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Macroglobulinémie de Waldenström : à propos d’une présentation clinicobiologique peu commune


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Numéro 1, 73-5, Janvier-Février 2006, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : F Trueba, J Maslin, G Coutant, S Guymar, JF Vigezzi, F Desangles, J-Y Nizou, E Nicand , Laboratoire de biologie médicale, Hôpital du Val de Grâce, Paris, Service de médecine interne, Hôpital du Val de Grâce, Paris, Laboratoire d’anatomo-pathologie, Hôpital du Val de Grâce, Paris, Laboratoire de biochimie, Hôpital du Val de Grâce, Paris.

Résumé : La macroglobulinémie de Waldenström est une pathologie rare, d’évolution clinique indolente qui se révèle chez le sujet âgé (moyenne d’âge : 65 ans). Or, nous rapportons le cas d’un homme de 51 ans sans antécédent, atteint d’une macroglobulinémie de Waldenström révélée par une splénomégalie et une pancytopénie sévère. Le diagnostic a été retenu sur des arguments morphologiques et immunophénotypiques des cellules médullaires, conformément au consensus international sur la définition de la macroglobulinémie de Waldenström. La survie à 5 ans du patient dépend directement de l’importance des cytopénies lors de la découverte de la maladie.

Mots-clés : macroglobulinémie de Waldenström, pancytopénie, IgM monoclonale

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : F Trueba1, J Maslin1, G Coutant2, S Guymar3, JF Vigezzi4, F Desangles1, J-Y Nizou1, E Nicand1

1Laboratoire de biologie médicale, Hôpital du Val de Grâce, Paris
2Service de médecine interne, Hôpital du Val de Grâce, Paris
3Laboratoire d’anatomo-pathologie, Hôpital du Val de Grâce, Paris
4Laboratoire de biochimie, Hôpital du Val de Grâce, Paris

Article reçu le 15 Juin 2005, accepté le 21 Octobre 2005

L’observation

Un homme âgé de 51 ans, sans antécédents médico-chirurgicaux est hospitalisé pour réaliser le bilan d’une asthénie évoluant depuis 6 mois. À l’entrée, l’examen clinique découvre une pâleur cutanéo-muqueuse associée à une splénomégalie sans adénopathies. Il n’existe pas de symptomatologie liée à un syndrome d’hyperviscosité sanguine. L’hémogramme objective une pancytopénie sévère avec une anémie (hémoglobine : 61 g/L), une leucopénie (leucocytes : 2 × 109/L) et une thrombopénie (plaquettes : 59 × 109/L). L’examen du frottis sanguin révèle la présence de dacryocytes (( figure 1 )) et le compte cellulaire, une neutropénie (54 %) soit 1,08 × 109/L et une lymphopénie (32 %) soit 0,64 × 109/L. Il n’existe pas de rouleaux d’hématies. La protidémie à 77 g/L est normale et l’immunoélectrophorèse des protéines sériques objective une normoalbuminémie à 42 g/L associée à une augmentation des gammaglobulines avec un pic monoclonal d’IgM-kappa caractérisé par l’immunofixation. Le dosage pondéral montre des IgM à 13 g/L. Les autres analyses biochimiques ne révèlent pas d’autres anomalies (les dosages de la LDH et de la ß2-microglobuline sanguine sont normaux). La recherche d’une cryoglobulinémie est négative.

Après ponction sternale, l’examen de la moelle montre la présence de lymphocytes atypiques (7 %) (( figure 2 )). L’examen anatomo-pathologique de la biopsie ostéo-médullaire révèle une infiltration massive intertrabéculaire (80 %) sans fibrose, faite de lymphocytes, de lymphoplasmocytes et de plasmocytes (( figure 3 )). L’étude immunohistochimique réalisée sur la biopsie ostéo-médullaire montre la présence de cellules qui expriment les marqueurs CD20 et CD 79a mais pas les CD5, CD10 et CD23.

L’étude cytogénétique ne révèle pas d’anomalies caryotypiques (en particulier, pas de délétion du 6q). Pour déterminer de façon plus sensible la présence de translocations cryptiques du chromosome 14, la recherche est complétée par la technique Fish (fluorescent in situ hybridization). Aucune translocation portant sur les chaînes lourdes des immunoglobulines (IgH) n’est retrouvée.

Commentaires

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la classification du Revised European-American lymphoma (Real) placent la macroglobulinémie de Waldenström dans la catégorie des lymphoplasmacytic lymphoma (LPL) [1].

La définition clinico-pathologique de la macroglobulinémie de Waldenström a fait l’objet d’un récent consensus international et confirme que le patient possède des cellules ayant une morphologie et un profil immunophénotypique caractéristiques d’une macroglobulinémie de Waldenström [2]. La présence des dacryocytes observés sur le frottis sanguin en l’absence de myélofibrose sur la biopsie ostéo-medullaire est probablement due à la splénomégalie du patient.

Différentes études ont retrouvé la translocation t(9;14)(p13;q32) dans 50 % des LPL mais aucun cas ne présentait de paraprotéine sérique [3-5]. Or, bien que faisant partie des LPL, la macroglobulinémie de Waldenström est caractérisée par la prolifération d’un clone cellulaire B qui produit une paraprotéine IgM. La LPL sans paraprotéine et la macroglobulinémie de Waldenström (LPL avec paraprotéine IgM) sont probablement deux entités distinctes car la translocation t(9;14)(p13;q32) n’est pas retrouvée au cours de la macroglobulinémie de Waldenström [6]. En outre, la délétion 6q, présente chez 50 % des patients atteints de macroglobulinémie de Waldenström est absente chez le patient. Les études visent actuellement à identifier un ou plusieurs gènes situé(s) au niveau de la délétion du bras long du chromosome 6 qui serai(en)t associé(s) à la pathologie. L’hypothèse retenue est une inactivation d’un gène suppresseur de tumeur qui participerait à l’immortalisation du clone [7].

D’autres syndromes lymphoprolifératifs B peuvent engendrer un pic monoclonal d’IgM. C’est pourquoi l’examen morphologique des cellules sur le myélogramme et/ou sur la biopsie ostéo-médullaire, l’immunophénotypage lymphocytaire ou l’étude immunohistochimique et la cytogénétique sont des examens essentiels.

La macroglobulinémie de Waldenström est une pathologie rare avec une incidence de 3,4 par million d’habitants chez les hommes et 1,7 par million d’habitants chez les femmes [8]. La moyenne d’âge des patients atteints d’une macroglobulinémie de Waldenström est de 65 ans [9].

L’observation rapportée ici est surprenante en raison d’une présentation clinique de macroglobulinémie de Waldenström peu fréquente : le patient est jeune (51 ans) et la révélation de la maladie par une pancytopénie sévère est rare (4 % des patients) [10, 11]. Habituellement, la pancytopénie survient après une longue évolution de la maladie à un âge plus avancé, quand le clone cellulaire néoplasique infiltre de façon massive la moelle osseuse. Le myélogramme n’a pas été contributif (moelle hémodiluée avec 7 % de lymphocytes atypiques) et le diagnostic de macroglobulinémie de Waldenström a été fait sur la biopsie ostéo-médullaire par l’observation d’une infiltration lymphocytaire, lymphoplasmocytaire et plasmocytaire.

Une étude française a proposé un système de score pour évaluer la survie des patients. Il intègre l’âge (patients > 65 ans), l’albuminémie (< 40 g/L) et les cytopénies (hémoglobine < 120 g/L ; plaquettes < 150 × 109/L ; leucocytes < 4 × 109/L) [12]. Conformément à ce modèle, la survie du patient est associée à la seule présence de la pancytopénie avec une survie à 5 ans de 62 %.

Conclusion

Cette observation illustre l’importance de l’étude morphologique et de l’immunophénotypage des cellules médullaires pour le diagnostic de macroglobulinémie de Waldenström. Cette pathologie d’évolution clinique habituellement indolente peut se révéler de façon brutale par une pancytopénie même chez des sujets « jeunes » (51 ans) avec un taux de survie faible à 5 ans, dépendant de l’importance des cytopénies.

Références

1 Harris NL, Jaffe ES, Stein H, et al. A revised European-American classification of lymphoid neoplasms : a proposal from the International Lymphoma Study Group. Blood 1994 ; 84 : 1361-92.

2 Owen RG, Treon SP, Al-Katib A, et al. Clinicopathological definition of Waldenström’s macroglobulinemia : consensus panel recommendations from the second international workshop on Waldenström’s macroglobulinemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 110-5.

3 Offit K, Parsa NZ, Filippa D, et al. t(9 ;14)(p13 ;q32) denotes a subset of low-grade non-Hodgkin’s lymphoma with plasmacytoid differentiation. Blood 1992 ; 80 : 2594-9.

4 Lida S, Rao PH, Nallasivam P, et al. The t(9 ;14)(p13 ;q32) chromosomal translocation associated with lymphoplasmacytoid lymphoma involves the PAX-5 gene. Blood 1996 ; 88 : 4110-7.

5 Lida S, Rao PH, Ueda R, et al. Chromosomal rearrangement of the PAX-5 locus in lymphoplasmacytic lymphoma with t(9 ;14)(p13 ;q32). Leuk Lymphoma 1999 ; 34 : 25-33.

6 Schop RFJ, Kuehl WM, Van Wier SA, et al. Waldenström macroglobulinemia neoplastic cells lack immunoglobulin heavy chain locus translocations but have frequent 6q deletions. Blood 2002 ; 100 : 2996-3001.

7 Schop RFJ, Fonseca R. Genetics and cytogenetics of Waldenström’s macroglobulinemia. Semin Oncol 2003 ; 30 : 142-5.

8 Groves FD, Travis LB, Devesa SS, et al. Waldenström’s macroglobulinemia : incidence patterns in the United States, 1988-1994. Cancer 1998 ; 82 : 1078-81.

9 Dimopoulos MA, Panayiotidis P, Moulopoulos LA, et al. Waldenström’s macroglobulinemia : clinical features, complications, and management. J Clin Onc 2000 ; 18 : 214-26.

10 Morel P, Monconduit M, Jacomy D, et al. Prognostic factors in Waldenström’s macroglobulinemia : a report on 232 patients with the description of a new scoring system and its validation on 253 other patients. Blood 2000 ; 96 : 852-8.

11 Ghobrial IM, Gertz MA, Fonseca R. Waldenström macroglobulinemia. Lancet Oncol 2003 ; 4 : 679-85.

12 Leblond V, Tournilhac O, Morel P. Waldenström macroglobulinemia : prognostic factors and recent therapeutic advances. Clin Exp Med 2004 ; 3 : 187-98.


 

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