ARTICLE
Auteur(s) : D. Kouassi1, 2, F.
Diafouka3, G.-D. Sawadogo1, 5, S.
Amari1, M. Kone4, D. Monnet3, A.
Sangarre
1 Laboratoire d'hématologie, UFR sciences
pharmaceutiques et biologiques d'Abidjan, Côte d'Ivoire
2 Laboratoire d'hématologie et immunologie, CHU de
Cocody, Abidjan, Côte d'Ivoire
3 Laboratoire de biochimie, biologie moléculaire et
biologie de la reproduction, UFR sciences pharmaceutiques et
biologiques d'Abidjan, Côte d'Ivoire
4 Service de gynécologie obstétrique, CHU de Yopougon,
Abidjan, Côte d'Ivoire
5 Service clinique et laboratoire d'hématologie, CHU de
Yopougon, Abidjan, Côte d'Ivoire.
Article reçu le 5 mai 2003, accepté le 12 août
2003
Les anticorps antiphospholipides apparaissent comme un facteur
de risque des complications gravidiques et de mort in utero
[1, 2]. Notre objectif a été de mettre à la disposition des
cliniciens ivoiriens un moyen supplémentaire d'investigation
biologique à visée étiologique par la recherche du lupus
anticoagulant.
Matériel et méthodes
De novembre 1998 à mai 1999, la présence d'anticorps
antiphospholipides a été recherchée dans le plasma, chez
68 femmes hospitalisées ou reçues en consultation dans le
service de gynécologie-obstétrique (professeur Welffens-Ekra) du
centre hospitalier universitaire (CHU) de Yopoupon à Abidjan. Il
s'agit de patientes qui présentent différentes affections pouvant
faire évoquer un syndrome des antiphospholipides. Parmi ces
affections, nous avons recensé 19 cas (27,9 %)
d'avortements spontanés à répétition, 20 cas (29,4 %) de
prééclampsie, 7 cas (10,3 %) d'hématome rétroplacentaire
et 22 cas (32,4 %) de souffrance fœtale chronique.
Comparativement, un groupe de 22 femmes enceintes apparemment
en bonne santé n'ayant présenté aucune complication ont constitué
le groupe contrôle.
Nous avons exclu les patientes sous traitement anticoagulant
(héparine ou antivitamine K) et celles dont les pertes fœtales sont
liées à une affection médicale ou surajoutée (hémoglobinopathie,
paludisme, infection génitale surtout à mycoplasme et
Gardnerella vaginalis, lupus érythémateux disséminé,
polyarthrite rhumatoïde, etc.)
La recherche des lupus anticoagulants (LA) a été effectuée selon
les recommandations du groupe de travail sur l'hémostase de la
Société française de biologie clinique [3] au moyen d'une
combinaison de tests sensibles et spécifiques selon des étapes bien
précises et à l'aide d'un coagulomètre Options 4 (bioMérieux,
France). Une étape de dépistage met en évidence l'allongement de
tests de coagulation faisant intervenir des phospholipides et
indique le niveau de l'anomalie détectée par un TCA allongé. La
deuxième étape est la mise en évidence d'un inhibiteur circulant
par l'absence de correction de l'allongement initial par l'apport
du plasma normal. La dernière étape consiste à prouver que cet
inhibiteur est bien dirigé contre les phospholipides par
l'utilisation de réactifs à forte concentration en phospholipides.
Brièvement, à partir de plasmas citratés déplaquettés, le dépistage
du LA a nécessité l'utilisation de réactifs dont le TCA sensibilisé
ou PTT-LA (Stago, France) qui comporte de la céphaline et un
activateur particulaire en milieu tamponné sensible aux
anticoagulants circulants. La détermination d'un temps de thrombine
avec le Thrombin Prest (Stago, France) a été réalisé pour s'assurer
de l'absence d'héparine dans le prélèvement et calculer l'indice de
Rosner. La confirmation de la dépendance en phospholipides de
l'inhibiteur a été recherchée d'une part, par la réalisation du
temps de thromboplastine diluée (TTD) utilisant de la néoplastine
au 1/500 en CaCl2 et, d'autre part, avec le Staclot LA
(Stago, France), test de neutralisation par des phospholipides
purifiés spécifiques des idiotypes des antiphospholipides et
insensible à l'héparine. À partir des sérums, la recherche du
facteur rhumatoïde (Humalatex) et des anticorps anti-ADN natif sur
frottis de Crithidia Luciliae (Kallestad), ont permis de préciser
le caractère primaire ou secondaire du LA.
Résultats et discussion
Les résultats obtenus ont montré chez les femmes du groupe
contrôle une absence totale des anticorps antiphospholipides. En
revanche, 8 patientes sur 68 (11,76 %) possèdent un lupus
anticoagulant (LA).
Au plan biologique, sur l'ensemble des 68 patientes, un seul
cas de TCA sensibilisé destiné au dépistage des LA (PTT-LA) allongé
a été retrouvé chez une patiente LA positive avec souffrance fœtale
chronique. Bien que réputé sensible, le PTT-LA n'a détecté que
12,5 % des patientes LA positive de notre série, 75 % des
patientes LA positives (soit 6 sur 8) avaient un test de
thromboplastine diluée (TTD) positif avec un PTT-LA normal. La
dilution de la thromboplastine se présente ainsi comme un test
essentiel et peu onéreux dans la recherche du LA. Le Staclot LA
(Stago, France) a montré une sensibilité légèrement supérieure en
confirmant la positivité d'un cas de résultat douteux au TTD
(12,5 %) (tableau I).
Tableau I. Positivité du lupus
anticoagulant (LA) en fonction des tests spécifiques.
|
Tests spécifiques |
Effectif des patientes LA (+) |
|
PTT-LA allongé non corrigé |
1
(12,5 %) |
| TTD
(+) avec PTT-LA normal |
6
(75 %) |
|
STACLOT LA (+) après TTD douteux |
1
(12,5 %) |
Dans notre série, les patientes LA positives ont été retrouvées
dans les quatre pathologies retenues en accord avec plusieurs
travaux rapportés dans la littérature [4, 5] (tableau II). De plus, la recherche dans le sérum
du facteur rhumatoïde est négative dans 100 % des cas et celle
des anticorps anti-ADN natif est positive dans un seul cas, en
faveur d'un syndrome secondaire des antiphospholipides.
Tableau II. Répartition des
patientes selon la positivité du lupus anticoagulant.
|
|
Recherche de lupus anticoagulant |
|
|
Positive |
Négative |
|
Effectif total |
8
(11,8 %) |
60 (88,2 %) |
|
Avortement spontané à répétition |
2/19 (10,5 %) |
17/19 (89,5 %) |
|
Prééclampsie |
2/20 (10 %) |
18/20 (90 %) |
|
Souffrance fœtale chronique |
3/22 (13,6 %) |
19/22 (86,4 %) |
|
Hématome rétroplacentaire |
1/7 (14,3 %) |
6/7 (85,3 %) |
Bien que les anticorps anticardiolipines soient également
impliqués dans les complications obstétricales du syndrome des
antiphospholipides, notre étude n'a porté que sur la recherche du
LA. Ce choix est le fait de la disponibilité des tests d'hémostase
de routine ou spécialisés au dépistage des LA dans nos
laboratoires. Les antécédents des patientes n'ont généralement pas
évoqué d'affection thrombotique à l'exception d'un accident
vasculaire cérébral retrouvé chez une patiente avec souffrance
fœtale chronique.
Le caractère multifactoriel des affections considérées, la
relative faiblesse de la taille de l'échantillon, la non répétition
des tests de détection dans le temps, l'impossibilité de doser
quantitativement ces anticorps n'ont pas permis de situer le niveau
de responsabilité des LA dans les manifestations cliniques
observées.
Conclusion
Nos observations suggèrent que le risque thrombotique serait une
réalité en milieu obstétrical africain. Il paraît donc important de
proposer aux gynécologues et obstétriciens la recherche des
anticorps antiphospholipides devant des manifestations cliniques
évoquant un risque thrombotique.
Références
1. Blétry O, Laraki R, Cosserat J, Wechsler B,
Piette JC. Rôle des antiphospholipides au cours des pertes fœtales.
Presse Med 1993 ; 21 : 38.
2. Douglas A, Triplett DA. Antiphospholipid
antibodies and recurrent pregnancy loss. Am J Reprod Immunol
1989 ; 20 : 52-67.
3. Working group on haemostasis of Société française
de biologie clinique. Comparison of a standardize procedure with
current laboratory practices for detection of lupus anticoagulant
in France. Thromb Haemost 1993 ; 70 : 781-6.
4. Kaleli B, Kaleli I, Aktane E, Turan C, Aksit F.
Antiphospholipid antibodies in eclamptic women. Gynaecol Obst
Invest 1998 ; 45 : 81-4.
5. Weber JC. Les complications obstétricales du
syndrome des antiphospholipides. Rev Med Interne 1977 ;
18 : 240-9.
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