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Enzyme de conversion de l’angiotensine I dans le liquide céphalorachidien et neurosarcoïdose


Annales de Biologie Clinique. Volume 63, Numéro 5, 475-80, Septembre-Octobre 2005, article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : B Baudin, B Bénéteau-Burnat, M Vaubourdolle , Service de biochimie A, Hôpital Saint-Antoine, Paris.

Résumé : La sarcoïdose est une maladie d’étiologie indéterminée \; c’est une granulomatose présentant des manifestations essentiellement pulmonaires et cutanées, mais d’autres localisations, comme dans le système nerveux, sont possibles. Parfois l’atteinte neurologique est isolée, posant un problème de diagnostic différentiel avec d’autres maladies neurologiques. L’enzyme de conversion de l’angiotensine I (ECA) est produite par les granulomes sarcoïdosiques et diffuse dans les divers fluides biologiques. La détermination de l’activité ECA dans le liquide céphalorachidien (LCR) peut aider au diagnostic de neurosarcoïdose, associée ou non à sa détermination dans le sérum. Nous avons développé un essai radiométrique permettant cette mesure dans le LCR, les méthodes utilisées pour le sérum n’étant pas utilisables, parce que l’activité ECA est faible dans le LCR, y compris dans les situations pathologiques. Cet essai s’est avéré analytiquement sensible, spécifique et reproductible. Nous avons défini des valeurs usuelles et établi des recommandations pour rendre les résultats en tenant compte de l’aspect du LCR et de la protéinorachie. Les augmentations de l’ECA dans le LCR ne sont néanmoins pas spécifiques de la neurosarcoïdose puisqu’on en retrouve dans certaines méningites. Ce test peut être utilisé soit pour éliminer une neurosarcoïdose, soit pour établir un diagnostic positif de cette maladie, mais dans les deux cas en associant d’autres tests diagnostiques.

Mots-clés : enzyme de conversion de l’angiotensine I, liquide céphalorachidien, sarcoïdose, radiométrie, maladie neurologique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : B Baudin, B Bénéteau-Burnat, M Vaubourdolle

Service de biochimie A, Hôpital Saint-Antoine, Paris

Article reçu le 17 Février 2005, accepté le 26 Avril 2005

La sarcoïdose est une granulomatose des pays froids et humides, dont la prévalence est de 20 à 50 pour 100 000 dans les populations caucasiennes. La maladie commence souvent avant 30 ans mais on la découvre rarement à son début. Les femmes sont plus souvent atteintes que les hommes. Ses étiologie et pathogénie sont mal déterminées et l’atteinte est souvent pluritissulaire. La localisation la plus courante est le poumon : il s’agit généralement d’une forme médiastino-pulmonaire, mais l’atteinte cutanée est fréquente, souvent avec des sarcoïdes à la face et sur la partie supérieure du corps. L’association de signes pulmonaires et cutanés est typique de l’Europe du Nord, qui est la zone géographique la plus touchée par cette maladie, elle y est appelée la maladie de Besnier-Boeck-Schaumann. Fréquemment sont aussi retrouvées des localisations lymphoïdes et articulaires, plus rarement osseuses ou musculaires. L’œil est parfois atteint sous forme d’une uvéite sarcoïdosique, les autres localisations semblent plus rares (rein, foie, tube digestif, cœur, nerfs et névraxe), mais si on se donne la peine de les rechercher, ces localisations organiques seraient beaucoup plus fréquentes que ce qui a été décrit antérieurement [1, 2]. Une atteinte neurologique est retrouvée chez environ 5 % des patients atteints de sarcoïdose systémique. Il peut s’agir de véritables masses intracrâniennes mais les lésions et manifestations sont très variées, essentiellement en fonction de la localisation de la masse granulomateuse. Les patients peuvent présenter des symptômes divers qui peuvent évoquer une méningite, une hémorragie sub-arachnoïdienne, un cancer intracrânien ou encore une ischémie cérébrale. Parmi ces symptômes on retrouve des atteintes spastiques des nerfs crâniens, des déficits sensoriels et moteurs, des atteintes neuropsychiatriques, des signes d’hydrocéphalie, des maux de tête, des crises d’épilepsie, des dysfonctions hypothalamiques et pituitaires. Les atteintes des nerfs crâniens, fréquentes, concernent surtout le nerf facial et le nerf optique. Les symptômes peuvent survenir brutalement ou progresser selon un rythme subaigu ou chronique posant un problème de diagnostic différentiel avec la sclérose en plaques, surtout si le patient présente des signes d’amélioration spontanée alternant avec des phases de reprise de la maladie. La présence d’une atteinte neurologique assombrit toujours le tableau de la sarcoïdose, avec une augmentation à la fois de la morbidité et de la mortalité, car ces formes régressent moins spontanément que les atteintes pulmonaires isolées et répondent moins bien à la corticothérapie [2-4].Le diagnostic de sarcoïdose est établi sur la confrontation d’éléments cliniques, radiologiques et biologiques. L’enzyme de conversion de l’angiotensine I (ECA, EC.3.4.15.1) reste le marqueur le plus intéressant bien qu’il ne soit pas idéal. La sensibilité du test sérique n’est que de 60 à 80 % selon les études et les stades. Sa spécificité est du même ordre mais augmente avec le stade de la maladie. L’élévation de l’ECA est bien corrélée à la positivité de la scintigraphie au 67Ga. En couplant les deux tests la sensibilité atteindrait 100 % pour les stades II et III, et donc leurs négativités conjointes en feraient un critère d’exclusion. Les corticoïdes font généralement diminuer l’ECA. Sa mesure permet d’adapter la posologie, une nouvelle élévation signalant une reprise de la maladie, même avant les signes radiologiques, et parfois dans un autre territoire que le poumon [5-9]. La recherche d’une activité ECA sécrétée localement participe au diagnostic différentiel de syndromes parfois difficiles à étiqueter. Ainsi, une ECA élevée a été retrouvée dans des liquides de ponction où la lésion est de nature sarcoïdosique (liquide pleural, ascite, liquide synovial…). L’augmentation de l’ECA dans l’humeur aqueuse caractérise l’uvéite sarcoïdosique, et dans le liquide céphalorachidien (LCR) la neurosarcoïdose, ce qui est le propos de cet article [6, 10]. Ainsi nous avons développé un essai radiométrique permettant la détermination de l’activité ECA dans le LCR en améliorant la méthode de Rohrbach [11]. Notre essai atteint la sensibilité permettant la mesure dans des milieux biologiques de faible activité, comme c’est le cas du LCR.

Matériel et méthodes

Mise au point de l’essai radiométrique

Tous les réactifs sont de chez Merck (Darmstadt, Allemagne) sauf comme indiqué et les liquides de scintillation sont de chez Packard Instruments (Warrenville, EU). Le substrat radiomarqué est le [glycine-1-14C]hippuryl-L-histidyl-L-leucine (14C-HHL), sa dilution isotopique est réalisée en HHL froid de façon à obtenir une concentration de substrat totale suffisante pour maintenir les conditions de Michaelis-Menten pendant la durée de l’incubation. L’ECA, qui est une dipeptidyl-carboxypeptidase, catalyse l’hydrolyse de ce substrat synthétique libérant l’histidyl-leucine et l’hippurate marqué au 14C. Ce dernier est extrait par l’acétate d’éthyle puis compté en scintillation liquide. Nous avons éprouvé le protocole de Cartier [12] qui définit les conditions de dilution isotopique en radiométrie enzymatique. La dilution isotopique pour laquelle les conditions sont le mieux respectées sont, pour préparer 1 mL de substrat en dilution isotopique :
  • 50 μL de 14C-HHL à 1,4 mg/mL (3,27 mM) soit 0,165 μmole (quantité adaptée au comptage entre 0,1 et 0,2 μmole) ;
  • 150 μL de HHL (Bachem, Bubendorf, Suisse) à 6,2 mg/mL (14,5 mM) soit 2,175 μmoles ;
  • 800 μL de tampon phosphate de potassium 0,5 M, NaCl 0,75 M, pH 8,3 soit une concentration totale en HHL de 2,34 mM, donnant une activité spécifique de 7 Bq/nmole (420 dpm/nmole).

L’essai complet est ainsi réalisé : à 25 μL de l’échantillon placés en tube de verre sont ajoutés 25 μL de la dilution isotopique ; après agitation l’incubation est menée au bain-marie à 37 °C pendant une heure. L’hydrolyse est arrêtée par 50 μL d’HCl 1 N et l’hippurate est extrait par 375 μL d’acétate d’éthyle ; après agitation et centrifugation, 250 μL de la phase organique sont placés dans 5 mL d’un liquide de scintillation pour échantillons organiques, refroidis à 4 °C et comptés sur 5 minutes. Tous les essais sont réalisés en double. À chaque série on réalise 3 blancs en remplaçant l’échantillon par du tampon phosphate, et deux témoins de la radioactivité de la dilution isotopique en plaçant 25 μL du substrat dans 5 mL d’un liquide de scintillation pour échantillon aqueux. Le calcul de l’activité ECA est :

ECA (U/L) = ΔBq (dosage - blanc)/AS x 0,91 x 0,67 x 60 x 25 x 10-6

= ΔBq/AS x 0,915 x 10-3

où l’unité (U) est la quantité d’enzyme catalysant l’hydrolyse d’une micromole de substrat par minute à 37 °C, AS est l’activité spécifique du substrat après dilution isotopique, 0,91 la fraction d’hippurate extraite par l’acétate d’éthyle, 0,67 la fraction de phase organique comptée, 60 le temps d’incubation en minutes et 25 x 10-6 le volume de la prise d’essai en litre. Avec le substrat chaud de chez NEN/Dupont-de-Nemours, l’AS a longtemps été la même soit 7 Bq/nmole donnant dans le calcul final : ECA (U/L) = ΔBq/6,405 ou encore, directement avec les dpm donnés par le compteur, Δdpm/384,3 [4, 10]. Ce substrat n’étant plus commercialisé, nous l’avons fait synthétiser par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et nous tenons, à ce titre, à remercier Monsieur Frédéric Taran (responsable de la production) qui a pris en charge cette synthèse. La nouvelle préparation possède la même activité spécifique que l’ancienne et donc le même calcul peut être utilisé.

Patients et contrôles

Nous avons déterminé l’activité ECA du LCR prélevé par ponction lombaire chez 25 patients atteints de méningite lymphocytaire, 8 patients porteurs d’une neurosarcoïdose et 18 porteurs d’une autre affection neurologique, prélèvements adressés au laboratoire dans le cadre du diagnostic différentiel de la neurosarcoïdose (Fédération des services de neurologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris). Nous avons établi des valeurs usuelles en mesurant l’ECA dans le LCR de 46 patients (groupe contrôle) qui ne présentaient pas des troubles neurologiques d’étiologie clairement définie, en particulier ces patients n’avaient ni tuberculose, sarcoïdose ou méningite. Les échantillons xanthochromiques ou hémorragiques ont été écartés, car il contiennent du sang dont l’activité ECA est relativement haute en comparaison de celle du LCR.

Résultats

Critères analytiques de l’essai

Le seuil de détectabilité a été déterminé par la mesure de 30 blancs-réactifs et trouvé à 0,04 U/L. La linéarité a été établie d’une part, en fonction du temps montrant que l’essai est linéaire sur plus de 90 minutes (en particulier pour une activité de 1 U/L, 2 % seulement du substrat sont hydrolysés, mais pour des activités inférieures à 0,5 U/L, 60 minutes d’incubation sont nécessaires à maintenir le seuil de détection) et, d’autre part, en fonction de la concentration en enzyme avec une bonne linéarité jusqu’à au moins 5 U/L pour laquelle moins de 10 % du substrat sont hydrolysés. De cette droite de linéarité on peut déduire la sensibilité. Pour le LCR elle était d’environ 0,06 U/L, valeur très proche du seuil de détectabilité. Nous avons ainsi défini un domaine de mesure entre 0,05 et 5 U/L, ce qui couvre l’ensemble des valeurs normales et pathologiques ordinairement rencontrées dans le LCR. L’imprécision (intra- et inter-essais) était de 3 % pour des échantillons à plus de 1 U/L, 5 % pour des échantillons entre 0,3 et 0,5 U/L, et 13,8 % pour des valeurs proches du seuil de détection. La spécificité de l’essai a été vérifiée par l’établissement du pH optimum (8,3) et de la concentration optimale en ions chlorures (0,375 M). Par ailleurs, des inhibiteurs de l’ECA (EDTA à 60 mM, captopril et énalaprilate à 1 μM) inhibaient l’activité à plus de 99 %. Les choix des tampons et concentrations salines optimales ont été discutés précédemment [13]. Après avoir mené des essais de conservation sur 20 LCR aliquotés et gardés à - 20 °C ou - 80 °C, l’activité ECA n’a pas paru modifiée en fonction de la température de conservation.

Indexation de l’activité ECA à la protéinorachie et valeurs usuelles

Étant donné que des élévations de l’activité ECA du LCR pourraient provenir d’un phénomène de transsudation, nous avons établi la corrélation entre cette activité et la protéinorachie. Établie sur 37 LCR contenant entre 0,2 et 2 g/L de protéines, la corrélation a montré, avec un r de Spearman à 0,232 et p = 0,167 (( figure 1 )), qu’il est préférable de ne pas indexer l’ECA à la protéinorachie. Les valeurs usuelles n’ont pas pu être déterminées chez des individus sains pour des raisons éthiques, mais pour les 46 LCR du groupe contrôle, la valeur moyenne était de 0,13 ± 0,04 U/L donnant un domaine de valeurs usuelles entre 0,06 et 0,25 U/L.

Activité ECA du LCR et neurosarcoïdose

Dans le groupe de méningites lymphocytaires (n = 25), l’activité ECA du LCR était significativement augmentée par rapport au groupe contrôle, et dans le groupe de neurosarcoïdoses (n = 8) elle était augmentée de la même manière et en corrélation avec l’activité ECA sérique (non montré). Dans d’autres maladies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer, la neurosyphilis, la sclérose en plaques et la méningite bactérienne (n = 18), l’activité ECA du LCR n’était pas différente de celle du groupe contrôle (tableau 1( Tableau 1 )).
Tableau 1 Activité ECA déterminée par radiométrie dans le LCR de sujets contrôles et de patients atteints de troubles neurologiques.

Patients

Activité ECA (U/L)

n

pa

Contrôles

0,13 ± 0,04

46

Méningites lymphocytaires

0,84 ± 0,38

25

< 0,001

Neurosarcoïdoses

0,78 ± 0,43

8

< 0,001

Autres troubles neurologiques

0,15 ± 0,05

18

NS

aversus contrôles.

Discussion

Il n’existe pas à l’heure actuelle de méthode spécifique pour le diagnostic de neurosarcoïdose et fréquemment le diagnostic différentiel d’un cancer intracrânien ou de sclérose en plaques devra être posé. En particulier, la biopsie du tissu nerveux atteint n’est pas souvent possible et les images radiologiques sont peu caractéristiques, seule l’IRM au gadolinium, nouvelle méthode d’investigation, peut détecter des anomalies intracrâniennes dues à la neurosarcoïdose [2, 14]. Bien sûr seront pratiqués systématiquement un électroencéphalogramme et une analyse du LCR dans lequel peuvent être retrouvées une hyperlymphocytose, une hyperprotéinorachie avec fréquemment des bandes oligoclonales, plus rarement une hypoglycorachie. Le lysozyme et l’ECA sont les marqueurs les plus intéressants, ils sont bien corrélés entre eux et souvent leurs élévations dans le LCR ne s’accompagnent pas d’augmentations de leurs concentrations plasmatiques. L’ECA semble néanmoins plus sensible, et peut-être pour des raisons essentiellement analytiques [2, 8, 14, 15]. Une ECA élevée dans le LCR a été retrouvée chez 55 % des patients atteints de neurosarcoïdose et 13 % de ceux avec d’autres maladies neurologiques [4]. Cette faible sensibilité a fait discuter du bien fondé de cette détermination dans le LCR [16]. La spécificité n’est pas absolue avec des élévations retrouvées dans les méningites, certaines tumeurs cérébrales, la maladie de Behçet et le syndrome de Guillain-Barré [4, 15]. Par contre, la plupart des auteurs s’accordent sur l’intérêt de l’ECA dans le LCR pour suivre l’évolution de la maladie et de sa thérapie qui est basée sur l’emploi d’immunosuppresseurs : la prednisolone per os en premier lieu, voire la méthyl-prednisolone IV dans les cas sévères, en association éventuelle de l’azathioprine ou de la ciclosporine A [2, 14, 15, 17-19].

Comme le liquide de lavage bronchoalvéolaire et les urines (l’ECA est aussi localisée dans la muqueuse tubulaire rénale), le LCR est un milieu biologique contenant une faible concentration d’ECA. Physiologiquement, l’ECA retrouvée dans le LCR proviendrait d’un détachement de la muqueuse des plexus choroïdes. Une autre source possible serait un passage de l’enzyme du plasma sanguin vers le LCR en franchissant la barrière hémato-méningée. Étant donné la masse moléculaire élevée de l’ECA (environ 170 kDa pour un rayon de Stockes d’environ 5,2 nm), son passage semble peu probable en dehors d’une lésion de cette barrière, phénomène décrit pour les IgG, de masse et de rayon proches [20]. Dans la sarcoïdose, plusieurs auteurs ont rapporté des élévations de l’activité ECA dans le LCR révélant un granulome siégeant dans le névraxe. Néanmoins, certaines neurosarcoïdoses ne s’accompagnent pas d’activité ECA élevée dans le LCR, peut-être parce que le granulome n’a pas de connexions avec les ventricules cérébraux [13, 21, 22].

Deux solutions analytiques se présentent pour ces milieux biologiques de faible activité : 1) utiliser une méthode peu sensible, comme celles employées pour l’ECA sérique, mais il faudra au préalable concentrer l’échantillon ; 2) utiliser un essai plus sensible évitant l’étape préalable de concentration qui amène un facteur d’imprécision, d’une part à cause des pertes protéiques inhérentes à l’emploi de membranes de concentration et, d’autre part, par le simple fait d’avoir à mesurer des volumes avant et après concentration et d’effectuer des calculs. Ayant effectivement rencontré des problèmes en concentrant des échantillons protéiques pour détecter l’activité ECA, nous avons choisi de développer un essai suffisamment sensible pour déterminer directement l’activité ECA du LCR [13].

Des valeurs plus élevées ont été retrouvées par des auteurs qui ont utilisé comme substrat le benzoyloxycarbonyl-Phe-His-Leu dans une méthode fluorimétrique. Curieusement, l’activité ECA du LCR n’était pas totalement inhibée par l’EDTA ni le captopril, et le Km était plus élevé que celui connu pour l’ECA. Ces éléments posent un évident problème de spécificité pour cet essai et il n’est pas surprenant que ces mêmes auteurs n’aient pas trouvé de différences d’activité ECA du LCR en fonction de l’atteinte neurologique, plus précisément selon qu’il s’agissait d’une neurosarcoïdose ou d’une autre maladie inflammatoire ou dégénérative [19, 23]. Signalons à ce propos que les méthodes qui mesurent l’histidyl-leucine libérée, comme c’est le cas de la précédente, peuvent sous-estimer l’activité ECA dans les milieux biologiques contenant des dipeptidases ou des aminopeptidases [24]. Cela est vrai dans le plasma sanguin et tout à fait possible dans le LCR étant donné son contenu en enzymes hydrolysant les neuropeptides [25]. Une autre méthode a été proposée pour mesurer l’ECA dans le LCR : elle répond au principe de liaison d’un inhibiteur de l’ECA et semble bien adaptée à la mesure dans le LCR [15]. Ces auteurs ont proposé des valeurs usuelles entre 0,5 et 1 U/L avec des activités nettement augmentées dans la neurosarcoïdose, mais on ne peut pas comparer cette méthode originale de liaison aux déterminations enzymatiques. Wahlbeck et al. [26] ont appliqué cette méthode de liaison d’un ligand compétitif à l’étude de l’ECA du LCR dans la schizophrénie, ils ont retrouvé des augmentations significatives mais pour des activités ECA qui restent relativement faibles. Enfin Briddon [27] a appliqué au LCR la méthode de Hurst et Lovell-Smith [28] en colorimétrie après transformation chimique de l’hippurate libéré de l’HHL, méthode initialement décrite pour l’ECA sérique. Les valeurs usuelles étaient de 0,2 à 1,2 U/L et l’ECA du LCR était corrélée à la protéinorachie, mais qu’en est-il de la sensibilité et de la spécificité de cet essai ? Que dire aussi des travaux qui discutent de l’intérêt de mesurer l’ECA dans le LCR sans citer la méthode ou en se basant sur les méthodes non spécifiques (comme cela semble le cas de la précédente utilisant un dérivé de la Phe-His-Leu) ou trop peu sensibles comme celles utilisant l’HHL dans les conditions décrites pour le sérum [3, 29]. En tout cas, ces dernières, avec une sensibilité de 1 U/L au mieux, sont à proscrire, même après concentration du LCR qui est une cause de perte d’activité ECA. En effet, la plupart des valeurs pathologiques sont inférieures à 1 U/L et seules quelques-unes vont de 1 à 3 U/L. Les LCR hémorragiques présentent des activités ECA souvent supérieures à 1 U/L montrant la contamination par le plasma sanguin. Il ne faudra donc considérer comme pathologique que les élévations dans des LCR « eau de roche » donc sans signe de contamination sanguine, qu’elle soit intrathécale ou due au prélèvement par ponction lombaire. Les affections qui altèrent la barrière hémato-méningée, et laissent ainsi passer des protéines plasmatiques vers le LCR, peuvent présenter une activité ECA élevée dans le LCR. C’est le cas des méningites de diverses origines et même chroniques, voire silencieuses comme certaines méningites virales. Les neurosarcoïdoses se caractérisent par des activités ECA parfois encore plus élevées. Nos résultats ont montré des augmentations significatives de l’ECA chez les patients atteints de méningite lymphocytaire ou de neurosarcoïdose et de nombreux auteurs ont retrouvé des élévations semblables [3, 15, 19, 27]. Il pourrait être intéressant d’établir le rapport de Schüller qui nécessite de doser conjointement albumine et IgG dans le LCR et le plasma. À l’heure actuelle, nous conseillons au praticien de prendre en compte la protéinorachie, et mieux un rapport de transsudation type Schüller, devant une activité ECA élevée dans le LCR. D’autres auteurs n’ont pas retrouvé de corrélation entre l’activité ECA du LCR et celle du sérum, ni entre l’ECA du LCR et la protéinorachie, ni l’albuminorachie ou encore les IgG du LCR [18, 26].

Au laboratoire nous réalisons plus de 1 300 ECA dans le LCR par an, ces demandes sont en constante augmentation depuis 1990 et avec un élargissement de l’aire de recueil de l’Est parisien à la France entière, métropolitaine et d’outre-mer. Certains correspondants confient conjointement les analyses d’ECA sérique et du LCR, ce qui permet d’améliorer la pertinence du commentaire. La connaissance des principaux signes cliniques et de la protéinorachie améliore le dialogue avec le clinicien. Notre laboratoire est ainsi devenu site national de référence pour l’ECA puisque, outre cette détermination de l’ECA dans le LCR, nous réalisons annuellement environ 50 mesures dans le liquide de lavage broncho-alvéolaire et l’humeur aqueuse par la même méthode radiométrique, et environ 1 500 mesures de l’ECA sérique par une méthode spectrophotométrique en lecture cinétique automatisée [30, 31], auxquelles on peut ajouter des mesures pour les protocoles d’investigations cliniques [32-36].

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