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Évaluation des performances analytiques du réactif CRP Diasys ® sur Roche Hitachi 917 ®


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Numéro 4, 335-9, Juillet-Août 2006, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Pachot, F Péronnet, C Villard, A Bayle , Laboratoire de biologie polyvalente, Centre hospitalier de Mâcon, boulevard Louis Escande, Mâcon.

Résumé : La protéine C réactive, protéine la plus sensible de la phase aiguë de l’inflammation, est un paramètre demandé en urgence, devant être disponible au laboratoire 24 heures sur 24. Son dosage réalisé le plus souvent par des techniques immuno-néphélométriques et immuno-turbidimétriques offre l’avantage d’être accessible sur des analyseurs multiparamétriques de biochimie. Dans cette étude, les performances du réactif de la société Diasys pour le dosage de la CRP ont été évaluées sur le Roche Hitachi 917 ®. Les spécificités analytiques du réactif en termes de précision et d’exactitude ont ainsi été étudiées. Une partie des résultats a été comparée avec la technique latex pour le dosage de la CRP de la société Roche. Cette étude a mis en évidence les qualités analytiques du réactif avec une très bonne précision sur un large domaine de mesure, mais aussi pour des valeurs comprises entre 1 et 3 mg/L. De plus, bien que ce dosage n’ait pas l’appellation de CRP ultrasensible, la qualité des mesures pour des valeurs comprises entre 1 et 3 mg/L permet de l’utiliser en tant que marqueur prédictif du risque cardiovasculaire.

Mots-clés : protéine C réactive, CRP ultrasensible, immunoturbidimétrie, risque cardiovasculaire

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : M Pachot, F Péronnet, C Villard, A Bayle

Laboratoire de biologie polyvalente, Centre hospitalier de Mâcon, boulevard Louis Escande, Mâcon

Article reçu le 19 Janvier 2006, accepté le 29 Avril 2006

La protéine C-réactive (CRP), protéine pentamérique synthétisée par le foie sous l’action des cytokines (essentiellement IL-6) est un marqueur de la réaction inflammatoire connu depuis 1930. Cette protéine a la particularité de précipiter en présence du polysaccharide (protéine C) du pneumocoque. Elle prépare la phagocytose en se fixant sur la bactérie et en activant le complément (opsonisation). La CRP est la protéine la plus sensible de la phase aiguë de l’inflammation, sa concentration augmentant très rapidement dans les processus inflammatoires [1]. Son dosage est réalisé le plus souvent par des techniques immuno-néphélométriques et immuno-turbidimétriques, ces dernières ayant l’avantage d’être disponibles sur des analyseurs multiparamétriques de biochimie. L’apparition de nouvelles méthodes de dosage plus sensibles, comme les techniques Latex, permet de l’utiliser comme témoin de l’inflammation à bas bruit et ainsi comme marqueur précoce de l’athérosclérose. Elle prend alors l’appellation de CRP ultrasensible. De nombreuses études ont ainsi montré l’implication de la CRP dans le processus athéromateux et son intérêt en tant que marqueur de risque cardiovasculaire [2].Le laboratoire du Centre hospitalier de Mâcon réalise environ 19 700 dosages de CRP par an, demandes provenant essentiellement des services des urgences, de pédiatrie et de néonatologie. Ces analyses sont ainsi réalisées 24 heures sur 24 sur l’automate Roche Hitachi 917®. Il est donc indispensable pour le laboratoire de disposer d’un test rapide présentant un excellent rapport coût/rentabilité diagnostique afin de répondre à la demande des cliniciens dans le diagnostic précoce des états infectieux et pour la surveillance de l’efficacité des traitements de nombreuses maladies inflammatoires et infectieuses. Le réactif de la société Diasys permettant le dosage de la CRP sur l’automate Roche Hitachi 917 a ainsi été testé en utilisant des réactifs code-barrés et une application de l’automate. Une partie des résultats a été comparée avec ceux obtenus par la technique latex Roche.

Matériel et méthode

Prélèvements

Les dosages de CRP sont réalisés sur plasma hépariné après centrifugation 10 minutes à 3 500 tours/min. Tous les dosages sont réalisés sur plasma frais, conservés à température ambiante, et analysés au maximum dans les 4 heures suivant leur centrifugation. Ces prélèvements proviennent des différents services du Centre hospitalier de Mâcon.

Principe du dosage

Réactif Diasys

La technique est de type immunoturbidimétrique classique. La concentration en CRP est déterminée par mesure photométrique en point final de la réaction antigène-anticorps. La limite de détection analytique est donnée à 2 mg/L par la fiche technique. La valeur usuelle dans le cadre du diagnostic de l’inflammation est donnée inférieure à 5 mg/L chez l’adulte. En remarque, la notice précise que les valeurs de CRP > 3 mg/L peuvent indiquer un risque cardiovasculaire.

Réactif Roche : Tina Quant CRP Latex

La technique est de type immunoturbidimétrique sur particules de latex. Elle utilise une combinaison de particules de latex de deux tailles différentes (technologie Durel dual radius enhanced latex), recouvertes d’anticorps monoclonaux et présentant des affinités différentes vis-à-vis de la CRP. Les particules de grande taille ont une forte réactivité et permettent un dosage précis dans les très basses concentrations. Les particules de plus grande taille ne commencent à réagir qu’à des concentrations correspondant au plateau de densité optique des grandes particules agissant ainsi comme un relais pour les concentrations les plus élevées. Ce procédé assure ainsi une bonne sensibilité et linéarité de la technique avec une sensibilité fonctionnelle évaluée à 1 mg/L.

Conditions d’évaluation

Les essais se sont déroulés durant environ 7 mois (janvier à juillet 2005) selon un protocole réalisé avec la société Diasys et inspiré du protocole de validation de techniques de la Société française de biologie clinique [3, 4].

Lots de réactifs utilisés : Calibrateur : CFAS protein (Roche) lot 165879

Contrôles : « Liquicheck Immunology Control » (Biorad) lot 52220 analysé quotidiennement. Réactif Roche : lot n°171467.01 (péremption 08.2005). Réactif Diasys : lot n° 60023691 (péremption 01.2007).

Analyse statistique

Elle a été effectuée selon les recommandations de la SFBC à l’aide du protocole Valtec [3].

Résultats

Évaluation des performances analytiques du réactif Diasys

Répétabilité et reproductibilité

La répétabilité et la reproductibilité ont été étudiées selon les recommandations du protocole Valtec sur 3 pools de sérums correspondant aux trois niveaux à tester : bas (15 mg/L), moyen (50 mg/L) et haut (100 mg/L) ainsi que sur 2 niveaux bas de CRP (0,8 mg/L et 1,3 mg/L) et sur le contrôle journalier (Biorad Liquicheck Immunology Control) afin de couvrir une grande partie de la gamme d’étalonnage. Les résultats obtenus sont tout à fait satisfaisants (tableau 1)( Tableau 1 ). Les CV sont inférieurs ou proches de 5 % pour des valeurs supérieures à 1 mg/L et inférieurs à 10 % pour des valeurs de CRP inférieures à 1 mg/L.
Tableau 1 Performances du réactif CRP Diasys® sur Roche Hitachi 917®.

Répétabilité

Reproductibilité

Valeur attendue

Moyenne

Écart-type

CV%

Moyenne

Écart-type

CV%

1 (n = 10)

0,8

0,8

0,067

8,3

2 (n = 14)

1,3

1,27

0,061

4,8

3 (n = 20)

14

13,82

0,114

0,8

13,78

0,523

3,8

4 (n = 20)

41

40,52

0,280

0,7

39,84

0,602

1,5

5 (n = 20)

74

78,30

0,412

0,5

75,5

4,439

5,9

6 (n = 185)

60

65,49

1,45

2,21

Profil de précision

Le profil de précision a été évalué en intrasérie uniquement en valeur basse (< 20 mg/L). Des dilutions de raison 2 dans un pool de plasma ayant une CRP < 0,1 mg/L ont ainsi été réalisées à partir d’un plasma de patient. Chaque dilution a été analysée 10 fois. Les résultats montrent une très bonne précision de la technique (figures 1 et 2). En effet, les CV sont inférieurs à 5 % pour des valeurs supérieures à 1 et inférieurs à 10 % pour des valeurs à 0,3 et 0,6 mg/L.

Limite de détection

La limite de détection a été évaluée à partir de 30 mesures de blanc (eau distillée) réalisées dans la même série. Elle a été calculée selon la formule Ld = md + Ksd (md = moyenne des blancs mesurés et Sd l’écart-type). Le coefficient K pour une population étudiée supérieure à 30 et pour un risque α et β à 5 % est donné dans la littérature à 4,65 [2]. La limite de détection a donc été calculée à 0,3 mg/L.

Limite de linéarité

La limite de linéarité a été évaluée en valeur haute. Pour éviter de multiplier le nombre de calibrateur à bord de l’automate Roche Hitachi 917®, le CFAS protein (Roche) est utilisé à la place des calibrateurs proposés par la société Diasys. Le dernier point de gamme d’étalonnage est donné à 250 mg/L. De ce fait, la dilution automatique d’un échantillon est réalisée pour des valeurs de CRP supérieures à 250 mg/L. Sur une période de huit mois, nous avons comparé les valeurs de CRP avant (prise d’essai de 10 μL) et après (prise d’essai réduite 4 μL) dilution automatique ( (figure 2) ) en supprimant de notre étude les résultats d’échantillons hémolysés. La droite de régression linéaire obtenue est définie par l’équation : y = 0,736x + 92,642 avec un coefficient de corrélation R2 = 0,87. Si nous traçons la bissectrice (y = 1,0154x), les deux droites se coupent vers 325 mg/L. Nous pouvons ainsi évaluer la limite de linéarité aux alentours de 325 mg/L. Nous avons donc programmé la dilution automatique des échantillons pour des valeurs de CRP supérieures à 300 mg/L.

Comparaison avec la technique CRP Latex Roche®

Cent deux échantillons (plasmas héparinés) provenant de patients hospitalisés dans différents services du Centre hospitalier de Mâcon ont été analysés simultanément avec les deux réactifs sur l’Hitachi 917. La corrélation entre les deux techniques est excellente sur l’ensemble du domaine de mesure. La droite de régression linéaire (Passing Bablok) est définie par l’équation y = 0,99x – 2,97 avec un coefficient de corrélation de 0,99 ( (figure 3) ).

Discussion

Cette étude a permis de confirmer les bonnes performances analytiques de la technique Diasys pour le dosage de la CRP dans les domaines de mesures classiques : CV excellent en répétabilité et en reproductibilité, linéarité jusqu’à 325 mg/L. Par ailleurs, les études en valeurs basses montrent un CV inférieur à 10 % en répétabilité pour des valeurs à 0,8 mg/L et 1,27 mg/L, mais également pour l’ensemble des points de 1 à 20 mg/L étudiés pour le profil de précision. Le domaine de mesure en valeurs basses pourrait donc s’étendre jusqu’à 1 mg/L. Cette modification imposerait une confirmation des résultats avec un autre lot de réactif et la réalisation du profil de précision sur des jours différents. Le seuil analytique de 2 mg/L annoncé par la fiche technique est donc tout à fait en accord avec les résultats observés lors de cette étude.

De nombreuses études ont montré l’intérêt du dosage de la CRP dans la prédiction du risque vasculaire. En effet, la présence de CRP dans les plaques aortiques humaines a été montrée dès 1985 [5]. La CRP peut agir comme procoagulant en induisant l’expression de facteurs tissulaires par les monocytes dont le chimiotactisme est également activé [6]. Elle facilite l’incorporation des LDL natives ou peu modifiées par les macrophages au niveau de la paroi vasculaire en se liant aux agrégats de LDL et de VLDL [7]. Enfin, la CRP active la voie classique du complément et peut ainsi participer à l’aggravation des lésions tissulaires [8].

Le dosage de la CRP permet ainsi de prédire le risque cardiovasculaire : une hs-CRP < 1 mg/L donne un risque faible de développer une maladie cardiovasculaire, une hs-CRP comprise entre 1 et 3 mg/L un risque modéré et une hs-CRP > 3 mg/L un risque élevé. Ces dosages respectent différentes conditions : la hs-CRP doit être exprimée uniquement en mg/L, la réalisation de deux dosages à un intervalle de 2 semaines donne une estimation plus stable du niveau de ce marqueur. Si un résultat est rendu >10 mg/L il faut exclure toute source d’infection ou d’inflammation qui pourrait gêner à la prédiction du risque coronarien et le résultat devra être contrôlé à un intervalle de deux semaines [9].

Un réactif de CRP peut être utilisé pour le dépistage du risque cardiovasculaire si le CV pour des valeurs comprises entre 0,3 et 10 mg/L est inférieur à 10 % [9, 10]. La CRP de la société Diasys répond ainsi à ces critères pour des valeurs supérieures à 1 mg/L et peut donc être utilisée pour classer les patients des 2 terciles ayant un risque cardiovasculaire modéré ou élevé.

Conclusion

Le laboratoire dispose ainsi avec la CRP Diasys d’un réactif bien adapté à la routine et à l’urgence : réactif code barré utilisant une application standard de l’automate Roche Hitachi 917. Suite à cette étude, la limite de linéarité (seuil au-dessus de laquelle l’automate réanalyse automatiquement en volume réduit l’échantillon) a pu être augmentée de 250 à 300 mg/L permettant ainsi une réduction de 2 % des réanalyses. Bien qu’elle n’ait pas l’appellation d’ultrasensible, la qualité des mesures pour des valeurs comprises entre 1 et 3 mg/L permet de l’utiliser en tant que marqueur prédictif du risque cardiovasculaire.

Références

1 Gabay C, Kushner I. Acute-phase proteins and other systemic responses to inflammation. N Engl J Med 1999 ; 340 : 448-54.

2 Yeh ET. High-sensitivity C-reactive protein as a risk assessment tool for cardiovascular disease. Clin Cardiol 2005 ; 28 : 408-12.

3 Vassault A, Azzedine MC, Bailly M, et al. Protocole de validation de techniques (document B, stade 3). Ann Biol Clin (Paris) 1986 : 686-745.

4 Capolaghi B, Vassault A, Grafmeyer D, Yvert JP. Adaptation du protocole de validation de techniques. Ann Biol Clin (Paris) 1997 ; 55 : 167-8.

5 Vlaicu R, Rus HG, Niculescu F. Cristea. A. Immunoglobulins and complement components in human aortic atherosclerotic intima. Atherosclerosis 1985 ; 55 : 35-50.

6 Cermak J, Key NS, Bach RR, Balla J, Jacob HS, Vercellotti GM. C-reactive protein induces human peripheral blood monocytes to synthesize tissue factor. Blood 1993 ; 82 : 513-20.

7 Rowe IF, Walker LN, Bowyer DE, Soutar AK, Smith LC, Pepys MB. Immunohistochemical studies of C-reactive protein and apolipoprotein B in inflammatory and arterial lesions. J Pathol 1985 ; 145 : 241-9.

8 Torzewski J, Bowyer DE, Waltenberger J, Fitzsimmons C. Processes in atherogenesis : complement activation. Atherosclerosis 1997 ; 132 : 131-8.

9 Pearson TA, Mensah GA, Alexander RW, et al. Centers for Disease Control and Prevention American Heart Association. Markers of inflammation and cardiovascular disease : application to clinical and public health practice : a statement for healthcare professionals from the Centers for Disease Control and Prevention and the American Heart Association. Circulation 2003 ; 107 : 499-511.

10 Roberts WL, Moulton L, Law TC, et al. Evaluation of nine automated high-sensitivity C-reactive protein methods : implications for clinical and epidemiological applications. Part 2. Clin Chem 2001 ; 47 : 418-25.


 

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