ARTICLE
Quand, en 1950, j'ai commencé à travailler dans un laboratoire
de biologie, les tâches à accomplir n'avaient que de lointains
rapports avec l'activité des laboratoires modernes. Tout se faisait
manuellement, à commencer par la fabrication des réactifs.
De mémoire je ne vois guère que les colorants de May-Grünwald-Giemsa
(RAL), certains milieux de culture comme les Löwenstein (Institut
Pasteur) et les antigènes pour les réactions sérologiques
(BW et dérivés) qui nous arrivaient tout prêts. Les
méthodes biochimiques, gravimétriques, titrimétriques,
rarement colorimétriques, sans oublier la gazométrie pour
l'urée et la « réserve alcaline », dataient pour
la plupart de plusieurs dizaines d'années. Nos techniques (on dirait
maintenant nos « modes opératoires ») étaient
le plus souvent recopiées à la main, issues généralement
de nos « bibles » : les fiches de Fleury et le Fiessinger. En
fait, beaucoup de laboratoires apportaient leur petite note personnelle,
l'expérience ayant montré (ou paru montrer) qu'un peu plus
de A ou de B améliorait la netteté ou la rapidité
de la réaction. On se transmettait ces recettes de l'un à
l'autre à chaque changement de paillasse avec quelques conseils
sur les tours de main facilitant le travail. Inutile de dire, qu'après
quelques « passages », la technique avait subi quelques simplifications,
pas toujours heureuses.
La diffusion des publications étrangères restait très
limitée du fait du strict contrôle des changes. Aussi notre
grande source d'informations était les Annales de biologie clinique,
dont chaque numéro était attendu avec impatience. Nous y
trouvions des améliorations de techniques connues ou des techniques
originales, plus rarement des analyses nouvelles. Le cas échéant,
on se mettait au travail pour essayer ces nouveautés et comparer
leurs résultats avec ceux que fournissait la technique « maison
».
La SFBC tenait des réunions de travail plusieurs fois par an,
généralement dans l'amphithéâtre de biochimie
de la Faculté de la rue des Saints-Pères. C'était
l'occasion de rencontrer des maîtres ou des collègues et
de faire évoluer ses connaissances. C'était aussi, pour
les jeunes ayant la possibilité de faire un peu de recherche, de
présenter une communication, transformée avec la bénédiction
du tout puissant rédacteur en chef, le Professeur Paget, en une
publication dans les Ann Biol Clin. La joie et la fierté
de se voir imprimer pour la première fois est un souvenir inoubliable
!
À partir des années 1960, la biologie clinique va évoluer
très vite avec les progrès de l'instrumentation, l'apparition
de l'automatisation et le développement des fournisseurs de réactifs.
La liberté du biologiste va se réduire peu à peu
au choix de techniques toutes prêtes et concurrentes. Il fallait
que la SFBC évolue aussi : des commissions sont créées,
notamment pour évaluer dans plusieurs centres, de manière
coordonnée et en toute objectivité, les qualités
et défauts des nombreuses nouveautés proposées, dans
lesquelles le biologiste isolé se perdait.
Jusqu'alors la « qualité » dépendait de la conscience
et de l'habileté des opérateurs, souvent remarquables, et
de la vigilance des cadres du laboratoire.
Un des grands mérites de la SFBC a été d'initier
le premier contrôle de qualité, notamment grâce à
la compétence de l'équipe de l'hôpital Necker animée
par le Professeur Michel Bailly et au développement des échantillons
de contrôle. Il devenait possible, bien avant que des textes officiels
réglementent cette « assurance de qualité », d'autocontrôler
le travail effectué et la valeur des résultats rendus. Les
comparaisons des résultats obtenus, et de leur dispersion, avec
les différentes techniques ont donné des arguments solides
pour choisir les plus fiables.
En dehors du souci constant de suivre ou de précéder les
évolutions de la biologie, les dirigeants de notre société
ont eu la préoccupation du rayonnement de la biologie française.
La SFBC reflète bien, à plusieurs points de vue, l'«
exception française ». En effet, en dehors de nos frontières,
généralement les différentes disciplines composant
la « biologie clinique » sont distinctes et, par exemple, la
« biochimie clinique » est une entité sans rapport avec
la microbiologie ou l'hématologie. Il n'existe donc pas de société
internationale de biologie clinique comme il existe l'IFCC (International
Federation of Clinical Chemistry, dont fait partie la SFBC malgré
sa polyvalence).
Le rayonnement d'une société est souvent lié à
ses publications. Or, du fait de sa nature même, la SFBC ne peut
faire entrer facilement ses publications dans aucune classification internationale
reconnue. De plus, si nous sommes une « société savante
», consultée à ce titre par les pouvoirs publics, la
plupart de nos membres sont des biologistes praticiens à qui nos
publications doivent apporter aussi les informations de base. Il est donc
difficile d'associer harmonieusement dans la même revue des publications
de haut niveau et des notes plus pratiques. C'est pourquoi on avait réservé
celles-ci à une revue annexe : l'Information scientifique du
biologiste. Cette solution a été finalement abandonnée,
mais il semble que l'actuelle rédaction des Annales ait
trouvé l'équilibre nécessaire et nous apporte une
publication de grande qualité.
La Société française de biologie clinique doit
continuer son rôle fédérateur de l'ensemble des biologistes
quelle que soit leur origine universitaire, qu'ils exercent dans le secteur
privé ou dans les hôpitaux, et contribuer à toujours
améliorer le service aux malades.
|