ARTICLE
La tomodensitométrie cérébrale sans et avec injection
de produit de contraste montre un dème cérébral.
L'électroencéphalogramme ne montre pas d'activité
épileptique. La ponction lombaire montre l'absence de cellules
blastiques et une protéinorachie à 0,40 g/l. L'échographie
cardiaque ne montre pas de valvulopathie. Il n'existe pas de thromboses
veineuses, ni d'athérome artériel aux examens échographiques
abdominaux, carotidiens et des membres inférieurs. Les cultures
et les sérologies bactériennes, virales, parasitaires sanguines,
urinaires et céphalorachidiennes sont négatives. Les dosages
de la TSH, de la vitamine B12 et des folates sont normaux.
La patiente est intubée et ventilée. Le diagnostic de
leucémie aiguë monoblastique (LAM5) avec microangiopathie
thrombotique systémique est retenu. Une chimiothérapie par
cytarabine 100 mg/m2 (J1-J7) et mitoxantrone 12 mg/m2
(J3-J6) est commencée sans corticoïdes. Le coma, la protéinurie,
les pétéchies et l'hémolyse rétrocèdent
complètement à J5 du traitement. La patiente est extubée
à J14.
À J20 de la chimiothérapie survient une fièvre.
Devant la réascension des leucocytes à 12 g/l puis à
20 g/l une étude cytologique des leucocytes circulants et un myélogramme
sont réalisés et identifient une récidive de la blastose
circulante et médullaire. Une récidive du coma, du syndrome
pyramidal bilatéral et de l'albuminurie (10 g/24 h) survient. L'évolution
est péjorative avec le décès de la patiente à
J41 dans un tableau de défaillance multiviscérale. L'autopsie
n'a pas été réalisée.
Le point de vue du clinicien
Dans notre observation, le diagnostic de microangiopathie thrombotique
ne repose pas sur une étude histologique ou autopsique, mais est
étayée par la fièvre, les douleurs abdominales, le
coma sans convulsion, l'dème cérébral modéré,
les lésions cutanées et l'hypertension artérielle
[1-3]. L'atteinte neurologique est initiale, sans déficit focal
avec une diminution de la conscience comme dans 4 des 7 cas de la série
de Drusky et al. [4]. De même l'EEG ne montre qu'un ralentissement
diffus sans pointes même dégradées [4].
Dans notre observation, il existe ni hypercholestérolémie,
ni hyperéosinophilie, ni auto-anticorps antinucléaires ou
antiphospholipides, ni lésion athéromateuse [3]. L'atteinte
systémique est étayée par la polyarthrite des petites
articulations et la vascularite leucocytoclasique cutanée [1].
L'hémolyse extracorpusculaire est étayée
par la présence de schizocytes, de l'augmentation des LDH et de
la bilirubine et de la négativité du test de Coombs [1,
2]. Le purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT) est étayé
par le purpura distal, la thrombopénie et l'absence de CIVD [1].
Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) repose sur la
glomérulonéphrite aiguë étayée par l'hypertension
artérielle, les rapports albumine/globulines (tableau 1),
l'hématurie microscopique et la valeur pondérale de l'albuminurie
à 2,5 g/24 h [5].
Un PTT-SHU associé à une infection semble exclu dans notre
observation bien que les recherches de toxines bactériennes telles
Shiga-like ou Echerichia coli n'aient pas été
effectuées devant l'absence de diarrhée. Il n'existe ni
valvulopathie, ni myélofibrose, ni médicament pouvant expliquer
l'hémolyse [3, 5]. Les sérologies VIH, CMV et VHB sont négatives.
Une atteinte cérébrale leucémique semble exclue devant
l'absence de prise de contraste à la tomodensitométrie et
l'absence de blastes dans le liquide céphalorachidien [6].
Le point de vue du biologiste
L'anémie hémolytique et la réticulocytose sont
modérées dans notre observation contrairement aux observations
de la littérature [3]. La thrombopénie et l'anémie
pouvaient être attribuées à une insuffisance médullaire
du fait de l'envahissement par les blastes. Mais ce dernier n'explique
pas l'hémolyse [7]. L'augmentation des LDH pouvait être le
reflet de la blastose. Seule une biopsie rénale aurait pu affirmer
le diagnostic de PTT-SHU. Elle n'a pas éte réalisée
du fait de la thrombopénie et de la résolution des signes
cliniques et biologiques au décours de la chimiothérapie
[5, 8]. La biopsie ostéomédullaire n'a pas été
réalisée ; elle aurait pu montrer des thromboses des logettes
médullaires [1]. La présence de complexes immuns a été
rapporté dans des syndromes néphrotiques associée
à une LAM4, leucémie proche de la LAM5 [8, 9].
Le diagnostic de LAM5, bien que l'immunophénotypage n'ait pas
été réalisé ni à partir du sang (16
% de blastes circulants), ni à partir de la moelle (cellules lysées),
repose sur la morphologie cellulaire et la cytochimie.
Dans notre observation, même en l'absence d'un myélogramme
antérieur, les diagnostics de leucémie myélo-monocytaire
chronique (LMMC) en transformation ou de myélodysplasie de type
anémie avec excès de blastes (AREB) semblent peu probables
[7, 10]. En effet, il n'existe pas de syndrome tumoral viscéral.
Le myélogramme montre 99 % de blastes sans myélofibrose,
ni syndrome hémophagocytaire. L'existence ou non d'une dysmyélopoïèse
ne peut être étayée du fait de l'infiltration médullaire
massive par les cellules malignes. Il n'existe pas d'hypermonocytose circulante.
L'anémie est normocytaire et les taux de lysozyme sanguin et urinaire
sont peu élevés [8, 11]. Il ne s'agit pas d'une microangiopathie
thrombotique consécutive à la chimiothérapie car
les anomalies cliniques et biologiques précédaient le traitement.
Dans la littérature, l'association d'une microangiopathie thrombotique
cérébrale à une hémopathie est péjorative
[4, 8, 12].
Les hémopathies malignes associées
à des PTT-SHU sont les lymphopathies (lymphomes, leucémies
lymphoïdes, Waldenström et myélomes) et les myélodysplasies
[2]. Les leucémies myélomonocytaires aiguës ou chroniques
sont rarement associées à un PTT-SHU [8, 11].
La responsabilité directe de la LAM5 pour ce PTT-SHU est probable
dans notre observation. Le TNF, des protéases et l'interleukine
(IL) 6 sécrétés par les monoblastes pourraient générer
une atteinte endothéliale cérébrale et systémique
[9]. L'adhésion des monoblastes à l'endothélium est
possible [12]. La sécrétion d'IL6 et de facteurs de croissance
dans les LAM5 et l'association de LAM4 à des syndromes néphrotiques
ou à des vascularites leucocytoclasiques peuvent étayer
cette hypothèse [8, 11]. Contrairement aux autres LAM, les LAM4
et 5 sont associées plus spécifiquement à des phénomènes
d'autoprolifération par des sécrétions auto- et paracrines
d'IL6 [9, 13]. Dans notre observation, la résolution rapide des
manifestations cliniques et biologiques après la chimiothérapie
alors qu'il n'existait pas de syndrome hyperleucocytaire est en faveur
de ces phénomènes. Contrairement aux observations de la
littérature, il n'a pas été institué de corticothérapie,
d'échanges plasmatiques ou d'immunoglobulines intraveineuses [3,
4].
Une LAM5 primaire en l'absence de syndrome hyperleucocytaire, de greffe
de moelle peut être associée à un PTT-SHU. C'est à
notre connaissance le premier cas rapporté. La résolution
de cette microangiopathie thrombotique cérébrale et systémique
après la chimiothérapie seule évoque la responsabilité
de la sécrétion de cytokines par les leucoblastes.
Article reçu le 11 août 1999, accepté le 8 octobre 1999.
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