ARTICLE
Auteur(s) :, A. Kassab-Chekir1, S.
Ferchichi1, M. Kerkeni1, S.
Hammemi2, M. Hammemi3, S. Laradi1,
A. Miled1
1Laboratoire de biochimie et de toxicologie, CHU
Hached, Sousse, Tunisie. MILED.A@rns.tn
2Service de médecine interne, CHU Bourguiba, Monastir,
Tunisie
3Laboratoire de biochimie, Faculté de médecine,
Monastir, Tunisie
Article reçu le 24 Janvier 2003, accepté le 27 Mai 2004
Le diabète non insulinodépendant (DNID) est le type de diabète le
plus répandu, il représente autour de 80 % de l’ensemble des
diabètes, il résulte principalement d’un défaut d’insulinosécrétion
ou d’une insulino-résistance principalement musculaire [1].En
Tunisie, la prévalence de DNID est de 4 % [2]. Cette
prévalence augmente avec le temps, en rapport avec le changement de
comportements alimentaires ainsi que la diminution de l’exercice
physique entraînant le développement de l’obésité. Certaines
populations présentent une susceptibilité plus importante que
d’autres au diabète de type 2. Cette prédisposition, dont les bases
génétiques sont encore mal connues, se révèle généralement lors du
passage d’une alimentation traditionnelle méditerranéenne à une
alimentation riche en graisses et en sucres rapides [3].La
surveillance de l’équilibre métabolique au cours du DNID constitue
l’un des impératifs du traitement, ainsi il faut assurer un apport
approprié en acides gras alimentaires essentiels, pour assurer un
fonctionnement optimal de l’organisme. À côté des acides gras
saturés et des acides gras monoinsaturés, on distingue deux
familles d’acides gras polyinsaturés dont les précurseurs ne
peuvent jamais être synthétisés par l’homme, ils sont dits
essentiels. Il s’agit de l’acide linoléique (C18:2) dont sont issus
tous les acides gras de la famille oméga 6 et de l’acide
linolénique (C18:3), précurseurs de la famille oméga 3. Ces deux
acides gras essentiels vont subir l’action des différentes enzymes
de type élongases et désaturases pour donner naissance à des acides
gras hautement insaturés à propriétés différentes (( figure 1 )). Un équilibre
entre les deux acides gras essentiels doit exister pour assurer une
protection contre les maladies cardiovasculaires [4].Le régime
alimentaire de la région du Sahel en Tunisie se rapproche des
traditions alimentaires méditerranéennes avec une consommation
relativement élevée de produits d’origine végétale et du poisson,
moins d’aliments d’origine animale, l’utilisation de l’huile
d’olive comme principal corps gras et une consommation très modérée
de boissons alcoolisées. Il a été établi une corrélation entre
l’alimentation lipidique et les esters de cholestérol qui
constituent une empreinte alimentaire lipidique [5, 6]. Notre
objectif a été d’étudier la composition en acides gras
saturés ; monoinsaturés et polyinsaturés de la fraction des
esters de cholestérol plasmatique par chromatographie en phase
gazeuse chez des diabétiques non insulinodépendants (DNID) sans
complications cardiovasculaires et des diabétiques non
insulinodépendants atteints de complications cardiovasculaires
(DNIDc) comparativement à des témoins.
Matériel et méthodes
Population d’étude
Cette étude a porté sur 100 sujets adultes répartis en trois
groupes appariés selon l’âge et le sexe, habitant le Sahel de la
Tunisie ; 68 patients diabétiques ont été examinés et
suivis dans le service de médecine interne et le service de
cardiologie de l’hôpital universitaire de Monastir. Ils ont été
répartis en deux groupes : le premier groupe est formé de
35 sujets diabétiques non insulinodépendants (DNID), âgés de
55 ± 8 ans ; le deuxième groupe est formé de
33 sujets diabétiques non insulinodépendants atteints de
complications cardiovasculaires (DNIDc) et âgés de
57 ± 6 ans. Le troisième groupe est le groupe témoin
et comprend 32 sujets apparemment sains âgés de
50 ± 7 ans.
Tous les sujets présentant un désordre métabolique ou un
traitement médical qui peut perturber le métabolisme lipidique ont
été exclus de cette étude.
Fiche de renseignements
Une fiche de renseignements a été établie pour chaque sujet afin de
déceler l’existence de facteurs de risques cardiovasculaires dans
la population d’étude ; à savoir l’âge, le sexe, l’indice de
masse corporelle (IMC), l’existence d’une notion de pathologie
cardiovasculaire sous-jacente ou d’hypertension artérielle (HTA),
le tabagisme et les antécédents familiaux de diabète. Les
caractéristiques et les facteurs de risque de la population d’étude
sont regroupés dans le tableau I( Tableau I ).
Tableau I Caractéristiques et facteurs de risque
des DNID, DNIDc et témoins.
|
Populations
|
DNID (n = 35)
|
DNIDc (n = 33)
|
Témoins (n = 32)
|
|
Facteurs
|
|
|
|
|
Âge (ans)
|
55** ± 8
|
57** ± 6
|
50** ± 7
|
|
Ancienneté du diabète (ans)
|
8** ± 2
|
10** ± 3
|
~
|
|
Sexe masculin
|
48,6 %
|
48,5 %
|
50 %
|
|
Sexe féminin
|
51,4 %
|
51,5 %
|
50 %
|
|
Indice de masse corporelle (kg/m2)
|
28,7** ± 5,7
|
27,8** ± 4,2
|
27,6** ± 5,0
|
|
Pathologies cardio-vasculaires*
|
0 %
|
100 %
|
0 %
|
|
Hypertension artérielle
|
18 %
|
51,5 %
|
0 %
|
|
Fumeurs
|
8,6 %
|
18 %
|
4 %
|
|
Antécédents familiaux diabétiques
|
34 %
|
51 %
|
0 %
|
*angor, infarctus du myocarde, thromboses vasculaires.
**moyenne ± 1 écart type.
Prélèvements
Les prélèvements sanguins ont été effectués au niveau de la veine
du pli du coude chez des sujets à jeun depuis au moins
12 heures. Pour chaque sujet, le sang a été recueilli dans
deux tubes :
- - un tube contenant de l’EDTA pour le dosage du
cholestérol total (CT), du HDL-cholestérol (HDLc), des
triglycérides (TG), des apolipoprotéines A1 (Apo A1) et B (Apo B),
des acides gras plasmatiques : acides gras saturés (AGS),
acides gras monoinsaturés, acides gras polyinsaturés
(AGPI) ;
- - un tube contenant du fluorure de sodium et de
l’oxalate de potassium pour le dosage du glucose sanguin.
Exploration glycémique et lipidique
La glycémie a été déterminée par la technique enzymatique à la
glucose oxydase/peroxydase (Randox, Antrim, Royaume Uni).
Triglycérides (TG), cholestérol total (CT), HDL-cholestérol
(HDLc), LDL- cholestérol (LDLc), apolipoprotéine A1 (Apo A1) et
apolipoprotéine B (Apo B) : les TG ont été déterminés par la
méthode enzymatique colorimétrique en point final à la lipase,
glycérolkinase et glycérolphosphate oxydase (Roche, Meylan,
France). Le CT a été déterminé par la méthode enzymatique
colorimétrique en point final à la cholestérol estérase,
cholestérol oxydase et peroxydase (Roche, Meylan, France). Le HDLc
a été déterminé par la même méthode que celle utilisée pour le CT
après adsorption des polyanions synthétiques sur les autres
lipoprotéines (Roche, Meylan, France). La concentration plasmatique
en LDLc a été obtenue par la formule de Friedewald [7] : LDLc
(mmol/L) = CT – (HDLc + TG / 2,2). Cette formule ne peut
s’appliquer que si les TG sont < 4,6 mmol/L.
L’Apo A1 et l’Apo B ont été déterminées par électroimmunodiffusion
en gel d’agarose (Sebia, Issy-les-Moulineaux, France).
Détermination des acides gras plasmatiques par CPG
Extraction et séparation des acides gras estérifiés
Les acides gras ont été séparés à partir de 0,5 mL de plasma
en ajoutant 5 mL d’un mélange chloroforme/méthanol (2:1 v/v)
et 1 mL de butyl-hydroxy-toluène 5 % dans le méthanol.
Après agitation on ajoute 2 mL d’eau distillée. Le mélange a
été centrifugé à 2 500 rpm pendant 10 min à
4 °C. La phase inférieure chloroformique a été évaporée sous
un courant d’azote jusqu’à l’état sec. Ces résidus secs ont été
dissous dans 200 μL d’hexane. Le mélange obtenu a été déposé
sur une plaque de silice activée pour séparer les différentes
fractions des acides gras plasmatiques. La migration a été réalisée
dans une solution contenant l’éther de pétrole, l’éther
diéthylénique, l’acide acétique glacial (80:20:1 v/v/v). Les
fractions lipidiques ont été révélées par la dichlorofluorescéine
(0,02 % dans le méthanol) sous ultraviolet en identifiant les
taches correspondant aux différentes fractions de phospholipides,
d’acides gras libres, de triglycérides, d’esters de cholestérol par
rapport aux standards. La tache des esters de cholestérol a été
grattée puis 50 μL d’acide heptadécanoique à 1 mg/mL sont
ajoutés comme un étalon interne. Les acides gras de la fraction
d’esters de cholestérol ont été extraits du gel de silice en
ajoutant 7 mL d’hexane-diéthyléther (85:15 v/v) et une goutte
d’eau distillée. Le mélange a été placé dans une cuve aux ultrasons
puis centrifugé. Le surnageant prélevé a été lavé avec 2 mL
d’eau distillée pour éliminer toutes traces de dichlorofluorescéine
puis par 2 mL de mélange méthanol/eau distillée (1:1 v/v). La
phase hexanique a été évaporée sous un courant d’azote jusqu’à
l’état sec.
Transméthylation des acides gras estérifiés
La fraction d’esters de cholestérol a été transméthylée en présence
de 2,5 mL de mélange toluène/méthanol (2:3 v/v) et 2,5 mL
de chlorure d’acétyle à 5 % dans le méthanol. La réaction se
fait à 100 °C dans un bain sec pendant 4 heures. Elle a
été arrêtée sous l’action d’un jet d’eau froide. Immédiatement,
3 mL d’une solution de carbonate dipotassique à 5 % ont
été ajoutés, suivis de 2 mL d’hexane pour l’extraction des
esters méthyliques. Après agitation énergique, les tubes ont été
centrifugés pendant 10 min à 2 500 rpm pour prélever
la phase supérieure hexanique. Pour obtenir un bon rendement, une
deuxième extraction par 2 mL d’hexane a été réalisée. Les
phases hexaniques ont été rassemblées et évaporées sous un courant
d’azote.
Analyse chromatographique
Le résidu sec a été repris par 50 μL d’hexane, 1 μL de la
solution obtenue a été injecté dans une colonne capillaire de phase
stationnaire de polyéthylène glycol, de 30 m de longueur, de
0,32 mm de diamètre intérieur et de 0,5 μm d’épaisseur de
film. L’analyse a été effectuée sur un appareil HP5890A
(Hewlett-packard-normalk) série II muni d’un détecteur par
ionisation de flamme (FID). La colonne était de type HP-INNOWAX. Le
gaz vecteur était l’azote avec un débit de 1 mL/min. Les
températures de l’injecteur, du détecteur et de la colonne ont été
respectivement de 220 °C, 275 °C et 180 °C. La
reproductibilité intra-série est de 10,5 % et inter-série
13 %.
Méthode statistique
Nous avons utilisé le test (t) de Student pour les comparaisons
statistiques. Les résultats sont exprimés en moyenne ± un
écart type (SD), avec un seuil de significativité
p < 0,05.
Résultats
Les résultats de l’exploration glycémique et lipidique sont
regroupés dans le tableau II( Tableau II ). Nous avons constaté chez les
DNID et les DNIDc une augmentation significative de la glycémie
ainsi que de la triglycéridémie par rapport aux témoins. Les DNIDc
ont une cholestérolémie totale et une concentration de LDLc
significativement augmentées par rapport aux DNID et aux témoins.
Le HDLc est significativement diminué chez les DNID et les DNIDc
par rapport aux témoins. Les DNIDc ont montré un rapport CT/HDLc
significativement augmenté par rapport aux DNID et aux témoins. De
même, pour la concentration plasmatique de l’ApoB, qui est
significativement augmentée dans la population de DNIDc comparée
aux témoins. En revanche, la concentration sérique en Apo A1 est
significativement diminuée chez les DNIDc par rapport aux DNID et
aux témoins.
Le tableau III( Tableau III )
montre le pourcentage des différents acides gras des esters de
cholestérol plasmatique. Nous avons noté une augmentation
significative chez les DNIDc par rapport aux DNID et aux témoins,
de pourcentage de l’acide laurique (C12:0) de l’acide myristique
(C14:0), de l’acide palmitique (C16:0), de l’acide stéarique
(C18:0) et de la somme des acides gras saturés (AGS). L’acide
oléique (C18:1) est significativement diminué chez les DNIDc et les
DNID par rapport aux témoins. Concernant les AGPI, les DNIDc ont
présenté une augmentation significative de l’acide linoléique
(C18:2) par rapport aux DNID et aux témoins, et une diminution
significative par rapport aux DNID et aux témoins de l’acide
linolénique (C18:3) et de l’acide arachidonique (C20:4). Les DNID
ont présenté une augmentation significative de la somme des acides
eicosapentanoïque (C20:5) et docosahexanoïque (C22:6) par rapport
aux DNIDc. Les DNIDc ont montré une augmentation du rapport acide
linoléique (C18:2)/acide linolénique (C18:3). Le rapport acide
eicosapentanoïque (C20:5)/acide linolénique (C18:3) est diminué
chez les DNIDc et DNID.
Tableau II Paramètres de l’exploration glycémique
et lipidique dans les groupes DNID, DNIDc et témoins.
|
Populations
|
DNID
|
DNIDc
|
Témoins
|
Significativité statistique
|
|
(n = 35)
|
(n = 33)
|
(n = 32)
|
|
X ± σ
|
X ± σ
|
X ± σ
|
|
Paramètres
|
|
|
|
a
|
b
|
c
|
|
Glycémie (mmol/L)
|
10,24 ± 7,2
|
13,75 ± 4
|
4,76 ± 0,72
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-2
|
|
TG (mmol/L)
|
2,27 ± 1,12
|
2,35 ± 1,11
|
0,97 ± 0,39
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
NS
|
|
CT (mmol/L)
|
5,51 ± 1,42
|
6,49 ± 1,72
|
3,87 ± 0,56
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-4
|
|
LDLc (mmol/L)
|
3,69 ± 1,02
|
4,86 ± 1,20
|
2,32 ± 0,80
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-4
|
|
HDLc (mmol/L)
|
0,79 ± 0,12
|
0,57 ± 0,21
|
1,05 ± 0,44
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
CT/HDLc
|
6,97 ± 2,43
|
11,38 ± 3,25
|
3,68 ± 1,02
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
ApoB (mmol/L)
|
1,23 ± 0,12
|
1,44 ± 0,16
|
0,80 ± 0,16
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-4
|
|
ApoA1(mmol/L)
|
1,01 ± 0,17
|
0,90 ± 0,09
|
1,38 ± 0,14
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
Tableau III Pourcentage des acides gras
estérifiant le cholestérol plasmatique dans les trois groupes DNID,
DNIDc et de témoins.
|
DNID
|
DNIDc
|
Témoins
|
Significativité statistique
|
|
(n = 35)
|
(n = 33)
|
(n = 32)
|
|
X ± σ
|
X ± σ
|
X ± σ
|
|
a
|
b
|
c
|
|
C10:0
|
0,83 ± 0,13
|
0,76 ± 0,21
|
0,90 ± 0,21
|
NS
|
NS
|
NS
|
|
C12:0
|
0,46 ± 0,16
|
0,57 ± 0,01
|
0,39 ± 0,23
|
NS
|
NS
|
NS
|
|
C14:0
|
0,53 ± 0,07
|
0,92 ± 0,24
|
0,41 ± 0,60
|
NS
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
C16:0
|
11,01 ± 1,12
|
12,46 ± 1,97
|
10,08 ± 1,20
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
C18:0
|
3,71 ± 0,20
|
7,49 ± 1,80
|
4,22 ± 0,39
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
C24:0
|
0,80 ± 0,26
|
2,31 ± 1,43
|
0,24 ± 0,16
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
Σ AGS
|
17,34 ± 3,17
|
24,53 ± 5,70
|
16,25 ± 2,81
|
P < 10-2
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
C18:1
|
22,66 ± 4,14
|
15,88 ± 2,34
|
28,18 ± 2,90
|
P < 10-3
|
P < 10-5
|
NS
|
|
C18:2 w-6
|
49,29 ± 8,58
|
52,59 ± 5,50
|
39,26 ± 10,46
|
P < 10-4
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
C18:3 w-3
|
1,01 ± 0,23
|
0,63 ± 0,15
|
1,26 ± 0,14
|
P < 10-2
|
P < 10-5
|
P < 10-2
|
|
C20:4 w-6
|
5,90 ± 0,85
|
3,84 ± 1,49
|
9,76 ± 1,47
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
NS
|
|
C20:5 w-3
|
1,73 ± 0,41
|
1,30 ± 0,36
|
2,80 ± 0,55
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
NS
|
|
C22:6 w-3
|
2,03 ± 0,90
|
1,18 ± 0,38
|
2,45 ± 0,36
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-2
|
|
Σ AGPI
|
59,97 ± 7,97
|
59,58 ± 8,14
|
55,55 ± 8,77
|
NS
|
NS
|
NS
|
|
AGPI/AGS
|
3,46 ± 1,33
|
2,42 ± 1,04
|
3,42 ± 1,21
|
NS
|
P < 10-4
|
P < 10-4
|
|
C18:2/C18:3
|
48,80 ± 6,22
|
83,47 ± 8,80
|
31,15 ± 5,12
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
NS
|
|
C20:5/C18:3
|
1,71 ± 0,22
|
2,06 ± 0, 25
|
2,22 ± 0,32
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
P < 10-5
|
|
ΣC20:5+C22:6 w3
|
3,76 ± 1,02
|
2,48 ± 0,85
|
5,25 ± 1,63
|
P < 10-3
|
P < 10-5
|
P < 10-2
|
Discussion
L’hypertriglycéridémie observée chez les deux groupes diabétiques
DNID et DNIDc est expliquée d’une part, par l’augmentation de la
production hépatique des VLDL et, d’autre part, par la réduction du
catabolisme des VLDL suite à la diminution de l’activité de la
lipoprotéine lipase [8].
Chez les DNIDc, l’Apo A1 est significativement diminuée par
rapport aux sujets témoins ce qui montrerait l’élimination
insuffisante du cholestérol et l’excès de son stockage tissulaire.
Cette prédisposition athérogène est confirmée par l’augmentation
statistiquement significative de l’Apo B chez les DNIDc par rapport
aux témoins.
Notre étude nous a permis d’observer une diminution importante
de la somme des AGS chez les DNID par rapport aux DNIDc. Cela
témoigne que ce groupe suit un régime alimentaire pauvre en graisse
[5] en suivant les conseils des nutritionnistes. Ces DNIDc sont
sensibilisés par des instructions nutritionnelles qui les obligent
à ne consommer que de la nourriture riche en poisson et pauvre en
viande rouge. La consommation excessive des AGS par les DNIDc
aggrave leur état. En effet les AGS qui sont représentés par les
acides laurique (C12:0), myristique (C14:0) et palmitique (C16:0),
ont un effet hypercholestérolémiant par diminution de l’activité
des récepteurs hépatiques des LDL. Il en résulte une diminution de
l’épuration du cholestérol plasmatique et un excès de synthèse
endogène qui augmente le pool du cholestérol plasmatique [9, 10].
Les excès en AGS, en particulier l’acide myristique (C14:0),
observés chez nos DNIDc par rapport aux DNID et témoins, augmentent
les risques de thrombose avec élévation du facteur VII de la
coagulation extrinsèque [11]. En outre, une augmentation de l’acide
myristique (C14:0) des esters de cholestérol rend les cellules
musculaires plus résistantes à l’insuline [12]. Par conséquent
l’acide myristique (C14:0) est considéré comme un AGS
potentiellement athérogène [10]. Une élévation du pourcentage
d’acide gras monoinsaturé, l’acide oléique (C18:1) chez les DNID
par raport aux DNIDc, montre que le régime alimentaire des DNID est
riche en huile d’olive [13], ce dernier associé à d’autres composés
non raffinés tels que le phytostérol et le bêta-sistostérol ont un
effet hypocholestérolémiant modéré. La diminution de LDLc et
l’augmentation de HDLc observées chez nos DNID par rapport aux
DNIDc pourraient être partiellement attribuées à la consommation de
l’acide oléique d’origine végétale (C18:1) qui diminue le LDLc tout
en augmentant modérément le HDLc [14]. En effet, l’acide oléique
d’origine végétale diminue l’absorption du cholestérol et augmente
la synthèse du cholestérol mais facilite son élimination biliaire
[15]. En plus, les polyphénols de l’huile d’olive (hydroxythyrasol
et oleuropéine) possèdent également une action protectrice en
favorisant la production de monoxyde d’azote (NO) libéré dans les
macrophages et en exerçant des effets anti-oxydants [16, 13].
Benani-Kabchi et al. ont montré que l’huile d’olive présente
des effets hypoglycémiant, hyperinsulinémiant,
hypocholestérolémiant, et antioxydant [17].
Dans notre étude les deux acides gras essentiels, l’acide
linoléique (C18:2) et l’acide linolénique (C18:3) ont été mesurés.
Ces deux acides gras qui sont apportés uniquement par
l’alimentation vont subir l’action des différentes désaturases et
élongases pour donner des dérivés supérieurs de deux familles
différentes, l’oméga 6 et l’oméga 3. Par contre, ces deux
dérivés supérieurs peuvent avoir une origine directement
alimentaire. L’augmentation de l’acide linoléique (C18:2 ;
ω-6) chez les DNIDc par rapport aux DNID et aux témoins, pourrait
entraîner son incorporation dans les lipoprotéines LDL et faciliter
leur peroxydation car le C18:2 donne naissance à un acide gras
polyinsaturé (AGPI), notamment l’acide arachidonique, riche en
double liaison, cible priviligiée de la peroxydation. Ainsi les LDL
seront peu ou pas épurables par les récepteurs hépatiques, ce qui
va contribuer à la progression des plaques athéromateuses
coronariennes [18]. Cette peroxydation est accélérée chez les
diabétiques suite à un état de stress oxydant [19]> 1, ce
qui est trouvé dans notre étude, les risques d’agrégation
plaquettaire augmentent [20], donc nos DNID et DNIDc seraient
susceptibles de développer des thromboses. La surcharge d’acide
linoléique (C18:2 ; ω-6) orienterait la voie de synthèse vers
les dérivés de la famille oméga 6 tel l’acide arachidonique
(C20:4 ; ω-6), le seul dérivé supérieur de la famille oméga
6 mesuré dans notre travail. Cet acide arachidonique
(C20:4 ; ω-6) donne naissance à des facteurs inflammatoires de
l’athérosclérose (les thromboxanes et les leucotriènes). Ce dernier
montre un pourcentage diminué chez les DNID et DNIDc comparé aux
témoins. La présence d’une diminution significative de la teneur en
acide arachidonique est due soit à la production de prostaglandines
transformées en thromboxane A2 (vasoconstricteur et agrégant
plaquettaire) sous l’action de la cyclo-oxygénase, soit à la
production de leucotriènes sous l’action de la 5-lipoxygénase, qui
peuvent être associées à un syndrome inflammatoire observé dans les
pathologies coronariennes [21]. Une étude récente a montré que
l’acide arachidonique (C20:4 ; ω-6) est plus incorporé dans
les phospholipides membranaires des plaquettes des DNIDc comparé
aux patients cardiaques non diabétiques et aux témoins [22]. Une
étude tunisienne a trouvé une diminution de l’acide arachidonique
chez un groupe de malades coronarographiés [23].
L’acide eicosapentanoïque (C20:5) (EPA) et l’acide
docosahexanoïque (C22:6) (DHA) sont les dérivés supérieurs de la
famille oméga 3 mesurés dans notre étude. Le rapport de
l’acide eicosapentanoïque (C20:5 ; ω-3)/l’acide linolénique
(C18:3 ; ω-3) est significativement diminué chez les DNID et
DNIDc par rapport aux témoins, ce qui peut être expliqué par le
fait que l’enzyme delta-6 désaturase, qui crée une insaturation en
(n-12) sur les acides gras à 18 atomes de carbone est inhibée
par l’hyperglycémie observée chez les DNID et DNIDc [24]. La somme
des pourcentages de l’acide eicosapentanoïque (C20:5 ; ω-3) et
de l’acide docosahexanoïque (C22:6 ; ω-3) est
significativement diminuée chez les DNIDc par rapport aux DNID.
Cela peut être expliqué par l’inhibition de leurs voies de synthèse
suite à un apport excessif en acide alpha-linoléique (C18:2 ;
ω-6) observé chez nos DNIDc. Les désaturases delta-6 et delta-5 qui
interviennent dans les deux voies métaboliques de synthèse des
familles oméga 6 et oméga 3 sont sensibles à l’apport
exogène en acide linoléique (C18:2) et en acide alpha-linolénique
(C18:3). Compte tenu des compétitions de substrats dans les voies
de désaturation et élongation, il est important de respecter un
équilibre d’apport entre ces deux précurseurs.
Dans notre étude, la voie de synthèse de EPA et DHA serait
probablement plus accentuée chez les DNID que les DNIDc puisque le
pourcentage de l’acide alpha-linolénique (C18:3 ; ω-3) est
plus élevé. Toutefois, l’augmentation de EPA et DHA pourrait avoir
une origine alimentaire, tels les poissons.
Dans notre étude le rapport acide linoléique (C18:2 ; ω-6)
acide alpha-linolénique (C18:3 ; ω-3) dans les trois groupes
d’étude dépasse 5, valeur maximale recommandée par la littérature
[4]. Cette valeur permet une protection contre les maladies
cardiovasculaires, car l’augmentation de l’acide linoléique
(C18:2 ; ω-6) diminue la biosynthèse des homologues supérieurs
de l’acide alpha-linolénique (C18:3 ; ω-3) sans qu’il y ait un
phénomène d’interconversion. Ces dérivés supérieurs interviennent
dans la prévention de la formation des lésions d’athérosclérose et
dans la prédisposition aux thromboses. En effet l’EPA et le DHA ont
des effets hypotriglycéridémiants par inhibition de la synthèse
hépatique de VLDL [25]. En plus, il a été montré que le DHA
augmente le HDLc, par contre EPA diminue la cholestérolémie et
l’apolipoprotéinémie A1.
Conclusion
Notre étude nous a permis d’étudier le profil lipidique chez les
DNID et DNIDc, comparé aux témoins. Les DNIDc ont montré une
augmentation du pourcentage des AGS comparé aux témoins, ce qui
explique partiellement l’hypercholestérolémie accélérant la genèse
de la plaque d’athérome.
Bien que nous suivions un régime alimentaire méditerranéen,
notre étude nous a révélé que la population tunisienne est exposé
au risque de maladie cardiovasculaire puisque les rapports optimaux
AGPI/AGS et acide linoléique (C18:2 ; ω-6) / acide linolénique
(C18:3 ; ω-3) ne sont pas toujours respectés, et dépasse les
valeurs recommandées dans la littérature. Par conséquent la
population n’est pas protégée contre le risque de développer un
processus athéromateux.
En revanche, l’excès d’acide linoléique (C18:2 ; ω-6) et la
diminution de l’acide arachidonique (C20:4 ; ω-6) observé chez
les DNIDc apparaissent comme un lien entre la théorie inflammatoire
et lipidique de l’athérosclérose favorisé notamment par le stress
oxydatif.
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