ARTICLE
Auteur(s) : S
Anane
Laboratoire de parasitologie, faculté de médecine de Tunis,
Tunisie
Article reçu le 15 Juin 2005, accepté le 26 Janvier 2006
L’hyperéosinophilie sanguine périphérique est fréquemment
rencontrée en médecine courante. Elle est définie par la présence
dans le sang de plus de 500 polynucléaires éosinophiles (PNE) par
mm3[1-4]. L’éosinophilie sanguine peut s’intégrer dans
un contexte clinique particulier ou peut être de découverte
fortuite à l’occasion d’un hémogramme systématique. Dans ce cas la
recherche de son étiologie nécessite une bonne démarche
diagnostique.Les maladies parasitaires constituent la cause la plus
fréquente de l’éosinophilie et doivent donc être recherchées en
priorité. Il s’agit essentiellement des affections parasitaires
dues à des métazoaires et plus particulièrement à des helminthes
ayant un cycle intratissulaire. Plus rarement, certaines
protozooses peuvent s’accompagner d’une éosinophilie qui est
souvent dans ces cas inconstante et faible [1, 3].Cependant,
l’éosinophilie peut se manifester aussi au cours des affections non
parasitaires : les maladies allergiques et plus rarement les
maladies de système, les affections néoplasiques et les hémopathies
malignes.
Aspect dynamique de l’éosinophilie
Afin de rattacher une éosinophilie à une parasitose donnée, il est
essentiel de tenir compte de l’aspect dynamique de l’éosinophilie.
En effet, l’importance et la durée de l’éosinophilie dépendent de
plusieurs facteurs.
Facteur temps
Selon l’évolution de l’éosinophilie dans le temps on classe les
parasitoses en trois groupes [1, 4].
Premier groupe
Parasitoses dont l’éosinophilie évolue selon la classique courbe de
Lavier où l’on distingue une phase de latence puis d’ascension vers
un taux maximal, puis décroissance d’abord lente puis rapide avec
ou sans normalisation de l’éosinophilie (( figure 1 )). C’est au cours
de la phase de maturation du parasite que l’éosinophilie est
élevée. À l’opposé, lorsque le parasite devient adulte le taux
d’éosinophiles est modéré voir normal surtout si l’infestation est
ancienne [3, 4]. Ce type d’évolution se rencontre dans des
nombreuses helminthiases comme la distomatose, l’ascaridiose,
l’ankylostomiase.
Deuxième groupe
Parasitoses dont l’éosinophilie est massive et persistante. Dans ce
cas, la localisation chez l’homme est essentiellement
intratissulaire comme au cours de la toxocarose.
Troisième groupe
Parasitoses dont l’éosinophilie évolue de manière oscillante. C’est
le cas de l’anguillulose (autoinfestation).
La variation de l’éosinophilie en fonction du temps signifie
qu’un chiffre isolé d’éosinophilie sanguine a peu de signification
et que seule la comparaison des taux successifs permet de
renseigner sur l’évolution de l’infestation. Un deuxième hémogramme
doit être fait obligatoirement afin de savoir où l’on est sur la
courbe d’évolution de l’éosinophilie. À titre d’exemple, une
éosinophilie rapidement croissante est souvent évocatrice d’une
helminthiase en phase d’invasion.
Par ailleurs, les réinfestations et les surinfestations
déterminent une courbe identique à la courbe initiale mais dont le
maximum est moins élevé.
Facteur parasite
La localisation et le métabolisme du parasite
La localisation du parasite et le cycle parasitaire
interviennent dans la dynamique de l’éosinophilie. En effet,
l’éosinophilie est d’autant plus importante que le parasite est en
contact avec les tissus sauf si le parasite est protégé par des
structures kystiques tel que Echinococcus granulosus. En revanche,
elle est modérée ou absente lorsque le parasite reste dans la
lumière intestinale sans effectuer de migration tissulaire comme
dans le cas de Enterobius vermicularis. Ceci explique que si le
parasite a un contact permanent avec les tissus, l’éosinophilie
sera élevée et persistante comme pour Toxocara canis ; par
contre, si le contact est périodique, seules les phases tissulaires
du cycle s’accompagnent d’une éosinophilie qui habituellement
disparaît ou devient modérée dès que le parasite devient
intra-intestinal (Ascaris lumbricoides) [1, 2, 5-8]. Cependant, si
le parasite présente un métabolisme important nécessaire à sa
croissance comme c’est le cas de Taenia saginata, l’éosinophilie
peut être importante bien que le parasite soit toujours
intra-intestinal [9]. Ceci signifie qu’il est important de
connaître les cycles parasitaires afin de rattacher l’éosinophilie
à une parasitose quelconque.
La spécificité parasitaire
L’éosinophilie est d’autant plus importante et plus prolongée que
le parasite est moins bien adapté à l’homme et donc peu spécifique.
Facteurs dépendant de l’hôte
Un certain nombre de facteurs liés à l’hôte sont également
susceptibles d’influencer l’éosinophilie, en particulier les
médicaments antihelminthiques. Ces derniers, lorsqu’ils sont
efficaces, entraînent le plus souvent une accentuation brutale du
taux d’éosinophilie (due à la lyse parasitaire) qui décroît ensuite
progressivement jusqu’à sa normalisation. Ce phénomène est
comparable à ce que l’on observe en suivant l’évolution du taux des
anticorps circulants au cours des helminthiases traitées.
Cependant, la décroissance et la disparition de l’éosinophilie sont
beaucoup plus rapides que celles des anticorps [1, 9]. Ceci montre
l’importance de l’éosinophilie dans la surveillance de l’efficacité
du traitement des helminthiases.
Le diagnostic étiologique
La démarche diagnostique doit tenir compte des données de
l’anamnèse, de l’examen clinique et du bilan paraclinique [2, 5-7].
Éléments d’orientation diagnostique
L’interrogatoire
C’est la première étape de la démarche diagnostique. Le recueil
précis de l’anamnèse est primordial pour le diagnostic. Il doit
être complet précisant l’âge du malade, son origine géographique,
sa profession, ses habitudes alimentaires, la notion du contact
avec des animaux / chiens (kyste hydatique, toxocarose) et
éventuellement des signes cliniques fonctionnels / prurit anal
(oxyurose). La recherche de la notion de voyage oriente vers une
parasitose autochtone ou non autochtone et tous les séjours à
l’étranger même anciens doivent être pris en considération [1-3].
En effet, l’intervalle de temps entre la découverte de
l’éosinophilie et le contact avec l’helminthe peut être long comme
dans l’anguillulose.
L’examen clinique
Il doit être complet et les signes cliniques lorsqu’ils existent
sont un élément d’orientation majeur du diagnostic [1, 9].
Les examens paracliniques
La découverte d’une éosinophilie doit faire prescrire dans un délai
de deux à trois semaines un autre hémogramme afin de préciser la
cinétique de l’éosinophilie qui est importante à considérer [4, 9].
Le choix des examens complémentaires doit être orienté en fonction
des données de l’anamnèse et de l’examen clinique ainsi que de
l’intensité et de l’évolution de l’éosinophilie.
Le diagnostic peut être direct (parasitologique) ou indirect
(sérologique). Il est indirect lorsque l’isolement du parasite est
impossible notamment lorsqu’il est en phase de migration tissulaire
ou est inaccessible (Echinococcus granulosus) ou difficile à
réaliser en cas de pauci-infestations ou de localisations profondes
(Toxoplasma gondii). Dans ces cas, seul le recours à la sérologie
permettra de poser le diagnostic étiologique [1].
Conduite diagnostique
Au terme de cette démarche, plusieurs étiologies parasitaires
peuvent être évoquées chez un sujet présentant une éosinophilie.
L’importance de l’éosinophilie varie selon la parasitose.
L’éosinophilie est considérée comme massive lorsque le taux dépasse
3 000 PNE/mm3, elle est élevée lorsque le taux est
compris entre 1 500 et 3 000 PNE / mm3 et elle est
modérée lorsque le taux est compris entre 500 et 1 500
PNE/mm3[8, 9].
Étiologies parasitaires
Ces parasitoses seront regroupées selon que le sujet a voyagé ou
non et selon l’importance de l’éosinophilie.
Si le malade a séjourné en zone tropicale, il faut penser à une
parasitose exotique, si non à une parasitose autochtone [2]. Les
parasitoses autochtones doivent être envisagées selon le pays
auquel appartient le sujet. Dans cet article nous avons pris la
Tunisie qui est un pays tempéré comme exemple afin de clarifier la
démarche du diagnostic étiologique. En effet, les parasitoses
rencontrées dans les pays tempérés sont presque les mêmes.
Parasitoses autochtones
Si le sujet n’a jamais quitté la Tunisie, il faut chercher une
parasitose autochtone (tableau 1( Tableau
1 )).
Éosinophilie massive
Devant une éosinophilie massive chez un sujet tunisien qui n’a
jamais voyagé, certaines parasitoses doivent être cherchées selon
les données de l’interrogatoire et de l’examen clinique : la
toxocarose, la distomatose hépatique, l’ankylostomiase,
l’anguillulose, l’ascaridiose, l’hypodermose et la gale.
Toxocarose
La toxocarose ou syndrome de Larva migrans viscérale est une
zoonose due aux migrations tissulaires de larves d’ascaris
d’animaux qui sont en impasse parasitaire chez l’homme. Il s’agit
surtout de Toxocara canis du chien [10]. C’est une parasitose
cosmopolite. En Tunisie, quelques cas ont été décrits dans la
bibliographie [11, 12].
Ce sont surtout les jeunes enfants géophages cohabitant avec des
jeunes chiens qui sont touchés. En effet, la contamination se fait
par ingestion des œufs (éliminés avec les déjections des jeunes
chiens) par l’intermédiaire de la terre, de l’eau, des mains ou des
aliments souillés [5, 9, 10].
Les manifestations cliniques sont non spécifiques et polymorphes
allant de formes asymptomatiques aux formes graves [5].
L’éosinophilie est très élevée, persistante et fluctuante. Ce
type d’éosinophilie (non conforme à la courbe de Lavier) dans ce
contexte épidémiologique doit faire évoquer le diagnostic de la
toxocarose qui est basé essentiellement sur la sérologie [5,
8].
Tableau 1 Étiologies parasitaires d’une éosinophilie
chez un sujet tunisien qui n’a jamais voyagé.
|
Affections parasitaires
|
Parasite
|
Mode de contamination
|
Clinique
|
Caractéristiques de l’éosinophilie
|
Diagnostic
|
Traitement
|
- ÉOSINOPHILIE MASSIVE
- * ÉOSINOPHILIES CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
Distomatose hépatique
|
Fasciola hepatica
|
Consommation des plantes sauvages crues
|
Fièvre, hépatomégalie et douleur de l’hypochondre droit puis
ictère, colique hépatique et angiocholite
|
Très élevée à la phase d’invasion (10 000 à 50 000
PNE/mm3) avec un maximum au 2e–3e
mois
|
- Sérologie
- Examen parasitologique des selles détectant des œufs à
partir du 3e mois
|
|
|
Ankylostomiase
|
- Ancylostoma duodenale
- Necator americanus
|
Pénétration transcutanée des larves
|
Douleurs abdominales, diarrhée et anémie
|
Très élevée à la phase d’invasion (10 000 à 20 000
PNE/mm3) avec un maximum au 3e mois
|
Examen parasitologique des selles détectant des œufs à
partir du 40e jour
|
- Albendazole
- Mébendazole
- Flubendazole
|
|
Ascaridiose
|
Ascaris lumbricoides
|
Consommation des aliments souillés par les selles
|
Troubles pulmonaires puis digestifs
|
Atteint un maximum vers la troisième semaine (6 000 à 10 000
PNE/mm3)
|
Examen parasitologique des selles détectant des œufs à
partir du 2e mois
|
- Albendazole
- Mébendazole
- Flubendazole
|
|
*ÉOSINOPHILIES NON CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
Toxocarose
|
Toxocara canis
|
Par l’intermédiaire des mains et des aliments souillés des
déjections des chiens
|
Allant des formes asymptomatiques aux formes graves :
altération de l’état général, fièvre, hépatosplénomégalie,
manifestations pulmonaires, manifestations allergiques…
|
Très élevée ≥ 5 000 PNE/mm3), maximum au
30e jour, persistante pendant plusieurs semaines et
fluctuante
|
Sérologie
|
- Albendazole
- Mébendazole
- Flubendazole
|
|
Anguillulose
|
Strongyloides stercoralis
|
Pénétration transcutanée des larves
|
Douleurs abdominales, diarrhée, prurit
|
Très élevée (5 000 à 20 000 PNE/mm3) Oscillante et
prolongée
|
Examen parasitologique des selles (méthode de Baerman)
détectant des larves à partir du 27e jour
|
- Ivermectine
- Thiabendazole
|
|
Hypodermose
|
Hypoderma bovis
|
Ingestion accidentelle des œufs fixés sur les poils des bovidés
|
Tumeur sous-cutanée furonculeuse
|
Très élevée et persistante (30 à 60 %) jusqu’à ablation de la
larve
|
Élimination de la larve
|
- Élimination spontanée
- Chirurgie
|
|
Gale
|
Sarcoptes scabiei
|
Contact interhumain
|
Prurit généralisé nocturne
|
Très élevée (50 %) et persistante
|
- Examen clinique +++
- Examen parasitologique
|
Benzoate de benzyle
|
- ÉOSINOPHILIE ÉLEVÉE
- *ÉOSINOPHILIES NON CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
Taeniasis à Taenia saginata
|
Taenia saginata
|
Consommation de viande crue ou mal cuite
|
Émission des anneaux
|
Élevée (15 à 20 %) atteignant son maximum vers la
8e semaine et décroissant brutalement au moment de
l’émission des anneaux
|
- Identification des anneaux
- Scotch test anal
- Examen parasitologique des selles à partir du
3e mois
|
|
|
Aspergillose broncho-pulmonaire allergique
|
Aspergillus sp
|
Allergie
|
Crise d’asthme de gravité croissante
|
Élevée au cours des crises pouvant atteindre 3 000 PNE /
mm3
|
- Tests dermiques
- Élévation des IgE spécifiques
- Sérologie
|
Corticothérapie
|
- ÉOSINOPHILIE MODÉRÉE
- *ÉOSINOPHILIES CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
Oxyurose
|
Enterobius vermicularis
|
Mains et aliments souillés
|
Prurit anal nocturne
|
Modérée (1 000 à 1 500 PNE/mm3)
|
Scotch test anal à partir du 21e jour
|
- Albendazole
- Mébendazole
- Combantrin
|
|
Trichocéphalose
|
Trichiurus trichiura
|
Mains et aliments souillés
|
- Asymptomatique
- Diarrhée, douleurs abdominales
|
Modérée (10 à 15 %) atteignant son maximum vers le
50e jour puis redescend à un taux subnormal
|
Examen parasitologique des selles détectant des œufs à
partir du 2e mois
|
- Albendazole
- Mébendazole
- Flubendazole
|
|
*ÉOSINOPHILIES NON CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
Taeniasis à Hymenolepis nana
|
Hymenolepis nana
|
Mains et aliments souillés
|
- Asymptomatique
- Diarrhée, douleurs abdominales
|
Modérée
|
Examen parasitologique des selles détectant des œufs à
partir de la 2e semaine
|
|
|
Kyste hydatique
|
Echinococcus granulosus
|
- Contact avec le chien,
- Consommation des crudités souillées
|
Varie selon la localisation
|
Modérée (5 à 15 %) au cours de la phase d’invasion et en cas
de fissuration ou rupture du kyste, kyste hydatique pulmonaire,
localisations multiples
|
|
Chirurgie
|
|
Toxoplasmose
|
Toxoplasma gondii
|
Consommation de viande crue, des crudités souillées
|
- Asymptomatique
- Fièvre, asthénie, adénopathie
|
Inconstante et faible
|
Sérologie
|
Spiramycine
|
|
Giardiose
|
Giardia intestinalis
|
Mains et aliments souillés
|
Diarrhée, douleurs abdominales
|
Examen parasitologique des selles
|
Métronidazole
|
|
Isosporose
|
Isospora belli
|
Mains et aliments souillés
|
Diarrhée, douleurs abdominales
|
Examen parasitologique des selles
|
Cotrimoxazole
|
|
Pneumocystose
|
Pneumocystis carinii
|
Opportunisisme (sida)
|
Troubles respiratoires
|
Lavage broncho-alvéolaire
|
Cotrimoxazole
|
Distomatose hépatique
Elle est due au développement de Fasciola hepatica dans les voies
biliaires de nombreux animaux (ovins et bovins) et accidentellement
dans celles de l’homme [10].
La fasciolase humaine est rare en Tunisie sévissant surtout au
nord et au sud ouest du pays [13]. L’homme se contamine en
consommant des plantes sauvages crues infestées. L’éosinophilie
très élevée associée à la triade symptomatique : fièvre,
hépatomégalie, douleurs de l’hypochondre droit ainsi que la notion
de consommation d’herbes sauvages conduit au diagnostic de la
distomatose en période d’invasion qui est basé à ce stade sur la
sérologie.
À la phase d’état, stade où les douves adultes s’installent dans
les voies biliaires et commencent à pondre (fin du troisième mois),
le taux des éosinophiles baisse pour devenir modéré et se
normaliser en quelques mois. Le diagnostic est confirmé dans ce cas
par la présence d’œufs à l’examen parasitologique des selles qui
est peu sensible malgré l’utilisation des techniques de
concentration / méthode de Janeckso Urbany. Dans ce cas, on a
recours une autre fois à la sérologie [4].
Ankylostomiase
C’est une nématodose intestinale due à des petits vers
hématophages : Ancylostoma duodenale et Necator americanus
dont la contamination se fait par pénétration de la larve
infestante [9, 10].
Elle est extrêmement fréquente en zone tropicale où elle prend
un aspect endémique. Dans les zones tempérées (Tunisie) elle est
rare et sévit en petits foyers localisés à la faveur de certains
microclimats chauds et humides (mines et oasis) [14]. Le diagnostic
sera évoqué chez un agriculteur ou chez un mineur travaillant dans
ces petits foyers consultant le plus souvent pour un syndrome
anémique. À cette phase, l’éosinophilie qui était élevée devient
discrète ou modérée [11]. Le diagnostic de certitude est établi par
la mise en évidence des œufs à partir du 40e jour au
cours d’un examen parasitologique des selles [9].
Anguillulose
L’anguillulose est une nématodose due au Strongyloides stercoralis
se développant essentiellement dans le tube digestif de l’homme [9,
10]. Le mode de contamination est le même que celui de
l’ankylostomiase. Elle est très fréquente dans les zones
tropicales, mais s’observe aussi dans les régions tempérées
(Tunisie) où elle est répartie de façon sporadique dans
pratiquement tout le pays avec une faible prévalence [15].
L’éosinophilie sanguine qu’elle provoque est
caractéristique ; elle est très élevée, oscillante (témoin des
autoinfestations répétées) et prolongée (20 à 30 ans). En
effet, l’anguillulose est une affection dont la longévité est de
plusieurs dizaines d’années [8, 9]. En pratique, une éosinophilie
sanguine élevée oscillante chez un sujet séjournant ou ayant
séjourné dans une zone agricole ou minière même 15 à 20 ans
auparavant et souffrant cliniquement de troubles digestifs à type
de douleurs abdominales et de diarrhée, associés à des
manifestations cutanées prurigineuses doit évoquer le diagnostic
d’anguillulose [5, 9]. Le diagnostic repose sur l’examen
parasitologique des selles et surtout sur la méthode d’extraction
de Baerman facilitant la mise en évidence des larves. Cette méthode
est fondamentale puisque l’examen parasitologique des selles est
souvent pris en défaut dans le diagnostic d’anguillulose [4,
9].
Ascaridiose
C’est une parasitose intestinale due à un nématode : Ascaris
lumbricoides. Elle est fréquente chez l’enfant qui se contamine par
l’ingestion des œufs embryonnés provenant de la terre souillée.
En Tunisie, sa fréquence est en nette régression [14]. En
fonction de la migration des larves dans l’organisme, les troubles
sont d’abord pulmonaires (syndrome de Loeffler) puis digestifs. En
cas d’infestation massive, une occlusion intestinale est possible
[9]. Elle est responsable d’une éosinophilie dont l’évolution
reproduit typiquement la courbe de Lavier. En effet, l’éosinophilie
est élevée au cours de la phase de la migration larvaire puis
revient à un taux légèrement supérieur au taux normal vers le
deuxième mois, date à laquelle le parasite devient adulte, ainsi
les œufs apparaissent dans les selles permettant ainsi d’établir le
diagnostic par l’examen parasitologique des selles [8, 9].
Hypodermose (myiase cutanée)
C’est une parasitose des bovins due au développement sous-cutané
des larves de mouches du genre Hypoderma (surtout Hypoderma bovis).
Elle atteint surtout les bovidés, expliquant sa grande fréquence
dans les régions d’élevage des bovins (Afrique, Europe), mais peut
toucher accidentellement l’homme et en particulier l’enfant [9].
La contamination de l’homme se fait en ingérant accidentellement
des œufs fixés sur les poils des bovidés. En quelques mois, la
larve détermine sous la peau une tumeur sous-cutanée furonculeuse
d’où fait issue une larve [9]. L’éosinophilie sanguine est très
élevée et persistante jusqu’à l’élimination spontanée ou
chirurgicale de la larve qui entraîne la guérison et la
normalisation de l’éosinophilie permettant ainsi de poser le
diagnostic de l’hypodermose [15].
Gale
C’est une dermatose parasitaire contagieuse, survenant par
épidémies périodiques, due à un acarien parasite obligatoire de
l’homme : Sarcoptes scabiei [16]. La maladie est
essentiellement transmise par contact interhumain direct et elle
est considérée comme une maladie sexuellement transmissible [17].
Elle est cosmopolite, responsable de plus de 300 millions de cas
par an dans le monde [18]. En Tunisie, son incidence moyenne est
autour de 25 000 cas/an [17].
L’éosinophilie au cours de cette parasitose est massive, non
conforme à la courbe de Lavier et rétrocédant après élimination du
parasite [8]. Le diagnostic de la gale est essentiellement
clinique. Elle est caractérisée par un prurit nocturne
habituellement généralisé et associé à des sillons retrouvés
surtout au niveau des espaces interdigitaux, des faces latérales
des doigts et des faces antérieures des poignets. La mise en
évidence du sarcopte au niveau des sillons confirme le diagnostic.
Cependant, cet examen spécifique à 100 % est assez peu
sensible [16].
Éosinophilie élevée
En cas d’éosinophilie élevée, les parasitoses à incriminer sont les
suivantes.
Taeniasis à Taenia saginata
C’est une parasitose due à un cestode adulte : Taenia saginata
qui vit dans l’intestin grêle de l’homme [10]. Elle est
cosmopolite et la fréquence varie selon les habitudes alimentaires
du pays. En Tunisie, la fréquence est faible [14]. La maladie n’est
reconnue le plus souvent qu’au moment où les premiers anneaux
apparaissent (3 mois après l’infestation), date à laquelle
l’éosinophilie est normale ou modérée, alors qu’elle était élevée
au cours de la maturation du parasite. Bien que Taenia saginata
vive dans la lumière intestinale sans effectuer de migrations
tissulaires, l’éosinophilie est élevée au cours de la phase
d’invasion vu l’importance de son métabolisme. La décroissance du
taux d’éosinophilie se fait brutalement au moment de l’émission des
anneaux [5, 8].
Le diagnostic est habituellement établi par l’identification des
anneaux que le malade retrouve dans son linge ou sa literie [5]. Si
aucun élément n’a été recueilli, l’examen parasitologique des
selles et surtout le scotch test anal permettront de retrouver des
œufs que l’anneau traumatisé aurait laissé échapper au cours de son
passage à travers la marge anale [5, 9].
Aspergillose bronchopulmonaire allergique
C’est une pneumopathie aux allergènes de champignons du genre
Aspergillus dont la prévalence est inconnue dans notre pays. Elle
réalise des crises d’asthme de gravité croissante au cours
desquelles l’éosinophilie est importante pouvant dépasser 3 000
PNE/mm3[6, 7, 19]. Le diagnostic repose sur un faisceau
d’éléments biologiques : une éosinophilie de l’expectoration,
l’élévation des immunoglobulines de type E sériques totales et
spécifiques (antiaspergillaires), réactions cutanées positives
immédiates de type I et semi retardée de type III aux allergènes
aspergillaires, la mise en évidence d’aspergillus dans les
expectorations et la présence de précipitines sériques
antiaspergillaire [5, 18].
Éosinophilie modérée
Les éosinophilies modérées sont dues aux parasitoses suivantes.
Oxyurose
C’est une helminthiase due à un nématode : Enterobius
vermicularis qui vit dans l’intestin de l’homme. Elle est très
répandue dans le monde et elle est particulièrement fréquente chez
l’enfant [9, 10]. En Tunisie, la proportion des enfants parasités
est comprise entre 27,4 et 47,08 % selon les études [19, 20].
La contamination se fait par ingestion des œufs embryonnés par
l’intermédiaire des mains sales ou des objets souillés [10]. Les
œufs sont éliminés au niveau de la marge anale, directement
infestants, expliquant l’autoinfestation fréquente chez l’enfant.
Le diagnostic est évoqué devant un prurit anal nocturne assez
caractéristique et confirmé par la mise en évidence des œufs au
niveau du scotch test anal [5, 9].
Taeniasis à Hymenolepis nana (hyménolépiose)
C’est une parasitose due à un petit cestode : Hymenolepis
nana. Elle est cosmopolite, sévissant surtout sur le pourtour
méditerranéen et touchant particulièrement les enfants avec une
proportion de 3,86 % en Tunisie [20].
Le diagnostic orienté par des troubles digestifs/diarrhée,
douleurs abdominales, est établi par la mise en évidence des œufs à
l’examen parasitologique des selles [9, 10].
Trichocéphalose
C’est une nématodose due à Trichuris trichiura. Elle est
cosmopolite, prédominante dans les zones tropicales. En Tunisie, sa
prévalence est en nette diminution [7, 14]. Cette parasitose reste
souvent asymptomatique, mais en cas d’infestation importante
apparaissent des troubles digestifs (diarrhée). Le diagnostic
repose sur l’examen parasitologique des selles mettant en évidence
des œufs deux mois après la contamination [9, 13].
Kyste hydatique
C’est une parasitose provoquée par le développement chez l’homme de
la forme larvaire d’un petit ténia du chien :
Echinococcus granulosus qui se localise surtout au niveau du foie
[9, 10]. C’est une parasitose cosmopolite, sévissant d’une façon
endémique dans les pays d’élevage des moutons, en particulier la
Tunisie où l’incidence chirurgicale est de 15/100 000 habitants/an
[21]. L’homme se contamine en ingérant des œufs d’Echinococcus
granulosus le plus souvent directement par contact avec le chien ou
indirectement par consommation d’eau ou d’aliments souillés par les
déjections de ce dernier [9, 10, 21]. L’éosinophilie est modérément
élevée à la période d’invasion qui est cliniquement silencieuse
puis devient normale bien que la localisation de la larve soit
intratissulaire. En effet, elle est protégée par des structures
kystiques et ne provoque une éosinophilie qu’en cas de fissuration
ou de rupture du kyste, de localisation pulmonaire chez l’enfant
(paroi peu développée) et en cas de localisations multiples [8, 9,
21]. Dans ces cas, l’éosinophilie sera modérée. Le diagnostic du
kyste hydatique repose sur la radiologie et la sérologie [9, 10].
Protozooses
Les protozoaires sont plus rarement responsables
d’éosinophilie que les métazoaires. Au cours des protozooses,
l’éosinophilie est rare, inconstante et modérée (5 à 10 %). Ce
sont Toxoplasma gondii, Giardia intestinalis et Isospora belli qui
sont susceptibles de provoquer une éosinophilie [6, 8, 9]. Une
éosinophilie modérée associée à un syndrome mononucléosique est
hautement évocatrice de la toxoplasmose.
Pneumocystose
La pneumocystose est provoquée par Pneumocystis jiroveci qui est
classé récemment parmi les champignons. Elle peut engendrer une
éosinophilie qui est dans ce cas faible (5 à 6 %) et
inconstante [9].
Parasitoses non autochtones
Si le sujet a quitté la Tunisie, d’autres parasitoses doivent être
envisagées selon le voyage qu’il a pu effectuer. Il convient de
souligner la grande importance de l’interrogatoire qui devra
préciser le pays visité. Cette notion est capitale, car elle suffit
parfois à orienter les recherches d’une façon précise en éliminant
systématiquement certaines parasitoses. C’est ainsi qu’il n’y a pas
de schistosomiase urinaire en Amérique tropicale et que la loase ne
sévit qu’en Afrique tropicale de l’Ouest. Par ailleurs, il faut se
rappeler que certaines helminthiases peuvent persister dans
l’organisme plus de 30 ans, ce qui nécessite de bien faire
l’interrogatoire afin de déceler la notion d’un voyage ancien.
Cependant, il ne faut jamais oublier les parasitoses autochtones.
En effet, parfois au terme d’investigations à la poursuite obstinée
d’une parasitose exotique, on se trouve en présence d’une
parasitose autochtone telle qu’une oxyurose [9].
Les grandes étiologies des éosinophilies chez un sujet tunisien
qui a voyagé sont les bilharzioses, les distomatoses et les
filarioses (tableau 2( Tableau 2 )).
Éosinophilie massive
Bilharzioses
Ce sont des parasitoses dues à des vers plats : les bilharzies
ou schistosomes. Ceux-ci parasitent le système veineux et sont à
l’origine des affections urogénitales, intestinales et
hépatospléniques qui ont une répartition géographique différente.
La transmission se fait par voie transcutanée lors du contact avec
l’eau douce [9, 10].
La bilharziose urogénitale est la plus fréquente. Elle est due à
Schistosoma haematobium. Elle a été éradiquée de la Tunisie en 1982
et ne sera évoquée que chez un tunisien qui a voyagé vers une zone
d’endémie (surtout Afrique noire, Maghreb, Égypte, Péninsule
arabique, Proche-Orient, Péninsule indien) ayant baigné dans une
collection d’eau douce.
La bilharziose intestinale est due à Schistosoma mansoni qui
existe en Afrique noire, Péninsule arabique et en Amérique.
La bilharziose rectale est engendrée par Schistosoma
intercalatum qui existe seulement en Afrique centrale.
La bilharziose hépatosplénique est due surtout à Schistosoma
japonicum et Schistosoma mekongi qui existent en
Extrême-Orient.
La période d’invasion est commune à toutes les bilharzioses se
manifestant 3 à 6 semaines après le bain en eau douce par une
fièvre souvent très élevée associée à des manifestations variées
qui excèdent rarement 3 mois. L’éosinophilie qui est très
élevée à cette période devient modérée à la phase d’état dont les
signes cliniques apparaissent quelques mois à quelques années après
le contage [9, 22]. À cette phase, le diagnostic repose sur la
découverte des œufs vers la 6-8e semaine dans les
urines, les selles ou dans la biopsie rectale, ou sur la biopsie
hépatique selon la forme de la bilharziose. À ce stade, si la
recherche des œufs est négative on fera appel aux réactions
sérologiques. La sérologie est d’une importance capitale dans le
diagnostic des bilharzioses puisqu’elle seule permet d’apporter le
diagnostic en période d’invasion et ceci à partir de la
2e semaine et en phase d’état en cas de négativation du
diagnostic parasitologique [9, 22].
Tableau 2 Étiologies parasitaires d’une éosinophilie
chez un sujet tunisien qui a voyagé.
|
Affections parasitaires
|
Parasite
|
Mode de contamination
|
Clinique
|
Caractéristiques de l’éosinophilie
|
Diagnostic
|
Traitement
|
- ÉOSINOPHILIE MASSIVE
- * ÉOSINOPHILIES CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
|
Bilharziose urinaire
|
Schistosoma haematobium
|
|
Dysurie et hématurie
|
|
Sérologie
|
|
|
Examen des urines
|
|
Biopsie rectale
|
|
Bilharziose intestinale
|
Schistosoma mansoni
|
|
Diarrhée, ténesmes et épreintes
|
|
Sérologie
|
|
Examen des selles
|
|
Biopsie rectale
|
|
Bilharziose rectale
|
Schistosoma intercalatum
|
Voie transcutanée
|
Rectorragies
|
|
Sérologie
|
Praziquantel
|
|
Examen des selles
|
|
Biopsie rectale
|
|
Bilharziose hépato-splénique
|
Schistosoma mekongi
|
|
Hépatomégalie avec signes d’hypertension portale
|
Très élevée (8 000 à 10 000 PNE/mm3) atteignant son
maximum à la 6e semaine et devient modérée à la phase
d’état (1 000 à 5 000)
|
- Sérologie
- Biopsie hépatique
|
|
|
Schistosoma japonicum
|
|
*ÉOSINOPHILIES NON CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
|
Filarioses lymphatiques
|
Wuchereria bancofti
|
Piqûre par des moustiques femelles
|
Lymphangites aiguës des membres inférieurs et des organes
génitaux
|
Massive (10 000 à 20 000 PNE/mm3) à la phase initiale et
lors des poussées
|
- Recherche des microfilaires
- Sérologie
|
Diéthylcarbamezine
|
|
Brugia malayi
|
|
Brugia timori
|
|
Loase
|
Loa loa
|
- Piqûre de la femelle d’une mouche :
- Chrysops
|
- Œdème de calabar
- Prurit généralisé
|
Massive (10 000 à 20 000 PNE/mm3), persistante et
prolongée
|
Recherche des microfilaires
|
Diéthylcarbamezine
|
|
Sérologie
|
|
|
Onchocercose
|
Onchocerca volvulus
|
Piqûre par un moucheron : la simulie
|
Nodules kystiques, gale filarienne, complications oculaires
|
Massive (5 000 à 10 000 PNE/mm3) persistante
et prolongée
|
Biopsie cutanée exsangue
|
Ivermectine
|
- ÉOSINOPHILIE MODÉRÉE
- *ÉOSINOPHILIES CONFORMES À LA COURBE DE LAVIER
|
|
|
Autres distomatoses
|
Plusieurs espèces
|
Par voie orale
|
Varie selon l’espèce
|
Modérée
|
Examen des selles ou des crachats
|
Praziquantel
|
|
Dracunculose
|
Dracunculus medinensis
|
Consommation d’eau contaminée
|
Cordon sous-cutané au niveau de la jambe
|
Modérée (15 %), se négative quand le ver apparaît sous la
peau
|
Exérèse du ver
|
Exérèse du ver
|
Filarioses
Les filarioses provoquant une éosinophilie massive incluent les
filarioses lymphatiques, la loase et l’onchocercose.
Les filarioses lymphatiques sont dues à Wuchereria bancrofti,
Brugia malayi et Brugia timori dont les adultes vivent dans les
vaisseaux lymphatiques et dont les microfilaires (embryons)
circulent dans la lymphe ou dans le sang. Elle sévit dans les zones
tropicales (Afrique, Amérique latine, Sud Est asiatique)
touchant ainsi 120 millions de personnes dans le monde [9, 10, 23].
Elle se transmet par la piqûre des moustiques femelles. La
symptomatologie est directement en rapport avec la localisation des
adultes dans les vaisseaux lymphatiques qu’ils obstruent provoquant
à la phase initiale des lymphangites aiguës des membres inférieurs
et des organes génitaux. La maladie apparaît lentement (10 à
12 ans) nécessitant des piqûres infestantes répétées. C’est
une helminthiase par accumulation qui ne peut être évoquée que chez
un sujet qui a séjourné pendant des années dans l’une des zones
tropicales indiquées [9]. L’éosinophilie est massive à la phase
initiale, puis diminue pendant la phase d’état et augmente lors des
poussées de lymphangite [8, 9]. La confirmation du diagnostic
repose sur la mise en évidence d’une microfilarémie qui est à
périodicité nocturne et inconstante, ce qui montre l’intérêt de la
sérologie [9].
La loase est due à la filaire Loa loa qui a une localisation
cutanéo-dermique et dont les microfilaires sont sanguicoles avec
une périodicité diurne. Elle est située uniquement en Afrique
centrale où elle affecte plus de 13 millions de personnes. Elle est
transmise par la piqûre de la femelle d’une mouche rouge :
Chrysops. Elle s’exprime cliniquement quelques mois à plusieurs
années de la contamination par l’œdème de Calabar (œdèmes fugaces
et migrateurs au niveau des membres supérieurs, du thorax et de la
face) et un prurit généralisé [9, 10]. Avant l’apparition des
symptômes, le diagnostic est évoqué devant une éosinophilie
massive, persistante et prolongée [8, 23] associée à la notion d’un
séjour en Afrique centrale. Le diagnostic peut être établi par la
découverte des microfilaires diurnes dans le sang ou par la mise en
évidence d’une filaire adulte lors de son passage sous la peau ou
sous la conjonctive. Si ces deux examens sont négatifs, on fera
appel à la sérologie [9].
L’onchocercose ou cécité des rivières est une filariose
cutanéo-dermique due à Onchocerca volvulus dont les adultes vivent
dans les nodules sous-cutanés tandis que les microfilaires
s’échappent pour circuler librement dans le derme sans périodicité.
Elle est transmise par la piqûre d’un petit moucheron : la
simulie et elle s’observe dans les zones intertropicales africaines
(Afrique noire) et américaines [9, 10]. L’onchocercose est une
maladie par accumulation et son rôle pathogène est considérable. En
effet, outre les manifestations cutanées (nodules kystiques, gale
filarienne), elle est à l’origine de graves complications oculaires
pouvant aboutir à la cécité. L’éosinophilie est massive et reste
longtemps élevée sans tendance à la régression [8, 9]. Le
diagnostic se fait par la mise en évidence des microfilaires dans
le derme où on les recherchera par biopsie cutanée exsangue
[4].
En pratique, une éosinophilie massive et stable chez un sujet
qui a voyagé vers une zone endémique doit faire penser soit à la
loase quelle que soit la durée du séjour ou à l’onchocercose si le
séjour est long. Cela implique que la durée du séjour doit être
prise en compte dans le diagnostic étiologique.
Éosinophilie modérée
Distomatoses
D’autres distomatoses hépato-biliaires, intestinales et pulmonaires
sont responsables d’une éosinophilie modérée mais sont beaucoup
plus rares que la distomatose hépatique à Fasciola hepatica [8, 9].
Elles sont situées surtout en Asie [12]. L’homme s’infeste par
ingestion de l’hôte intermédiaire correspondant, mal cuit [9, 10].
Le diagnostic repose sur la mise en évidence des œufs à l’examen
parasitologique des selles ou dans les crachats selon la forme de
la distomatose [9, 10].
Dracunculose
C’est une filariose généralement bénigne due à la localisation de
la filaire de médine ou Dracunculus medinensis dans le tissu
cellulaire sous-cutané des membres inférieurs. À la différence des
autres filaires transmises activement par la piqûre de l’hôte
intermédiaire, la contamination au cours de la dracunculose se fait
par la consommation d’eau contenant des minuscules crustacés
(cyclops) parasités par des larves de la filaire de la médine [9,
10]. L’éosinophilie est modérée en période d’invasion puis devient
faible ou disparaît lorsque le parasite devient adulte se trouvant
ainsi sous la peau et formant un cordon sous-cutané induré au
niveau d’une jambe. Ce cordon va s’ulcérer permettant ainsi
l’extériorisation du ver et l’établissement du diagnostic [8].
Conclusion
L’étiologie parasitaire d’une éosinophilie est dominée par les
helminthiases. Leur recherche nécessite une bonne démarche
diagnostique qui doit faire appel à un interrogatoire précis, un
examen clinique minutieux et à des examens biologiques complets.
Ces derniers comprennent, en premier lieu, une évaluation de
l’importance et de l’évolution de l’éosinophilie qui varient
surtout selon le parasite en cause et, en second lieu, des examens
complémentaires orientés selon toutes les données recueillies [24,
25].
Les parasitoses pouvant être évoquées varient selon l’origine du
malade et selon que le sujet a quitté son pays ou non.
Si le sujet n’a pas quitté son pays seules les parasitoses
autochtones seront suspectées. Celles-ci varient selon le pays
auquel appartient le malade. Dans cet article nous avons pris comme
exemple la Tunisie qui est un pays tempéré.
Si le sujet n’a pas quitté la Tunisie, les premières parasitoses
à évoquer devant une éosinophilie massive sont l’anguillulose,
l’ankylostomiase, la distomatose et la gale. Chez un enfant, on
évoquera un syndrome de larva migrans viscérale. Ces parasitoses
sont moins fréquentes que les parasitoses suivantes :
l’oxyurose et l’hyménolépiose surtout chez l’enfant et le taeniasis
chez l’adulte. Ces dernières sont responsables d’une éosinophilie
faible ou modérée. En cas de notion de voyage, le diagnostic
étiologique est orienté selon la région visitée et selon la durée
de séjour.
L’éosinophilie est un élément d’orientation diagnostique
permettant de suspecter une parasitose, prenant ainsi sa valeur
maximale avant que le parasite soit détectable. Elle est aussi un
élément de surveillance de l’efficacité thérapeutique. Elle chute
rapidement si le traitement est efficace.
Enfin, il faut savoir qu’une éosinophilie supérieure à
1500/mm3 et persistante peut entraîner des lésions
viscérales majeures, essentiellement cardiaques et neurologiques
[5, 24]. Toute hyperéosinophilie doit donc conduire à une recherche
étiologique exhaustive.
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