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Myocardiopathie dilatée d’évolution fatale au cours d’une primo-infection par le virus Epstein-Barr


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Numéro 3, 271-3, Mai-Juin 2006, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Lazrek, A Dewilde, C Schanen, A Sardet, C Rey, O Noiset, D Hober , Service de virologie/UPRES EA 3610, CHRU de Lille, Service de pédiatrie, CH Dr Schaffner, Lens, Service des maladies cardiovasculaires infantiles et congénitales, CHRU de Lille, Service de réanimation pédiatrique, CHRU de Lille.

Résumé : Nous rapportons l’observation d’un enfant de 2 ans qui a développé une insuffisance cardiaque aiguë au décours d’une primo-infection à EBV. Le bilan étiologique viral a retrouvé une positivité isolée des IgM anti-cytomégalovirus (CMV) et anti-EBV. La détection du génome de l’EBV par PCR et l’évolution du profil sérologique spécifique EBV ont permis de confirmer le diagnostic de primo-infection EBV.

Mots-clés : virus d’Epstein-Barr, cytomégalovirus, myocardite

ARTICLE

Auteur(s) : M Lazrek1, A Dewilde1, C Schanen1, A Sardet2, C Rey3, O Noiset4, D Hober1

1Service de virologie/UPRES EA 3610, CHRU de Lille
2Service de pédiatrie, CH Dr Schaffner, Lens
3Service des maladies cardiovasculaires infantiles et congénitales, CHRU de Lille
4Service de réanimation pédiatrique, CHRU de Lille

Article reçu le 7 Decembre 2005, accepté le 10 Février 2006

L’observation

Danny, 2 ans, est hospitalisé le 4 décembre 2003 pour un syndrome fébrile avec une symptomatologie respiratoire. Il présente une fièvre à 40 °C avec une toux grasse. La radiographie pulmonaire montre une pneumopathie basale gauche. La numération formule sanguine met en évidence une élévation des éléments mononucléés : hyperlymphocytose (63 %, 9 261/mm3) et une hypermonocytose (10 %, 1 470/mm3) avec présence de lymphocytes hyperbasophiles. La CRP est à 57 mg/L. Une antibiothérapie per os par Augmentin® est débutée.

Les jours suivants, il présente une altération de l’état général et développe le 8 décembre une insuffisance cardiaque aiguë grave. L’examen clinique retrouve une tachycardie, une tachypnée, une hépatomégalie et des œdèmes des membres inférieurs. La radiographie thoracique montre une cardiomégalie. L’échographie cardiaque met en évidence une cardiomyopathie dilatée avec une altération sévère de la fonction ventriculaire gauche. Les TGO et les TGP sont respectivement à 60 UI/L et 38 UI/L (N < 40 UI/L), les LDH sont à 1 347 UI/L (N : 220-440 UI/L). Le bilan étiologique infectieux retrouve une positivité isolée des anticorps de classe IgM anti-cytomégalovirus (CMV) et anti-Epstein-Barr virus (EBV) en l’absence d’anticorps de classe IgG. Le MNI-test est négatif. Les sérologies vis-à-vis du virus varicelle-zona (VZV), de l’érythrovirus B19 (anciennement parvovirus B19), du virus herpes simplex (HSV), des adénovirus et des entérovirus sont négatives ou témoignent d’une immunité antérieure. La recherche du CMV dans les leucocytes sanguins par PCR est négative. La recherche de l’EBV dans les cellules mononucléées sanguines par PCR est positive (304 copies pour 1 μg d’ADN). La primo-infection à EBV est confortée par l’apparition le 26 décembre 2003, d’anticorps de classe IgG anti-EBV et le 22 avril 2004, des IgG anti-EBNA (Epstein-Barr nuclear antigen) (tableau 1)( Tableau 1 ). Le diagnostic de myocardiopathie dilatée, probablement secondaire à une infection virale, est alors retenu. Un traitement symptomatique associant un inotrope, un diurétique, un vasodilatateur et un anticoagulant est institué. Danny est régulièrement suivi en consultation. Il est noté une amélioration favorable mais lente de la fonction ventriculaire gauche.

Le 18 janvier 2005, il est hospitalisé pour un 2e épisode de décompensation cardiaque avec une altération majeure de la fonction ventriculaire gauche motivant son inscription sur une liste de transplantation cardiaque. Son état reste précaire. Le 19 février 2005, il présente un arrêt cardiaque entraînant rapidement le décès.
Tableau 1 Évolution des profils sérologiques EBV et CMV.

09/12/03

15/12/03

26/12/03

22/04/04

25/01/05

IgG anti-EBV

Négative

Négative

Positive faible

Positive

Positive

IgM anti-EBV

Positive

Positive

Positive

Négative

Négative

IgG anti-EBNA

Négative

Négative

Négative

Positive

Positive

IgG anti-CMV

Négative

Négative

Non réalisée

Non réalisée

Négative

IgM anti-CMV

Positive

Positive faible

Non réalisée

Non réalisée

Négative

Le point de vue du clinicien

La myocardite aiguë et subaiguë est une atteinte inflammatoire du myocarde associée à une dysfonction ventriculaire. Elle est le plus souvent d’origine infectieuse, en particulier virale. Elle peut être également liée à la prise de substances toxiques, à des allergies ou à des désordres immunitaires [1]. L’évolution se fait souvent vers une myocardiopathie dilatée hypokinétique [2]. En raison de leur cardiotropisme, les entérovirus et plus particulièrement les coxsackievirus, en sont la cause la plus fréquente [3]. D’autres virus sont impliqués : CMV, adénovirus, érythrovirus B19, myxovirus influenza, HSV, VZV… [1, 3, 4].

L’infection à EBV n’est pas une cause fréquente de myocardite sévère [2]. Seules de très rares observations de myocardites au cours d’infections aiguës à EBV ont été rapportées à ce jour [1, 2, 5].

En effet, la primo-infection à EBV survient généralement très tôt dans l’enfance de façon asymptomatique ou sans manifestations cliniques spécifiques. Chez l’enfant et l’adulte jeune, la mononucléose infectieuse représente la forme la plus fréquente et la plus caractéristique de la primo-infection symptomatique à EBV [6]. Une grande variété de complications (neurologiques, respiratoires, hépatiques, cardiaques…) peuvent apparaître au décours de la primo-infection [7]. Ces symptômes peuvent se voir indépendamment de la forme clinique caractéristique de la mononucléose infectieuse et être les seuls signes cliniques de la primo-infection [6].

La biopsie endomyocardique, qui permet d’établir un diagnostic de certitude de la myocardite, n’a pas été réalisée pour notre patient. Néanmoins, l’atteinte du myocarde est apparue dans un contexte fébrile au cours de la primo-infection à EBV. Le rapport de cause à effet est fortement suspecté.

Le pronostic des myocardites est très variable [1]. Cependant, comme l’illustre notre observation, les myocardites virales sont une cause importante de morbidité et de mortalité chez les enfants [3].

Le point de vue du biologiste

L’EBV appartient à la famille des herpesviridae. Il pénètre dans l’organisme par la muqueuse oropharyngée, se multiplie localement et est excrété dans la salive. La transmission d’un individu à l’autre s’effectue essentiellement par la salive. Le virus persiste toute la vie, à l’état latent dans les lymphocytes B [6].

Le diagnostic virologique de la primo-infection à EBV repose sur la sérologie. La mise en évidence du génome viral dans les tissus pathologiques ou le sang peut être néanmoins utile dans les situations où le diagnostic étiologique se révèle difficile : symptômes non évocateurs de mononucléose infectieuse, profils sérologiques atypiques [6, 8].

Des anticorps hétérophiles, de type IgM agglutinant certains globules rouges animaux, apparaissent au cours de la mononucléose infectieuse. Ces anticorps, bien qu’ils ne soient pas dirigés contre les antigènes du virus, sont pathognomiques de la mononucléose infectieuse. Ils sont détectables par des techniques rapides de type MNI-test mais ils ne sont présents que dans 70 à 80 % des cas chez l’adolescent ou l’adulte jeune et des réactions faussement positives ne sont pas exclues. De plus, ces anticorps manquent le plus souvent chez l’enfant de moins de 12 ans, chez qui la sérologie spécifique est donc indispensable [6, 9].

Au cours de la primo-infection, des anticorps dirigés contre les différents antigènes EBV apparaissent selon une cinétique établie. Les anticorps dirigés contre les protéines de capside (viral capside antigen ou VCA) apparaissent les premiers et les anticorps dirigés contre les antigènes nucléaires (EBNA) apparaissent plus tardivement, pendant la convalescence (1 à 6 mois après la primo-infection). L’absence d’anticorps anti-EBNA associée à la présence d’IgM anti-VCA signe la primo-infection EBV [6].

Un syndrome mononucléosique est souvent présent au cours de la mononucléose infectieuse, mais également au cours d’autres primo-infections virales, liées notamment au CMV [9]. Le CMV peut en outre, être associé à des myocardites virales [3]. Le diagnostic biologique différentiel est alors indispensable.

Le diagnostic d’une infection à CMV est fréquemment basé sur la présence d’anticorps de classe IgM mais de fausses réactivités IgM peuvent être observées du fait de certains mécanismes immunitaires : réactions croisées, activation polyclonale... Une réactivité non spécifique, liée à une réaction croisée au cours de la mononucléose infectieuse est régulièrement retrouvée [10].

Dans notre observation, les techniques de biologie moléculaire ont permis la réalisation d’un diagnostic différentiel. Les contrôles sérologiques répétés ont permis de suivre la cinétique des anticorps, notamment l’apparition des anticorps anti-EBNA et ont conforté le diagnostic de primo-infection à EBV. La mise en évidence d’anticorps de classe IgM de façon isolée, n’est pas un critère absolu de primo-infection. Une interprétation prudente des résultats sérologiques est nécessaire.

Références

1 Bouhour JB, Heymann MF. Myocardites aiguës et subaiguës. In : Encyc Méd Chir Cardiologie. Paris : éditions scientifiques et médicales Elsevier, 2001 ; 11-018-A-10.

2 Fraisse A, Paut O, Zandotti C, Lagier P, Camboulives J, Pellissier JF. Le virus d’Epstein-Barr. Une cause inhabituelle de myocardite aiguë sévère chez l’enfant. Arch Pediatr 2000 ; 7 : 752-5.

3 Bowles NE, Ni J, Kearney DL, et al. Detection of viruses in myocardial tissues by polymerase chain reaction. Evidence of adenovirus as a common cause of myocarditis in children and adults. J Am Coll Cardiol 2003 ; 42 : 466-72.

4 Kuhl U, Pauschinger M, Noutsias M, et al. High prevalence of viral genomes and multiple viral infections in the myocardium of adults with "idiopathic" left ventricular dysfunction. Circulation 2005 ; 111 : 887-93.

5 Talsma MD, Kroos MA, Visser G, Kimpen JL, Niezen KE. A rare presentation of childhood pompe disease : cardiac involvement provoked by Epstein-Barr virus infection. Pediatrics 2002 ; 109 : 65.

6 Seigneurin JM. Infections à virus Epstein-Barr. In : Encyc Méd Chir Maladies infectieuses. Paris : éditions scientifiques et médicales Elsevier, 2001 ; 8-070-K-10.

7 Stahl JP, Pavese P, Brion JP. Infections aiguës graves à virus Epstein-Barr. Reanimation 2005 ; 14 : 245-7.

8 Seigneurin JM. Infection à virus d’Epstein-Barr chez l’immunodéprimé : physiopathologie et méthodes d’analyse. Virologie 1997 ; 5 : 391-402.

9 Svahn A, Magnusson M, Jagdahl L, Schloss L, Kahlmeter G, Linde A. Evaluation of three commercial enzyme-linked immunosorbent assays and two latex agglutination assays for diagnosis of primary Epstein-Barr virus infection. J Clin Microbiol 1997 ; 35 : 2728-32.

10 Miendje Deyi Y, Goubau P, Bodeus M. False-positive IgM antibody tests for cytomegalovirus in patients with acute Epstein-Barr virus infection. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2000 ; 19 : 557-60.


 

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