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Interférences par une IgM monoclonale dans un bilan biochimique : détection et recommandations |
Annales de Biologie Clinique. Volume 65, Numéro 4, 411-5, Juillet-Août 2007, Pratique quotidienne
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DOI : 10.1684/abc.2007.0139
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Résumé
Summary
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Auteur(s) : A Barbier, I Vuillaume, A Baras, V Coiteux, P Maboudou, J Rousseaux , Laboratoire de biochimie, Hôpital Roger Salengro, Lille, Service des maladies du sang, Hôpital Claude Huriez, CHRU Lille, 59037 Lille Cedex. |
Résumé : Nous présentons un cas d’interférence analytique sur trois paramètres (lactate déshydrogénase, acide urique et phosphatase alcaline), liée à une IgM monoclonale, mise en évidence chez un patient atteint de maladie de Waldenström. Le mécanisme de l’interférence était probablement lié à la formation de complexes entre la paraprotéine et l’héparine de lithium, qui précipitent lors de la réaction chimique, introduisant un biais dans les résultats. La conduite à tenir en cas de suspicion d’interférences dans un bilan biochimique est explicitée. Sont discutés pour le cas clinique, les conséquences cliniques de l’interférence, ses mécanismes possibles ainsi que son évolution sous traitement, en fonction de la concentration de la protéine monoclonale. |
Mots-clés : interférences, IgM monoclonale, Waldenström |
Illustrations |
ARTICLE
Auteur(s) : A Barbier1, I Vuillaume1, A
Baras1, V Coiteux2, P Maboudou1, J
Rousseaux1
1 Laboratoire de biochimie, Hôpital Roger Salengro,
Lille
2 Service des maladies du sang, Hôpital Claude Huriez,
CHRU Lille, 59037 Lille Cedex
Article reçu le 22 Février 2007, accepté le 4 Avril 2007
L’observation
Un homme de 76 ans présentait depuis 10 mois une
altération de l’état général avec une perte pondérale de 7 kg
et, depuis 6 mois, des troubles visuels à type de flou visuel
et de myodésopsies. Il a été hospitalisé en raison de la découverte
d’une anémie et d’une hyperprotidémie. Son score d’activité selon
l’indice Ecog (eastern cooperative oncology group) était chiffré à
1 (patient restreint dans les activités physiques fatigantes, mais
ambulatoire, pouvant exercer une activité sans contraintes
physiques importantes telle qu’une activité domestique légère ou
une activité de bureau). À l’admission, il ne présentait ni sueurs
nocturnes ni fièvre. L’examen clinique ne montrait pas de
tuméfaction des organes hématopoïétiques périphériques. On
constatait des signes d’hyperviscosité responsables d’une baisse de
l’acuité visuelle et d’hémorragies rétiniennes bilatérales au fond
d’œil. Il n’y avait pas de troubles de la vigilance. On notait
également des signes cliniques en faveur d’une neuropathie
périphérique avec une marche instable sans déficit moteur, une
aréflexie ostéotendineuse des membres inférieurs, une diminution
des réflexes aux membres supérieurs, une apallesthésie du membre
inférieur gauche, une hypopallesthésie marquée des 3 autres
membres. L’électromyogramme notait une diminution de la vitesse de
conduction motrice aux membres supérieurs et inférieurs avec
allongement des latences distales et abolition des réponses
sensitives en faveur d’une polyneuropathie sensitivo-motrice
démyélinisante dysglobulinémique. La recherche des anticorps
anti-MAG s’est avérée négative. La recherche d’une cryoglobulinémie
était également négative. L’hémogramme retrouvait une anémie
(Hb : 7 g/dL) normochrome normocytaire arégénérative, une
hyperleucocytose à 12 G/L avec une myélémie totale de
10 % et des plaquettes normales à 190 G/L. Le bilan
biochimique réalisé sur l’automate Modular DP (Roche
Diagnostics) montrait la présence d’une hyperprotidémie à
109 g/L, associée à une hypoalbuminémie à 25 g/L. Le
bilan rénal, hépatique, phosphocalcique était normal. On notait la
présence d’une alarme sur le résultat de la lactate déshydrogénase
(LDH) qui montrait une concentration de 630 UI/L. Curieusement,
après dilution, le résultat obtenu était de 171 UI/L. Une nouvelle
dilution de l’échantillon plasmatique dans de l’eau distillée
mettait en évidence la formation d’un précipité blanc, évocateur
d’une paraprotéine. Une électrophorèse des protéines
sériques a été réalisée et mettait en évidence une bande
intense et homogène de migration gammaglobulinique (gel
d’agarose Rep Helena) à une concentration de 54 g/L.
L’immunofixation des protéines sériques (gel d’agarose
Spife 2000 Helena) caractérisait une dysglobulinémie
monoclonale à IgM lambda. La recherche d’une cryoglobulinémie et
d’agglutinines froides était négative. Les sérologies virales des
hépatites B et C, et VIH étaient négatives. On retrouvait la
présence d’une protéinurie de Bence Jones de type lambda. Le
myélogramme montrait une infiltration lymphocytaire à
42 % avec présence de rares lymphoplasmocytes et mastocytes et
une plasmocytose à 1 %. La biopsie
ostéomédullaire confirmait l’infiltration interstitielle à
80 % par un lymphome malin non hodgkinien à petites cellules B
avec, à l’immunophénotypage sur moelle, la présence d’une
population lymphoïde B monotypique (CD19+, CD5-, CD10-, CD79b+, IgM
membranaire positive). L’ensemble de ces examens confirmait le
diagnostic de maladie de Waldenström. Trois séances de
plasmaphérèse ont permis une diminution de la concentration d’IgM
de 50 à 30 g/L, une régression des hémorragies au fond d’œil
et une amélioration de la symptomatologie clinique fonctionnelle,
notamment neurologique. Une chimiothérapie orale par
chloraminophène a été mise en route.
Le point de vue du biologiste
La présence d’alarme automate sur la LDH et les discordances de
résultats à la dilution ont fait suspecter une interférence dans le
dosage. Le prélèvement était veineux, et collecté dans un tube
hépariné (Vacutainer®) de 5 mL, correctement
rempli. On ne notait pas d’hémolyse, d’ictère ou de turbidité. Afin
de mettre en évidence l’interférence, les résultats obtenus sur le
Modular DP ont été comparés à ceux obtenus par une technique de
chimie sur support sec (Vitros 950, Ortho Clinical Diagnostics), et
un test de dilution de l’échantillon dans une solution saline a
également été réalisé sur Modular DP (Tableau
1). Dans le même temps, un screening large des autres
paramètres biochimiques a été effectué en parallèle sur les
automates Vitros 950 et Modular DP. Des discordances sont apparues
entre les résultats obtenus sur le Vitros 950 et ceux rendus par le
Modular DP (Tableau 1) pour trois
paramètres, la LDH, l’acide urique et la phosphatase alcaline
(PAL). Ces différences de résultats n’ont pas été retrouvées lors
des études de corrélation entre ces automates (données non
montrées). Les différences de méthodologies entre les deux
automates sont résumées dans le tableau
2. Par ailleurs, un défaut de proportionnalité lors de la
dilution a également été mis en évidence sur le Modular DP pour la
LDH et l’acide urique (Tableau 1). Une
interférence médicamenteuse a pu être exclue, le patient n’étant
pas sous traitement. Les fiches techniques des réactifs de dosage
de la LDH, acide urique et PAL signalent sur Modular le risque de
résultats erronés, en cas de gammapathie en particulier de type
IgM. Le test de Sia (ou dilution dans de l’eau distillée) était
positif, suggérant la présence d’une paraprotéine, confirmée par
l’électrophorèse des protéines sériques et l’immunofixation.
L’évolution de ces interférences a été suivie sur un prélèvement du
patient réalisé un an plus tard, après traitement. Les mêmes tests
biochimiques ont été réalisés sur un prélèvement veineux recueilli
sur tube hépariné (Tableau 1) et sur
tube sec. Ces résultats montraient la persistance d’une
interférence modérée résiduelle sur la LDH visible lors du
comparatif Modular/Vitros, alors que l’interférence sur la PAL
(biais résiduel de 13 %) était à la limite de la
significativité au vu des corrélations entre automates (erreur
maximale de 10 %), et que l’interférence sur l’acide urique
avait complètement disparu. On notait que la présence de
l’interférence sur la LDH engendrait un biais négatif sur le dosage
à un an, alors que le biais était positif sur le dosage réalisé à
l’admission. Curieusement également, l’interférence sur la LDH
n’était visible que sur tube hépariné, et non sur tube sec. Dans le
même temps, la concentration d’IgM du patient était passée de 54,5
à 6,5 g/L, suggérant un effet de l’interférence dépendant de
la concentration de l’immunoglobuline. La courbe réactionnelle de
la LDH à 1 an chez le patient, dosée sur le Modular DP est
présentée sur la figure 1 (les courbes
réactionnelles des paramètres dosés à l’admission du patient n’ont
pu être récupérées). Un échantillon contrôle avec une concentration
de LDH équivalente montre une réaction typique avec une
décroissance linéaire des absorbances dès le début de la réaction
chimique par l’ajout du NADH. Chez le patient présentant une
protéine monoclonale, le suivi spectrophotométrique des absorbances
lors du dosage de la LDH montre un défaut de linéarité en début de
réaction et une décroissance retardée des absorbances. Des profils
de courbes réactionnelles similaires mettant en évidence une
augmentation inadéquate d’absorbance ont été décrits chez d’autres
patients avec myélome, pour différents paramètres [1]. Cette
augmentation d’absorbance évoque la formation d’un précipité par la
protéine monoclonale.
Tableau 1 Effet de la dilution sur les dosages
biochimiques, dosage comparatif Modular/ Vitros sur tube hépariné
et suivi de l’interférence à 1 an.
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À l’admission
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Un an après
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Modular
|
- Modular
- Dilution au 1/2 *
|
Vitros
|
Modular
|
- Modular
- Dilution au 1/2 *
|
Vitros
|
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LDH
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630
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171
|
262
|
167
|
190
|
260
|
|
Acide urique
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38
|
50
|
91
|
40
|
40
|
38
|
|
PAL
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156
|
154
|
237
|
151
|
146
|
174
|
|
Prot (g/L)
|
108
|
78
|
|
IgM (g/L)
|
54,5
|
6,5
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Tableau 2 Techniques utilisées sur Modular DP et Vitros
950.
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Modular DP
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Vitros 950
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LDH
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Test LDH optimisée (Roche)
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Test LDH (Vitros)
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Pyruvate + NADH + H+ → lactate + NAD+
(LDH)
|
Pyruvate + NADH + H+ → lactate + NAD+
(LDH)
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Acide urique
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Test : UA plus (Roche)
|
Test : Uric (Vitros)
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Acide urique + 2 H2O + O2 → allantoïne +
CO2 + H2O2 (uricase)
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Acide urique + 2 H2O + O2 → allantoïne +
CO2 + H2O2 (uricase)
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2 H2O2 + H+ + TOOS + 4
aminophénazone → colorant benzoquine dimine + 4 H2O
(peroxydase)
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2 H2O2 + leucodérivé → colorant + 2
H2O (peroxydase)
|
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PAL
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Test : ALP optimisée (Roche)
|
Test : ALKP (Vitros)
|
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Phosphate de p-nitrophényle + H2O → p-nitrophénol +
H3PO4 (PAL, Mg++)
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Phosphate de p-nitrophényle + H2O → p-nitrophénol +
H3PO4 (PAL, AMP, Mg++)
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Le point de vue du clinicien
La maladie de Waldenström est une lymphoprolifération chronique de
type B caractérisée par une infiltration médullaire par des petits
lymphocytes, des cellules lymphoplasmocytaires, des plasmocytes et
par la présence d’une immunoglobuline monoclonale IgM [2]. Les
critères de traitement sont : un taux d’hémoglobine
< 10 g/dL, un taux de plaquettes < 100 x
109/L, une forte masse tumorale ou une symptomatologie
induite par le composant monoclonal (syndrome d’hyperviscosité,
neuropathie sévère, amylose AL, cryoglobulinémie symptomatique,
maladie des agglutinines froides) [3]. Ce patient présentait une
macroglobulinémie de Waldenström au diagnostic avec un composant
monoclonal IgM lambda très élevé. Ce dernier était responsable d’un
syndrome d’hyperviscosité et d’une neuropathie périphérique sévère
justifiant l’initiation d’un traitement en urgence (plasmaphérèses)
et d’une chimiothérapie (chloraminophène). La concentration en LDH,
bien que non spécifique, est un indicateur de la masse tumorale
dans le lymphome non hodgkinien. La LDH et l’uricémie sont aussi
des marqueurs du syndrome de lyse tumorale spontanée ou induite par
la chimiothérapie, complication exceptionnelle de la maladie de
Waldenström, lymphoprolifération B indolente. La concentration en
LDH est généralement normale dans la maladie de Waldenström. Son
augmentation fait toujours suspecter une transformation en un
lymphome agressif et un dosage fiable est nécessaire. Par ailleurs,
le dosage de la LDH est également un élément diagnostique dans le
cadre d’une anémie hémolytique auto-immune, complication fréquente
de la maladie de Waldenström. Enfin, une augmentation des PAL
pourrait également faussement orienter le clinicien vers une
complication hépatique ou osseuse. Un dosage fiable et
reproductible de ces paramètres paraît donc indispensable.
Discussion
La présence d’une interférence a pu être suspectée pour 3
paramètres (LDH, acide urique, PAL) chez un patient pour lequel une
gammapathie monoclonale à IgM a été finalement diagnostiquée
(maladie de Waldenström). Une interférence sur le dosage de la LDH
générant une concentration faussement élevée avait déjà été décrite
avec une IgG kappa à 7 g/L [4]. L’interférence des IgM sur la
concentration d’acide urique avait déjà été décrite plusieurs fois,
donnant des faux négatifs [5]. En cas de suspicion d’interférences,
la procédure de validation biologique dans notre laboratoire
prévoit une vérification du dosage par une autre méthodologie, la
chimie sur support sec (sur Vitros 950), ainsi qu’une étude de
l’effet de dilutions en série (1/2, 1/5, 1/10) dans une solution
saline. Une interférence est identifiée en cas de résultats
discordants entre les deux méthodologies (écart de plus de
10 % par rapport à la concentration initiale), ou si les
résultats après dilution montrent un défaut de linéarité. Une
différence de plus de 10 % par rapport à la concentration
attendue pour la dilution apparaît significative, la concentration
attendue étant déterminée pour chaque paramètre par comparaison à
une série de contrôles. L’étude des courbes réactionnelles permet
également de mettre en évidence un bruit de fond inhabituel ou une
réaction anormale. En cas de suspicion de paraprotéinémie
(protidémie > 90 g/L), l’étude est complétée par une
électrophorèse des protéines sériques à la recherche d’un pic
monoclonal. Différents problèmes peuvent être rencontrés lors de
l’analyse d’échantillons contenant une paraprotéine [6], en
relation avec une activité anticorps de la paraprotéine
(activité anticorps hétérophile, anticorps anti-animal, activité
facteur rhumatoïde), une activité de liaison à d’autres substances,
un effet agglutinine, une pseudohyponatrémie, une hyperviscosité,
une cryoglobulinémie ; et enfin, certains problèmes
analytiques peuvent être liés à la précipitation de la paraprotéine
causant une augmentation de turbidité et une augmentation apparente
de l’absorbance à toutes les longueurs d’onde, dont celles
utilisées dans la réaction chimique du dosage en question. Cet
artefact peut toucher de nombreux paramètres et causer à la fois
des résultats faux positifs ou faux négatifs, selon la cinétique de
l’apparition du précipité (pendant le blanc, à l’addition du
1er ou 2e réactif…). La variété des
circonstances physicochimiques à l’origine de l’insolubilité de ces
protéines est liée à de multiples variables (pH, force ionique,
conservateurs, pI et autres propriétés de l’immunoglobuline
monoclonale…), rendant la prédiction ou la prévention de cette
interférence délicate, ce qui pourrait expliquer le biais variable
observé dans le cas clinique présenté ici. La disparition de ce
type d’interférence en cas de recueil sur tube sec, par rapport à
un recueil sur héparine de lithium, a déjà été décrite [7] ;
elle a été attribuée à la formation de complexes entre l’héparine
de lithium et une paraprotéine de type IgG pour le dosage de
glucose et gamma-glutamyl transférase. Cet effet pouvait être
reproduit en ajoutant de l’héparine au sérum, et bloqué dans le
plasma hépariné par l’addition du sulfate de protamine, un
antagoniste de l’héparine. La faible sensibilité de l’analyseur
Vitros 950 à ce type d’interférence est probablement liée à la
technologie multicouche du Vitros qui empêche le précipité de
pénétrer dans la couche réactive et d’interférer lors de la
réaction chimique. Un dosage biologique aberrant de l’un de ces
trois paramètres peut faussement orienter le clinicien vers une
transformation de la maladie de Waldenström en lymphome agressif
(LDH, uricémie), une anémie hémolytique auto-immune (LDH), des
complications hépatiques ou osseuses (PAL). Un résultat fiable et
reproductible paraît donc indispensable. Ces interférences,
difficiles à prédire, sont également difficiles à dépister par le
laboratoire et peuvent donner des résultats faussement positifs ou
négatifs. Il serait utile que les cliniciens soient alertés sur ces
caractéristiques des paraprotéines (meilleure communication entre
services cliniques et laboratoire) et puissent en avertir le
laboratoire, notamment en cas de résultats inattendus chez des
patients présentant une paraprotéine. La présence d’une telle
paraprotéine peut également être évoquée et recherchée au
laboratoire, notamment en cas de protidémie élevée (>
90 g/L). La connaissance de l’existence d’une paraprotéine ou
sa suspicion chez un patient incite à rester prudent sur
l’interprétation des résultats des dosages, à surveiller les
courbes réactionnelles en cas de doute, à confronter les résultats
avec ceux fournis par un automate utilisant la chimie sur support
sec (type Vitros), et à signaler la possibilité d’interférences en
commentaire du résultat. Nous proposons un protocole synthétique
pour la mise en évidence de telles interférences dans le tableau 3. Il pourrait être intéressant
d’envisager une étude de plus grande envergure sur le suivi et
l’impact des interférences sur la prise en charge des patients en
cas de dysglobulinémie, et notamment en fonction des concentrations
des globulines.
Tableau 3 Synthèse des recommandations pour la
détection d’interférences par des protéines monoclonales dans un
bilan biochimique.
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Responsable
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Actions à mettre en œuvre
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Clinicien
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Information au laboratoire sur l’existence d’une gammapathie
monoclonale chez le patient
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Laboratoire disposant de technologies sur support sec
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Évocation d’une possible paraprotéine en cas de protidémie >
90 g/L
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Vérification des résultats obtenus en chimie liquide à l’aide d’une
technologie de chimie sur support sec
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Laboratoire ne disposant pas de technologies sur support sec
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Évocation d’une possible paraprotéine en cas de protidémie >
90 g/L
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Recherche d’une alarme sur les dosages générée par l’automate de
biochimie
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En cas d’alarme :
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- vérification de la linéarité après dilutions en série (pur, 1/2,
1/5, 1/10) et comparaison des résultats par rapport à ceux obtenus
sur une série de contrôles
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- vérification de la linéarité de la courbe réactionnelle du dosage
et comparaison à une courbe réactionnelle d’un contrôle à la même
concentration
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Références
1 Smogorzewska A, Flood JG, Long WH, Dighe AS.
Paraprotein interference in automated chemistry analyzers. Clin
Chem 2004 ; 50 : 1691-3.
2 Owen RG. Developing diagnostic criteria in Waldenstrom’s
macroglobulinemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 196-200.
3 Treon SP, Gertz MA, Dimopoulos M, et al. Update on treatment
recommendations from the Third International Workshop on
Waldenstrom’s macroglobulinemia. Blood 2006 ; 107 :
3442–6.
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IgG paraprotein and complexes of lactate dehydrogenase and IgG in
the serum. Clin Chem 1987 ; 33 : 1937-8.
5 Langman LJ, Allen LC, Romaschin AD.
Interference of IgM paraproteins in the Olympus AU800 uric acid
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6 Berth M, Delanghe J. Protein precipitation as a
possible important pitfall in the clinical chemistry analysis of
blood samples containing monoclonal immunoglobulins : 2 case
reports and a review of the literature. Acta Clin Belg 2004 ;
59 : 263-73.
7 Dimeski G, Carter A. Rare IgM interference with
Roche/Hitachi Modular glucose and gamma-glutamyltransferase methods
in heparin samples. Clin Chem 2005 ; 51 : 2202-4.
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