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Établissement de limites de référence des sédiments urinaires mesurés sur UF-50™ Sysmex


Annales de Biologie Clinique. Volume 62, Numéro 6, 671-80, Novembre-Décembre 2004, article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : J Steinmetz , J Henny , R Gueguen , Laboratoire de biologie clinique, Centre de médecine préventive, Vandœuvre Les Nancy, Service statistique, Centre de médecine préventive, Vandœuvre Les Nancy.

Résumé : L’UF-50™ Sysmex est un automate d’analyse par cytométrie en flux des sédiments urinaires. L’interprétation des résultats qu’il fournit nécessite la détermination de limites de référence des différents constituants urinaires. Après avoir vérifié la précision de l’UF-50 et l’absence d’effet du transport sur les résultats, les urines de sujets âgés de 4 à 95 ans venant passer un examen de santé ont été analysées sur cet appareil ainsi que par examen microscopique et par bandelette réactive. La distribution des résultats pour les hématies, leucocytes, cellules épithéliales, cylindres, bactéries et pour la conductivité a été décrite d’abord dans un échantillon de 680 sujets (364 hommes et 316 femmes) à jeun, sélectionnés sur la créatininémie (inférieure à 140 μmol/L), ne prenant aucun traitement médicamenteux et pour les femmes sans stérilet et en dehors des périodes de menstruation. Puis les résultats ont été comparés à ceux observés dans des sous-groupes sélectionnés selon les résultats de l’examen microscopique et de la bandelette. Pour un seuil de 15 hématies/μL, la sensibilité de l’UF-50 par rapport à l’examen microscopique est de 77,5 % et la spécificité de 88 %. Elles sont respectivement de 91,3 % et 87,3 % pour un seuil de 15 leucocytes/μL. L’échantillon de référence a été choisi comme n’ayant aucune anomalie à l’examen microscopique. Dans cet échantillon, les limites de référence supérieures correspondant au centile 97,5 sont de 16 hématies/μL pour les hommes, 14,5 hématies/μL pour les femmes, 13,5 et 33 leucocytes/μL, 8 et 19 cellules épithéliales/μL, 1,3 et 0,4 cylindre/μL, 5 500 et 7 700 bactéries/μL, et pour la conductivité de 36,2 et 34,6 mS/cm. L’UF-50™ Sysmex permet une analyse rapide et précise des sédiments urinaires. Les limites de référence observées peuvent être différentes des limites de référence habituelles obtenus avec d’autres méthodes d’investigation dont les performances sont variables.

Mots-clés : cytométrie en flux, limite de référence, sédiment urinaire, bandelette, examen microscopique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, J Steinmetz1,*, J Henny1, R Gueguen2

1Laboratoire de biologie clinique, Centre de médecine préventive, Vandœuvre Les Nancy
2Service statistique, Centre de médecine préventive, Vandœuvre Les Nancy
*J. Steinmetz

Article reçu le 3 Juin 2004, accepté le 10 Août 2004

Le diagnostic et le suivi des atteintes rénales et des infections urinaires sont basés sur l’analyse des urines à la bandelette complétée habituellement par l’examen microscopique des sédiments urinaires. Cependant, l’examen microscopique qui nécessite plusieurs manipulations manuelles difficiles à contrôler, manque de précision et demande du temps. Il reste toutefois considéré comme la méthode de référence [1].Depuis plusieurs années, l’automatisation de l’analyse des sédiments urinaires s’est développée [2] et une nouvelle génération d’appareils basée sur le principe de la cytométrie en flux est apparue [3]. Cette technique permet, sur des urines non centrifugés, de différencier les divers éléments et de les quantifier en un temps restreint, avec précision et avec une corrélation satisfaisante par rapport aux méthodes habituelles [4-6]. Le rendu des résultats obtenus par cette technologie nécessite l’établissement pour les éléments observés de limites de référence obtenues dans une population saine, éventuellement différentes des limites obtenues avec d’autres méthodes dans d’autres populations.L’objectif de ce travail était de déterminer les limites de référence des paramètres de l’urine analysée sur l’appareil automatique UF-50™ Sysmex. Nous nous sommes intéressés à la numération des hématies (GR), des leucocytes (GB), des cellules épithéliales (CE), des cylindres (Cyl), des bactéries (Bact) et à la mesure de la conductivité (Cond). Nous avons comparé la distribution des résultats de ces paramètres en prenant divers critères de sélection : examen microscopique et résultat à la bandelette. Nous avons déterminé la sensibilité et la spécificité de l’UF-50 et proposé des seuils de décision. Puis, nous avons déterminé les limites de référence des paramètres dans un échantillon de population sans anomalie urinaire au microscope.

Matériel et méthodes

Échantillons

L’étude a été réalisée sur la population supposée saine, invitée à un examen de santé périodique aux centres de médecine préventive de Vandœuvre-les-Nancy et de Verdun entre le 6 mai et le 15 juillet 2003. Seuls ont été inclus les 20 premiers sujets de la journée venus à jeun entre 8 heures et 10 heures, dont la créatininémie dosée le même jour était inférieure à 140 μmol/L, sans traitement médicamenteux, et pour les femmes sans stérilet et en dehors des périodes de menstruation. La valeur de la créatininémie a été choisie pour éliminer les sujets souffrant d’insuffisance rénale même modérée. L’échantillon de population est constituée de 680 sujets de 4 à 95 ans (364 hommes : 4-10 ans, n = 54 ; 11-20 ans, n = 99 ; 21-60 ans, n = 157 ; ≥ 61 ans, n = 54 ; 316 femmes : 4-10 ans, n = 40 ; 11-20 ans, n = 103 ; 21-60 ans, n = 144 ; ≥ 61 ans, n = 29).

Après toilette, les urines de milieu de jet ont été recueillies dans un tube sec de 10 mL identifié par code-barres. Les urines prélevées à Vandœuvre ont été conservées à température ambiante et analysées dans les 3 heures. À Verdun, elles ont été conservées 2 heures à température ambiante avant le transport (3 heures à température contrôlée de 17-18 °C) et analysées en début d’après-midi.

Examens réalisés

Sur tous les échantillons, ont été réalisés le comptage automatique des éléments urinaires sur l’UF-50, l’examen microscopique des sédiments et l’examen à la bandelette.

L’UF-50™ Sysmex est un analyseur automatique du sédiment urinaire équipé d’un cytomètre en flux. L’identification et la numération des éléments figurés de l’urine (hématies, leucocytes, cellules épithéliales, cylindres et bactéries) sont basées sur une mesure de diffraction lumineuse avant (taille) et de fluorescence (composition interne). Pour chaque élément, l’UF-50 effectue en effet un double marquage des particules par 2 fluorochromes, la phénantridine se fixant sur les acides nucléiques et la carbocyanine sur les structures membranaires. Après identification des échantillons par un lecteur de code-barre, l’analyse est réalisée sur 800 μL d’urine native, sans préparation préalable.

Les résultats de l’analyse des éléments après catégorisation par des algorithmes multiparamétriques (cluster analysis) sont exprimés sous la forme d’une quantification de tous les éléments détectés (en nombre d’éléments par μL) et de représentations graphiques des différentes populations (scattergrammes). Ces scattergrammes sont des nuages de points représentant les éléments différenciés suivant leurs caractéristiques analytiques. Les résultats numériques associés à des alarmes qualitatives et quantitatives permettent une meilleure interprétation du résultat. La mesure de la conductivité est une mesure complémentaire évaluant la concentration globale des substances dissoutes dans l’urine. Le contrôle de qualité intersérie est effectué avec un échantillon de contrôle dédié à l’UF-50 et composé de particules de latex calibrées et traitées (UF-Check Sysmex).

L’examen microscopique des sédiments urinaires a été réalisé sur les urines traitées comme suit : 5 mL d’urine homogénéisée sont centrifugées pendant 3 minutes à 580 g. Le surnageant est décanté et le sédiment est mélangé avec le volume résiduel d’approximativement 0,5 mL et avec deux gouttes de solution aqueuse d’éosine (à 10 g/L). Le sédiment est remis en suspension par agitation douce et 20 μL sont déposés sur une lame de microscope et recouverte avec une lamelle. Le sédiment est examiné à un grossissement de x 400 et les résultats sont exprimés en nombre de cellules de même nature par champ. Un nombre de 5 champs est au minimum examiné. Les valeurs supérieures à 2 hématies par champ au grossissement x 400, à 2 leucocytes, à 5 cellules épithéliales, à 10 bactéries et à un cylindre sont considérées comme positives.

La recherche semiquantitative de l’hémoglobine, des leucocytes, des nitrites a été réalisée à l’aide de bandelettes Uriflet S9UB avec lecture automatique par réflectométrie sur l’Aution Max AX-4280 (Ménarini France).

Méthodes statistiques

Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel BMDP®. En raison de la distribution non gaussienne des résultats, une transformation logarithmique a été effectuée pour normaliser les répartitions.

Résultats

Précision de l’UF-50 Sysmex

Répétabilité

Elle a été évaluée en dosant en double dans la même série 39 échantillons d’urines (tableau I( Tableau I )). Les coefficients de variation (CV) sont de l’ordre de 10 % (23 % pour les hématies à des concentrations inférieures à 29 GR/μL).
Tableau I Répétabilité (n = 39 urines).

Hématies nb/μL

Leucocytes nb/μL

Cellules épit nb/μL

Cylindres nb/μL

Bactéries nb/μL

Conductivité mS/cm

1re mes.

2e mes.

1re mes.

2e mes.

1re mes.

2e mes.

1re mes.

2e mes.

1re mes.

2e mes.

1re mes.

2e mes.

Moyenne

6,6

6,1

16,1

16,0

15,2

15,1

0,19

0,19

4 601

4 784

20,9

20,9

Écart-type

6,5

6,1

29,4

28,7

22,9

23,3

0,47

0,37

5 896

6 480

8,3

8,2

Valeur max

28,8

26,0

142,2

136,0

114,7

118,4

2,76

1,44

31 353

35 684

32,2

32,2

Valeur min

0,4

0,7

0,5

0,5

0,1

0,3

0

0

329

329

7,2

7,2

CV

23 %

7,6 %

10,1 %

10,9 %

1,0 %

Droite de régression

y = 0,91x + 0,26

y = 0,98x + 0,28

y = 1,01x – 0,34

y = 0,53x + 0,09

y = 1,10x – 262

y = 0,98x + 0,28

R

0,96

0,99

0,99

0,69

0,99

0,99

Reproductibilité

L’échantillon de contrôle commercialisé par le fabricant a été passé une fois par jour, avant chaque série de dosage. Les CV sont de l’ordre de 3 % pour les GR et les GB, inférieur à 2 % pour la conductivité et de l’ordre de 10 % pour les autres éléments (tableau II( Tableau II )). Cette diminution des CV entre séries par rapport aux CV dans une série est la conséquence de la concentration élevée des éléments dans l’échantillon de contrôle.
Tableau II Reproductibilité (n = 39).

Hématiesnb/μL

Leucocytesnb/μL

Cellules épitnb/μL

Cylindresnb/μL

Bactériesnb/μL

ConductivitémS/cm

Moyenne

214

209

79

13,9

192

33,7

Écart-type

7

7

7

1,4

16

0,6

CV

3,1 %

3,3 %

9,1 %

10,1 %

8,3 %

1,8 %

Comparaison des résultats selon le site de recueil

La comparaison des résultats obtenus à partir des urines recueillies sur les 2 sites a été réalisée chez les sujets de 21 à 60 ans (à Vandœuvre : 104 hommes, 95 femmes, à Verdun : 53 hommes et 49 femmes). Il n’y a pas de différence significative pour les paramètres étudiés excepté pour la numération des bactéries chez les hommes (moyenne à Vandœuvre = 2 013 bact/μL, à Verdun = 1 535 bact/μL). Le transport ne semble pas affecter les concentrations des constituants urinaires.

Le reste de l’étude a été réalisé sur l’ensemble des résultats sans distinction de l’origine des urines.

Valeurs fréquentes des paramètres urinaires en fonction de l’âge et du sexe sans tri préalable

Hématies

Entre 4 et 10 ans, le nombre d’hématies est le même chez les garçons et les filles (( figure 1a )). Après 11 ans il augmente en particulier chez les filles puis reste stable. La valeur pour le centile 50 est de 9 GR/μL chez les femmes et 3 à 5 chez les hommes. Pour le centile 95, les valeurs atteignent après 60 ans 85 GR/μL chez les femmes et 21 chez les hommes.

Leucocytes

Le nombre de leucocytes est relativement stable chez les hommes (( figure 1b )). Pour le centile 50, les résultats varient de 4 cellules /μL entre 4-10 ans à 5 après 60 ans (valeurs pour le centile 95 : 13 et 33 respectivement). Chez les femmes, le centile 50 varie de 9 à 18 selon l’âge et pour le centile 95, les valeurs sont de l’ordre de 90 GB/μL à 4 ans et supérieures à 130 ensuite.

Cellules épithéliales

Chez les hommes, le nombre de cellules épithéliales est faible de l’ordre de 2 cellules épithéliales/μL pour le centile 50, inférieur à 13 pour le centile 95 (( figure 1c )). Les femmes ont toujours des valeurs très supérieures avec un maximum entre 11 et 60 ans de l’ordre de 20 CE/μL pour le centile 50, supérieur à 90 pour le centile 95.

Bactéries

Pour ce paramètre également, les femmes présentent des valeurs plus élevées que les hommes (( figure 1d )).

Cylindres

En raison du recrutement de notre population, sans pathologie avérée, le nombre de cylindres est très faible et les différences selon l’âge et le sexe difficiles à interpréter.

Conductivité

La conductivité diminue avec l’âge (de 29 à 24 pour le centile 50 chez les hommes) et elle est plus faible chez les femmes (26 à 18,6 pour le même centile (( figure 1f ))).

Sélection des sujets selon les résultats de l’examen microscopique

Les résultats ont été également calculés dans des groupes de sujets définis à partir des résultats de l’examen microscopique des urines (tableau III( Tableau III )) :
  • sujets sans anomalie sur le paramètre considéré : absence d’hématies (301 hommes,186 femmes) ou de leucocytes (289/182 respectivement), ou de cellules (322/82 respectivement) ou de cylindres (359/316 respectivement) ou de bactéries (347/229 respectivement). Ces sujets peuvent cependant présenter des anomalies portant sur un autre élément ;
  • sujets sans aucune anomalie (242 hommes, 57 femmes) ;
  • sujets avec une anomalie, quelle qu’elle soit, représentant 122 hommes et 259 femmes.

Seules 18 % femmes n’ont aucune anomalie à l’examen microscopique contre 66,7 % des hommes.

Excepté pour la conductivité, la dispersion des résultats est plus faible chez les sujets sans anomalie à l’examen microscopique par rapport aux sujets avec une ou plusieurs anomalies. Par exemple pour les hématies, la valeur pour le centile 50 passe de 2,6 GR/μL dans la population masculine sans anomalie à 6,6 dans le groupe avec un examen microscopique anormal (tableau III), les valeurs pour le centile 95 passant de 11 à 35 GR/μL.

Les différences sont encore plus importantes pour les leucocytes (tableau III).

Les résultats sont donc décalés vers les valeurs élevées en cas d’anomalie à l’examen microscopique et ce décalage est intermédiaire dans le cas où l’anomalie ne touche que le paramètre étudié (tableau III).
Tableau III Variations de la médiane et de la dispersion des paramètres urinaires dans les groupes avec et sans anomalies.

Hommes

Femmes

5 %

50 %

95 %

5 %

50 %

95 %

Hématies (nb/μL)

GR absent à la bandelette

0,5

3,2

19,5

1,2

7,0

35,7

Aucune anomalie à la bandelette

0,2

2,9

18,2

1,2

5,8

29,8

Absence de GR à l’examen microscopique

0,2

2,9

16,3

1,2

5,1

33,6

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

0,2

2,6

10,9

1,0

3,8

14,0

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

1,0

6,6

34,7

1,5

10,0

69,4

Leucocytes (nb/μL)

GB absents à la bandelette

0,7

4,5

21,6

1,5

10,4

62,4

Aucune anomalie à la bandelette

0,7

4,1

17,5

1,2

8,2

51,7

Absence de GB à l’examen microscopique

0,7

3,8

12,4

0,7

5,5

31,7

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

0,5

3,8

10,9

0,7

4,1

22,4

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

2,3

8,2

60,8

2,9

16,9

163,8

Cellules épithéliales (nb/μL)

Aucune anomalie à la bandelette

0,2

1,5

7,0

1,2

9,1

47,5

Absence de cellules à l’examen microscopique

0,2

1,7

7,0

0,7

4,4

16,3

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

0,2

1,2

6,6

0,5

3,2

15,1

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

0,7

3,2

16,3

3,5

19,5

97,2

Bactéries (nb/μL)

Aucune anomalie à la bandelette

514

2 020

5 166

862

3 571

9 965

Absence de bactéries à l’examen microscopique

549

2 090

5 457

950

3 786

11 024

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

445

1 951

4 888

738

2 467

7 318

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

905

2 630

6 762

1 188

5 166

18 953

Cylindres (nb/μL)

Aucune anomalie à la bandelette

0

0,05

1,00

0

0,05

0,95

Absence de cylindres à l’examen microscopique

0

0,05

1,45

0

0,15

1,75

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

0

0,05

0,95

0

0,06

0,38

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

0

0,32

2,72

0

0,17

1,82

Conductivité (mS/cm)

Aucune anomalie à la bandelette

10,5

26,9

34,7

7,4

21,9

33,1

Absence d’anomalie à l’examen microscopique

10,3

26,5

34,6

7,9

20,7

32,1

Présence d’anomalie à l’examen microscopique

13,1

27,3

34,3

8,8

23,5

33,8

Sélection selon les résultats de la bandelette

Les résultats des différents constituants ont été également comparés dans des groupes de sujets définis à partir de leurs résultats à la bandelette (tableau III) :
  • sujets sans hématies (349 hommes et 285 femmes) ou sans leucocytes (362 hommes et 272 femmes), quels que soient les autres résultats. Les autres éléments n’ont pas été considérés, la bandelette ne donnant pas d’indication sur leur présence ;
  • sujets sans aucune anomalie à la bandelette (298 hommes et 196 femmes).

La dispersion des résultats est plus grande que dans la population sélectionnée sans anomalie à l’examen microscopique.

Sensibilité et spécificité de l’UF-50 Sysmex et seuils de décision

La sensibilité et la spécificité de l’UF-50 ont été calculées pour différentes valeurs de la numération des hématies et des leucocytes en prenant l’examen microscopique comme référence (tableau IV( Tableau IV )).

Un seuil à 15 GR/μL correspond à une sensibilité de 77,6 % et une spécificité de 87,8 % et peut être considéré comme valeur optimale pour le seuil de décision (tableau IVa). Pour cette valeur la valeur prédictive positive (VPP) est de 33 % et la valeur prédictive négative (VPN) de 98,1 %.

Pour les leucocytes, (tableau IVb), une valeur de 15 GB/μL peut être considérée comme seuil de décision en raison des résultats de sensibilité, de spécificité (87 % et 91 % respectivement), de VPP et de VPN (59,3 et 98 %).
Tableau IV Sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive (VPP) et valeur prédictive négative (VPN) de l’UF-50 (méthode de comparaison : examen microscopique urinaire, seuil à 2 hématies ou 2 leucocytes /champ).

Spécificité (%)

Sensibilité (%)

VPP

VPN

a. Hématies

< 5 GR /μL

54

92

13,4

98,8

10

76

89,8

22,6

99

15

87,8

77,6

33

98,1

20

91,6

59,2

35,4

96,7

25

94,4

49

40,7

96

35

97,1

38,8

51,3

95,3

b. Leucocytes

< 5 GB /μL

48

100

28

100

10

75,8

98,3

45,2

99,5

15

87,3

91,3

59,3

98

20

91,4

80,9

65,5

95,9

25

93,4

71,3

68,9

94,1

35

97,2

57,4

80,5

91,8

Limites de référence

Nous avons choisi comme critère d’exclusion la présence d’anomalie à l’examen microscopique du sédiment urinaire. La limite inférieure de la distribution, proche de zéro, est sans intérêt physiopathologique pour les éléments urinaires. Nous proposons donc uniquement le centile 97,5 comme limite supérieure. Le tableau V( Tableau V ) rassemble les limites pour l’ensemble des paramètres mesurés dans notre échantillon de référence et le tableau VI( Tableau VI ) les limites décrites dans la littérature.
Tableau V Limites de référence des sédiments urinaires et de la conductivité mesurés sur UF-50™ Sysmex (centile 97,5).

Hématies nb/μL

Leucocytes nb/μL

Cellules épithéliales nb/μL

Cylindres nb/μL

Bactéries nb/μL

Conductivité mS/cm

Hommes

16

13,5

8

1,3

5 500

36,2

Femmes

14,5

33

19

0,4

7 700

34,6


Tableau VI Limites de référence déterminées sur UF-100™ Sysmex relevées dans la littérature.

Population

Limite

GR nb/μL

GB nb/μL

CE nb/μL

Bact*nb/μL

Cylindres nb/μL

Conductivité mS/cm

Référence

91 adultes sains (m = 36 ans)

97,5 %

14

16

9

173

1,7

27,6

[7]

250 adultes examen microscopique et bandelette négatifs

90 %

20

25

nd

566

1,2

nd

[5]

202 hommes sans anomalie en chimie urinaire

97,5 %

19,6

20,5

2,1

nd

0,98

nd

[4]

254 femmes sans anomalie en chimie urinaire

97,5 %

17,1

25,4

7,2

nd

1

nd

[4]

94 hommes 18-60 ans, sans pathologie urinaire

m + 2sd sur 80 % de l’échantillon

4

6,6

2

100

0,4

nd

[8]

118 femmes 20-56 ans, sans pathologie urinaire

m + 2sd sur 80 % de l’échantillon

12

36

48

400

0,2

nd

[8]

343 enfants 3-17 ans tout venant

m + 2sd sur 80 % de l’échantillon

3

9

4

90

0,15

nd

[8]

114 enfants n = 22 jours sans pathologie urinaire

95 %

36,3

56,8

124

471

0,9

nd

[9]

141 enfants n = 9,2 ans sans pathologie urinaire

95 %

25,9

17

30

197

0,8

nd

[9]

*grosses bactéries ; nd : non décrit.

Discussion

L’analyse microscopique des sédiments urinaires bien que cliniquement utile, présente des difficultés de standardisation qui la rendent imprécise. Au moins 11 facteurs différents contribuent à cette imprécision [10] allant de la centrifugation aux différences d’interprétation entre les lecteurs.

Contrairement aux autres examens utilisés en biologie, l’automatisation a peu touché cette analyse qui est ainsi restée longtemps un examen qualitatif ou semi quantitatif. Aussi la commercialisation depuis quelques années d’un appareil automatique basé sur le principe de la cytométrie en flux a permis de faire progresser cette analyse vers un rendu quantitatif et rapide des résultats. Cet analyseur, l’UF-50™ Sysmex, développé selon le même principe que l’UF-100™ Sysmex [4], permet la numération des hématies, des leucocytes, des cellules épithéliales, des bactéries, des cylindres et déclenche des alarmes quantitatives pour les cylindres pathologiques, les levures, les petites cellules rondes, les spermatozoïdes et les cristaux. Il indique le volume des hématies, permettant de localiser l’origine de l’hématurie (glomérulaire ou non glomérulaire) [11].

Dans ce travail, nous avons défini la précision de la méthode de comptage des éléments urinaires sur l’UF-50. Elle est satisfaisante et voisine de celle observée dans d’autres études réalisées sur UF-100 [4-6]. Les coefficients de variation diminuent lorsque la concentration en éléments des échantillons augmente et vont de 2 % à 9 %. Par comparaison, la lecture au microscope sur des urines centrifugées a un CV de 25 à 53 % pour les hématies, de 24 à 48 % pour les leucocytes malgré une standardisation de la méthode [4, 6]. L’utilisation de la cytométrie en flux améliore donc considérablement la précision des résultats.

À défaut de résultats sur l’UF-50, les performances de l’UF-100 ont été largement décrites et sont satisfaisantes [4-6, 12]. La linéarité a été vérifiée jusqu’à 5 700 GB/μL [12], 35 000 GR/μL [13], 10 000 bactéries/μL [13] et 18 cylindres/μL [12]. Aucune contamination significative n’a été observée entre les échantillons [4, 5, 12, 13].

Dans notre étude, la conservation et le transport des échantillons à la température de 17 °C pendant 4 heures n’ont pas influencé les résultats observés dans deux groupes de sujets. Pour Kouri en 2002 [14], la conservation des urines recueillies sans conservateur 3 jours à 4 °C influence peu la numération automatique sur UF-100 des GB, des bactéries, des cylindres et des cellules épithéliales. Cette température n’est cependant pas adaptée à l’examen microscopique des cristaux qui précipitent au froid [15]. Les GR sont par contre très fragiles même en présence de conservateurs (borate-formate-sorbitol, formaldéhyde, éthanol-polyéthylène glycol). Dans le meilleur des cas (en présence de borate-formate-sorbitol) la concordance est de 81 % entre les résultats du matin et de l’après-midi et de 76 % après 3 jours [14].

L’évaluation de l’exactitude des résultats de l’UF-50 comme de l’UF-100 pose un problème en raison de la difficulté de définir des méthodes de référence pour l’analyse d’urine et la culture bactérienne [1], de la diversité des principes des méthodes de comparaison utilisées (examen microscopique ou chimie sèche avec l’examen à la bandelette), de leur imprécision et de leur inexactitude [1, 13].

Une revue de la littérature portant sur la comparaison des résultats des éléments urinaires par lecture automatique et des analyses à la bandelette ou au microscope permet de mettre en évidence les limites de ces trois approches et de choisir la méthode de comparaison.

La comparaison de l’UF-100 et de la bandelette montre une bonne corrélation pour la numération des hématies (coefficient de corrélation = 0,64) même avec des échantillons alcalins ou de faible densité et de faible conductivité : les hématies même lysées sont bien détectées par l’UF-100 [16]. Il en est de même pour les leucocytes (coefficient de corrélation = 0,79). Les discordances entre bandelette et appareil automatique [16, 17] peuvent s’expliquer par l’existence de réactions faussement négatives à la bandelette : pour les leucocytes, en présence d’acide oxalique, de protéinurie sévère (> 5 g/L) [4, 16], d’inhibiteurs d’estérase [4], de vitamine C, de glucose > 20 g/L [1] ; dans le cas de la détection de sang, en présence d’acide ascorbique [18]. L’existence de faux positifs à la bandelette est aussi bien documentée [1].

Les corrélations avec l’examen microscopique sont généralement satisfaisantes [4-7, 12]. Cependant, l’appareil automatique surestime régulièrement le nombre de cellules. Ainsi pour Ben Ezra [12], un résultat à 5 hématies ou 5 leucocytes par champ au microscope correspond à 26 cellules/μL sur l’UF-100. Cette surestimation peut être la conséquence de la présence de germes surtout E. coli et Candida albicans qui sont comptés comme des hématies par l’UF-100 [4], de cristaux d’oxalates [5], d’urates de calcium, de levure ou de spermatozoïdes [16, 17]. Dans le cas de la numération des leucocytes, les faux positifs sont rares et seraient dus à la présence de cellules de transition des couches profondes de l’épithélium ou de noyaux cellulaires [4, 17]. D’un autre côté, un résultat par défaut est possible à l’examen microscopique, la centrifugation de l’urine entraînant une perte des éléments [4].

Actuellement, les infections urinaires sont diagnostiquées sur la base de signes cliniques associés aux résultats de la numération des leucocytes et des bactéries et éventuellement à une culture. La numération automatique des bactéries est précise, l’identification satisfaisante et le diagnostic prédictif de l’infection urinaire possible en prenant comme référence la culture microbiologique des urines [4, 5, 7, 19, 20]. La sensibilité, la spécificité de l’UF-100 et de l’UF-50 ainsi que les valeurs prédictives sont optimales : la sensibilité est de 73 % à 90 %, la spécificité de 55 % à 95 % avec une VPN jusqu’à 95 % et une VPP jusqu’à 86 % pour des seuils de 1 800 bactéries/μL à 3 800 et des seuils de 20 à 50 leucocytes/μL [4, 5, 7, 19, 20]. Par conséquent, la numération des bactéries et des leucocytes en cytométrie en flux permet de réduire le nombre de cultures à mettre en œuvre en éliminant a priori les échantillons négatifs.

L’analyse simultanée des bactéries et des leucocytes par cytométrie en flux est intéressante à un autre titre. Elle permet la détection d’erreurs préanalytiques et une meilleure discrimination entre une infection urinaire et une augmentation des bactéries commensales [16]. En effet, l’augmentation des bactéries au cours de la conservation s’accompagne d’une diminution marquée de l’intensité de la diffraction lumineuse pour les GB tandis que la numération des leucocytes reste stable. La diminution de l’intensité de la diffraction s’explique par un changement de volume des cellules et suggère la présence de leucocytes morts ou âgés dans les échantillons conservés longtemps après le recueil. Cependant le même phénomène peut être observé si les urines sont gardées dans la vessie [16].

Les performances de l’UF-100 pour la détection des cylindres ne sont pas satisfaisantes [4, 12, 16, 21]. La corrélation avec l’examen microscopique est mauvaise et le taux de faux négatifs (au seuil de 1 cylindre/μL) est de 13,7 % dans une population ayant un syndrome néphrotique [4]. L’UF-100 donne, en outre, des faux positifs en présence de mucus [4], d’un nombre élevé de leucocytes, de cristaux ou cellules urothéliales [12, 16]. Les cellules squameuses épithéliales peuvent aussi fausser les résultats [7]. Cependant, rappelons que les résultats de l’examen microscopique peuvent être entachés d’erreur par défaut.

Établir des valeurs et des limites de référence pour la cytologie urinaire est une gageure dans la mesure où, chez un individu en bonne santé, les éléments mesurés sont en principe absents. Cependant, en pratique, ces éléments peuvent être trouvés en très faible quantité sans véritable signification pathologique, soit en raison d’une présence transitoire soit en raison d’une approximation de la méthode de détection.

À la suite des comparaisons selon les différents critères de sélection de notre population, nous avons choisi comme critères d’exclusion de la population de référence une anomalie quelle qu’elle soit à l’examen microscopique. Les valeurs et limites de référence que nous avons déterminées sont donc plus des valeurs physiologiques que des valeurs de référence au sens strict telles que les définit l’IFCC-LM [22].

Les limites supérieures sont les valeurs pour le centile 97,5 de la distribution. Elles sont différentes pour les hommes et les femmes. Les résultats sont du même ordre que ceux obtenues sur UF-100. Les facteurs de variation préanalytiques (toilette avant le recueil, heure du recueil, 1re ou 2e urine du matin, milieu de jet, utilisation de conservateurs) [15], l’origine, l’âge de la population, les limites analytiques de chaque technique, la distribution non gaussienne des résultats, le choix du centile 95 ou 97,5 de la distribution et la largeur de l’intervalle de confiance de ces limites peuvent expliquer les différences avec les données de la littérature.

Nous avons également défini les seuils de décision basés sur la sensibilité et la spécificité de l’UF-50 par rapport à l’examen microscopique. Pour un seuil de 15 hématies/μL, la spécificité est de 87,8 %, la sensibilité de 77,6 % avec une VPP de 33 % et une VPN de 98 %. Pour les leucocytes, la spécificité est de 87,3 %, la sensibilité de 91,3 % (VPP 59 % et VPN 98 %) au seuil de 15 leucocytes/μL. N’ayant pas réalisé de culture bactérienne nous n’avons pas pu déterminer les seuils pour les bactéries.

Il existe un certain nombre de résultats discordants entre l’analyse automatique et les méthodes manuelles généralement dans le sens de faux positifs pour la lecture automatique. La proportion varie selon le études mais ceci reste une limitation au « tout automatique » [6, 7]. La stratégie la plus couramment admise est un dépistage des anomalies urinaires à la bandelette et par l’automate UF-100 ou UF-50 Sysmex soit systématiquement, soit en complément l’un de l’autre en cas d’anomalie à la bandelette. L’examen microscopique ne serait nécessaire que pour les échantillons positifs ou discordants avec les deux méthodes [4, 12]. Ces stratégies aboutissent à une diminution jusqu’à 80 % du nombre d’examens microscopique [4, 5, 12].

Conclusion

L’UF-50™ Sysmex permet d’obtenir rapidement de façon reproductible les résultats quantitatifs de l’examen des sédiments urinaires. Dans certains cas, l’analyse microscopique des urines avec une méthode bien standardisée reste utile pour définir les cylindres, les cristaux et les agents infectieux. L’interprétation des résultats doit se faire par comparaison avec les limites de références spécifiques à cet appareil ce qui peut modifier les pratiques médicales.

Remerciements

Nous remercions la société Sysmex pour la mise à disposition du système d’analyse des urines UF-50™.

Références

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