveur. En effet, la valeur quantitative n’est actuellement pas utilisée ni pour le diagnostic, ni pour le suivi de l’évolution de la MC. Les ASCA sont des bons marqueurs sérologiques répondant à une bonne sensibilité, spécificité et haute valeur prédictive. Ils apportent une aide précieuse au diagnostic différentiel des pathologies inflammatoires intestinales et ce, de manière non invasive.

Remerciements

Les auteurs remercient M-A Meuwis pour les échantillons fournis dans le cadre de cette étude, ainsi que les sociétés de diagnostic médical pour les kits qui leur ont été cédés gracieusement.

Références

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14 Klebl FH, Bataille F, Hofstädter F, Herfarth H, Schölmerich J, Rogler G. Optimising the diagnostic value of anti-Saccharomyces cerevisiae-antibodies (ASCA) in Crohn’s disease. Int J Colorectal Dis 2004 ; 19 : 319-24.

15 Burmester GR, Pezzutto A. In : Atlas de poche d’immunologie. Paris : Flammarion, 2000 : 72-5.

16 Moore MM, Frabricatorian D, Selby WS. Assesment and relevance of enzyme-linked immunosorbent assay for antibodies to Saccharomyces cerevisiae in Autralian patients with inflammatory bowel disease. Inter Med J 2002 ; 32 : 349-52.

17 Vermeire S, Joossens S, Peeters M, et al. Comparative study of ASCA assays in inflammatory bowel disease. Gastroenterology 2001 ; 120 : 827-33.


 

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