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Syndrome oculo-cérébro-rénal de Lowe : étude clinique, biochimique et moléculaire chez un patient marocain


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Numéro 1, 53-9, Janvier-Février 2006, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : L Chabaâ, N Monnier, S Dahri, M Jorio, J Lunardi, L Chabraoui , Laboratoire de biochimie, Centre d’étude des maladies héréditaires du métabolisme- Hôpital d’enfants de Rabat, Maroc, Laboratoire de biochimie et génétique moléculaire, Centre hospitalo-universitaire de Grenoble, France, Service de pédiatrie 1, Hôpital d’enfants de Rabat, Maroc.

Résumé : Le syndrome de Lowe est une maladie héréditaire rare liée à l’X. Il est dû à un déficit en inositol biphosphate 5-phosphatase. Le gène OCRL 1 qui code pour la synthèse de cette enzyme est localisé dans la région q24-26 du chromosome X et contient 24 exons. Il est sujet à de nombreuses mutations. Cliniquement, ce syndrome se caractérise par l’association d’une atteinte oculaire avec cataracte congénitale et glaucome, d’une encéphalopathie plus ou moins sévère avec retard mental et hypotonie et d’une atteinte tubulaire, d’où le terme de syndrome oculo-cérébro-rénal de Lowe. Nous rapportons l’observation d’un cas d’un patient marocain chez qui une néomutation a été retrouvée au niveau de l’exon 10. Le patient, âgé de 19 mois, est suivi pour retard des acquisitions psychomotrices. Dans ses antécédents, on note une atteinte oculaire congénitale, associant un glaucome et une cataracte bilatérale diagnostiqués cinq semaines après la naissance. Un retard psychomoteur (RPM) avec hypotonie axiale, absence de suivi oculaire, retard de l’acquisition de la marche et rachitisme sont également rapportés. Le bilan biologique trouve une acidose modérée (bicarbonatémie à 20 mmol/L), une phosphatémie à la limite inférieure de la normale (24 mg/L) et une augmentation de l’activité des enzymes sériques. Une protéinurie modérée (0,75 g/24 h), une fuite urinaire de bicarbonates et une hyperaminoacidurie globale sont notées. L’association de l’atteinte oculaire, neurologique et de la tubulopathie a permis d’orienter le diagnostic vers le syndrome de Lowe. Ce diagnostic a été confirmé chez l’enfant par la mise en évidence d’une néomutation c.776T>C dans l’exon 10 du gène transformant une Phe en Ser au niveau de la protéine codée (p.Phe259Ser). Le syndrome de Lowe est une pathologie héréditaire rare liée au chromosome X. Il est la conséquence de nombreuses mutations alléliques du gène OCRL 1. La diversité des mutations porte aussi bien sur leur localisation sur le gène que sur leur nature. La mutation rapportée dans cette observation est décrite pour la première fois.

Mots-clés : inositol 4,5 biphosphate 5-phosphatase, mutation, OCRL1, syndrome de Lowe

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : L Chabaâ1, N Monnier2, S Dahri1, M Jorio3, J Lunardi2, L Chabraoui1,*

1Laboratoire de biochimie, Centre d’étude des maladies héréditaires du métabolisme- Hôpital d’enfants de Rabat, Maroc
2Laboratoire de biochimie et génétique moléculaire, Centre hospitalo-universitaire de Grenoble, France
3Service de pédiatrie 1, Hôpital d’enfants de Rabat, Maroc

Article reçu le 10 Août 2005, accepté le 26 Septembre 2005

Le syndrome de Lowe ou syndrome oculo-cérébro-rénal de Lowe est une maladie héréditaire rare de transmission récessive liée à l’X. Elle se manifeste par une atteinte oculaire congénitale, une encéphalopathie plus ou moins sévère et une tubulopathie rénale [1]. Ce syndrome est associé au déficit en inositol 4,5-biphosphate 5-phosphatase, enzyme dont le gène désigné OCRL 1 est localisé dans la région q24-26 du chromosome X. Ce déficit est la conséquence de mutations génétiques multiples et hétérogènes, transmises par la mère dans environ les deux tiers des cas. Nous rapportons un cas d’un patient marocain associé à une néomutation du gène OCRL 1.

Observation clinique

H. E. est âgé de 19 mois au moment du diagnostic. Né de parents non consanguins, il est le second d’une fratrie de deux. Son frère aîné âgé de 4 ans est bien portant. Une atteinte oculaire a été notée dès la naissance par les parents mais le diagnostic d’anomalie congénitale n’a été porté qu’après cinq semaines. Elle était représentée par un glaucome bilatéral, une cataracte crétacée blanche bilatérale, une méga cornée et une pupille myotique. Le nourrisson a été opéré des deux yeux à l’âge de deux mois pour traiter la cataracte et le glaucome. Les contrôles post-opératoires ont objectivé une récidive bilatérale de l’hypertonie oculaire (PIO à 25 mmHg). Le nourrisson a été réopéré à l’âge de un an de l’œil gauche. Après cette seconde intervention, la PIO s’est normalisée. Le patient a d’autre part été hospitalisé à l’âge de trois mois pour asthme du nourrisson. L’examen clinique réalisé alors a trouvé en plus des troubles respiratoires, des anomalies neurologiques (hypotonie axiale, pas de suivi oculaire).

À l’âge de 16 mois, il est victime d’une fracture partielle spontanée du fémur droit qui s’est ensuite soudée sans aucun traitement. La radiographie du fémur droit a montré une fracture sus métaphysaire fémorale inférieure en bois vert avec élargissement métaphysaire des extrémités supérieure et inférieure du fémur et de l’extrémité supérieure du tibia. La radiographie de la main et du poignet gauche a montré de même un élargissement de la métaphyse radiale en plus d’une déminéralisation osseuse importante et d’un retard de maturation osseuse. L’âge osseux calculé d’après l’Atlas de Greulich et Pyle a été estimé à un an. Cet aspect radiologique du poignet était en faveur d’un rachitisme. À l’âge de 19 mois, le patient a été vu, pour la première fois dans notre centre, en consultation pour retard de développement psychomoteur. L’examen clinique a trouvé un enfant hypotonique, qui n’a pu s’asseoir correctement qu’après plusieurs séances de rééducation et qui présentait des difficultés à se tenir debout. Le petit garçon présentait aussi un faciès particulier caractérisé par un front proéminent et de grands yeux. Un léger retard mental a été rapporté par les parents.

Le bilan sanguin a montré une acidose hyperchlorémique modérée et une phosphatémie à la limite inférieure des valeurs de références. Dans les urines, une protéinurie modérée et une fuite de bicarbonates, de phosphates et d’acides aminés ont été notées. Les signes cliniques et biologiques ont fortement orienté le diagnostic vers le syndrome oculo-cérébro-rénal de Lowe. Une étude moléculaire a été réalisée afin de confirmer le diagnostic. Une prise en charge a été alors assurée pour remédier aux conséquences de la tubulopathie. Une supplémentation en phosphore (750 mg/j) et en bicarbonates (40 mL/j en deux prises) et un traitement à base d’alfacalcidiol et de vitamine D ont été prescrits. Le patient a aussi été mis sous anti-inflammatoire (indométacine) et des séances de kinésithérapie ont été recommandées. Une évolution favorable a été notée concernant les acquisitions psychomotrices, le problème visuel et les anomalies du bilan biologique.

Matériel et méthodes

Prélèvements

Le bilan standard a été réalisé sur sang recueilli à jeun sur tube sec et sur les urines de 24 heures. La chromatographie des acides aminés sanguins et urinaires a été réalisée respectivement sur plasma hépariné et sur urines de 12 heures. Pour l’étude moléculaire, un prélèvement sanguin sur EDTA a été réalisé chez le patient et chez sa mère et le consentement de la famille a été obtenu.

Méthodes

Les bilans, sanguin et urinaire, standards ont été réalisés par les techniques usuelles. L’étude des acides aminés sanguins et urinaires a été faite par chromatographie sur couche mince selon la technique de Kraffczyk [2].

L’étude moléculaire a été effectuée sur les ADN isolés à partir des leucocytes de l’enfant atteint et de sa mère selon une technique standard. Après amplification par PCR des 23 exons codants du gène OCRL1 (tableau 1( Tableau 1 )), un contrôle des produits d’amplification a été réalisé sur gel d’agarose à 2 % pour détecter la présence d’une éventuelle délétion génomique chez l’enfant. La recherche de mutation a ensuite été poursuivie par criblage des exons amplifiés par chromatographie liquide à haute performance en conditions dénaturantes (dHPLC) sur un appareil Wave System (Transgenomic). Cette technique [3] repose sur la mise en évidence d’un mesappariement entre un allèle muté et un allèle normal. En raison de la présence d’un seul allèle chez un garçon atteint, l’étape de formation initiale des hétéroduplex nécessite le mélange dans un rapport 1:1 de l’ADN amplifié chez le patient et chez un témoin de sexe masculin. Cette étape peut être réalisée directement sur les exons amplifiés chez la mère du fait de la présence du second allèle non muté. Après 5 minutes de dénaturation à 95 °C et renaturation par retour à 45 °C en 50 minutes, les échantillons sont déposés sur la colonne et soumis à un gradient d’acétonitrile à une température permettant la séparation entre homoduplex et hétéroduplex. Le gradient d’acétonitrile et la température d’élution sont optimisés préalablement pour chaque exon grâce au logiciel Navigator (Transgenomic) Les mesappariements détectés sont ensuite caractérisés par séquençage direct (ABI 3100).
Tableau 1 Amorces utilisées pour l’amplification des exons codants du gène OCRL1.

Exon

Amorces 5’→ 3’ (sens/antisens)

Taille (pb)

2

TGGAAGACCCCCTTCGC / TGGACCTGAACCTGTTGCC

279

3

CCAGGGAACTAGATGCAGCAAG / CAAGCCAAGGAAACAGGTGAGAC

436

4

TGCTCATAGTCTTTAGAACCCAGTGC / GTGCCCCAAAAGGTGTCTTAAATG

323

5

AAACATTTTATCCCATAGCAGTAT / AATGGCCACTTTCCTCTGTATC

244

6

TTCCCAGTTTCTGACCATGA / CTGACTCTGCAATGACCATAGC

174

7

CGAACTCCAATCCAAGTAATTTCTACC / GGCAAATATGTTTTCACATGGGAC

301

8

AACATATTTGCCTTGTAGGAGA / GACTCAGGAAGCAAAAGAGA

259

9

GGAAGCGAAAAGAAAGAACTTCTGT / GAACACCAAACATATAGCCAAAAGG

228

10

TTCAACATATGGGACAGGAGG / CCCGGTGAGCCCTATTTAGT

244

11

AGGATATGAAGTCAGATTTGGGC / CACAGAACAAGCAACTGAACTTTAC

309

12

AGTTCAGTTGCTTGTTCTGTGTACT / CACTACTCAAAGGCTACAGGTGA

275

13

CCATTTTTTCTTCTCTCCATCC / CAATCTCATCTCCCATCTAGGA

243

14

CCTGCTTATTTGATGCTTCTTT / GGGTCAGAAATAAGATCAAGCC

200

15

CCCTGATCTAAACCAGTGTGGTAGG / AACCTCTCAATGCTGCAAATGG

354

16

TGAGGATGTTGTTTGCACCACA / CCACGTTGCTATGTAGCCTTTTCTA

333

17

TCCTCTATGGAATAATCCAACTGAC / CATGACATCACCAGCAGAGACA

283

18

ACTGGAGGTTTTCCTATTACCATGT / GAAAGCACAAAGATAATGAGGACG

364

18a

TCTGTCTGTCAATGACTTTCTTTT / ACAAATTCCAGGGACCACAGTTA

139

19

CTGCATGACCAGAATTTGAAGGAC / GCTGACGTGAGGTGTTGTGATTTC

284

20

TGATTATCTTGCCTGTCCCTT / ATAGGTGCGAAGAAGAGTTTGA

192

21

GTGTGGCCTTTCTCCTG / TCTATGGGGCAATCTGC

227

22

TCCTGCAAGGGTTGGATTATAAGAC / GGACTATTGACTGCCATGTGCC

324

23

ACAGAAGTTTCCGCTTGTCTTT / GAAATACTTGGAGCCCGAGAT

218

Résultats

Bilan biochimique

Le bilan sanguin a montré une acidose hyperchlorémique modérée (réserve alcaline : 20 mmol/L) et une phosphatémie à la limite inférieure des valeurs de références (24 mg/L). Les enzymes sériques avaient des activités augmentées (PAL : 1 728 UI/L ; GOT : 130 UI/L ; LDH : 1 419 UI/L ; CPK : 225 UI/L). La protidémie était légèrement augmentée (78 g/L), de même que les α2-globulines au protidogramme (11,8 g/L). La NFS a diagnostiqué une anémie hypochrome microcytaire. Le bilan martial était normal (fer sérique : 99,7 µg/dL ; ferritine : 24,8 ng/mL).

Dans les urines, une protéinurie modérée (0,75 g/24 h), une fuite de bicarbonates (12 mmol/24 h), une légère hyperphosphaturie (150 mg/24 h) et une hyperaminoacidurie globale ont été notées.

Étude moléculaire

Le contrôle des produits d’amplification par électrophorèse sur gel d’agarose a permis d’exclure la présence d’une délétion génomique. Le criblage en dHPLC des exons amplifiés a mis en évidence un seul changement sur l’exon 10 du patient (( figure 1 )). Le séquençage de cet exon a permis d’identifier une variation c.776T>C (( figure 2 )A) substituant une phénylalanine par une sérine en position 259 de la protéine (p.Phe259Ser). La mère du patient est non porteuse de cette mutation (( figure 1 ) et ( figure 2 )B). La mutation n’a pas été retrouvée par ailleurs sur 100 chromosomes de la population générale. Comme le montre la ( figure 3 ), la phénylalanine 259 substituée chez l’enfant est un acide aminé conservé dans la famille des inositol polyphosphate 5-phosphatases. Cette nouvelle mutation est localisée dans une région de la protéine OCRL1 dont la fonction est inconnue mais où d’autres mutations ont été rapportées (( figure 4 )).

Discussion

Notre patient associe sur le plan clinique et biologique une triade de signes qui a fortement orienté le diagnostic vers le syndrome de Lowe, à savoir, la cataracte congénitale, les signes neurologiques et l’atteinte tubulaire. Cette dernière est reflétée cliniquement par le rachitisme et biologiquement par une acidose modérée, une protéinurie, la fuite des bicarbonates, une hypophosphatémie limite accompagnée d’une discrète phosphaturie et enfin une hyperaminoacidurie globale. L’étude moléculaire est venue conforter le diagnostic par la mise en évidence d’une mutation faux sens p.Phe259Ser située dans l’exon 10. Cette anomalie génétique n’a pas été trouvée chez la mère du patient, c’est une néomutation.

Le syndrome de Lowe a été décrit pour la première fois en 1952 à Boston [1]. C’est une maladie génétique rare liée à l’X, transmise par la mère, elle touche essentiellement les garçons [4]. Quelques cas féminins ont été rapportés [5, 6]. Le syndrome de Lowe est dit aussi syndrome oculo-cérébro-rénal du fait de l’association d’anomalies oculaires, neurologiques et rénales. L’atteinte ophtalmique est notée dès la naissance ou dans les quelques semaines qui suivent et se manifeste par une cataracte congénitale bilatérale (caractère constant). Un glaucome congénital est de même retrouvé dans la quasi-totalité des cas. L’examen oculaire montre de grands yeux animés de mouvements lents témoins de l’amblyopie avec mégalocornée et buphtalmie. Un myosis et des opacités cornéennes sont de même rapportés [1, 7]. L’atteinte neurologique se caractérise par un retard du développement mental, une hypo- ou aréflexie et une hypotonie néonatale [1, 8]. La néphropathie se manifeste à partir de la première année et ne devient évidente que vers l’âge de trois à quatre ans [7, 9]. Elle débute par une tubulopathie de sévérité variable. L’atteinte glomérulaire est secondaire à l’atteinte tubulaire. L’insuffisance rénale est constante et s’installe au cours de la deuxième décade [7]. La néphro-tubulopathie n’est pas sans conséquences cliniques. En effet, elle est à l’origine d’une polyurie, d’une acidose métabolique de caractère inconstant et d’un rachitisme. Il faut cependant noter qu’il y a des présentations atypiques avec une atteinte rénale sans tubulopathie [10]. Le retard de croissance est constant à la fin de la première année et s’accompagne de signes dysmorphiques faciaux caractéristiques : front haut étroit et bombé, grandes oreilles décollées et rétrognatisme avec un périmètre crânien normal [1].

Notre patient présente un tableau clinique complet. Le diagnostic biologique du syndrome de Lowe, orienté par les signes cliniques débute par la mise en évidence des perturbations biochimiques dues à la tubulopathie. Au niveau sanguin, on note une acidose hyperchlorémique (inconstante), une hypophosphatémie, une hyperphosphatasémie, une hypo-uricémie et une hypokaliémie. La tubulopathie est à l’origine de la fuite urinaire de bicarbonates, de sodium, de potassium, de calcium, de phosphates, de glucose, d’acides aminés, d’albumine, de protéines de petite taille, de L-carnitine et d’acides organiques [7]. D’autres paramètres sanguins peuvent être perturbés. L’hyperphosphatasémie est liée au rachitisme. Les activités enzymatiques de l’Asat, de la LDH et de la CPK peuvent être augmentées secondairement aux complications musculaires. Les augmentations des protéines sanguines et de la fraction α2-globuline à l’électrophorèse ainsi que du cholestérol-HDL ont été également rapportées [7].

Le diagnostic du syndrome de Lowe est confirmé par la mise en évidence des mutations du gène OCRL 1 et de la diminution de l’activité enzymatique de l’inositol 4,5-biphosphate 5-phosphatase sur culture de fibroblastes [11, 12]. Il est possible de réaliser des diagnostics anténataux par l’étude de polymorphisme de taille des fragments de restriction (RFLP : restriction fragment length polymorphism) [13] ou par l’étude de l’ARN messager sur culture d’amniocytes [14].

Le syndrome oculo-cérébro-rénal est lié au déficit en phosphatidyl inositol 4,5-biphosphate 5-phosphatase suite à la mutation du gène codant OCRL1 [11]. Ce dernier est localisé dans la région q 24-26 du chromosome X. Il a été cloné et sa structure a été élucidée [13, 15]. OCRL1 est un gène de 24 exons dont la région codante est localisée entre les exons 2 et 23. L’exon 1 n’a pas de fonction codante et l’exon 18a est alternatif. Le domaine responsable de l’activité enzymatique est situé entre les exons 13 et 15. Le rôle assuré par les autres exons demeure encore inconnu.

L’enzyme inositol 4,5-biphosphate 5-phosphatase appartient à une famille d’hydrolases qui agissent au niveau du phosphate situé en position 5 des phosphatidylinositol polyphosphates [16-18]. Ainsi, l’enzyme a une certaine activité sur l’inositol 1,4,5-triphosphate et sur l’inositol 1,3,4,5-tétraphosphate mais présente une meilleure activité sur les lipides phosphates tels le phosphatidylinositol 3,4,5-triphosphate et le phosphatidylinositol 4,5-biphosphate. Ce dernier semble être le substrat préférentiel du fait de son accumulation en cas de déficit en inositol 4,5-biphosphate 5-phosphatase. L’enzyme a été localisée initialement dans les fibroblastes, plus spécifiquement au niveau du réseau transgolgien (TGN) [19]. Des chercheurs l’ont aussi isolée des lysosomes des cellules du tube proximal rénal [18].

Plus de 110 mutations ont été rapportées chez des patients atteints de syndrome de Lowe (http://www.research.nhgri.nih.gov/lowe/). Elles se caractérisent par leur diversité et leur nature. La majorité (plus de 90 %) sont des mutations ponctuelles faux sens et non sens, des anomalies d’épissage et des mutations avec décalage de cadre de lecture. Leur distribution n’est pas uniforme puisqu’elles se concentrent dans la deuxième moitié du gène, à partir de l’exon 9. Vingt-cinq à 30 % de ces mutations sont dans le domaine codant pour l’activité phosphatase [20-22]. La plupart des mutations sont privées, 15 % seulement sont récurrentes. Les délétions génomiques représentent moins de 10 % des mutations et se répartissent tout le long du gène. La mutation p.Phe259Ser identifiée chez notre patient est localisée dans l’exon 10. Seules cinq mutations ont été rapportées dans cet exon : 2 mutations non sens (Q278X et W280X) et 3 microdélétions entraînant un décalage de cadre de lecture (c.819delA, c.823delG et c.856-857delAG) [12, 22]. La délétion c.823delG a été associée à une diminution de l’activité enzymatique. Cette dernière n’a pas été déterminée dans les autres cas. Le caractère pathogène de la mutation p.Phe259Ser trouvée chez notre patient repose essentiellement, en absence de données fonctionnelles au niveau de la région mutée, sur le fait qu’il s’agit d’une néomutation. La conservation de l’acide aminé (Phe259) dans la famille des inositol polyphosphate 5-phosphatases, la nature de la mutation et sa fréquence dans la population générale inférieure à 1 % sont également en accord avec son caractère pathogène.

La transmission de ces mutations se fait en général selon un mode récessif lié à l’X. Les cas sporadiques ne sont cependant pas rares. En effet, sur trente-huit familles étudiées, douze cas de néomutations et deux cas de mosaïsmes ont été caractérisés [20, 22].

Ainsi, l’ensemble des mutations identifiées est à l’origine d’un déficit enzymatique responsable du syndrome de Lowe. Cependant, sa physiopathologie n’est pas encore comprise. La présence de l’enzyme au niveau du TGN a fait penser que son déficit serait responsable de la perturbation du transport à travers les vésicules golgiennes [17, 20]. D’autre part, il a aussi été constaté que chez les patients atteints de syndrome de Lowe, le phosphoinositol (4,5) diphosphate s’accumulait au niveau de la membrane lysosomale. Il en résulterait une augmentation de la perméabilité membranaire à l’origine d’un relargage extracellulaire des enzymes lysosomales qui vont alors altérer les cellules en contact. Une interaction entre la protéine OCRL1 et une Rac GTPase présente dans le TGN vient également d’être mise en évidence [23]. Bien que certaines mutations différentes correspondent à des phénotypes différents [24], l’ensemble des constatations ci-dessus ne permet pas encore d’expliquer les conséquences du déficit enzymatique et donc le phénotype de la maladie [25], d’où l’inexistence d’un traitement spécifique. En effet, la thérapeutique proposée est uniquement symptomatique. Elle consiste en une supplémentation précoce en phosphate et en calcium afin de compenser les pertes urinaires et de prévenir l’apparition d’une hypophosphatémie sévère ou d’un rachitisme. L’administration de vitamine D et du alfacalcidiol (1 hydroxy vitamine D) permet aussi d’augmenter l’absorption intestinale des phosphates chez les jeunes patients et de compenser les déficits en vitamine D en cas d’insuffisance rénale [7]. Une intervention chirurgicale permet de traiter la cataracte et le glaucome et des séances de kinésithérapie sont requises pour remédier à l’atteinte neuromusculaire.

Conclusion

Le syndrome de Lowe est une maladie génétique rare. Moins de 200 cas ont été rapportés mondialement. Malgré une symptomatologie assez caractéristique, la maladie risque d’être diagnostiquée tardivement si on ne pense pas à rechercher les signes de tubulopathie qui, devant les atteintes oculaires, orientent le diagnostic, celui-ci devant être confirmé par l’étude moléculaire ou enzymatique. La physiopathologie de la maladie est encore incomprise et la fonction de nombreux domaines de la protéine enzymatique reste inconnue. L’absence de traitement spécifique en est une conséquence fâcheuse, d’où la nécessité d’un diagnostic de certitude permettant de donner un conseil génétique éclairé et une prise en charge précoce par un traitement adéquat permettant de prévenir les complications rénales (IRC, rachitisme), oculaires (cécité) et neurologiques.

Remerciements

Ce travail a été réalisé en partie grâce au financement (NM) par le GIS-Maladies Rares et l’Association du Syndrome de Lowe. Nous remercions les docteurs Guythène Bourdat-Michel et Paul Simon Jouk pour leur aide dans la prise en charge de notre patient

Références

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