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Une forme frontière de syndrome de Guillain-Barré sensitif proche du syndrome de Miller Fisher avec IgG anti-GD1b


Annales de Biologie Clinique. Volume 62, Numéro 5, 591-4, Septembre-Octobre 2004, pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Caudie , A Schandelong , F Rapoport , C Vial , Fédération de biologie, Service d’immunologie, Hôpital neurologique, Lyon, UF autoimmunité, Site Flaubert, Centre hospitalier Le Havre, Service de Neurologie, Centre hospitalier Le Havre, Service d’electromyographie et pathologie neuromusculaire, Hôpital neurologique, Lyon.

Résumé : Nous rapportons l’observation d’un patient présentant un variant de syndrome de Guillain-Barré (SGB) sensitif ataxiant proche du syndrome de Miller Fisher (SMF) avec IgG anti-GD1b. Une dissociation albuminocytologique lors de deux ponctions lombaires dans un contexte d’infection par Campylobacter jejuni suite à un percing de la langue fait évoquer un SGB. L’intérêt de cette observation réside dans la description du profil autoanticorps anti-gangliosides de classe IgG anti-GD1b hautement significatif d’un SGB sensitif pur avec ataxie. Ce diagnostic difficile s’explique par la rareté de ce variant, forme frontière entre le SGB sensitif pur et le SMF. La connaissance relativement récente des profils autoanticorps anti-gangliosides a permis de classer ce variant immuno-clinique en SGB sensitif pur avec ataxie sévère au premier plan.

Mots-clés : syndrome de Miller Fisher, syndrome de Guillain-Barré, IgG anti-GD1b, autoanticorps anti-gangliosides, Campylobacter jejuni

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, C Caudie1, A Schandelong2, F Rapoport3, C Vial4

1Fédération de biologie, Service d’immunologie, Hôpital neurologique, Lyon
2UF autoimmunité, Site Flaubert, Centre hospitalier Le Havre
3Service de Neurologie, Centre hospitalier Le Havre
4Service d’electromyographie et pathologie neuromusculaire, Hôpital neurologique, Lyon

Article reçu le 12 Mars 2004, accepté le 4 Juin 2004

L’observation

Il s’agit d’un patient de 20 ans, sans antécédents médicochirurgicaux, hospitalisé en service de médecine pour des céphalées et une hyperthermie. Quinze jours avant son entrée en médecine, il a présenté une hyperthermie associée à des myalgies, une asthénie intense puis une diplopie. Lors de son hospitalisation sont notés un discret syndrome méningé avec hyporéflexie, un syndrome cérébelleux droit et une adénopathie occipitale droite. L’interrogatoire apporte la notion de la mise en place d’un percing de la langue trois mois plus tôt. Le bilan biologique sanguin confirme le syndrome infectieux. Les examens sérologiques et radiologiques sont négatifs. Une dissociation albumino-cytologique lors de la ponction lombaire fait évoquer un syndrome de Guillain-Barré (SGB) ou polyradiculonévrite aiguë (PRNA).

À l’entrée dans le service de neurologie, le patient se plaint d’une asthénie et d’une transformation sensitive sur le tronc et les extrémités. L’examen neurologique retient une aréflexie totale, une instabilité à la marche liée à une atteinte de la sensibilité profonde, une asymétrie faciale gauche discrète (VII) et une paralysie oculaire du VI gauche. Le reste de l’examen somatique est normal. Le diagnostic de syndrome de Miller Fisher est évoqué d’emblée. L’IRM cérébrale est normale. Une deuxième ponction lombaire retrouve la dissociation albumino-cytologique sans réaction cellulaire. Lors de l’examen électrophysiologique, le réflexe H est aboli, les amplitudes des réponses sensitives sont diminuées et les tracés de contraction volontaire discrètement neurogènes aux membres inférieurs. Le bilan sanguin à j15 révèle une sérologie Campylobacter jejuni positive à 256 (seuil inférieur à 10) signant une infection récente. Les autoanticorps anti-gangliosides de classe IgG dirigés contre le ganglioside GD1b sont très positifs. Ils sont très caractéristiques des formes cliniques sensitives du SGB. L’évolution spontanée est très lentement favorable. Lors de l’examen neurologique de contrôle à 2 mois, il persiste une abolition des réflexes ostéotendineux, une discrète perte de sensibilité au niveau des doigts et du thorax. Alors que la paralysie du VII a régressé, à 6 mois il persiste une marche instable et fatigable et une discrète paralysie oculomotrice.

Le point de vue du biologiste

Le diagnostic biologique du syndrome de Guillain-Barré appelé polyradiculonévrite aiguë ou PRNA repose sur l’analyse du LCR. Le LCR montre classiquement une dissociation albumino-cytologique, c’est-à-dire une augmentation de la protéinorachie en l’absence de réaction cellulaire ou d’une réaction cellulaire inférieure à 20 éléments blancs/mm3 lorsque la protéinorachie est nettement augmentée.

Ici l’analyse du LCR à j10 montre une réaction cellulaire à 9 éléments blancs/mm3, 100 éléments rouges/mm3 (normales inférieures à 2 et 100 respectivement) et des protéines totales à 2,20 g/L (normale inférieure à 0,40 g/L). Le frottis cellulaire est normal. Il est composé de 91 % de lymphocytes et de 9 % de monocytes. Il n’y a pas de cellules inflammatoires de type lympho-plasmocytes ou plasmocytes. Le bilan IgG sur le LCR est normal. L’index d’IgG est normal. L’électrophorèse des protéines totales est de type transsudatif avec la zone des gammaglobulines homogène. Il n’est pas observé de bandes oligoclonales d’IgG par immunorévélation. L’analyse du deuxième LCR à j15 confirme en amplifiant les anomalies observées à j10. Il n’existe pas de signe d’infection du système nerveux central. Il existe une inflammation du système nerveux périphérique au niveau des racines des nerfs entraînant une hyperprotéinorachie. Au niveau général, il est mis en évidence un syndrome infectieux qui se traduit par 14 900 globules blancs avec une formule sanguine contenant 81 % de polynucléaires neutrophiles, une vitesse de sédimentation à 9/31, une fibrinogénémie à 4,37 g/L. Le bilan hépatique est normal. Les sérologies de Lyme, VIH1, VIH2, VHB, VHC, toxoplasmose, rubéole, CMV, EBV sont négatives. La sérologie Campylobacter jejuni est positive à 256 (seuil inférieur à 10) signant une infection récente par Campylobacter jejuni. La coproculture n’a pas été réalisée.

Une infection précessive de quelques semaines est retrouvée dans 70 % des cas de SGB [1]. Il s’agit le plus souvent d’une banale infection intestinale de type diarrhées ou d’une infection des voies respiratoires. Les agents infectieux les plus couramment observés sont le Campylobacter jejuni qui est responsable de diarrhées et le CMV responsable le plus souvent d’une infection des voies respiratoires [2]. Dans notre observation la sérologie Campylobacter jejuni est très nettement positive à deux reprises. Le percing de la langue est probablement la voie d’entrée de l’agent infectieux. Les autoanticorps anti-gangliosides associés aux neuropathies dysimmunitaires sont très positifs par la technique d’immunodot-blot sur membrane [3-5]. Ils sont de classe IgG dirigés contre le ganglioside GD1b de façon monospécifique (( figure 1 )). Le titre obtenu en dilutions limites est supérieur à 5 000 pour un seuil décisionnel inférieur à 100. Ces anticorps de classe IgG anti-ganglioside GD1b sont rarement observés. Ils sont décrits dans le SGB cliniquement sensitif pur avec ataxie sévère au premier plan [5-7]. Le ganglioside GM1 associé aux formes cliniques motrices n’est pas impliqué. Les autoanticorps anti-gangliosides GM3, GM2, GM1, GD3, GD1a, GT1b, GQ1b, anti-sulfatides et anti-myéline/MAG/SGPG/SGLPG sont négatifs. La réaction immunitaire post-infectieuse est dirigée contre les gangliosides-like présents sur le Campylobacter jejuni. Elle se déclenche contre les gangliosides du soi à forte expression sur les nerfs périphériques. Il y a rupture de tolérance en raison des réactions croisées entre l’antigène du soi et les antigène de l’agent pathogène.

Le point de vue du clinicien

Le syndrome de Guillain-Barré classique (SGB) est une polyradiculonévrite aiguë de type inflammatoire et démyélinisante à caractère auto-immunitaire limité au système nerveux périphérique [8]. Il survient à tous les âges. Il est le plus souvent déclenché par une infection banale. Les agents infectieux les plus souvent incriminés au cours du SGB sont le Campylobacter jejuni et le cytomégalovirus. L’infection par Campylobacter jejuni a pu être affirmée chez notre patient par la présence d’anticorps de classe IgG à un taux hautement significatif. En absence d’épisode de diarrhée infectieuse aucune coproculture n’a été réalisée. La responsabilité du Campylobacter jejuni peut cependant être retenue. La porte d’entrée de l’infection est vraisemblablement le percing de la langue qui a entraîné l’adénopathie occipitale. Le syndrome de Guillain-Barré présente plusieurs facettes sur les plans clinique, électrique et biologique. Il est subdivisé actuellement en plusieurs entités électro-immuno-cliniques de sévérité variable [9, 10]. La forme SGB classique démyélinisante est de loin la plus fréquente (AIDP pour acute inflammatory demyelinating polyneuropathy). Elle se traduit par un déficit sensitivomoteur bilatéral, symétrique et extensif. L’installation se fait sur 2 à 4 semaines avec une abolition des réflexes ostéo-tendineux. L’évolution se fait en trois phases : une phase d’extension, une phase de plateau et une phase de récupération. À l’opposé de la forme classique sensitivo-motrice démyélinisante, il est décrit :
  • 1) une forme motrice pure plus rare présentant une atteinte axonale appelée par les Anglo-Saxons AMAN (acute motor axonal neuropathy) ;
  • 2) une forme sensitivo-motrice appelée AMSAN (acute motor-sensory axonal neuropathy) de pronostic plus sévère) ;
  • 3) une forme sensitive pure avec une ataxie plus ou moins sévère appelée SAN (sensory ataxic neuropathy) ;
  • 4) le syndrome de Miller Fisher (SMF) associant la triade de symptômes avec ophtalmoplégie, ataxie et aréflexie ;
  • 5) le SGB avec une ophtalmoplégie ou avec une paralysie bulbaire.

Les variants du SGB sont le plus souvent de diagnostic difficile. À chaque variant est associé un profil immunologique caractéristique [4]. Notre observation correspond à un SGB cliniquement sensitif pur ataxiant avec discrète ophtalmoplégie, proche du syndrome de Miller Fisher avec des anomalies électrophysiologiques qui restent discrètes. L’agent infectieux incriminé est le Campylobacter jejuni dont il existe de nombreux sérotypes. La réaction immunitaire post infectieuse produit des anticorps qui reconnaissent à la fois les nombreux épitopes gangliosides-like à la surface du Campylobacter jejuni et les gangliosides à forte expression sur les nerfs périphériques. Ce mécanisme de rupture de tolérance s’explique par le mimétisme moléculaire en raison des réactions croisées entre les auto-antigènes du patient et les divers antigènes des pathogènes. Il est décrit des associations fréquentes entre le SGB post-infectieux et la présence d’anticorps anti-gangliosides. Dans le SMF typique il est décrit des IgG anti-GQ1b alors que dans le SGB sensitif ataxiant il est décrit des IgG anti-GD1b. Ces autoanticorps de classe IgG anti-GD1b ont une grande spécificité. Miyazaki et al. [7] au Japon sur une série de 445 SGB présentent 9 SGB à forme sensitive ataxiante et démyélinisante. Le profil anticorps est de classe IgG anti-ganglioside GD1b mono-spécifique. Dans notre propre série de 249 SGB [4] nous avions observé 5 cas de SGB sensitifs purs ataxiques avec IgG anti-GD1b.

Conclusion

Cette observation d’un syndrome de Guillain-Barré sensitif pur et ataxiant est atypique. Elle soulève le problème du diagnostic difficile des variants sévères du SGB après un syndrome infectieux. Ils sont le plus souvent secondaires à une infection par Campylobacter jejuni et de pronostic plus sévère. Ce cas peut être considéré comme une forme frontière entre un syndrome de Guillain-Barré sensitif pur ataxiant avec une légère ophtalmoplégie et un syndrome de Miller Fisher atypique. C’est une forme rare sur le plan clinique, électrophysiologique et immunologique. Dans ce cadre les autoanticorps de classe IgG anti-ganglioside GD1b sont informatifs. Le ganglioside GD1b est à forte expression sur les nerfs et les ganglions sensitifs du système nerveux périphérique. L’évaluation ciblée des profils auto-anticorps permet de mieux définir ces variants de SGB.

Références

1 Jacobs , Rothbarth , van der Meché , et-al. The spectrum of antecedent infections in Guillain-Barré syndrome. A case-control study Neurology 51 1998 1110-1115

2 Hadden , Karch , Hartung , et-al. Preceding infectious, immune factors and outcome in Guillain-Barré syndrome Neurology 56 2001 758-765

3 Chabraoui , Derrington , Mallié-Didier , Confavreux , Quincy , Caudie Dot-blot immunodetection of antibodies against GM1 and other gangliosides on PVDF-P membrane J Immunol Methods 165 1993 225-230

4 Caudie , Vial , Bancel , Petiot , Antoine , Gonnaud Les profils autoanticorps anti-gangliosides dans le syndrome de Guillain-Barré Ann Biol Clin 60 2002 589-597

5 Caudie , Vial , Petiot , Bancel , Later , Gonnaud Détection des autoanticorps antigangliosides par immunodot-blot : intérêt dans le diagnostic des neuropathies périphériques autoimmunitaires Ann Biol Clin 57 1999 579-588

6 Willison , Almemar , Veich , Thrush Acute ataxic neuropathy with cross-reactive antibodies to GD1b and GD3 gangliosides Neurology 44 1994 2395-2397

7 Miyazaki , Kusunoki , Kaida , Shiina , Kanazawa Guillain-Barré syndrome associated with IgG monospecific to ganglioside GD1b Neurology 56 2001 1227-1229

8 Asbury , Cornblath Assessment of current diagnostic criteria for Guillain-Barré syndrome Ann Neurol 27 Suppl1990 S21-S24

9 Van der Meché , Van Doorn Guillain-Barré syndrome and chronic inflammatory demyelinating polyneuropathy : immune mecanisms and update on current therapies Ann Neurol 37 1995 S14-S31

10 Ter Bruggen , Van der Meché , De Jager , Polman Ophthamoplegic and lower cranial nerve variants merge into classical Guillain-Barré syndrome Muscle Nerve 21 1997 239-242


 

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