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Mutation acquise de la tyrosine kinase Jak2 et maladie de Vaquez


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Numéro 1, 3-9, Janvier-Février 2006, Revue générale


Résumé   Summary  

Auteur(s) : V Pargade, L Darnige, P Gaussem , Service d’hématologie biologique, hôpital européen Georges Pompidou, Paris.

Résumé : La maladie de Vaquez est un syndrome myéloprolifératif acquis défini par une polyglobulie résultant d’une anomalie clonale d’une cellule souche hématopoïétique. L’élévation de la masse sanguine expose à un risque accru de thrombose artérielle ou veineuse nécessitant une thérapeutique cytoréductrice. Une anomalie génétique acquise dans l’exon 12 du gène de la tyrosine kinase Jak2, aboutissant à la substitution d’une valine par une phénylalanine (V617F), a été détectée chez une majorité de patients atteints de la maladie de Vaquez. Cette mutation, responsable de l’activation de Jak2, induit une prolifération cellulaire spontanée qui aboutit à une polyglobulie in vivo. Des études de prévalence de la mutation V617F de Jak2 dans différents syndromes myéloprolifératifs ont révélé que cette anomalie génétique est retrouvée dans la moitié des cas de myélofibrose idiopathique et dans un tiers des thrombocytémies primitives. La découverte de cette mutation constitue une avancée dans la compréhension de la physiopathologie de la maladie de Vaquez, un progrès dans le diagnostic des syndromes myéloprolifératifs et une perspective de recherche de nouvelles thérapeutiques plus ciblées de ces pathologies.

Mots-clés : maladie de Vaquez, Janus kinase 2 (Jak2), syndrome myéloprolifératif, mutation acquise, polyglobulie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : V Pargade, L Darnige, P Gaussem

Service d’hématologie biologique, hôpital européen Georges Pompidou, Paris

Article reçu le 27 Août 2005, accepté le 28 Septembre 2005

En 1892, Louis Vaquez décrivait, à Paris, un syndrome avec une polyglobulie cyanogène chez un patient dont l’autopsie révéla une hépato-splénomégalie massive [1]. Cette description fut la première de la polyglobulie vraie, appelée maladie de Vaquez.La polyglobulie vraie résulte d’une anomalie clonale de la cellule souche hématopoïétique responsable d’une accumulation d’hématies, de leucocytes et de plaquettes morphologiquement normaux. Cette accumulation survient en l’absence d’activation non clonale de l’hématopoïèse [2] et est caractérisée, dans la plupart des cas, par une anomalie génétique acquise récemment mise en évidence : la mutation V617F de Jak2 [3].L’accumulation des éléments figurés du sang est à l’origine d’une élévation de la masse sanguine du patient dont les manifestations cliniques sont l’hypertension accompagnée de céphalées et de troubles visuels, la splénomégalie et l’apparition d’un prurit au contact de l’eau chaude. De plus, cette masse sanguine importante parfois associée à une thrombocytose, expose le patient à un risque accru de thrombose veineuse ou artérielle. Les thromboses sont les complications les plus fréquentes et les plus sérieuses de la maladie de Vaquez puisqu’elles surviennent dans près de 40 % des cas au cours de l’évolution de la maladie et sont responsables de 41 % des décès selon l’étude européenne multicentrique Eclap réalisée sur 1 638 patients [4]. La thrombose liée à la maladie de Vaquez est plus souvent artérielle que veineuse et le système nerveux central est le site le plus fréquent de thrombose. Ce risque important de thrombose sévère nécessite la mise en place d’un traitement initial par saignées permettant de réduire la masse sanguine puis éventuellement associé à un traitement de fond cytoréducteur par, notamment, le phosphore 32 (P32) chez le sujet âgé, le pipobroman (Vercyte®) ou l’hydroxyurée (Hydréa®).

Diagnostic de la maladie de Vaquez

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini une série de critères clinico-biologiques majeurs (A1 à A5) et mineurs (B1 à B4) afin de standardiser le diagnostic de la maladie de Vaquez (tableau 1( Tableau 1 )).

Les critères sont fondés sur l’affirmation d’une polyglobulie persistante (critère A1). Les patients sont considérés comme polyglobuliques quand leur hématocrite est supérieur à 0,52 pour les hommes et à 0,48 pour les femmes, et ce, pendant plus de deux mois. Cette polyglobulie doit être confirmée par une mesure de la masse sanguine qui doit être augmentée de plus de 25 % par rapport à la valeur théorique normale. Cependant, les hommes et les femmes ayant un hématocrite supérieur à 0,60 et à 0,56 respectivement (recommandations américaines et anglaises [5, 6]) ou une hémoglobine supérieure à 18,5 et à 16,5 g/dL (recommandations de l’OMS [7]) respectivement, sont également considérés comme atteints de polyglobulie sans nécessité de confirmation par mesure de la masse sanguine.

L’anamnèse (antécédents familiaux de polyglobulie, tabagisme, pathologie tumorale sous-jacente…) et la mesure de la saturation artérielle en oxygène permettent de classer les polyglobulies secondaires et primaires. Le diagnostic de la maladie de Vaquez nécessite l’exclusion d’une polyglobulie secondaire (critère A2).

Ces deux premiers critères (A1 + A2) sont indispensables au diagnostic de la maladie de Vaquez et doivent être associés à un autre critère majeur (A3 à A5) ou à deux critères mineurs (B1 à B4) [7]. Parmi ces différents critères, trois examens biologiques spécifiques peuvent être distingués : la mesure de la masse sanguine, la culture de progéniteurs érythroïdes et le dosage de l’érythropoïétine (EPO) sérique.
Tableau 1 Critères diagnostiques définis par l’Organisation mondiale de la santé [7].

A Critères majeurs

1

Masse sanguine augmentée de plus de 25 % par rapport à la valeur théorique normale, ou Hb > 18,5 g/dL (homme) ou Hb > 16,5 g/dL (Femme)

2

  • Aucune cause de polyglobulie secondaire (familiale ou augmentation de l’EPO)
  • – Absence d’une polyglobulie familiale
  • – Pas de cause d’élévation de l’érythropoïétine (EPO) soit :
    • Hypoxie (pO2 < 92 %),
    • Hémoglobine de haute affinité pour l’oxygène,
    • Récepteur tronqué de l’EPO,
    • Production inappropriée d’EPO par une tumeur


3

Splénomégalie

4

Anomalie génétique clonale dans les cellules de moelle osseuse autre que le BCR/ABL

5

Formation spontanée de colonies érythroïdes (EEC) en culture in vitro

B Critères mineurs

1

Thrombocytose > 400 × 109/L

2

Leucocytose > 12 × 109/L

3

  • Biopsie ostéo-médullaire montrant une hypercellularité pan-myéloïde avec lignée érythroblastique
  • et /ou mégacaryocytaire prédominante


4

EPO sérique diminuée

La mesure de la masse sanguine permet d’affirmer la polyglobulie (critère A1)

La méthode de référence est la mesure de la masse globulaire par dilution des hématies autologues marquées au chrome 51 ou au technétium [8, 9]. Les conditions de réalisation de l’examen doivent être rigoureuses, notamment pour ne pas surestimer une volémie globulaire [10]. L’examen doit donc être réalisé chez un patient non à jeun et n’ayant pas fumé, normalement hydraté, et au repos. Le patient est assis 60 minutes avant l’injection du produit marqué. Pour le diagnostic initial, on préconise de coupler cette mesure à celle d’une volémie plasmatique par dilution de la sérum albumine marquée à l’iode 125, sachant que du fait de la diffusion à l’extérieur du compartiment vasculaire cette mesure peut être surestimée d’environ 15 %.

Il est habituel de parler de polyglobulie pour une volémie globulaire supérieure à 36 mL/kg chez l’homme et à 32 mL/kg chez la femme [8]. Mais il s’agit de valeurs statistiques et ce mode d’expression n’a plus la même signification lorsqu’on s’éloigne d’un morphotype moyen (sous-estimation de la volémie globulaire chez l’obèse, surestimation chez le cachectique). Il est préférable d’exprimer les résultats par rapport à des valeurs théoriques pour un sujet de même poids et taille (sachant cependant que ces valeurs théoriques ont été établies à partir de populations sélectionnées) [11].

Une polyglobulie vraie est ainsi définie par une augmentation de la volémie globulaire supérieure à 25 % par rapport à la valeur théorique normale avec une volémie plasmatique normale [7]. Il est à noter que des augmentations de la volémie globulaire (traduisant donc une polyglobulie) peuvent se voir chez une minorité de patients ayant des signes de syndrome myéloprolifératif (splénomégalie, hyperplaquettose), alors que hémoglobine et hématocrite ne sont pas augmentés. C’est pourquoi cet examen est essentiel dans le diagnostic de la maladie de Vaquez [8].

Croissance spontanée des progéniteurs érythroïdes en culture in vitro : un test spécialisé utile (critère majeur A5)

La croissance spontanée in vitro des progéniteurs érythroïdes mis en culture en l’absence d’EPO à partir de prélèvement de moelle [12, 13] ou de sang périphérique, constitue une caractéristique de la polyglobulie primitive. L’adjonction d’EPO augmentant le nombre de colonies érythroïdes montre qu’il persiste en outre une population normale de progéniteurs érythroïdes. L’absence de croissance spontanée des progéniteurs érythroïdes dans une polyglobulie doit orienter vers une polyglobulie secondaire.

Outre la recherche de la polyglobulie primitive dans un contexte d’une élévation de la masse sanguine, ce test a un intérêt pour diagnostiquer de façon précoce une polyglobulie primitive dans la pathologie thrombotique des vaisseaux hépatiques, alors que l’hémogramme est encore normal [14, 15].

Cependant, cet examen de réalisation délicate, non standardisée, n’est actuellement pratiqué que dans quelques laboratoires spécialisés. C’est pourquoi il n’est pas recommandé comme examen de diagnostic de routine de la polyglobulie primitive [8], bien que considéré comme un critère majeur par l’OMS [7].

Dosage de l’érythropoïétine sérique : un argument mineur et difficilement interprétable (critère mineur B4)

Le dosage de l’EPO sérique a été développé afin de distinguer les polyglobulies secondaires des primitives. Cependant, la physiologie de l’EPO ne permet pas de corréler le taux de l’hormone à la cause d’une polyglobulie. En effet, la diminution de l’EPO sérique dans la maladie de Vaquez est fréquente, mais pas constante, et un taux d’EPO normal peut être rencontré lors de polyglobulies liées à l’hypoxie. Ainsi, si un taux d’EPO élevé suggère une hypoxie tissulaire à l’origine de la polyglobulie, un taux normal ne permet pas d’exclure une polyglobulie secondaire. Le dosage d’EPO est un critère mineur du diagnostic de polyglobulie primitive et ne remplace en aucun cas la mesure de la saturation artérielle en oxygène [16].

Parmi les outils diagnostiques cités ci-avant, aucun test génétique n’a été évoqué. En effet, à ce jour, ce syndrome myéloprolifératif ne bénéficie pas d’anomalie génétique spécifique contribuant au diagnostic en pratique clinique. Les syndromes myéloprolifératifs s’accompagnant d’une anomalie moléculaire spécifique acquise connue sont la leucémie myéloïde chronique qui est associée au BCR/ABL [17] et le syndrome d’hyperéosinophie idiopathique myéloïde qui est parfois associé au FIP1L1/PDGFRA [18]. Ces anomalies conduisent à la fusion de deux gènes permettant la production d’une tyrosine kinase à l’origine du syndrome myéloprolifératif, et dont la détection est primordiale dans le diagnostic de la maladie qui bénéficie aujourd’hui d’un traitement spécifique très efficace (Imatimib).

Plusieurs tentatives de développement d’outil moléculaire utilisant l’étude comparée des transcriptomes des granulocytes de patients atteints de la maladie de Vaquez et de granulocytes contrôles ont permis de mettre en évidence la forte élévation de la transcription de certains gènes dans la maladie de Vaquez dont PRV1 et NF-E2 [19-21]. Cependant, les possibles applications de ces études au diagnostic nécessitent la quantification des ARN messagers, support génétique labile, par des techniques délicates et coûteuses telles que la RT-PCR quantitative, difficilement applicable dans la pratique clinique. En 2005, a été publiée une mutation ponctuelle acquise du gène JAK2 codant pour la Janus kinase 2 (Jak2) chez des patients atteints de polyglobulie vraie [3, 22]. Cette découverte est un progrès important puisque la détection de cette mutation à partir de l’ADN, support génétique stable, contribuerait au diagnostic de la maladie de Vaquez. De plus, elle constitue une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes moléculaires physiopathologiques de cette maladie.

Mutation acquise V617F de Jak2 responsable de la maladie de Vaquez

Cette mutation ponctuelle de G en T du nucléotide 1849 de l’exon 12 du gène JAK2 est une mutation faux-sens aboutissant à la substitution d’une valine par une phénylalanine (V617F). Le gène JAK2 code pour une protéine de la famille des Janus kinases parmi lesquelles on distingue, chez l’homme, Jak1, Jak2, Jak3 et Tyk2 [23]. Ces Janus kinases sont des acteurs dans la voie d’activation transcriptionnelle (Jak-Stat) qui permet à divers signaux extra-cellulaires d’aboutir, à partir de récepteurs membranaires spécifiques, à des changements rapides de l’expression de gènes au sein de cellules cibles. Cette voie (Jak-Stat) est principalement utilisée par les membres de la superfamille des récepteurs des cytokines, dont celui de l’EPO, et joue donc un rôle central dans l’hématopoïèse [23, 24].

Jak2 et érythropoïèse

Jak2 est une tyrosine kinase qui intervient dans la cascade de transduction du signal du récepteur membranaire de l’EPO [25]. Après activation du récepteur par fixation de son ligand, un changement conformationnel permet le déclenchement de l’activité tyrosine kinase de Jak2 permettant son auto-phosphorylation, la phosphorylation du récepteur et enfin celle du facteur de transcription Stat5. Ce facteur, une fois phosphorylé, se dimèrise, migre vers le noyau pour atteindre les zone promotrices spécifiques en amont de gènes dont il va activer la transcription (( figure 1 )).

De plus, Jak2 est indispensable à l’érythropoïèse. En effet, l’inactivation de son gène orthologue chez la souris conduit à un phénotype létal embryonnaire causé par un blocage complet de l’érythropoïèse sans anomalie du développement des lymphocytes [26].

Deux études ont montré que l’inactivation de Jak2, soit par inhibition par un inhibiteur spécifique, soit par technique d’interférence par ARNsi dans les cellules progénitrices de patients atteints de maladie de Vaquez, montre la diminution de la différenciation de ces cellules et de la formation spontanée de colonies érythroïdes en absence d’EPO [3, 27]. Ces résultats sont en faveur d’un rôle de Jak2 dans la multiplication et la différenciation des progéniteurs érythroïdes dans la polyglobulie vraie.

Une mutation acquise induisant l’expansion clonale et la polyglobulie

Plusieurs études publiées en 2005 ont montré la prévalence élevée de la substitution V617F de Jak2 dans la maladie de Vaquez par séquençage du gène à partir de l’ADN des granulocytes de patients atteints de cette maladie [3, 22, 28, 29]. Cette substitution est localisée dans le domaine appelé JH2 (Jak homology 2) ou pseudokinase de forte homologie de séquence avec le domaine kinase JH1 (Jak homology 1) mais dépourvu d’activité catalytique (( figure 2 )).

JH2 a une fonction régulatrice importante permettant l’auto-inhibition de l’activité tyrosine kinase [30, 31]. Le domaine JH1 porte l’activité catalytique qui repose sur trois boucles identifiées par modélisation tri-dimensionnelle à partir d’homologie de séquences d’autres domaines tyrosine kinase dont la structure a été déterminée : la boucle catalytique, la boucle de fixation de l’ATP et la boucle d’activation (( figure 2 )). Cette boucle d’activation possède deux conformations [32]. La première correspond à la protéine inactive en absence de fixation du ligand au récepteur membranaire. Dans ce cas, la conformation de la boucle permet une interaction stabilisatrice entre JH1 et JH2 par interaction entre L1001 et P1002 (JH1) et C618 (JH2). La seconde conformation correspond à Jak2 activée après fixation du ligand à son récepteur. Il se produit alors une ouverture des sites de JH1 intervenant dans la catalyse. La conformation « activée » fait apparaître des interactions défavorables entre V1010 et K1011 (JH1) et V617 (JH2). JH2 joue donc un rôle modulateur de l’activité tyrosine kinase via probablement l’acide aminé V617 muté dans la maladie de Vaquez. L’hypothèse est donc que la mutation engendre une activité tyrosine kinase constitutive à l’origine de la prolifération et de la différenciation indépendante de la présence d’EPO.

La mutation V617F augmente l’activité tyrosine kinase de Jak2 et entraîne une dérégulation du domaine kinase JH1 de Jak2 [3, 29]. Cette dérégulation du domaine JH1 liée à la mutation entraîne en aval une augmentation de l’activité transcriptionnelle de Stat5. En effet, l’activité transcriptionnelle de Stat5 induite par le Jak2 humain mutant V617F dans les cellules gamma-2A déficientes en Jak2 est indépendante des cytokines et de la présence du récepteur à l’EPO [3].

L’influence de la mutation V617F de Jak2 sur la viabilité et la croissance a été étudiée sur un modèle de cellules BaF3 transfectées stables cultivées en l’absence d’IL-3 pendant 6 à 10 jours. Ont été transfectés le vecteur contenant le gène JAK2 sauvage, le vecteur contenant le gène JAK2 muté V617F et le vecteur seul. La comparaison de la viabilité des cellules au-delà du sixième jour montre que seules les cellules transfectées avec Jak2 V617F se sont multipliées et que les autres cellules n’ont pas survécu [3, 28].

Enfin, une expérience chez la souris a permis de déterminer les effets in vivo de la mutation V617F de Jak2 et d’affirmer son rôle dans la polyglobulie vraie. Des souris ont été greffées par des cellules de moelle osseuse transfectées par un rétrovirus dérivé d’un virus de cellules souches embryonnaires murines contenant le Jak2 murin sauvage, le Jak2 murin muté V617F et le vecteur vide. Ces souris ont été suivies pendant 4 semaines après la greffe. Les souris greffées par des cellules de moelle exprimant le mutant V617F développent une polyglobulie, avec un hématocrite de 60 % contre un hématocrite autour de 40 % pour les autres souris [3].

Mutation V617F de Jak2 et syndromes myéloprolifératifs

Si Jak2 est impliqué dans l’érythropoïèse et dans le fonctionnement du récepteur de l’EPO, il intervient aussi dans la transduction du signal d’autres récepteurs de cytokines dont l’IL-3 et la thrombopoïétine (TPO) [24, 33]. La mutation V617F de Jak2 pourrait donc être responsable de la prolifération des lignées leucocytaire et plaquettaire. Dans ce contexte, cette mutation a été recherchée dans les autres syndromes myéloprolifératifs (SMP) que la maladie de Vaquez, la myélofibrose idiopathique et la thrombocytémie primitive [3, 22, 28, 34, 35]. Les résultats des différentes études et les fréquences de la mutation selon les SMP sont présentés dans le tableau 2( Tableau 2 ). La polyglobulie vraie est fortement corrélée à la présence de la mutation détectée à l’état hétérozygote ou homozygote à partir de l’ADN des granulocytes des patients. Mais elle est également détectée dans la moitié des cas de myélofibrose primitive et un tiers des cas de thrombocytémie primitive.

Ainsi, la découverte de la mutation ponctuelle acquise V617F de Jak2 est une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes moléculaires mis en jeu dans la maladie de Vaquez. En outre, la recherche de cette mutation constitue un nouvel outil diagnostique important dans les syndromes myéloprolifératifs autres que la LMC. La recherche de la mutation V617F de Jak2 est réalisable sur un simple prélèvement de sang veineux et adaptable à de plus grandes séries en utilisant d’autres techniques aussi spécifiques et sensibles mais plus rapides que le séquençage, telles que la PCR en temps réel (Dorval I et al., soumis pour publication). Dans ce contexte, la mutation V617F de Jak2 pourrait être recherchée non seulement dans le diagnostic des syndromes myéloprolifératifs, mais aussi dans le bilan de thrombose inexpliquée, notamment celle des vaisseaux sus-hépatiques. De plus, la découverte de cette anomalie moléculaire acquise expliquant la prolifération clonale dans certains syndromes myéloprolifératifs offre une perspective de recherche et de développement de nouvelles thérapeutiques plus ciblées de ces syndromes et tout particulièrement de la maladie de Vaquez.
Tableau 2 Synthèse des différentes études publiées dès mars 2005 sur la prévalence de la mutation V617F de Jak2 dans les syndromes myéloprolifératifs, maladie de Vaquez, myélofibrose primitive et thrombocytémie primitive.

Références

[22]

[28]

[3]

[34]

[35]

Pays

Royaume-Uni

  • Suisse
  • Italie


France

États-Unis

  • Royaume-Uni
  • États-Unis


Maladie de Vaquez

71/73 (97 %)

83/128 (65 %)

40/45 (89 %)

121/164 (73 %)

58/72 (81 %)

Myélofibrose primitive

8/16 (50 %)

13/23 (57 %)

3/7 (43 %)

16/46 (35 %)

15/35 (43 %)

Thrombocytémie primitive

29/51 (57 %)

21/93 (23 %)

9/21 (43%)

37/115 (32 %)

24/59 (41 %)

Références

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