ARTICLE
Auteur(s) : E. Ombandza-Moussa, E. Dussaix, A.M.
Roque-Afonso
Laboratoire de virologie, Hôpital Paul Brousse, Université Paris
XI, 12, avenue Paul Vaillant Couturier, 94804 Villejuif
Article reçu le 11 août 2003, accepté le 13 octobre
2003
Les techniques sérologiques sont insuffisantes pour affirmer le
caractère actif d’une infection par le virus de l’hépatite delta
(VHD). L’infection active peut être montrée par la présence de
l’antigène delta (Ag HD) par immuno-histochimie sur des biopsies
hépatiques. Mais la détection de l’ARN viral dans le sérum ou le
plasma peut être réalisée par des techniques de biologie
moléculaire et permet de façon non invasive de déterminer si une
infection est active ou non [1]. Il n’existe pas actuellement de
trousse commercialisée ni de technique moléculaire consensus
standardisée. Les techniques d’hybridation moléculaire (northern
blot) de sensibilité insuffisante sont abandonnées au profit
des techniques d’amplification de la cible où, après une étape de
transcription inverse (RT) de l’ARN en ADN complémentaire, une
courte région du génome viral est amplifiée par réaction de
polymérisation en chaîne (PCR) [2]. En l’absence de standard de
quantification, la comparaison des sensibilités affichées des
techniques déjà publiées est difficile. Pour augmenter la
sensibilité, certains auteurs font appel à la PCR nichée qui
comporte un risque important de contamination. Mais le plus
souvent, c’est par l’hybridation du produit d’amplification avec
une sonde marquée que la sensibilité de la technique est améliorée.
Cette étape d’hybridation permet également de confirmer la
spécificité de l’amplification. Dans toutes ces techniques, l’étape
de transcription inverse est réalisée de façon indépendante et il
est nécessaire de transférer l’ADN complémentaire vers le tube où
se réalisera l’amplification.
L’objectif de ce travail a été de mettre au point une méthode
simple et rapide où la transcription inverse et la PCR sont
effectuées dans le même tube (RT-PCR One-step), suivie d’une
hybridation des produits d’amplification par une sonde spécifique.
Nous l’avons comparée à une technique où la RT et la PCR se font
séparément.
Matériels et méthodes
Échantillons
Quarante-sept sérums ou plasmas provenant de 41 patients
ont été testés dans cette étude. Ces échantillons ont été conservés
à – 20 °C dans la sérothèque du laboratoire de
virologie.
Dix-sept patients avaient des anticorps anti-VHD : il
s’agissait de 5 femmes et 12 hommes âgés de 30 à
61 ans (moyenne 47,6 ± 8,4 ans) et suivis au
centre hépatobiliaire de l’hôpital Paul Brousse pour hépatite
chronique (n = 6) ou cirrhose (n = 11). Trois
d’entre eux étaient également infectés par le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH). Les dossiers cliniques,
radiologiques (échographie), biologiques (ALAT) et
anatomo-pathologiques ont été revus pour cette étude. Douze sujets
suivis en médecine du travail (anticorps VHB, VHC, et VIH négatifs)
ont constitué notre groupe de témoins négatifs. Douze patients
infectés par un virus hépatique autre que le VHD ont également été
étudiés : hépatite B (n = 5), hépatite C
(n = 5) et hépatite G (n = 2).
Un échantillon d’ARN VHD extrait de tissu hépatique de marmotte a
été fourni gracieusement par le professeur Paul Dény. Le titre de
cet échantillon a été calculé en estimant que l’ARN du VHD
représente de 0,01 à 0,3 % de l’ARN hépatique total soit
6 × 106 – 1,8 × 108
équivalents génomes/µL d’extrait [3].
Marqueurs virologiques
Tous les patients ont bénéficié de sérologies VHB (DiaSorin,
Sienne, Italie), VHC (Innogenetics, Gent, Belgique) et VIH (Dade
Behring, Marburg, Allemagne et Biorad, Marnes-la-coquette, France).
Chez les patients porteurs de l’antigène HBs, l’Ag HD, les IgM
anti-VHD, et les anticorps anti-VHD totaux ont été recherchés par
des techniques Elisa (DiaSorin).
L’infection active par d’autres virus hépatiques était définie par
la présence d’ARN VHC (Cobas Amplicor HCV, Roche Diagnostics,
Meylan, France), d’ARN VHG ou d’ADN VHB (Quantiplex HBV-DNA, Bayer
Diagnostics, Eragny, France).
La recherche d’ARN delta est pratiquée en routine dans le service
de virologie de l’hôpital Avicenne (professeur Dény). Les résultats
de ce laboratoire ont été pris comme référence pour notre mise au
point.
Extraction de l’ARN
L’ARN est extrait à partir de 140 µL de sérum ou de plasma
à l’aide du kit QIAamp® viral RNA (QIAgen, Les Ulis,
France) selon les instructions du fabricant. Les extraits sont
repris dans 60 µL de tampon d’élution puis aliquotés, et
conservés à – 80 °C.
Choix des amorces et de la sonde
L’alignement des séquences nucléotidiques d’une dizaine
d’isolats grâce au logiciel ClustalW a permis de choisir une zone
conservée que nous avons soumise au logiciel Primer 3 pour obtenir
des amorces et une sonde d’hybridation. L’amorce sens HDV1
(nucléotides : 679-699 ; 5’-CGC GTT CCA TCC TTT CTT
AC-3’) est situé dans la séquence autocatalytique génomique,
l’amorce antisens HDV2 (nucléotides : 959-979 ; 5’-TGA
ATA AAG CGG GTT TCC AC-3’), dans le site de polyadénylation et la
sonde HDV3 (nucléotides : 920-940 ; 5’-CCC GAA GAG GAA
AGA AGG AC-3’) est proche de la séquence autocatalytique
antigénomique (figure
1). La numérotation des nucléotides correspond à la
séquence du génome VHD publiée par Makino et al. [4]. Pour
permettre la révélation du produit d’amplification par hybridation,
l’amorce antisens est biotinylée en 3’ et la sonde est
digoxigéninée en 5’. Les amorces sont reconstituées à une
concentration de 12,5 pmol/µL et la sonde à une concentration
de 1 pmol/µL. Les aliquotes sont conservées à
– 20 °C.
RT-PCR en deux étapes
La transcription inverse est effectuée à l’aide du kit cDNA
synthesis for RT-PCR (Roche Diagnostics) à partir de 5 µL
d’ARN extrait, dans un volume de 20 µL. Cette étape dure
90 minutes. La PCR s’effectue dans un volume final de
50 µL à partir de 2 µL d’ADNc. L’utilisation d’un
anticorps anti-Taq (Clontech, Saint-Quentin Yvelines,
France) permet d’augmenter l’efficacité et la spécificité de la
réaction d’amplification réalisée à l’aide de la Taq polymérase
(Pharmacia Biotech, Orsay, France). Cette dernière n’est active
qu’après dénaturation du complexe antigène-anticorps par chauffage
à 95 °C. Le protocole d’amplification comporte 40 cycles
et dure plus de 120 minutes.
RT-PCR One-step
Le kit One-step RT-PCR de QIAgen a été utilisé selon les
instructions du fabricant : 2 à 7 µL d’ARN extrait sont
ajoutés au mélange réactionnel pour un volume final de 50 µL.
Les enzymes réalisant la RT et la PCR sont présentes dans le même
tube tout au long de la réaction. La transcription inverse est
effectuée par une incubation de 30 minutes entre 50 °C et
60 °C. Inactive aux températures où s’effectue la RT, la
Taq polymérase HotStart est activée par une
incubation de 15 minutes à 95 °C et assure ensuite une
amplification de 40 cycles. La durée totale de la RT-PCR est
de 165 minutes. L’optimisation de cette technique nous a
conduit à tester les différents protocoles décrits dans le tableau I.
Tableau I. Paramètres modifiés lors
de l’optimisation de la RT-PCR One-Step et comparaison avec la
RT-PCR deux étapes.
|
RT-PCR deux étapes |
RT-PCR One-step |
|
(protocole A) |
(protocole B) |
(protocole C) |
(protocole D) |
|
Volume d’ARN extrait |
5 µL |
2 µL |
2 µL |
7 µL |
7 µL |
|
Température de RT |
42 °C |
50 °C |
60 °C |
60 °C |
60 °C |
|
Autres |
|
|
|
|
Diméthylsulfoxide (DMSO) 1 % |
Témoins de contamination
La survenue d’éventuelles contaminations est contrôlée à chaque
étape : 140 µL d’eau sont extraits en même temps que les
échantillons, constituant ainsi le témoin d’extraction. Un témoin
de contamination du mélange réactionnel est réalisé en remplaçant
dans l’un des tubes l’extrait ARN par un volume d’eau équivalent.
Ces témoins suivent ensuite toutes les étapes comme des
échantillons habituels.
Détection des produits d’amplification des deux
techniques
Les produits d’amplification sont visualisés après
électrophorèse en gel d’agarose à 2 %. La taille du produit
amplifié est de 300 paires de base. Les amplicons sont
également révélés par hybridation en milieu liquide suivant une
technique précédemment décrite [5] : les produits
d’amplification biotinylés en 3’ sont déposés sur une microplaque
avidinée. Après l’incubation, ils sont dénaturés par la soude à
0,25 M et le brin sens est éliminé par lavage. La sonde HDV3
complémentaire du brin antisens et digoxigéninée est ajoutée. Après
incubation à 37 °C, le complexe est révélé à l’aide d’un
anticorps anti-digoxigénine (Roche Diagnostics) couplé à la
phosphatase alcaline. L’addition de para-nitrophényl phosphate
(Sigma diagnostics, Saint-Quentin Fallavier, France), substrat de
la phosphatase alcaline, permet le développement d’une coloration
jaune mesurée au spectrophotomètre à 405 nm. Le seuil de
positivité de la technique a été déterminé de manière classique
pour un test Elisa : moyenne des densités optiques (DO) du
blanc de réaction plus trois déviations standards. Une densité
optique supérieure à 0,150 correspond à un résultat positif.
Les densités optiques obtenues ne sont pas proportionnelles à la
quantité de matrice présente dans l’échantillon, la technique
n’étant pas quantitative.
Résultats
Optimisation de la RT-PCR One-step et performances
Les résultats de la RT PCR en deux étapes et du protocole A de
la RT-PCR One-step sur 10 échantillons étaient concordants
dans 9 cas/10 : 5 échantillons négatifs
(DO < 0,150) et 4 positifs. L’échantillon
discordant était positif en RT-PCR deux étapes
(DO = 0,519) mais négatif en RT-PCR One-step
(DO = 0,149). L’augmentation de la température de RT
(protocole B) n’a pas modifié les résultats (DO = 0,142).
En revanche, l’augmentation de la quantité d’extrait ajouté au
mélange réactionnel (protocole C) a permis de détecter par RT-PCR
One-step la présence du génome viral de cet échantillon
(DO = 0,198). Le protocole C a ensuite été utilisé pour
tester la sensibilité de la technique One-Step.
L’échantillon titré WHV s’est avéré détectable jusqu’à la dilution
10–4 par RT-PCR en deux étapes et jusqu’à la dilution
10–5 par RT-PCR One-step, soit 420 copies/tube
(figure 2).
L’addition de DMSO, supposé « déplier » les structures
secondaires des acides nucléiques, n’a pas amélioré la sensibilité
de la RT-PCR One-Step et donc le protocole C a été adopté pour la
suite (tableau II). La dilution
10–5 de l’échantillon titré WHV a été trouvée positive
dans 5 séries de manipulations réalisées avec des lots de
réactifs différents, montrant la reproductibilité inter-essai de la
technique.
Tableau II. Densités optiques
obtenues lors des tests de sensibilité des différentes techniques
de RT-PCR utilisées dans notre étude.
|
Nombre de copies estimé de l’échantillon titré WHV :
6 × 106
– 1,8 × 108/µL |
RT-PCR One-step (protocole C) |
RT-PCR deux étapes |
RT-PCR One-step (protocole D) |
|
Pur |
3,100 |
1,970 |
Non testé |
|
Dilution 10–1 |
3,029 |
1,756 |
Non testé |
|
Dilution 10–2 |
2,877 |
1,442 |
Non testé |
|
Dilution 10–3 |
1,223 |
1,103 |
1,703 |
|
Dilution 10–4 |
0,879 |
0,607 |
0,904 |
|
Dilution 10–5 |
0,202 |
0,112 |
0,261 |
|
Dilution 10–6 |
0,057 |
0,051 |
0,059 |
Tous les échantillons de sérums ou plasmas provenant de sujets
témoins et des patients atteints d’hépatites virales autres que
liées au VHD ont été trouvés négatifs par RT-PCR One-step
(protocole C) avec des DO = 0,050. Aucune réaction
croisée n’est observée entre les génomes viraux VHB, VHC, VHG et
les amorces ou la sonde VHD utilisées.
Application clinique
Les 17 patients étudiés avaient tous un antigène HBs
positif, des anticorps totaux anti-VHD positifs et un antigène HD
indétectable (tableau III). L’ARN VHD
a été détecté par RT-PCR One-step chez 15 de ces 17 patients,
résultats concordants avec la virologie d’Avicenne. Seulement 7 de
ces 15 patients avaient des IgM anti-VHD positifs.
Tableau III. Caractéristiques
démographiques, cliniques et biologiques des 17 patients
anti-VHD positif.
|
|
Sexe |
Âge |
Origine |
Mode de contamination |
Histologie |
ALAT
(UI/L) |
IgM VHD |
ARN VHD |
ADN VHB* (pg/mL) |
Remarques |
|
1 |
M |
30 |
Turquie |
Inconnu |
Cirrhose |
125 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
2 |
M |
48 |
Cameroun |
Inconnu |
Cirrhose |
76 |
– |
+ |
< 3 |
|
|
3 |
M |
45 |
France |
Sexuel |
Cirrhose |
43 |
– |
+ |
1 200 |
VIH+ (CD4 < 20 mm3) |
|
4 |
M |
56 |
Grèce |
Inconnu |
Hépatite chronique active |
84 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
5 |
M |
48 |
Italie |
Familial |
Hépatite chronique active |
65 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
6 |
M |
54 |
Italie |
Inconnu |
Cirrhose |
211 |
– |
+ |
< 3 |
|
|
7 |
F |
50 |
Italie |
Inconnu |
Cirrhose |
179 |
– |
+ |
< 3 |
13 ans post-TH |
|
8 |
M |
41 |
France |
Sexuel |
Hépatite chronique active |
51 |
– |
+ |
< 3 |
VIH+ (CD4 > 200 mm3) |
|
9 |
F |
32 |
Turquie |
Sexuel |
Hépatite chronique active |
67 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
10 |
M |
48 |
France |
Toxicomanie |
Cirrhose |
300 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
11 |
M |
46 |
Italie |
Inconnu |
Hépatite chronique active |
34 |
+ |
+ |
< 3 |
12 ans post-TH |
|
12 |
M |
38 |
France |
Toxicomanie |
Cirrhose |
123 |
– |
+ |
< 3 |
VIH+ (CD4 > 200 mm3) |
|
13 |
M |
57 |
Algérie |
Inconnu |
Cirrhose |
107 |
+ |
+ |
< 3 |
|
|
14 |
M |
61 |
Italie |
Inconnu |
Cirrhose |
162 |
– |
+ |
< 3 |
14 ans post-TH |
|
15 |
F |
53 |
France |
Inconnu |
Hépatite chronique active |
258 |
– |
+ |
< 3 |
7 mois post-TH |
|
16 |
F |
52 |
Roumanie |
Inconnu |
Cirrhose |
57 |
– |
– |
< 3 |
|
|
17 |
M |
50 |
Turquie |
Inconnu |
Cirrhose |
174 |
– |
– |
< 3 |
|
* L’ADN VHB est quantifié par la technique quantiplex HBV DNA
1.0 (Bayer Diagnostics).
Seul le patient n° 3, parmi les 15 virémiques pour le
VHD, avait un ADN VHB détectable. Ce patient était également
infecté par le VIH.
Le taux de transaminases était élevé chez 14 des 15 patients
ARN VHD positif et chez les 2 patients non virémiques. Seul le
patient n° 11 a des transaminases normales.
Discussion
Plusieurs études ont montré l’intérêt de la RT-PCR pour le
diagnostic et le suivi des patients infectés par le VHD [1]. La
RT-PCR One-step mise au point ici apparaît comme une technique
rapide, spécifique, reproductible et de sensibilité cliniquement
suffisante, puisque aucune discordance n’a été relevée lors de
l’analyse des échantillons cliniques entre nos résultats et ceux du
laboratoire de virologie de l’hôpital Avicenne, où l’ARN VHD est
recherché en routine.
L’optimisation d’une technique fait appel à la variation de
plusieurs paramètres tels que la procédure d’extraction de l’ARN,
le choix des amorces, des enzymes, l’adjonction d’agents
dénaturants lors de l’amplification, etc. [2, 6]. Parmi les
techniques de détection de l’ARN VHD décrites, beaucoup utilisent
le phénol-chloroforme. Ce procédé efficace nécessite l’utilisation
de produits toxiques et de nombreuses manipulations. En revanche,
le kit d’extraction sur microcolonnes de silice utilisé ici permet
une extraction reproductible et rapide (moins de 30 minutes).
Dinolfo et al. ont montré que l’étape limitante de la
détection du VHD pouvait être la transcription inverse [6]. Les
réactions de transcription inverse décrites durent de 30 à
60 minutes et utilisent des enzymes travaillant entre
37 °C à 45 °C. Le choix d’une région susceptible d’être
rétro-transcrite tient compte de sa conservation parmi les
différents isolats, mais également des structures secondaires
possibles, liées à un fort pourcentage de guanines et de cytosines
dans le génome. Nous avons placé nos amorces sur des régions très
conservées (ribozymes) mais très structurées, ce qui a pu limiter
la sensibilité de notre technique One-step bien que la RT soit
réalisée par l’association de deux enzymes actives à des
températures allant de 50 à 60 °C, ce qui permet souvent de
résoudre ce problème. La réalisation de la réaction de RT et de la
réaction de PCR dans le même tube élimine l’ouverture des tubes
entre ces deux étapes et réduit de ce fait le risque de
contamination, le nombre de manipulations et le temps nécessaire à
leur exécution par rapport aux techniques précédemment décrites. Un
autre avantage théorique de la RT-PCR One-Step est le fait que tout
l’ADN complémentaire synthétisé lors de la RT est utilisé pour
l’amplification, sensibilisant ainsi la technique. De manière
générale notre technique One-step est plus rapide,
2 h 45 comparé à une moyenne de 4 heures pour
les autres techniques. La révélation des amplicons faite par
électrophorèse en gel d’agarose est parfois suivie d’une
hybridation. Les premières sondes utilisées étaient radiomarquées
et permettaient d’augmenter la sensibilité [2, 7]. Plus récemment,
Dinolfo rapporte l’utilisation d’une sonde biotinylée comme dans
notre étude qui augmente peu la sensibilité mais vérifie la
spécificité du produit d’amplification [6]. Certains auteurs
s’affranchissent de l’utilisation d’une sonde, notamment en RT-PCR
nichée [8].
La sensibilité des techniques publiées est très difficile à
comparer du fait de l’absence d’un standard. La sensibilité de
notre technique a été estimée sur des dilutions séquentielles d’un
extrait d’ARN delta provenant du foie d’une marmotte infectée. La
concentration en ARN delta de cet échantillon a elle-même été
estimée. C’est ainsi que nous arrivons à un seuil de détection de
420 copies/tube. En extrapolant au sérum extrait par la
technique QIAgen, elle serait de 30 000 copies/mL. La
sensibilité n’a pas été améliorée par l’addition de DMSO, agent
dénaturant, ni par l’augmentation de la température. Une RT-PCR
ciblée sur des régions conservées du génome, mais moins structurées
que les sites autocatalytiques, pourrait augmenter la sensibilité
de notre technique. Comme dans toutes les techniques publiées, il
nous a manqué un contrôle interne de réaction susceptible
d’apporter la preuve d’absence d’inhibiteurs de PCR.
La RT-PCR One-step a permis de détecter l’ARN VHD chez 15 des
17 patients anti-VHD positifs, suivis au centre
hépatobiliaire. La présence d’ARN VHD est associée à l’absence
d’ADN VHB chez 14 patients sur 15 montrant l’inhibition
habituelle de la réplication du VHB par le VHD. Cette inhibition
est levée en cas d’immunodépression profonde comme montré pour le
patient n° 3, co-infecté par le VIH avec un taux de CD4
< 20/mm3 [7, 9]. Par ailleurs, moins de la
moitié des patients virémiques (7/15) avaient des IgM anti-VHD,
confirmant la faible sensibilité des IgM anti-VHD pour détecter
l’infection active [10]. La présence d’ARN VHD détectable chez les
quatre patients transplantés hépatiques montre la limite de la
prophylaxie de la récidive virale B par injection
d’immunoglobulines anti-HBs. Cette prophylaxie a réduit l’incidence
des récidives de 80 % à 20 %, toutes étiologies
confondues. Selon la littérature, la majorité des sujets ARN VHD
positif ont des taux d’ALAT élevés comparés à des sujets ARN VHD
négatif [1, 8]. Dans notre étude, le taux d’ALAT est élevé chez 16
des 17 patients, y compris chez un patient non répliquant. La
négativité de la RT-PCR associée à des transaminases élevées incite
à rechercher une autre étiologie que le VHD expliquant la cytolyse.
En effet, une suspicion de carcinome hépato-cellulaire est évoquée
chez ce patient mais l’hypothèse d’une réplication à bas niveau du
VHD ne peut être écartée [11].
Le but de notre étude était de mettre au point une méthode simple
et rapide de détection de l’ARN VHD. La RT-PCR One-step, par sa
simplicité, sa rapidité, la réduction du nombre de manipulations
peut être proposée en routine pour le diagnostic et le suivi des
patients infectés. Sa sensibilité pourrait être améliorée en
amplifiant une zone moins structurée du génome viral.
Références
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