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Un cas de maladie cœliaque révélée tardivement par un temps de Quick et un temps de céphaline avec activateur très allongés


Annales de Biologie Clinique. Volume 62, Numéro 5, 597-600, Septembre-Octobre 2004, pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : J Devignes , J-F Roche , E de Maistre , A Goux , D Rieder , T Lecompte , Service d’hématologie biologique d’hémostase, Centre hospitalier universitaire, Vandoeuvre-les-Nancy. jean.devignes@tiscali.fr, Service de médecine A, Médecine interne hépato-gastro-entérologie, Centre hospitalier Saint Nicolas, Verdun, Laboratoire du Centre hospitalier Saint Nicolas, Verdun.

Résumé : La maladie cœliaque est le plus fréquemment révélée chez l’adulte par des signes digestifs, moins fréquemment par des signes carentiels. Il importe d’en faire un diagnostic précoce, afin de prévenir par un régime sans gluten la survenue éventuelle d’un lymphome ou d’un carcinome épidermoïde digestif. Nous rapportons l’observation de maladie cœliaque révélée par un temps de Quick (TQ) et un temps de céphaline avec activateur (TCA) très longs chez une femme âgée de 68 ans. L’examen clinique était normal hormis une maigreur, une petite taille et des antécédents d’épisodes diarrhéiques 3 à 4 fois par an. Parmi les paramètres biologiques explorés, il fallait retenir une anémie macrocytaire, une concentration en fibrinogène à la limite supérieure de la normale, une concentration en fer sérique à la limite inférieure de la normale et des concentrations des protides et de l’albumine légèrement abaissées. Les tests hépatiques mettaient en évidence une cytolyse hépatique. Les facteurs vitamine-K dépendants étaient abaissés. Une perfusion intraveineuse de vitamine K a permis la correction du temps de Quick. La duodénoscopie avec biopsie a permis le diagnostic de maladie cœliaque. La recherche d’un lymphome ou de cancer épidermoïde était négative. Un régime sans gluten a permis la disparition des signes digestifs, la prise de poids et la normalisation du TQ. Il convient donc de rechercher une maladie cœliaque chez le sujet âgé, devant un tableau clinique et/ou biologique, même fruste, de malabsorption, incluant un allongement du TQ par déficit en facteurs vitamine-K dépendants.

Mots-clés : maladie coeliaque, temps de Quick, syndrome de malabsorption

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, J Devignes1, J-F Roche2, E de Maistre1, A Goux3, D Rieder2, T Lecompte1

1Service d’hématologie biologique d’hémostase, Centre hospitalier universitaire, Vandoeuvre-les-Nancy. jean.devignes@tiscali.fr
2Service de médecine A, Médecine interne hépato-gastro-entérologie, Centre hospitalier Saint Nicolas, Verdun
3Laboratoire du Centre hospitalier Saint Nicolas, Verdun

Article reçu le 30 Avril 2004, accepté le 11 Juin 2004

L’observation

> 180 secondes – temps témoin à 13,5 secondes) découvert à l’occasion d’un bilan biologique systématique, prescrit par son médecin traitant pour une altération de l’état général (asthénie), chez une patiente sans aucun antécédent médico-chirurgical hormis une appendicectomie en 1968 et une hystérectomie en 1969. Il n’existait pas d’antécédent d’éthylisme. Il n’y avait aucune manifestation hémorragique cutanée ou muqueuse, en particulier aucun hématome n’était observé ; on était frappé par la petite taille et la maigreur de la patiente, 150 cm pour 40 kg (indice de Quetelet = 17,7), mais qui existaient de longue date, depuis l’âge adulte. L’examen clinique était normal, en particulier, il n’existait aucun signe clinique d’œnolisme. Toutefois, la patiente signalait des épisodes diarrhéiques faits de quatre à cinq selles par jour, pendant des périodes de dix jours, trois ou quatre fois par an, et ceci semblait remonter à l’enfance, Madame H. s’étant accommodée de cette « entérite » au fil des ans. Elle vivait à la campagne mais n’avait aucun contact avec des raticides coumariniques, et ne prenait aucun médicament.

> 90 secondes–temps témoin à 30 secondes), la concentration en fibrinogène était légèrement augmentée : 5 g/L (N : 2,5 – 4,5 g/L), ce qui éliminait un allongement artéfactuel lié à un coagulum dans le tube ou à une hypofibrinogénémie constitutionnelle ou acquise. Les investigations biologiques révélaient une anémie macrocytaire modérée à 10,2 g/dL (N : 12-16 g/dL) avec un volume globulaire moyen élevé à 112 fL (N : 82-98 fL). La numération des plaquettes était de 277 giga/L (N : 150 à 450 giga/L). Il existait une légère diminution des protides à 61 g/L (N : 62 – 80 g/L), de l’albumine à 35 g/L (N : 37 – 42 g/L). Le fer sérique atteignait la limite inférieure de la normale : 8 μmol/L (N : 8–25 μmol/L). Le taux de vitamine B12 était de 171 ng/L (N : 160-1 000 ng/L) et les folates sériques étaient à 2 ng/L (N : 3-12 ng/L). Le taux des folates globulaires était inférieur à la normale : 31 ng/L (N : 186-645 ng/L). Les tests hépatiques étaient perturbés avec une cytolyse ; ALAT : 107 UI/L (N < 37 UI/L), ASAT : 48 UI/L (N < 31 UI/L), phosphatases alcalines : 200 UI/L (N < 117 UI/L) et gamma-GT : 89 UI/L (N < 32 UI/L).

La recherche d’anticoagulant circulant a été réalisée de façon systématique par calcul de l’index de Rosner (épreuve du mélange malade + témoin normalisant le TCA et index de Rosner égal à 5 % pour une valeur normale inférieure à 15 %). Le complément d’exploration de l’hémostase (tableau I( Tableau I )) orientait vers une avitaminose-K avec un effondrement des quatre facteurs vitamine K-dépendants (facteurs II, VII, IX et X).

L’administration par voie intraveineuse lente de 20 mg de vitamine K permettait une correction du temps de Quick (TP à 82 %) à la douzième heure, orientant les explorations vers la recherche d’une malabsorption d’origine digestive. La duodénoscopie montrait un aspect typique de maladie cœliaque avec disparition des valvules de Kerckring, et un aspect en mosaïque de la muqueuse confirmé par l’histologie avec une atrophie villositaire complète de grade IV (( figure 1 )). La recherche d’anticorps anti-gliadine de type IgG était positive à des taux faibles, 45 U (N < 20 U). La recherche des IgA anti-gliadine, les anticorps anti-endomysium, anti-réticuline, anti-jéjunum était négative. La recherche des anticorps anti-transglutaminase n’a pas été effectuée.

Le diagnostic de maladie cœliaque à révélation tardive était retenu. Outre la correction en urgence de l’avitaminose K par voie injectable, un régime sans gluten était instauré.

> 1 000 mUI/mL, antigène HbS négatif. Ces résultats éliminaient une hépatopathie auto-immune ou virale chronique associée. Le régime était d’installation difficile pour des raisons socio-économiques. Toutefois au deuxième mois, la patiente signalait une disparition des troubles du transit, un gain pondéral de 1 kg, le bilan hépatique était normalisé en dehors d’une élévation modérée des gamma GT à 56 UI/L (N < 32 UI/L).

À un an, la patiente demeurait asymptomatique, avec une prise de 4 kg, une normalisation du syndrome carentiel biologique : le TP était à 90 % avec un apport ponctuel de vitamine K par voie orale, et le taux d’hémoglobine s’élevait à 13,3 g/dL (N : 12-16 g/dL).
Tableau I Exploration de l’hémostase de Madame H. Odette.

Tests de coagulation

Malade

Normale

Temps de Quick

> 180′′

T = 13,5′′

Fibrinogène (von Clauss)

4,9 g/L

1,5-4,5

Facteur II

4 %

> 70 %

Facteur V

145 %

> 70 %

Facteur (VII + X)

< 5 %

> 70 %

Facteur anti-hémophilique A (F VIII)

440 %

> 60 %

Facteur anti-hémophilique B (F IX)

12 %

> 70 %

Facteur X

165 %

> 70 %

Facteur XII

105 %

> 50 %

Anticoagulant circulant :

- TCA mélange malade + témoin

TCA corrigé

- Index de Rosner

5 % (N < 15 %)

Commentaires

La maladie cœliaque est une entéropathie « sensible au gluten » se traduisant par un syndrome de malabsorption et une atrophie villositaire. Il s’agit d’un mécanisme auto-immun complexe, survenant sur un terrain génétique prédisposé, dont les signes cliniques, variables, sont fréquemment faits de formes frustes ou silencieuses, de révélation tardive. La maladie cœliaque est secondaire à une intolérance au gluten liée à la gliadine qui pourrait jouer le rôle d’haptène vis-à-vis de la transglutamidase qui est l’auto-antigène majeur. Les trois critères diagnostiques de la maladie cœliaque sont : un syndrome de malabsorption clinique et/ou biologique, une atrophie villositaire à l’examen anatomopathologique des biopsies duodénojéjunales, une régression des signes histologiques, biologiques et cliniques sous régime sans gluten. Chez l’adulte, le tableau est souvent fruste et le diagnostic fréquemment tardif. Vingt-cinq pour cent des cas sont découverts au-delà de 60 ans, le mode de révélation le plus fréquent est la diarrhée chronique (54 %) devant les manifestations carentielles, ostéomalacie (30 %), anémie et/ou macrocytose (10 %), le retard staturo-pondéral n’attirant l’attention que dans 2 % des cas, mais l’amaigrissement est retrouvé dans 75 % des cas. Le tableau peut être trompeur chez l’adulte avec parfois constipation, excès pondéral (16 %). Si un syndrome hémorragique attire l’attention dans 22 % des cas, les manifestations biologiques sont présentes beaucoup plus fréquemment de manière asymptomatique, avec en particulier un allongement du TQ dans 40 % des cas (tableau II( Tableau II )) [1].

Les anticorps dirigés contre la gliadine sont présents dans 95 % [2] des cas non traités avec une meilleure sensibilité des IgG (65–100 %) par rapport aux IgA (68–91 %) ; par ailleurs, 2 à 3 % des maladies cœliaques présentent une carence sélective en IgA. Leur sensibilité est corrélée au degré d’atrophie villositaire, ce qui en fait un mauvais test de dépistage des formes frustes mais un bon test de suivi [3]. Les anticorps anti-endomysium ont une meilleure spécificité et une meilleure sensibilité. Les anticorps anti-transglutaminase peuvent être recherchés. La combinaison de plusieurs de ces dosages améliore la sensibilité et la spécificité du dépistage (ex : anticorps anti-gliadine IgG et IgA + anticorps anti-transglutaminase).

Un allongement des temps de coagulation dans la maladie cœliaque à forme fruste n’est observé que dans 40 % des cas [1]. Les différentes formes topographiques des lésions de la maladie cœliaque (duodénum, jéjunum, iléon) et leur fréquence pourraient expliquer ce chiffre. La vitamine K n’est en effet absorbée que par la partie duodénale de l’intestin. Un autre élément d’explication pourrait être le degré d’atteinte de la muqueuse, les troubles de la coagulation n’apparaissant qu’en cas de grade histologique élevé.

À un an de traitement, les paramètres biologiques étaient corrigés hormis une élévation modérée des gamma GT à 56 UI/L (N < 32 UI/L). Cette élévation était probablement liée à une stéatose classiquement décrite dans la maladie coeliaque et de mécanisme mal compris.

En présence de signes cliniques et biologiques évocateurs, notamment carentiels, chez l’adulte, et/ou de troubles du transit, même modérés, la procédure diagnostique la plus performante est la duodénoscopie qui permet d’évoquer le diagnostic devant la disparition des valvules de Kerckring, un aspect aplati, lissé, en mosaïque par accentuation du lit vasculaire de la muqueuse. L’histologie confirmera alors l’atrophie villositaire totale ou subtotale avec un épithélium de surface cubique infiltré de lymphocytes, une infiltration lymphoplasmocytaire du chorion [4].

Le traitement repose sur le régime sans gluten, permettant l’éviction de gliadine, et doit donc éliminer trois céréales : blé, orge, seigle [4]. Seul un régime strict, contraignant et onéreux, apportant moins de 5 grammes de gluten par jour, permet la prévention des complications néoplasiques (cancers épithéliaux, lymphomes), alors qu’un régime plus large (20 grammes par jour) permet la correction du syndrome de malabsorption mais ne protège pas des risques carcinologiques [4].

Les cas de forme fruste de maladie cœliaque découverte par un allongement du TQ rapportés dans la littérature sont peu nombreux [4]. Cet allongement peut être associé à un syndrome hémorragique (hématome musculaire notamment) [5]. Ce cas clinique se distingue par la sévérité du retentissement de la malabsorption sur les tests de coagulation de première ligne (TQ et TCA), sans signe hémorragique au moment du diagnostic.
Tableau II Perturbations biologiques au cours de la maladie cœliaque.

Analyses métaboliques

Fréquences

Hypoalbuminémie

39 %

Hypocalcémie

80 %

Hypophosphorémie

25 %

Hypomagnésémie

44 %

Hypocalciurie

80 %

Hypokaliémie

34 %

Hypolipémie

34 %

Analyses hématologiques

Fréquences

Anémie

65 %

Microcytose

18 %

Macrocytose

20 %

Hyposidérémie

83 %

Hypofolatémie

88 %

Hypoprothrombinémie (TQ)

40 %

Hypogammaglobulinémie

28 %

Références

1 Modigliani , Matuchansky , Galian , Poupon , Rambaud , Bernier Coeliac disease in adults. (48 cases) I. Anatomo-clinical, biological and radiological study ; its course under a non-gluten diet Arch Fr Mal App Dig 64 1975 465-481

2 Volta , lenzi , Lazzari , et-al. Antibodies to gliadin detected by immunofluorescence and a micro Elisa method : markers of active chilhood and adult coeliac disease Gut 26 1985 667-671

3 Levenson , Austin , Dietler , Kasarda , Kagnoff Specificity of antigliadin antibody in coeliac disease Gastroenterology 89 1985 1-5

4 Lepers , Couignoux , Colombel , Dubucquoi La maladie coeliaque de l’adulte : aspects nouveaux La revue de médecine interne 25 2004 22-24

5 Heidinger , Kemkes-Matthes , Matthes , Franke , Voss , Heckers Endemic sprue : its first diagnosis based on bleeding complications Deutsch Med Wochenschr 120 1995 1543-1546


 

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