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Anticorps antiphospholipides en gynécologie‐obstétrique à Abidjan : intérêt diagnostique et pronostique


Annales de Biologie Clinique. Volume 62, Numéro 2, 213-5, Mars-Avril 2004, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : D. Kouassi, F. Diafouka, G.‐D. Sawadogo, S. Amari, M. Kone, D. Monnet, A. Sangarre , Laboratoire d‘hématologie, UFR sciences pharmaceutiques et biologiques d‘Abidjan, Côte d‘Ivoire Laboratoire d‘hématologie et immunologie, CHU de Cocody, Abidjan, Côte d‘Ivoire Laboratoire de biochimie, biologie moléculaire et biologie de la reproduction, UFR sciences pharmaceutiques et biologiques d‘Abidjan, Côte d‘Ivoire Service de gynécologie obstétrique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte d‘Ivoire Service clinique et laboratoire d‘hématologie, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte d‘Ivoire. .

Résumé : Les anticorps antiphospholipides, facteurs de risque des complications gravidiques et de mort in utero ont été recherchés dans le plasma chez 68 femmes à Abidjan hospitalisées ou reçues en consultation gynécologique, comparativement à un groupe témoin de 22 femmes enceintes apparemment en bonne santé. Les femmes du groupe témoin sont toutes séronégatives, mais 8 patientes sur 68 (soit 11,76 %) dans les quatre pathologies retenues (avortement spontané à répétition, prééclampsie, hématome rétroplacentaire, souffrance fœtale chronique) possèdent le lupus anticoagulant. Le test de thromboplastine diluée a montré une sensibilité supérieure au PTT‐LA. Nos observations suggèrent que le risque thrombotique est une réalité en milieu obstétrical africain et de mettre à la disposition des gynécologues et obstétriciens, les tests biologiques pour rechercher les anticorps antiphospholipides.

Mots-clés : anticorps antiphospholipides, gynécologie, Abidjan

ARTICLE

Auteur(s) : D. Kouassi1, 2, F. Diafouka3, G.-D. Sawadogo1, 5, S. Amari1, M. Kone4, D. Monnet3, A. Sangarre

1 Laboratoire d'hématologie, UFR sciences pharmaceutiques et biologiques d'Abidjan, Côte d'Ivoire
2 Laboratoire d'hématologie et immunologie, CHU de Cocody, Abidjan, Côte d'Ivoire
3 Laboratoire de biochimie, biologie moléculaire et biologie de la reproduction, UFR sciences pharmaceutiques et biologiques d'Abidjan, Côte d'Ivoire
4 Service de gynécologie obstétrique, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte d'Ivoire
5 Service clinique et laboratoire d'hématologie, CHU de Yopougon, Abidjan, Côte d'Ivoire.

Article reçu le 5 mai 2003, accepté le 12 août 2003

Les anticorps antiphospholipides apparaissent comme un facteur de risque des complications gravidiques et de mort in utero [1, 2]. Notre objectif a été de mettre à la disposition des cliniciens ivoiriens un moyen supplémentaire d'investigation biologique à visée étiologique par la recherche du lupus anticoagulant.

Matériel et méthodes

De novembre 1998 à mai 1999, la présence d'anticorps antiphospholipides a été recherchée dans le plasma, chez 68 femmes hospitalisées ou reçues en consultation dans le service de gynécologie-obstétrique (professeur Welffens-Ekra) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Yopoupon à Abidjan. Il s'agit de patientes qui présentent différentes affections pouvant faire évoquer un syndrome des antiphospholipides. Parmi ces affections, nous avons recensé 19 cas (27,9 %) d'avortements spontanés à répétition, 20 cas (29,4 %) de prééclampsie, 7 cas (10,3 %) d'hématome rétroplacentaire et 22 cas (32,4 %) de souffrance fœtale chronique. Comparativement, un groupe de 22 femmes enceintes apparemment en bonne santé n'ayant présenté aucune complication ont constitué le groupe contrôle.
Nous avons exclu les patientes sous traitement anticoagulant (héparine ou antivitamine K) et celles dont les pertes fœtales sont liées à une affection médicale ou surajoutée (hémoglobinopathie, paludisme, infection génitale surtout à mycoplasme et Gardnerella vaginalis, lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, etc.)
La recherche des lupus anticoagulants (LA) a été effectuée selon les recommandations du groupe de travail sur l'hémostase de la Société française de biologie clinique [3] au moyen d'une combinaison de tests sensibles et spécifiques selon des étapes bien précises et à l'aide d'un coagulomètre Options 4 (bioMérieux, France). Une étape de dépistage met en évidence l'allongement de tests de coagulation faisant intervenir des phospholipides et indique le niveau de l'anomalie détectée par un TCA allongé. La deuxième étape est la mise en évidence d'un inhibiteur circulant par l'absence de correction de l'allongement initial par l'apport du plasma normal. La dernière étape consiste à prouver que cet inhibiteur est bien dirigé contre les phospholipides par l'utilisation de réactifs à forte concentration en phospholipides. Brièvement, à partir de plasmas citratés déplaquettés, le dépistage du LA a nécessité l'utilisation de réactifs dont le TCA sensibilisé ou PTT-LA (Stago, France) qui comporte de la céphaline et un activateur particulaire en milieu tamponné sensible aux anticoagulants circulants. La détermination d'un temps de thrombine avec le Thrombin Prest (Stago, France) a été réalisé pour s'assurer de l'absence d'héparine dans le prélèvement et calculer l'indice de Rosner. La confirmation de la dépendance en phospholipides de l'inhibiteur a été recherchée d'une part, par la réalisation du temps de thromboplastine diluée (TTD) utilisant de la néoplastine au 1/500 en CaCl2 et, d'autre part, avec le Staclot LA (Stago, France), test de neutralisation par des phospholipides purifiés spécifiques des idiotypes des antiphospholipides et insensible à l'héparine. À partir des sérums, la recherche du facteur rhumatoïde (Humalatex) et des anticorps anti-ADN natif sur frottis de Crithidia Luciliae (Kallestad), ont permis de préciser le caractère primaire ou secondaire du LA.

Résultats et discussion

Les résultats obtenus ont montré chez les femmes du groupe contrôle une absence totale des anticorps antiphospholipides. En revanche, 8 patientes sur 68 (11,76 %) possèdent un lupus anticoagulant (LA).
Au plan biologique, sur l'ensemble des 68 patientes, un seul cas de TCA sensibilisé destiné au dépistage des LA (PTT-LA) allongé a été retrouvé chez une patiente LA positive avec souffrance fœtale chronique. Bien que réputé sensible, le PTT-LA n'a détecté que 12,5 % des patientes LA positive de notre série, 75 % des patientes LA positives (soit 6 sur 8) avaient un test de thromboplastine diluée (TTD) positif avec un PTT-LA normal. La dilution de la thromboplastine se présente ainsi comme un test essentiel et peu onéreux dans la recherche du LA. Le Staclot LA (Stago, France) a montré une sensibilité légèrement supérieure en confirmant la positivité d'un cas de résultat douteux au TTD (12,5 %) (tableau I).

Tableau IPositivité du lupus anticoagulant (LA) en fonction des tests spécifiques.
Tests spécifiques Effectif des patientes LA (+)
PTT-LA allongé non corrigé 1 (12,5 %)
TTD (+) avec PTT-LA normal 6 (75 %)
STACLOT LA (+) après TTD douteux 1 (12,5 %)

Dans notre série, les patientes LA positives ont été retrouvées dans les quatre pathologies retenues en accord avec plusieurs travaux rapportés dans la littérature [4, 5] (tableau II). De plus, la recherche dans le sérum du facteur rhumatoïde est négative dans 100 % des cas et celle des anticorps anti-ADN natif est positive dans un seul cas, en faveur d'un syndrome secondaire des antiphospholipides.

Tableau II. Répartition des patientes selon la positivité du lupus anticoagulant.



Recherche de lupus anticoagulant
Positive Négative
Effectif total 8 (11,8 %) 60 (88,2 %)
Avortement spontané à répétition 2/19 (10,5 %) 17/19 (89,5 %)
Prééclampsie 2/20 (10 %) 18/20 (90 %)
Souffrance fœtale chronique 3/22 (13,6 %) 19/22 (86,4 %)
Hématome rétroplacentaire 1/7 (14,3 %) 6/7 (85,3 %)

Bien que les anticorps anticardiolipines soient également impliqués dans les complications obstétricales du syndrome des antiphospholipides, notre étude n'a porté que sur la recherche du LA. Ce choix est le fait de la disponibilité des tests d'hémostase de routine ou spécialisés au dépistage des LA dans nos laboratoires. Les antécédents des patientes n'ont généralement pas évoqué d'affection thrombotique à l'exception d'un accident vasculaire cérébral retrouvé chez une patiente avec souffrance fœtale chronique.
Le caractère multifactoriel des affections considérées, la relative faiblesse de la taille de l'échantillon, la non répétition des tests de détection dans le temps, l'impossibilité de doser quantitativement ces anticorps n'ont pas permis de situer le niveau de responsabilité des LA dans les manifestations cliniques observées.

Conclusion

Nos observations suggèrent que le risque thrombotique serait une réalité en milieu obstétrical africain. Il paraît donc important de proposer aux gynécologues et obstétriciens la recherche des anticorps antiphospholipides devant des manifestations cliniques évoquant un risque thrombotique.

Références

1. Blétry O, Laraki R, Cosserat J, Wechsler B, Piette JC. Rôle des antiphospholipides au cours des pertes fœtales. Presse Med 1993 ; 21 : 38.

2. Douglas A, Triplett DA. Antiphospholipid antibodies and recurrent pregnancy loss. Am J Reprod Immunol 1989 ; 20 : 52-67.

3. Working group on haemostasis of Société française de biologie clinique. Comparison of a standardize procedure with current laboratory practices for detection of lupus anticoagulant in France. Thromb Haemost 1993 ; 70 : 781-6.

4. Kaleli B, Kaleli I, Aktane E, Turan C, Aksit F. Antiphospholipid antibodies in eclamptic women. Gynaecol Obst Invest 1998 ; 45 : 81-4.

5. Weber JC. Les complications obstétricales du syndrome des antiphospholipides. Rev Med Interne 1977 ; 18 : 240-9.


 

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