ARTICLE
L'an 2000 est évidemment une date lourde de signification, même
s'il n'est que la fin du 2e millénaire et non pas le
début du 3e comme se plaisent à le trompeter
les médias. Mais comme ce sont elles qui gouvernent notre monde,
faisons comme l'académie Goncourt (en toute modestie) et précédons
l'événement. Saluons le 3e millénaire
!
C'est pour l'humanité tout entière une page qui va se
tourner, sur trop d'horreurs et de massacres, mais aussi sur des progrès
scientifiques fulgurants. On se trouve, à l'évidence, un
peu écrasé par l'événement quand il s'agit
de se situer dans un tel contexte. Le cadre est trop vaste. Comment y
trouver le sens forcément modeste de notre société
et de la discipline qu'elle représente ? La langue française,
d'habitude si précise, va nous laisser pour une fois dans une enrichissante
incertitude en donnant au mot « sens » tout à la fois
la valeur de signification mais aussi celle de mouvement. Cette dualité
nous permet de nous situer non pas dans le statique mais, avant tout,
dans le dynamique.
Pratiquement inexistante au début du siècle, la biologie
clinique est devenue une discipline majeure de la santé. Indispensable
à la prévention, au diagnostic, au suivi thérapeutique,
elle a accompli cette évolution dans le cadre d'une véritable
révolution technologique, des matériels et des réactifs.
Où sont les 400 ml de sang nécessaires aux premières
glycémies de Claude Bernard ? Le progrès des techniques
a permis, non seulement une pratique de masse des examens, mais il a conduit
aussi à un raffinement qui a considérablement augmenté
nos connaissances des mécanismes moléculaires de la physiopathologie.
Y a-t-il beaucoup de domaines qui ont su allier à ce point le quantitatif
et le qualitatif ? Sincèrement, je ne crois pas.
Tout progrès scientifique pose souvent problème, et la
Société de biologie clinique n'y échappe pas. Je
n'aborderai pas l'économique, assez présent dans tous les
esprits. Je voudrais insister sur l'éthique. Les progrès
de la génétique moléculaire, qui n'en est encore
qu'à ses débuts, posent, à l'évidence, le
problème des maladies héréditaires et de leur prise
en charge par les individus comme par la société. Et cela
ne fera que s'accélérer et gagner d'autres domaines. Nos
dosages vont mesurer de plus en plus souvent des paramètres qui
concernent notre comportement physique mais aussi notre personnalité
et notre comportement intellectuel. Si j'ai un vu à formuler,
je le ferai dans ce domaine, pour que la biologie clinique reste humaine,
garde son âme et sache, dans le respect des convictions de chacun,
gérer au mieux les progrès accomplis et ceux qui restent
à accomplir. Qu'elle reste attentive à tout ce que l'on
attend d'elle et, tout particulièrement, au service de l'homme
malade.
|