ARTICLE
Auteur(s) : A
Haque1, B Lucas2, D Hober2
1Chercheur au CNRS, Dartmouth medical school, One
Medical Center Drive, Rubin Bldg., Lebanon, NH 03756,
États-Unis
2Service de virologie/Upres EA3610, Faculté de médecine,
Université Lille 2, CHRU Lille, France
Article reçu le 15 Juin 2006, accepté le 27 Decembre 2006
Le virus aviaire influenza A/H5N1 hautement pathogène est
responsable d’épidémies dans les élevages en masse de volailles
dans le Sud-Est asiatique. Jusqu’à récemment, les oiseaux sauvages
et les volailles étaient les cibles privilégiées de ce virus, mais
il infecte maintenant les chats, les cochons, les humains et
d’autres mammifères pour lesquels l’issue est souvent fatale. Au
cours de ces derniers mois le virus A/H5N1 s’est propagé à une
vitesse alarmante en Europe, en Afrique et dans certaines régions
d’Asie où l’infection n’avait pas été signalée auparavant. Plus il
se dissémine, plus une mutation de ce virus vers une forme
transmissible entre individus est à craindre car une pandémie
pourrait alors voir le jour, risquant de provoquer le décès de
millions de personnes et paralysant l’économie pendant des mois. En
date du 13 novembre 2006, 258 cas d’infection humaine, confirmée en
laboratoire, ont été rapportés par l’Organisation mondiale de la
santé, parmi lesquels 59 % ont été mortels chez des personnes
âgées de 10 à 39 ans
(www.who.int/crs/disease/avian_influenza/en rubrique du 13 novembre
2006). Nous sommes maintenant face au risque de la première
pandémie à influenza de ce siècle à cause de l’émergence des virus
influenza A/H5N1 hautement pathogènes.
Mode de propagation du virus de la grippe aviaire influenza
A/H5N1 et voie d’infection
Le virus influenza A/H5N1 s’est propagé de l’Asie vers la Russie et
l’Europe. Le Nigeria a été le premier pays en Afrique à décrire
l’émergence de ce virus hautement pathogène.
La question du rôle des oiseaux sauvages s’est posée à la suite
de la rapide propagation du virus influenza A/H5N1 en Russie, en
Europe puis en Afrique, de l’automne 2005 au printemps 2006. Le
rôle de ces oiseaux fait l’objet de débats scientifiques
contradictoires. Certains chercheurs ont exprimé leur scepticisme
devant le fait que les oiseaux migrateurs puissent jouer un rôle
majeur dans la propagation du virus influenza A/H5N1, donnant comme
argument que les oiseaux infectés mouraient, ce qui limitait leur
capacité à voyager très loin [1]. De nouvelles découvertes
suggèrent que ce n’est pas toujours le cas. Le virus influenza
A/H5N1 hautement pathogène a aussi été identifié chez des canards
migrateurs apparemment en bonne santé [2]. Des prélèvements ont été
effectués sur 1 092 canards capturés et 3,1 % d’entre eux
possédaient des anticorps contre l’isolat de virus influenza A/H5N1
hautement pathogène, indiquant qu’ils avaient été infectés. Le
virus influenza A/H5N1 hautement pathogène a été isolé chez un
petit nombre d’oiseaux aquatiques en Chine et en Russie. Les
auteurs concluent que les oiseaux sauvages peuvent disséminer le
virus sur des distances de migration étendues [2].
Il est nécessaire de disposer de données solides associées à une
analyse génétique car la contrebande et les importations de
volailles infectées peuvent contribuer à introduire le virus
influenza A/H5N1 hautement pathogène dans de nouveaux endroits.
Il est maintenant reconnu qu’une fois l’infection à H5N1
établie, les volailles constituent la principale voie de
transmission (figure 1). Cette
conclusion offre l’espoir que le cycle de transmission puisse être
interrompu si le virus est éradiqué de l’élevage. Les oiseaux
aquatiques représentent aussi une réelle menace. Ils constituent un
réservoir naturel pour le virus influenza A et comme ils sont
infectés par une variété de types antigéniques, ils peuvent être à
l’origine de nouvelles combinaisons des gènes HA (hémagglutinine)
et NA (neuraminidase) (figure 2)
susceptibles de créer une cassure antigénique (antigenic shift)
défiant alors notre expérience immunologique collective.
Le virus de la grippe infecte principalement les voies
respiratoires par lesquelles il se transmet entre individus. Il
existe des données montrant la réplication extra-respiratoire du
virus influenza A/H5N1 chez l’homme. En effet, le virus influenza
A/H5N1 a été isolé du surnageant de culture de lignées cellulaires
inoculées avec le liquide cérébral d’un patient dont le diagnostic
clinique était une encéphalite aiguë [4]. Il a été isolé de la même
façon à partir d’un écouvillon rectal de ce même patient qui
présentait une diarrhée, suggérant que la transmission par des
selles infectées pourrait se produire chez l’homme [3].
Rimmelzwaan et al. [3] ont infecté expérimentalement des chats
par le virus influenza A/H5N1 et ont recherché sa présence dans
différents tissus par immunohistochimie en utilisant un anticorps
monoclonal dirigé contre sa nucléoprotéine. Ils ont ainsi démontré
qu’il y a une libération extra-respiratoire extensive du virus
influenza A/H5N1 impliquant différentes sortes de tissus dont ceux
des systèmes nerveux, cardiovasculaire, urinaire, digestif,
lymphoïde et endocrine (figure 3).
L’expression des antigènes viraux dans ces tissus était associée à
une nécrose importante et à une inflammation 7 jours après
l’inoculation [4].
Le fait d’avoir découvert ce virus dans des voies d’excrétion
est particulièrement surprenant et appelle à être vigilant sur la
biosécurité entourant les cas humains.
Stratégies potentielles de contrôle
Les mesures préalables à prendre pour éviter le départ d’une
pandémie de grippe humaine reposent sur : 1) la détection
rapide du virus influenza A/H5N1 chez les volailles, suivie du
sacrifice des animaux contaminés, limitant ainsi la dissémination
ultérieure de l’infection ; 2) la mise en quarantaine ;
3) l’intervention avec des médicaments antiviraux ; 4) la
production de vaccins efficaces dans les délais les plus brefs à
partir du moment où la souche H5N1 responsable de la pandémie est
identifiée. Une vigilance accrue devra être observée vis-à-vis des
animaux en élevage intensif pour lesquels la promiscuité et
l’environnement parfois surpeuplé stressent leur système
immunitaire, les rendant ainsi plus susceptibles aux maladies
infectieuses. De plus, une campagne d’éducation menée à l’échelle
mondiale portant sur l’épidémiologie de la grippe et les bénéfices
des mesures de bio-sécurité devrait être entreprise. En effet,
l’application de mesures strictes de bio-sécurité devrait aider à
tenir le virus en dehors des élevages destinés au commerce.
Il a été montré que des médicaments antiviraux tels que
l’oseltamivir et le zanamivir réduisaient la sévérité et la durée
de la grippe saisonnière s’ils sont administrés dans les 24 à
48 heures qui suivent les premiers symptômes. Cependant, leur
efficacité dans le traitement d’une pandémie potentielle à
influenza est incertaine. Des cas de résistance à l’oseltamivir, le
médicament le plus efficace, ont été rapportés pour le virus
influenza A/H5N1 isolé d’individus infectés [5]. Il est raisonnable
de penser que, comme pour la grippe classique, le traitement
précoce par l’oseltamivir des humains infectés par le virus
influenza A/H5N1 sera plus efficace que le traitement retardé.
L’efficacité des traitements antiviraux et l’apparition de
résistances à ces médicaments doivent être prises en compte. Un
point crucial à propos des médicaments concerne la capacité de
stockage et la rapidité de distribution dans les régions où
commence la transmission interhumaine. En absence de capacités
réactionnelles et logistiques appropriées, la transmission de la
nouvelle grippe sera difficile à enrayer.
Physiopathologie de l’infection à influenza A/H5N1
La sévérité de la maladie causée par la grippe à influenza A/H5N1
chez l’homme reste inexpliquée. Cela est dû au fait que, souvent,
le matériel disponible n’est pas représentatif, car il représente
seulement le stade final du processus et est habituellement modifié
par le traitement et/ou les surinfections secondaires. De plus,
pour des raisons culturelles et éthiques, la disponibilité du
matériel post mortem nécessaire aux études est limitée.
La forte virulence observée lors de l’épidémie de 1997 suggère
que l’infection par le virus influenza A/H5N1 pourrait impliquer de
nouveaux mécanismes de pathogenèse qui n’ont pas encore été
observés avec les souches connues de la grippe humaine. Une
proportion considérable de patients infectés par le virus influenza
A/H5N1 développait un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA)
et/ou une hémophagocytose, qui sont probablement liés à une
surproduction de cytokines pro-inflammatoires [6]. Cette production
exagérée de cytokines pro-inflammatoires est appelée « orage
de cytokines ». En accord avec cette idée, des macrophages
dérivés de monocytes humains ont été incubés avec des souches de
virus influenza A/H5N1 isolées d’individus infectés. Une forte
induction de cytokines, telles que le TNF-apha, a été observée en
comparaison avec l’induction provoquée par des sous-types de virus
influenza A humains stables comme le virus A/H1N1 [7]. De plus,
chez les individus infectés par le virus influenza A/H5N1, et plus
particulièrement chez ceux qui sont décédés, une augmentation
notable du taux de chémokines et de cytokines a été observé et est
corrélée avec une réplication virale élevée et disséminée [8].
Améliorer le vaccin contre le virus de la grippe H5N1
Vaccins vivants atténués et vaccins inactivés
Au cas où une souche pandémique apparaîtrait de façon inattendue,
la vaccination est probablement la seule approche pratique pour
limiter l’impact de l’infection au niveau de la santé publique.
Cependant, l’efficacité des vaccins disponibles actuellement est
difficile à évaluer et rien ne prouve qu’ils seront protecteurs
contre la forme pandémique du virus de la grippe A/H5N1 (Tableau 1 ).
Des auteurs s’interrogent sur le bien-fondé d’utiliser les
vaccins actuellement disponibles pour lutter contre l’épidémie
aviaire à virus A/H5N1, avant que les mesures de sécurité n’aient
été énergiquement prises, car l’immunisation induite par ces
vaccins pourrait causer plus de tort que de bienfaits. Après
quelques hésitations, plusieurs pays d’Europe et d’Asie ont prévu
de vacciner les volailles (et peut-être les chats dans un futur
proche) ou le font déjà. Les animaux de basse-cour vaccinés peuvent
survivre à la maladie mais deviennent porteurs du virus, continuant
ainsi à disséminer le virus parmi les oiseaux non infectés ou parmi
les humains en contact avec les volailles. La présence de porteurs
sains demandera une surveillance rigoureuse de l’infection
potentielle des volailles et des mammifères. Une grande
préoccupation voit alors le jour : les volailles ou les chats
deviennent, après vaccination, des porteurs asymptomatiques qui
peuvent facilement continuer à répandre le virus de la grippe
influenza A/H5N1.
Un rapport très troublant mentionne que le virus de la grippe
A/H5N1 a été découvert chez des cochons indonésiens n’ayant aucun
signe de maladie [9, 10]. Ce scénario de transmission par des
porteurs sains risque de faire peser une lourde charge sur les pays
en voie de développement dont l’infrastructure de santé publique
est rudimentaire.
Une autre préoccupation liée à la vaccination tient au fait
qu’elle est susceptible de générer chez les mammifères une réponse
immune qui pourrait exercer une pression de sélection sur le génome
du virus influenza A/H5N1, entraînant l’émergence de souches mutées
potentiellement pathogènes. En effet, la pression de sélection peut
favoriser les souches humaines du virus influenza A/H5N1 dont les
glissements et les cassures antigéniques (antigenic drift and
shift) impliquent les deux glycoprotéines de surface HA et NA. Les
souches du virus de la grippe A/H5N1 échappent ainsi à la réponse
immunitaire de l’hôte consécutive à une infection antérieure ou à
une vaccination. Si une souche mutée acquiert la capacité de se
transmettre d’humain à humain, alors la vaccination pourrait
favoriser l’évolution du virus de la grippe A/H5N1 vers la forme
pandémique.
La cassure antigénique (antigenic shift) a été à l’origine de
deux pandémies majeures de grippe A au cours du siècle dernier, à
savoir l’épidémie de H2N2 en 1957 et celle de H3N2 de 1968 [10]. Le
fait de ne pas connaître la nature du variant génétique qui
assurera la transmission du virus entre individus compromet nos
capacités à formuler à l’avance un vaccin.
Les variants hautement pathogènes du virus influenza A/H5N1 sont
capables de tuer des œufs embryonnés. Pour réduire la virulence des
souches vaccinales, il est préférable d’utiliser des protéines du
virus mutant, telles que H5 dépourvu de site de clivage
polybasique, afin que ces souches puissent être propagées dans des
œufs pour produire le vaccin [10]. Des particules virales
dépourvues du gène de la protéine d’exportation nucléaire NS2 [11]
ou défectives pour la protéine M2 (figure 2) ont été
utilisées comme vaccins dans des modèles animaux [12, 13].
Cependant, on ne sait pas si ces vaccins défectifs fonctionneront
chez les humains.
Il est probable que les vaccins inactivés auront plusieurs
avantages par rapport aux vaccins vivants. Il s’agit de la sécurité
de la vaccination chez les hôtes immunodéprimés, de la facilité à
préparer des antigènes recombinants, du fait qu’il n’est pas
nécessaire de maintenir une chaîne du froid pour la stabilité du
vaccin et du temps de préparation plus rapide comparé à celui
nécessaire pour l’atténuation et la propagation du virus vivant.
Diverses approches vaccinales utilisant le virus inactivé ont été
utilisées dans le but d’élargir la protection immunitaire et
testées sur des modèles animaux de la grippe, principalement des
rongeurs, des furets et des primates [10].
Grâce à la technique de génétique inverse, un prototype du virus
influenza A/H5N1 a été fabriqué dans le cadre du développement d’un
vaccin inactivé constitué de l’HA du virus. Des adultes sains
volontaires ont reçu deux doses intramusculaires de ce vaccin
produit par Sanofi-Pasteur. Il induisait une réponse anticorps, ce
qui prédispose à une protection, mais seulement avec des doses
élevées (90 μg/dose) [14].
Un autre essai a été réalisé avec 300 participants sains âgés de
18 à 40 ans qui ont reçu un vaccin similaire avec et sans
adjuvant (hydroxyde d’aluminium) [15]. L’adjuvant n’améliorait ni
l’immunogénicité, ni le pourcentage de séroconversion pour les
faibles doses.
Par ailleurs, un essai clinique de phase I a été réalisé en
vaccinant des volontaires avec le virus influenza A/H5N1 entier
inactivé, en présence d’hydroxyde d’aluminium comme adjuvant [16].
Une réponse anticorps a été obtenue après la première injection
quelle que soit la dose utilisée, mais la plus forte réponse était
obtenue avec la concentration d’antigène la plus élevée
(10 μg/dose).
Les vaccins inactivés nécessitent d’être présentés au système
immunitaire de l’hôte avec un adjuvant approprié. Mais les
adjuvants actuellement acceptés pour l’usage humain (alum ou MF-59)
ont une immunogénicité généralement plus faible que celle obtenue
avec des vaccins atténués vivants [10]. Récemment, un adjuvant
constitué par la partie non toxique de l’entérotoxine d’Escherichia
coli en combinaison avec un biovecteur a été évalué en utilisant
comme vaccin l’HA et la NA de virus influenza A autre que H5N1
[17]. La voie d’administration intranasale a été testée dans cet
essai.
Aussi, la recherche doit-elle être poursuivie pour trouver des
adjuvants non toxiques tels que les ligands des TLR (Toll-like
récepteurs) et les agonistes capables d’activer efficacement les
cellules dendritiques pour la présentation des antigènes viraux aux
cellules T CD4+ et CD8+. L’utilisation de cytokines telles que
l’IL-12 ou l’IL-18 pourrait augmenter l’immunogénicité des vaccins
anti-viraux. Il a été montré que des vaccins recombinants dirigés
contre la diphtérie aviaire, qui co-exprime l’HA du virus influenza
A/H5N1 et l’IL-18 du poulet, induit une protection complète chez
les poulets vaccinés [18].
Ainsi, il est nécessaire de développer une recherche
fondamentale solide pour trouver comment augmenter l’immunogénicité
des vaccins. Par exemple, l’amélioration de l’efficacité de la
présentation de l’antigène ou l’adoption d’une voie d’injection
mieux appropriée permettrait d’utiliser une quantité moindre
d’antigène.
Un vaccin inactivé qui induirait non seulement des niveaux
élevés d’anticorps neutralisants contre les protéines de surface,
mais aussi une réponse cellulaire T CD8+ contre des antigènes
conservés de protéines virales internes, pourrait fournir une
meilleure protection lors d’une épidémie ou d’une pandémie. Dans le
cas d’une infection intracellulaire à influenza A, l’élimination
des cellules infectées est réalisée principalement par les cellules
T CD8+ effectrices (CTL) [19]. Tout vaccin qui induira et dirigera
ces CTL vers le site de l’infection et qui génèrera une mémoire à
long terme sera plus efficace pour monter une protection contre une
forme pandémique d’infection à virus influenza A/H5N1.
À long terme, il faudra relever des défis plus complexes. Une
des directions à explorer est le développement de vaccins qui
assureraient une protection contre les différentes souches
susceptibles d’apparaître après glissement antigénique (antigene
drift). Un vaccin constitué du domaine extra-cellulaire de la
protéine M2, qui est hautement conservée parmi les influenza A, a
été couplée à la protéine du core de l’hépatite B et testée avec
succès chez la souris [20].
La diversité antigénique des virus circulant dans le Sud-Est de
l’Asie et le Sud de la Chine plaide en faveur du développement de
vaccins capables de protéger contre un grand nombre de souches du
virus influenza A/H5N1 endémique ou pandémique [2]. Ce type de
vaccin est appelé cross-réactif.
Grâce aux techniques offertes par la biologie moléculaire, il
est envisageable de construire une souche vaccinale non virulente
qui exprimerait plusieurs variants antigéniques ou déterminants,
générant de ce fait une réponse immunitaire élargie. Sera-t-il
possible de développer chez l’homme des vaccins cross-réactifs
induisant des réponses immunitaires cellulaires capables de
persister ?
L’étude des mécanismes de la mémoire immunologique chez l’homme
s’avère essentielle pour comprendre la maladie provoquée par le
virus de la grippe et pour améliorer la construction de vaccins
contre un virus en perpétuel changement. De même, il est important
de développer des adjuvants plus efficaces que ceux actuellement
utilisés, induisant des réponses immunes croisées plus larges
[21].
L’association des connaissances des virologues et des
immunologistes devrait avoir un effet synergique susceptible
d’aboutir à de nouvelles avancées dans la prise en charge médicale
de l’infection à virus influenza A/H5N1 et dans l’approche
vaccinale de la maladie [22].
Tableau 1 Protection et risques liés aux vaccins contre
le virus influenza A/H5N1.
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Type de vaccin
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Réponse générée
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Risque possible
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Prototype obtenu par génétique inverse
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Anticorps (prédictive d’une protection)
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Sélection d’une souche pathogène par glissement antigénique
(implication des gènes HA et NA)
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ARRAY(0x222858)
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Vivants atténués
|
Anticorps
|
Sélection d’une souche pathogène par glissement antigénique
(implication des gènes HA et NA)
|
|
Réponse cellulaire mal connue
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ARRAY(0x222bac)
|
|
Inactivés + adjuvants
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TCD8 (CTL)
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Efficace, mémoire immunologique de longue durée
|
|
ARRAY(0x224310)
|
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Système de culture cellulaire : vecteur adénovirus codant pour
les gènes de protéines de surface (HA, NA) ou...
|
Anticorps
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Immunité préexistante contre le vecteur
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Réponse cellulaire
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ARRAY(0x224e84)
|
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Concept de vaccin anti-maladie
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Inhibition de « l’orage cytokines » (production exagérée
de cytokines pro-inflammatoires)
|
|
Développement de vaccins produits sur cultures cellulaires
La plupart des vaccins anti-grippaux utilisés aux États-Unis et en
Europe sont fabriqués à partir de virus cultivé sur des œufs et
inactivé avec du formaldéhyde [23]. Récemment, il a été montré
qu’un vaccin humain basé sur le vecteur adénoviral exprimant
l’hémagglutinine de sous-type 5 du virus de la grippe protégeait,
en absence d’adjuvant, des souris contre le virus influenza A/H5N1
isolé chez des humains [24, 25]. Ceci représente un progrès
important dans la préparation de vaccins reposant sur la culture
cellulaire et possède des avantages significatifs en éliminant
l’utilisation d’un grand nombre d’œufs embryonnés. En cas de
pandémie, il faudrait 4 milliards d’œufs embryonnés pour
produire suffisamment de vaccins pour les 1,2 milliard de
personnes à risque dans le monde. Cependant, la génération de
réponses immunitaires contre un gène étranger d’intérêt pourrait
potentiellement être un problème si le système immunitaire est
capable de monter à l’avance une réponse vis-à-vis des adénovirus
humains. L’administration du vaccin par voie nasale pourrait
résoudre ce problème puisqu’il semble n’y avoir aucune immunité
pré-existante dans les voies respiratoires supérieures. D’ailleurs,
une solide réponse cellulaire T CD8+ serait probablement flexible
et capable de combattre une infection provoquée par le virus
influenza A/H5N1. Les gènes de protéines hautement conservées
telles que les nucléoprotéines ou les protéines de matrice
pourraient être inclus dans des vaccins fondés sur le vecteur
adénoviral, puisque les réponses immunitaires contre ces antigènes
viraux de la grippe sont protectrices dans les modèles animaux [20,
26].
De futures stratégies vaccinales prenant en compte l’induction
de réponses cellulaires T, tels les lymphocytes T cytotoxiques,
pourraient fournir une meilleure protection que celle offerte par
les vaccins actuels, qui reposent seulement ou principalement sur
la neutralisation du virus par les anticorps.
Vaccins thérapeutiques (anti-maladie)
De plus en plus de preuves issues des modèles animaux et des
humains suggèrent que certains médiateurs inflammatoires pourraient
conduire vers la maladie. Si cela est vrai, il pourrait y avoir des
retombées majeures pour le développement de nouvelles
thérapeutiques. Une observation importante a été faite :
l’augmentation des taux de chémokines et de cytokines était
corrélée à une réplication virale élevée et disséminée chez des
individus infectés par H5N1 et décédés de l’infection [8]. D’autre
part, le virus influenza A/H5N1 semble relativement résistant aux
effets inhibiteurs des cytokines antivirales de l’hôte telles que
les interférons [27].
L’étude des mécanismes de pathogenèse et les réponses
immunologiques chez l’homme ou chez d’autres hôtes mammifères,
suite à l’infection par le virus influenza A/H5N1 pourraient
contribuer à identifier des cibles pour une intervention
thérapeutique.
Des études récentes ont montré que la variation du gène
non-structural (NS) de la souche Hong Kong H5N1/97 avait un impact
sur la production de cytokines, provoquant un déséquilibre de la
balance entre cytokines pro-inflammatoires et anti-inflammatoires
(IL-10) en faveur des premières [28].
Des souris infectées avec une souche de virus influenza A/H5N1
hautement pathogène, A/HK/156/97, isolée de poulets malades et d’un
enfant malade à Hong Kong, ont une capacité réduite à activer le
TGFβ en comparaison avec des souris infectées par des virus moins
virulents tels que A/Env/HK437/99. Les faibles taux de TGFβ dans le
sérum de souris infectées par A/HK/156/97 pourraient permettre au
virus de se répliquer et de se disséminer de façon non contrôlée
dans le tractus respiratoire des souris. La capacité réduite de
l’hôte à activer le TGFβ provoquerait une inflammation plus grande
au niveau du site d’infection et serait à l’origine de la sévérité
de la maladie (figure 3).
L’ensemble de ces découvertes indique que les conditions
pathologiques observées dans la grippe A/H5N1 sont associées à une
synthèse de cytokines pro-inflammoires. Si tel est le cas, ces
découvertes sont consistantes avec la possible induction de la
réponse immunitaire innée, chez les humains ou les animaux infectés
par le virus influenza A/H5N1.
Il est envisageable de produire des vaccins contre le virus de
la grippe à partir d’un virus influenza A/H5N1 portant des
modifications au niveau de sites spécifiques du génome (par exemple
le gène codant pour NS1), qui serait ainsi atténué par rapport à la
production de cytokines néfastes, tout en restant hautement
immunogénique.
Par ailleurs, un vaccin thérapeutique contre la grippe humaine
reposant sur un vecteur de réplication adénoviral incompétent
devrait coexprimer des gènes de cytokines anti-inflammatoires,
permettant d’inhiber l’inflammation au site de l’infection,
protégeant ainsi le patient contre la forme sévère de la
maladie.
Le fait que le système immunitaire des humains et celui des
animaux soient différents et que la corrélation entre les deux
n’ait pas été prouvée, constitue un défi pour fabriquer un vaccin
et établir des critères d’efficacité chez l’homme. L’immunogénicité
des vaccins candidats H5 est déterminée par le test d’inhibition de
l’hémagglutination (IH) ou par le test de séroneutralisation pour
détecter des anticorps contre l’hémagglutine (HA) aviaire. Or, on
sait que le test IH n’est pas sensible pour détecter les anticorps
anti-HA aviaire, et qu’il n’existe pas de corrélation clinique
reconnue entre la protection immune et la présence d’anticorps
neutralisants [29].
Il apparaît clairement que des études supplémentaires sont
nécessaires pour établir des tests hautement reproductibles
permettant de mesurer l’immunogénicité d’un candidat vaccin et pour
déterminer une corrélation adéquate avec la protection immunitaire.
La sécurité et l’immunogénicité des vaccins avec adjuvants ou à
nouvelles formulations doivent être testées de façon critique et
toute approbation de mise sur le marché ne doit pas compromettre la
santé des futurs receveurs.
Complexité de l’interaction hôte-virus
Peu d’études ont été réalisées pour expliquer la biologie du virus
influenza A/H5N1. Une analyse détaillée du virus est cruciale afin
de comprendre sa portée potentielle et sa variabilité. La
variabilité est à l’origine de la forte réplication du virus et des
taux de mutations observés qui sont alors modelés par la
recombinaison et le réassortiment des gènes. La dynamique de
l’évolution et de l’épidémiologie du virus influenza A/H5N1 est la
raison clé pour laquelle nous devons rester sur nos gardes en nous
attaquant à ce virus.
Des chercheurs travaillant sur le virus sont perplexes et se
demandent pourquoi il subit de nombreux changements génétiques
quand il passe de continent en continent, alors qu’il semble être
un virus génétiquement gelé dans sa progression vers l’Ouest et le
Sud. Une explication pourrait être que le virus infecte seulement
quelques espèces d’oiseaux sauvages, réduisant de ce fait ses
chances d’évolution. D’ailleurs, le passage entre les espèces ne
favorise pas nécessairement l’augmentation de la virulence chez le
nouvel hôte.
Les dynamiques de l’évolution et de l’épidémiologie de
l’infection à virus influenza A classique sont les principales
raisons qui justifient de reconsidérer la formulation d’un vaccin
anti-grippal chaque année. La priorité sera de développer un vaccin
efficace contre la forme pandémique du virus.
Le virus influenza A/H5N1 qui infecte actuellement les
volailles, les chats, les cochons et autres mammifères a été
séquencé. Aucun des variants du sous-type A/H5N1 n’a acquis, pour
l’instant, la capacité de transmission entre humains. Il semble que
tous les individus infectés avaient été en contact étroit avec des
volailles fortement infectées et/ou avaient manipulé des volailles
mortes infectées. Ces données indiquent qu’une forte exposition au
virus est nécessaire pour que celui-ci parvienne à infecter l’être
humain. De plus, le virus A/H5N1 reconnaît l’acide sialique alpha
2,3-Gal présent à la surface des cellules alvéolaires dans la
région inférieure du tractus respiratoire chez l’humain, ce qui
limite les risques de transmission intensive par les éternuements
et la toux [30].
Récemment, il a été constaté que la maladie provoquée chez
l’homme par le virus de la grippe A/H5N1 semblait être moins sévère
en Turquie que dans l’est de l’Asie. Le taux de mortalité était
d’environ 25 %, soit la moitié par rapport aux cas
précédemment décrits, et il y a eu cinq cas bénins ou complètement
asymptomatiques. Il n’est pas exclu que des cas bénins se
produisent fréquemment mais ne soient pas enregistrés. La présence
du virus influenza A/H5N1 chez les cochons a été observée en
Indonésie. Est-ce un portage sain transitoire ou bien le signe du
développement d’un certain degré d’immunité vis-à-vis du virus,
empêchant ainsi sa réplication et causant une infection bénigne
chez des mammifères naturellement infectés ? Une surveillance
reposant sur la recherche d’anticorps et d’autres paramètres
immunologiques chez les individus vivant dans les régions où le
virus influenza A/H5N1 circule depuis quelques années pourrait
révéler des surprises en ce qui concerne leur immunité acquise
vis-à-vis de ce virus.
Il est important de noter que les cas d’infection à virus
A/H5N1, déclarés aussi bien en Asie du Sud-Est qu’en Turquie, n’ont
pas donné lieu à une infection étendue. À l’heure actuelle, rien ne
permet de savoir si une pandémie à virus A/H5N1 (au cas où elle se
produirait) aurait la même sévérité que celle provoquée par le
virus A/H1N1 en 1918.
Vers une victoire dans la lutte contre le virus influenza
A/H5N1
Se préparer face à la menace d’une pandémie de grippe humaine
relève du défi. La priorité pour la santé humaine est une réaction
rapide qui doit œuvrer à étouffer la pandémie naissante en
identifiant les premiers signes de transmission entre humains, en
intervenant grâce au stock de médicaments antiviraux et par des
mesures de mise en quarantaine. Dès que la forme pandémique de la
souche influenza A/H5N1 sera identifiée, il faudra en un minimum de
temps combiner toutes nos ressources humaines, techniques et
économiques, pour produire des vaccins efficaces contre le virus
émergent.
Il semble clair que le meilleur moyen d’éviter l’apparition de
la maladie chez l’homme passe par le contrôle de l’infection chez
les animaux. La vulnérabilité devant la maladie induite par le
virus influenza A/H5N1 est une menace universelle. Une coopération
renforcée entre les gouvernements et les agences de santé publique
sera un point crucial. Le partage des données épidémiologiques et
le déploiement de contre-mesures dans les régions géographiques à
risque seront aussi d’une grande importance. Il en va de même pour
la recherche biomédicale fondamentale qui doit nous aider dans
l’effort de préparation contre la pandémie en apportant une
meilleure compréhension des mécanismes de pathogenèse du virus, en
développant la recherche de nouveaux antiviraux et en améliorant la
rapidité du diagnostic.
Pour découvrir la stratégie la plus efficace permettant de
contrôler le virus influenza A/H5N1 par immuno-intervention, il est
vital de savoir comment, dans l’infection naturelle, le virus
interagit avec l’hôte.
Un but majeur de la santé publique est de concevoir de meilleurs
vaccins contre les virus influenza A/H5N1 en utilisant de nouvelles
approches incluant le système de culture cellulaire, la génétique
inverse et le développement d’adjuvants. Une nouvelle approche
consiste à développer un vaccin contre la maladie dont le but est
d’inhiber « l’orage de cytokines » à l’origine du
syndrome de déficience respiratoire aiguë et/ou d’hémophagocytose.
Une vaste étude de la vaccination anti-grippale devra être conduite
par des partenaires universitaires, gouvernementaux et industriels.
Le marché représenté par l’extension de la vaccination
anti-grippale annuelle pourra inciter les fabricants de vaccins à
augmenter et stabiliser leur capacité de production.
Conclusion
L’amélioration de stratégies vaccinales contre l’infection à virus
influenza A/H5N1 qui nous menace ou contre d’autres pandémies
futures de grippe A devra utiliser une quantité moindre d’antigène
induisant néanmoins une immunité humorale et à médiation cellulaire
efficaces.
Dans le cas où la transmission interhumaine de la grippe aviaire
A/H5N1 aurait effectivement lieu, nous ne savons pas si elle
générera une grippe pandémique ou endémique. Il est clair que nous
devons être sur nos gardes. Cependant, la crainte d’une pandémie ne
doit pas empêcher le débat scientifique à propos de l’évolution des
virus de la grippe ou de l’impact de l’infection à virus influenza
A/H5N1 sur la santé humaine.
Si la pandémie se déclare, la production rapide de doses
vaccinales et leur distribution à environ 1,2 milliard de
personnes susceptibles d’être à risque à travers le monde,
représentera un défi monumental. Nous avons besoin d’un plan
opérationnel détaillé sur les moyens les plus appropriés pour
traverser une pandémie virale d’une durée de douze à vingt-quatre
mois.
Par ailleurs, le risque de dissémination du virus responsable de
la pandémie continuera à persister si la maladie n’est contrôlée
que dans certaines zones géographiques. Il n’existe pas de
barrière, en ce qui concerne la pandémie grippale, entre les pays
industrialisés et les pays en voie de développement. La mise en
place à grande échelle d’une stratégie pour éviter la dissémination
du virus, initiée par l’Organisation mondiale de la santé, par
l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture ou par d’autres gouvernements de pays industrialisés
coûtera des milliards de dollars. Il sera demandé aux pays en voie
de développement de participer à cette stratégie, ce qui aura comme
conséquence d’alourdir leur système de santé publique déjà
fragile.
Initier une telle stratégie contre la grippe aviaire est une
approche essentielle. Une préparation à une pandémie de grippe
correctement menée pourrait améliorer indirectement le système de
santé publique dans les pays en voie de développement, fondement
d’une lutte plus efficace contre les maladies infectieuses graves
telles que la tuberculose, le paludisme et l’infection à VIH.
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