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Aspects méthodologiques de la détermination semi‐quantitative de l’iodurie par la ferroïne : intérêt dans le dépistage rapide de carence ou surcharge en iode


Annales de Biologie Clinique. Volume 62, Numéro 4, 456-61, Juillet-Août 2004, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : E. Plantin‐Carrenard, F. Cattan, A. Aurengo, B. Dumérat, M.‐J. Foglietti, J.‐L. Beaudeux , Service de biochimie C, Service de médecine nucléaire, Groupe hospitalier Pitié‐Salpêtrière, 47‐83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris emmanuelle.plantin‐carrenardpsl.ap‐hop‐paris.fr .

Résumé : L’iode est essentiel à la synthèse des hormones thyroïdiennes. Son déficit ou au contraire un excès d’apport constituent des situations préoccupantes en termes de santé publique en France car elles sont responsables de dysfonctionnements thyroïdiens d’expression biologique et\\ou clinique. Le dosage de l’iode urinaire est un bon indicateur des apports iodés et est généralement réalisé par cérimétrie. Les caractéristiques méthodologiques d’une méthode semi‐quantitative de l’iode urinaire utilisant un indicateur d’oxydo‐réduction, la ferroïne, sont décrites dans ce travail. La méthode permet un dépistage en un délai court, d’une surcharge ou d’une carence en iode avec une bonne sensibilité et spécificité. Ne nécessitant pas d’appareillage spécifique et étant de mise en œuvre facile dans un laboratoire de biologie médicale, ce test semi‐quantitatif peut être mis en œuvre en première intention pour évaluer un apport anormal en iode face à une dysthyroïdie d’étiologie inconnue et dans la prévention des risques liés à une carence en iode.

Mots-clés : iode, dysthyroïdie, méthode semi‐quantitative, ferroïne

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : E. Plantin-Carrenard1, F. Cattan1, A. Aurengo2, B. Dumérat1, M.-J. Foglietti1, J.-L. Beaudeux1

1 Service de biochimie C,
2
 Service de médecine nucléaire, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris
emmanuelle.plantin-carrenard@psl.ap-hop-paris.fr

Article reçu le 11 août 2003, accepté le 28 avril 2004

L’iode joue un rôle central dans la physiologie de la thyroïde, comme constituant essentiel des hormones thyroïdiennes et régulateur des fonctions de cette glande [1, 2]. Les études épidémiologiques indiquent qu’actuellement un état de carence existe dans certaines régions de la France [3]. Du fait de son retentissement sur le développement neurologique, ce déficit est particulièrement préjudiciable pour le fœtus et le nouveau-né. L’élaboration d’un plan sanitaire visant à réduire le déficit en iode dans la population française par les instances nationales de Santé publique est en cours [4]. Des apports excessifs de cet élément sont également responsables de dysthyroïdies d’expression clinique parfois majeure [2]. Les hyperthyroïdies surviennent chez environ 10 % des patients après un apport excessif en iode [5]. Elle peut être soit révélatrice d’un état préthyrotoxique méconnu soit induite par une surcharge iodée sur une thyroïde saine ou pathologique [5]. Les hypothyroïdies induites par l’iode sont plus fréquentes mais moins connues du fait de leur meilleure tolérance et de leurs effets transitoires [6]. Cependant, dans certains cas, une absence d’information sur les traitements médicamenteux peut conduire à retarder le diagnostic et à conduire à des prescriptions inutiles.

Des apports inadaptés en iode peuvent être décelés par la mesure de l’iodurie [1, 6]. Le dosage de l’iode urinaire repose généralement sur l’effet catalytique des iodures au cours de la réaction de réduction des ions Ce(IV) par les ions As(III) [7]. Une étape de minéralisation préalable est indispensable pour assurer la destruction de la matrice organique et des substances interférentes [8]. Ces techniques quantitatives sont de mise en œuvre délicate et leur automatisation nécessite un matériel spécifique et coûteux, ce qui implique la réalisation du dosage dans des laboratoires spécialisés. Ces techniques sont également mal adaptées à un rendu rapide des résultats. Dans certains cas (recherche d’étiologie, suivi après retrait de la source incriminée), une appréciation semi-quantitative de l’iodurie peut être suffisante pour apprécier le statut iodé d’un sujet. Très récemment, une telle méthode semi-quantitative a été décrite. Le principe est basée sur l’utilisation d’un indicateur redox : la ferroïne (phénanthroline en solution de sels de fer), associée à la minéralisation douce de l’échantillon biologique par le persulfate d’ammonium [9, 10]. Cette méthode, décrite dans une note technique, est semblable à la mise au point récente faite dans notre laboratoire. Ce travail a pour objectif de compléter la description méthodologique de cette publication par l’expérience de notre propre mise au point et des caractéristiques méthodologiques que nous avons retenues pour sa mise en œuvre au laboratoire.

Matériel et méthodes

Réactifs

Les solutions d’acide sulfurique (H2SO4) à 95-97 %, d’acide nitrique (HNO3) à 65 %, d’acide perchlorique (HClO4) à 70-72 %, l’hydroxyde de sodium (NaOH) en pastilles, le chlorure de sodium (NaCl) et l’iodate de potassium (KIO3) proviennent de VWR International (Fontenay-sous-Bois, France). Le persulfate d’ammonium ((NH4)2S2O8), le sulfate d’ammonium cérique hydraté (Ce(NH4)4 (SO4)4, 4 H2O), le trioxyde d’arsenic (AsO3), la solution aqueuse de ferroïne et le thiocyanate de potassium (KSCN) sont de Sigma-Aldrich Chimie (Saint Quentin Fallavier, France). La préparation des réactifs et les procédures de dilution ont été réalisées avec de l’eau bidistillée (Aguettant, Lyon, France).

Préparation des réactifs

La solution de persulfate d’ammonium (1 mol/L) a été préparée par dissolution de 22,8 g dans 100 mL d’eau bidistillée juste avant la minéralisation des échantillons.
La solution d’arsenic (25,3 mmol/L) a été obtenue après dissolution de 2,45 g de AsO3 et de 3,5 g de NaOH dans 25 mL d’eau bidistillée. Après dissolution, 375 mL d’eau bidistillée et 2 gouttes (environ 50 µL) de phénolphtaléine ont été ajoutés. Après virage de l’indicateur coloré par addition d’une solution de H2SO4 à 95-97 % (environ 16 mL), 12,5 g de NaCl ont été ajoutés à la solution. Après dissolution complète, le volume du réactif a été ajusté à 500 mL avec de l’eau bidistillée.
La solution de sulfate d’ammonium cérique (15,8 mmol/L) a été préparée par dissolution de 886 mg de Ce(NH4)4 (SO4)4, dans une solution de H2SO4 à 1,25 mol/L pour un volume final de 100 mL.

Préparation des solutions de calibration

La solution mère A à 1 g/L (7,9 µmol/L) a été préparée par dissolution de 843 mg de KIO3 dans un volume final de 500 mL. La solution peut être conservée 2 mois à + 4 °C. Une solution mère B à 10 mg/L (0,079 µmol/L) a été obtenue par dilution de la solution mère A dans de l’eau bidistillée. Sa conservation maximale est de 2 mois à + 4 °C.
Les solutions de travail ont été obtenues à partir de la solution mère B, afin d’obtenir des concentrations finales à 50, 100 et 300 µg/L (0,40 - 0,79 - 2,36 µmol/L). Les solutions de travail ont été conservées au maximum 4 semaines à + 4 °C.

Préparation des échantillons urinaires

Les échantillons urinaires provenaient de mictions ou d’urines de 24 heures de 120 sujets (statut thyroïdien non précisé) consultant dans le service de médecine nucléaire du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière. Après homogénéisation, les échantillons ont été centrifugés 10 min à 2 500 g avant dosage. Les échantillons ont été conservés au maximum 7 jours à + 4 °C ou 3 mois à - 20 °C.

Contrôle de qualité

Le contrôle de qualité utilisé était le Lyphocheck® Quantitative Urine Control Abnormal Level II (Biorad). En absence de détermination de la valeur de l’iodurie par le fabricant, celle-ci a été préalablement mesurée quantitativement sur Autoanalyser II® Technicon. La concentration d’iodures mesurée était de 110 µg/L (0,869 µmol/L) avec un coefficient de variation intrasériel inférieur à 5 % (n = 10) et intersériel inférieur à 5 % (n = 30).

Détermination semi-quantitative

Pour la minéralisation, 200 µL de calibrant, échantillon urinaire ou contrôle ont été distribués dans des tubes en verre de qualité Pyrex® (dimension 13 x 100 mm) et à bouchon à vis avec joint. Après addition de 1 mL de persulfate d’ammonium à 1 mol/L, les tubes ont été agités puis placés 90 min à 95 °C dans un bloc chauffant Hycel Thermal Block® (Hycel Inc., Houston Texas). Après incubation, les tubes ont été refroidis sous un jet d’eau froide ou maintenus 1 heure à + 4 °C. Après homogénéisation, 1 mL d’une solution de AsO3 à 25,3 mmol/L, 1 mL d’une solution de H2SO4 à 10 M et 100 µL d’une solution aqueuse de ferroïne ont été ajoutés successivement à chaque tube. Après agitation, le milieu réactionnel devient rouge en présence de la ferroïne. L’addition de 200 µL d’une solution de sulfate ammoniacal cérique à 15,8 mmol/L dans tous les tubes, et de manière très rapide (< 20 s par série), conduit à une coloration bleue du milieu réactionnel. Les tubes sont agités fortement dans un délai très court : le décompte du temps de développement de la réaction est déclenché. Il est arrêté lorsque la couleur du milieu réactionnel vire du bleu au violet. Les temps obtenus avec les échantillons urinaires sont comparés à ceux obtenus avec les calibrants. Les valeurs de ces derniers définissent les intervalles de concentrations au sein desquels les échantillons sont classés en fonction de leur propre temps de virage.

Interférences analytiques

La principale interférence analytique observée avec la réaction colorimétrique de Sandell et Kolthoff concerne les thiocyanates, en raison de leur fréquence d’apport parfois importante dans l’alimentation et au cours du tabagisme actif.
Pour évaluer l’influence des thiocyanates sur la méthode semi-quantitative, un échantillon urinaire a été surchargé avant la minéralisation, par une solution de thiocyanate de potassium conduisant à une concentration finale en thiocyanates comprise entre 36 et 1 000 µmol/L. L’iodurie de l’échantillon a été préalablement dosée à 156 µg/L (1,23 µmol/L).
Afin d’apprécier l’influence des thiocyanates provenant du métabolisme de l’acide cyanhydrique présent dans la fumée de cigarette, la détermination semi-quantitative de l’iodurie a été réalisée sur des urines de fumeurs de cigarettes (n = 15), dont la concentration urinaire de thiocyanates préalablement dosée était comprise entre 250 et 500 µmol/L [11].

Définition des intervalles de concentration d’iodures urinaires

Essentiellement utilisée dans un contexte épidémiologique, l’iodurie est plus fréquemment exprimée en µg/L qu’en unités du système international (µmol/L). Dans ce travail, les deux unités ont été représentées (facteur de conversion 1 µg/L = 0,0079 µmol/L).
Les intervalles de valeurs d’iodurie utilisées dans ce travail proviennent des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé [10, 12]. Un apport normal et régulier en iode (et en absence de pathologie thyroïdienne) conduit à une valeur d’iodurie comprise dans l’intervalle de concentration de [100-300 µg/L] ([0,79-2,36 µmol/L]). Les carences modérées et légères, et les surcharges sont définies pour les intervalles de concentration respectifs : [ < 50 µg/L] ([ < 0,4 µmol/L]), [50-100 µg/L] ([0,4-0,79 µmol/L]), et [ > 300 µg/L] ([ > 2,36 µmol/L]).

Détermination de la sensibilité et de la spécificité de la méthode semi-quantitative

La sensibilité (Se) et la spécificité (Sp) de la méthode semi-quantitative à discriminer des valeurs normales, des états de carence (< 100 µg/L ou < 0,79 µmol/L) ou de surcharge (valeur d’iodurie > 300 µg/L ou > 2,36 µmol/L), ont été calculées selon les formules : Se = vrais positifs / (vrais positifs + faux négatifs) et Sp = vrais négatifs / (vrais négatifs + faux positifs). Les critères définis pour cette étude sont regroupés dans le tableau Ia.

Tableau IDépistage des états de carence légère à modérée et surcharge en iode par la détermination semi-quantitative de l’iode urinaire.

a. Définition des critères

Résultats par la méthode quantitative Résultats par la méthode semi-quantitative
Vrai positif VP
carence < 100 µg/L < 100 µg/L
surcharge > 300 µg/L > 300 µg/L
Vrai négatif VN 100-300 µg/L 100-300 µg/L
Faux positifs FP
carence 100-300 µg/L < 100 µg/L
surcharge 100-300 µg/L > 300 µg/L
Faux négatifs FN
carence < 100 µg/L 100-300 µg/L ou > 300 µg/L
surcharge > 300 µg/L < 100 µg/L ou 100-300 µg/L
Semi-quantitatif Carence Apport suffisant Surcharge
Quantitatif
Carence VP = 50 FN = 5 FN = 0
Apport suffisant FP = 2 VN = 27 FP = 0
Surcharge FN = 0 FN = 0 VP = 36
L’iodurie des échantillons urinaires (n = 120) a été déterminée quantitativement par l’Autoanalyser®Technicon puis semi-quantitativement avec la méthode utilisant l’indicateur d’oxydo-réduction la ferroïne. En cas d’apport suffisant en iode, l’iodurie est comprise entre 100 et 300 µg/L (0,79 et 2,36 µmol/L). Une carence légère à modérée en iode est définie pour une iodurie < 100 µg/L (0,79 µmol/L) et une surcharge pour une iodurie > 300 µg/L (2,36 µmol/L).

Dosage quantitatif par la méthode de Sandell et Kolthoff

Le dosage colorimétrique sur l’appareil Autoanalyser II® Technicon (Technicon Insrument Corp., Tarrytown, NY) comprend une minéralisation préalable des échantillons urinaires en milieu acide (mélange acide sulfurique / acide nitrique / acide perchlorique) à environ 360 °C. Le développement de la réaction colorée se fait à 56 °C sous agitation continue, et la lecture de la variation d’absorbance en continu à 410 nm [13].

Résultats

Optimisation et standardisation des conditions opératoires

Afin d’optimiser et de standardiser le dosage, les conditions de température et de durée de minéralisation ont été l’objet de travaux préliminaires. L’influence de la durée de minéralisation a été étudiée sur quatre échantillons urinaires dont la valeur d’iodurie a été préalablement déterminée sur Autoanalyser® II Technicon. Nos résultats ont montré qu’une minéralisation de 60 min sous-estime l’iodurie pour deux des quatre échantillons urinaires par rapport à une minéralisation de 90 min (tableau II).

Tableau IIInfluence de la durée de minéralisation sur la détermination semi-quantitative de la concentration urinaire.

Dosage quantitatif Méthode semi-quantitative
Temps de minéralisation
60 min 90 min
U 1 146 µg/L [100-300 µg/L] [100-300 µg/L]
U 2 104 µg/L [50-100 µg/L] [100-300 µg/L]
U 3 120 µg/L [50-100 µg/L] [100-300 µg/L]
U 4 258 µg/L [100-300 µg/L] [100-300 µg/L]

Les échantillons urinaires (200 µL) ont été dilués dans une solution de persulfate d’ammonium à 1 mol/L (1 000 µL) puis minéralisés à 95 °C pendant 60 et 90 min. Les intervalles de concentration ont été calculés à partir des temps de virage de l’indicateur d’oxydation réduction des échantillons et en comparaison avec le temps de virage des calibrants. Les résultats discordants sont indiqués en italique.
Pour l’étude de l’influence de la température, les tubes ont été refroidis après minéralisation soit sous jet d’eau froide soit par maintien à + 4 °C pendant 1 h. Ainsi, avant dosage, la température du milieu réactionnel était soit de 45 °C, soit de 4 °C. L’abaissement de la température à 4 °C entraîne une augmentation du temps d’apparition du virage, surtout pour des ioduries inférieures à 100 µg/L (0,79 µmol/L) (figure 1a).
Le persulfate d’ammonium est un oxydant doux instable en milieu aqueux. Nous avons étudié l’influence d’une conservation limitée dans le temps de la solution de persulfate d’ammonium sur la courbe d’étalonnage de la détermination semi-quantitative. La solution de persulfate d’ammonium a été préparée soit extemporanément soit 60 min avant la minéralisation. Le vieillissement de la solution a conduit à un sus-décalage de la courbe pouvant induire une erreur d’interprétation des résultats avec un risque de sur-estimation des valeurs surtout dans la zone proche de 100 µg/L (0,79 µmol/L) (figure 1b).
Il nous est apparu nécessaire de standardiser la lecture du virage. L’homogéinisation du milieu réactionnel a été obtenue par agitation juste après l’ajout de la solution de sulfate cérique ammoniacal. Comme il peut être observé avec d’autres indicateurs colorés, le virage débute à un point du tube pour s’étendre à l’ensemble du milieu réactionnel. Une agitation du tube en cours de développement de la coloration peut modifier la vitesse d’apparition du virage complet. Pour limiter les facteurs aléatoires et dépendants de l’opérateur et améliorer les performances analytiques de la méthode, nous avons choisi de ne pas agiter les tubes en cours de développement de la coloration violette. L’arrêt du chronomètre a ainsi été effectué lorsque l’ensemble du milieu réactionnel était violet.

Les conditions opératoires retenues ont donc été finalement les suivantes : une minéralisation à 95 °C pendant 90 min en présence d’une solution de persulfate d’ammonium préparée extemporanément, suivie d’un refroidissement à + 4 °C. La figure 2 témoigne de la régularité des courbes obtenues à partir des temps de lecture, en utilisant ces conditions opératoires.

Répétabilité et reproductibilité

La répétabilité (n = 10) a été établie à partir de trois échantillons urinaires ayant une iodurie de 36 µg/L (0,28 µmol/L), 156 µg/L (1,23 µmol/L) et 408 µg/L (3,22 µmol/L). Toutes les déterminations de la valeur d’iodurie ont été lues dans les intervalles de concentration correspondants.
La reproductibilité a été établie sur 20 jours avec le contrôle Lyphocheck®. La valeur de l’iodurie était de 110 µg/L (0,87 µmol/L). Le contrôle urinaire a été lu pour 19 mesures dans l’intervalle de concentration [100-300 µl/L] [0,79-2,36 µmol/L], et 1 dans l’intervalle [50-100 µg/L] [0,40-0,79 µmol/L].

Interférences avec les thiocyanates

La présence de thiocyanates jusqu’à une concentration de 1 000 µmol/L n’interfère pas dans la détermination de l’iodurie par la méthode semi-quantitative. De plus, aucune discordance n’a été observée sur les 15 urines des fumeurs analysées indiquant une absence d’interférence par les thiocyanates urinaires. Ces résultats sont en accord avec la littérature pour une méthode cérimétrique couplée à une minéralisation par le persulfate d’ammonium [8, 10].

Comparaison avec la méthode quantitative

L’iodurie des 120 échantillons a été évaluée par la méthode semi-quantitative puis dosée par l’Autoanalyseur® II Technicon. Cent neuf échantillons (91 %) ont été lus dans les intervalles de concentration correspondants à la valeur déterminée par la méthode quantitative (tableau III). Aucune erreur de classement des échantillons n’est observée dans le cas de dépistage d’une surcharge en iode.

Tableau IIIRécapitulatif des résultats obtenus par la méthode semi-quantitative.

Carence modérée
< 50 µg/L
< 0,40 µmol/L
Carence légère

50-100 µg/L

0,40-0,79 µmol/L
Apport adéquat

100-300 µg/L

0,79-2,36 µmol/L
Surcharge

> 300 µg/L

> 2,36 µmol/L
Bien classés n = 25 n = 21 n = 27 n = 36
Mal classés n = 3(1) n = 2(2) n = 5(4) n = 0
n = 1(3)

L’iodurie de 120 échantillons urinaires a été dosée quantitativement sur l’AutoAnalyseur® II Technicon, et déterminée semi-quantitativement par la méthode utilisant l’indicateur d’oxydo-réduction, la ferroïne. En cas d’apport suffisant en iode, l’iodurie est comprise entre 100 et 300 µg/L (0,79 et 2,36 µmol/L). Les états de carence légère ou modérée en iode sont définis pour une iodurie de 50-100 µg/L (0,40-0,79 µmol/L) et < 50 µg/L (0,40 µmol/L) respectivement ; une surcharge pour une iodurie > 300 µg/L (2,36 µmol/L). Les résultats sont classés en considérant le dosage quantitatif comme référent.
1) 3 échantillons urinaires dosés à 80, 64 et 86 µg (0,63-0,51 et 0,68 µmol/L) et classés < 50 µg/L (< 0,40 µmol/L) ; 2) 2 échantillons urinaires dosés à 125 et 132 µg (0,99 et 104 µmol/L) et classés en 50-100 µg/L (0,40-0,79 µmol/L) ; 3) 1 échantillon urinaire dosé à 36 µg (0,28 µmol/L) et classé en 50-100 µg/L (0,40-0,79 µmol/L) ; 4) 5 échantillons urinaires dosés à 90, 80, 84, 72 et 88 µg/L (0,71-0,63-0,66-0,57 et 70 µmol/L) et classés en 100-300 µg/L (0,79-2,36 µmol/L).

Sensibilité et spécificité de la méthode semi-quantitative

À partir des résultats obtenus avec les échantillons urinaires (n = 120), ont été déterminées la sensibilité et la spécificité de la méthode semi-quantitative à dépister des états de carence légère à modérée (iodurie < 100 µg/L ou 0,79 µmol/L), ou de surcharge en iode selon les critères définis au préalable (tableau Ia).
La sensibilité et la spécificité de la méthode semi-quantitative ont été de 91 % et de 93 % respectivement pour le dépistage d’une carence. Dans un contexte de dépistage d’une surcharge, elles ont été de 100 %.

Commentaires

Le dosage quantitatif de l’iodurie s’appuie sur des techniques complexes et de mise en œuvre délicate. Des méthodes alternatives à la technique automatisée utilisée sur un analyseur en flux continu ont été proposées mais elles ne correspondent pas toujours à l’ensemble des impératifs de dosage de l’iode en biologie clinique : activation neutronique et spectrométrie de masse avec dilution isotopique, électrochimie avec des électrodes spécifiques des iodures, chromatographie en phase gazeuse ou chromatographie liquide en phase inverse par appariement d’ions [1, 14, 15]. Ces techniques nécessitent souvent un matériel très spécifique et coûteux.
La détermination semi-quantitative de l’iode urinaire avec l’indicateur coloré d’oxydo-réduction, la ferroïne, s’avère être une méthode de bonne spécificité et sensibilité pour le dépistage d’un apport inadapté en iode chez les sujets (carence ou surcharge). Ce test semi-quantitatif présente les avantages suivants : court délai d’exécution, pas de nécessité d’un appareillage spécifique, facilité de mise en œuvre, faible coût. Il peut facilement être adapté en laboratoire de biologie médicale. Une standardisation du protocole opératoire à toutes les étapes est nécessaire pour faciliter la lecture du virage de coloration et limiter les facteurs dépendants de l’opérateur. Dans ces conditions, les résultats de notre laboratoire sont en accord avec la récente publication de Gnat et al. [10]. Celle-ci montre que, selon les critères définis par l’OMS, 90 % des carences légères (iodurie entre 50 et 100 µg/L ou 0,40-0,79 µmol/L) ou modérées (iodurie < 50 µg/L ou 0,40 µmol/L) et 100 % des surcharges (iodurie > 300 µg/L ou 2,36 µmol/L) sont détectées. Ces résultats apparaissent satisfaisants pour une méthode semi-quantitative.
L’intérêt de ce test est donc de pouvoir donner au clinicien une orientation fiable sur l’origine d’une dysthyroïdie dans un délai court. La connaissance d’une surcharge en iode pourra dans certains cas permettre de limiter des prescriptions inutiles ou difficilement interprétables dans ce contexte. Le développement de ce test semi-quantitatif pourrait prendre son importance dans le cadre du dépis-tage des carences en iode dans une population ou un groupe à risque (femmes enceintes, nouveau-nés) et dans le contrôle de l’efficacité d’une supplémentation collective.

Références

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b. Résultats


 

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