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Méthode chromogénique d’identification rapide de Staphylococcus aureus


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 2, 191-6, Mars - Avril 1999, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : S. Langlet, G. Quentin, G. Contant, J.-C. Ghnassia, Service de microbiologie, Centre hospitalier de Versailles, 177, rue de Versailles, 78157 Le Chesnay.

Résumé : Staphylococcus aureus est responsable d’infections nosocomiales graves et de septicémies. L’identification rapide de cette espèce est donc une nécessité en microbiologie clinique. La plupart des méthodes actuelles d’identification de S. aureus nécessite une incubation de 18 à 24 h. Nous décrivons une méthode d’identification en 2 h, basée sur la détection de la staphylocoagulase à l’aide de prothrombine humaine et d’un susbtrat synthétique chromogène. Le nombre de souches de staphylocoques, collectées pour cette étude dans 4 hôpitaux français, s’élève à 242 (160 S. aureus, 82 staphylocoques à coagulase négative). Elles ont été identifiées par les méthodes suivantes : recherche de la coagulase par coagulation du plasma citraté de lapin, considérée comme la méthode de référence, réalisation de deux galeries biochimiques (Rapidec® Staph et Api® Staph ou ID 32® Staph) et un test d’agglutination (Pastorex Staph® ou Pastorex Staph-plus®). Une souche de S. intermedius a été fournie par la collection de l’Institut Pasteur. Une suspension bactérienne, ajustée à 2 unités Mac Farland dans un milieu de culture adapté, est mélangée à volume égal avec une solution de prothrombine humaine et le substrat chromogène. Après 1 à 2 h d’incubation à 37 °C, l’intensité de la coloration jaune du mélange est observée à l’œil nu ou mesurée à 405 nm à l’aide d’un spectrophotomètre. Quinze tripeptides chromogènes ayant une affinité thrombine-like et un groupement révélateur paranitroaniline ont été comparés. Avec le substrat dont la vitesse d’hydrolyse et l’affinité enzymatique sont les plus élevées (SQ149), l’ensemble des souches de S. aureus donne un résultat positif : 94,7 % des S. aureus méticilline-sensibles sont détectés après 1 h d’incubation, pour seulement 52,3 % des S. aureus méticilline-résistants ; 98,4 % des souches de S. aureus méticilline-résistants sont détectés après 2 h d’incubation. Aucun résultat faussement positif n’est observé pour les 82 souches de staphylocoques à coagulase négative. La méthode chromogénique montre une très bonne répétabilité et reproductibilité. Elle ne nécessite aucun test complémentaire. La sensibilité est de 99,4 % et la spécifité de 100 %.

Mots-clés : Staphylococcus aureus – Substrats chromogènes – Staphylocoagulase – Identification rapide.

Illustrations

ARTICLE

Les staphylocoques constituent un problème préoccupant en épidémiologie hospitalière. Staphylococcus aureus est responsable de septicémies et d'infections nosocomiales graves, notamment dans les unités de soins intensifs et dans les services de moyens et longs séjours. Ces infections sont associées à une morbidité élevée [1]. De plus, le nombre croissant de souches multirésistantes aux différentes classes d'antibiotiques réduit significativement les possibilités de traitement. C'est pourquoi une différenciation rapide et spécifique de S. aureus des autres espèces de staphylocoques s'avère indispensable au diagnostic microbiologique, et aux choix thérapeutiques souvent décidés en urgence.

La staphylocoagulase, ou coagulase libre, est une protéine extracellulaire caractéristique de S. aureus, à l'exception de certaines souches d'origine animale telles que S. intermedius, S. hyicus, S. delphini qui possèdent également cette coagulase. En présence de prothrombine humaine, la staphylocoagulase forme un complexe stœchiométrique appelé « staphylothrombine » [2]. Ce complexe est capable de cliver son substrat naturel, le fibrinogène, et différents substrats ayant une affinité de type thrombine-like.

La méthode de référence pour identifier S. aureus est la recherche de la coagulase libre par coagulation du plasma citraté de lapin [3]. Cette méthode, comme la plupart des galeries d'identification biochimique nécessite 18 à 24 h d'incubation. Le but de notre travail a été le développement d'une méthode d'identification simple et rapide de S. aureus, basée sur la détection du complexe « staphylothrombine » à l'aide d'un substrat chromogène [4]. Cette méthode est comparée à la recherche de la coagulase en plasma citraté de lapin.

Matériel et méthodes

Souches bactériennes

Deux cent quarante-deux souches de staphylocoques ont été collectées (tableau 1) dans quatre hôpitaux : hôpital Louis-Mourier (Colombes), centre hospitalier de Versailles André-Mignot (Le Chesnay), hôpital du Bocage (Dijon), hôpitaux universitaires de Strasbourg. Ces souches provenaient d'infections superficielles ou profondes. Elles ont été conservées congelées à ­ 80 °C en bouillon cœur-cervelle additionné de 10 % de glygérol. Une souche de S. intermedius fournie par la collection de l'Institut Pasteur de Paris (CIP 8160) a été incluse dans l'étude pour vérifier la spécificité du test vis-à-vis de souche possédant une coagulase et n'appartenant pas à l'espèce S. aureus.

Identification des souches hospitalières

La coagulase libre a été recherchée sur l'ensemble des souches par la méthode de coagulation du plasma citraté de lapin. Cette méthode, considérée comme la méthode de référence, a été interprétée après 2 h, 4 h et 18 h d'incubation à 37 °C [3]. L'identification a été complétée par la réalisation de deux galeries biochimiques (Rapidec® Staph [5] et Api® Staph [6] ou ID 32® Staph [7]), et d'un test d'agglutination sur lame (Pastorex Staph® ou Pastorex® Staph-plus [8]).

Identification chromogénique

Deux millilitres de suspension bactérienne sont préparés dans un milieu de culture de type peptone-glucose enrichi, à partir de colonies fraîchement isolées sur gélose trypticase-soja, additionnée ou non de 5 % de sang de mouton (Becton-Dickinson). La turbidité de cette suspension est ajustée à 2 unités Mac Farland (soit 6 x 108 ufc/ml) à l'aide d'un turbidimètre. Le milieu de culture est supplémenté par des inhibiteurs de protéases, héparine (Calciparine®, Sanofi) et aprotinine (Pentapharm), pour neutraliser l'activité d'éventuelles pseudocoagulases.

La réaction est réalisée en double dans les puits d'une microplaque (Maxisorp Immuno-module, Nunc) comme suit : 70 ml de la suspension bactérienne sont incubés avec 70 ml de prothrombine humaine, et 70 ml de substrat chromogène en solution. Après 1 à 2 h d'incubation à 37 °C, l'intensité de la coloration jaune de chaque puits est comparée à l'œil nu à une gamme de couleurs, et mesurée à 405 nm à l'aide d'un spectrophotomètre. Les puits témoins négatifs sont incubés avec 70 ml de milieu de culture stérile.

Substrats chromogènes

L'affinité du complexe staphylothrombine pour 15 substrats synthétiques chromogènes a été comparée avec la méthode décrite ci-dessus. Ces substrats, développés par le département de chimie de Serbio, sont commercialisés comme produits de recherche par Diagnostica Stago (Asnières, France). Ils sont synthétisés sur la base de la séquence d'acides aminés (AA) située au niveau du site de clivage du substrat naturel de la thrombine [9]. Ces substrats tripeptidiques ont une séquence proche de celle du Chromozym TH [4]. Elle est de type : R-AA1-AA2-AA3-pNA, R étant un groupement protecteur, et la paranitroaniline (pNA) le groupement révélateur. La libération du groupement paranitroaniline provoque l'apparition d'une coloration jaune dans le milieu réactionnel. Ces substrats ont tous une affinité thrombine-like.

Détermination des constantes enzymatiques
du substrat sélectionné

Une gamme de 12 concentrations de 0,04 mM à 0,4 mM de substrat a été préparée dans un tampon Hepes pH 8,0. Deux solutions de staphylocoagulase purifiée (Diagnostica Stago) à 6 et 12 unités CNTS/ml ont été réalisées dans le même tampon. La « staphylothrombine » est générée dans les puits d'une microplaque (Maxisorp Immuno-module) en mélangeant 70 ml de solution de staphylocoagulase purifiée à 6 ou 12 unités CNTS/ml et 70 ml de prothrombine humaine purifiée (Diagnostica Stago) à 90 mg/ml. Un volume de 70 ml de chacune des 12 solutions de substrat est immédiatement ajouté. L'absorbance à 405 nm est mesurée toutes les 2 min pendant 20 min, puis toutes les 15 min pendant 1 h, et toutes les 30 min pendant 2 h. Les constantes Km et Vm sont déduites des représentations de Lineweaver-Burk-Dixon pour chacune des deux concentrations de staphylocoagulase.

Résultats

Choix du substrat chromogène

Nous avons comparé les 15 tripeptides en appliquant la méthode d'identification chromogénique à 4 souches de S. aureus : 2 souches sensibles à la méticilline (SASM), 2 souches résistantes (SARM) et 1 souche de S. epidermidis. Les courbes d'absorbance des deux souches les plus représentatives (1 SASM, 1 SARM) sont présentées sur la figure 1. Parmi les 15 substrats étudiés, l'intensité d'hydrolyse, l'affinité enzymatique et la vitesse maximale sont les plus élevées pour le substrat SQ 149. Ce résultat est indépendant de la sensibilité à la méticilline des souches de S. aureus. En revanche, la cinétique d'hydrolyse de ce substrat est différente entre les souches sensibles et les souches résistantes. L'hydrolyse du SQ 149 est maximale dès 1 h pour la souche sensible, à l'inverse de la souche résistante pour laquelle 2 h d'incubation sont nécessaires. Aucune coloration jaune n'apparaît pour la souche de S. epidermidis.

Les constantes enzymatiques du complexe « staphylothrombine » généré à partir de la staphylocoagulase purifiée, pour le substrat SQ 149, sont indiquées dans le tableau 2.

Évaluation de la méthode chromogénique

La sensibilité et la spécificité du substrat SQ 149 ont été déterminées sur 160 souches de S. aureus, 82 souches de staphylocoques à coagulase négative et 1 souche de S. intermedius.

Il apparaît (tableau 3) que l'ensemble des 160 souches de S. aureus, identifiées par la méthode de référence et par les méthodes disponibles sur le marché, donne une réponse positive avec le test chromogénique. La souche pour laquelle la recherche de la coagulase par la méthode de référence est négative, et qui a été identifiée comme un S. aureus par deux galeries biochimiques (Rapidec® Staph et Api® Staph) et un test d'agglutination (Pastorex Staph-plus®), est détectée par notre méthode. De plus, le test chromogénique permet d'identifier une souche de S. aureus qui n'a montré aucune agglutination par le test Pastorex Staph-plus®. Après 2 h d'incubation, 100 % des souches de S. aureus sont identifiées par notre test ou par la galerie Rapidec® Staph et 71 % par la méthode de coagulation du plasma citraté de lapin.

Aucune des 82 souches de staphylocoques à coagulase négative ne montre de coloration jaune, même après 4 h d'incubation. La souche de S. intermedius incluse dans l'étude donne une positivité retardée (4 h).

Temps d'incubation

Les temps d'incubation nécessaires à l'apparition d'une coloration jaune pour les souches de S. aureus (tableau 4) montrent que 94,7 % des SASM sont détectés après 1 h d'incubation pour seulement 52,3 % des SARM. Parmi les SARM, 98,4 % des souches sont identifiés après 2 h d'incubation, et 1 souche est révélée après 4 h.

Performances de la méthode

Les performances du test en 2 h sont définies en termes de sensibilité, spécificité, valeurs prédictives négative et positive dans le tableau 5. La répétabilité et la reproductibilité de la méthode, effectuées sur 6 et 2 souches de S. aureus respectivement, sont excellentes (tableaux 6 et 7).

Discussion

Nous avons choisi une méthode chromogénique pour la simplicité de la lecture qui ne nécessite aucun appareillage supplémentaire. Le groupement chromophore paranitroaniline des substrats testés présente une bonne solubilité et une absorbance importante à 405 nm, parfaitement adaptées à une méthode en phase liquide. Nous avons sélectionné, parmi 15 tripeptides thrombine-like dont la séquence varie au niveau de chaque acide aminé, celui qui avait la meilleure affinité pour le complexe « staphylothrombine », et permet l'identification de S. aureus en 2 h. L'affinité du substrat sélectionné (SQ 149) semble être corrélée avec son affinité pour la thrombine humaine. En effet, ce peptide présente également l'affinité la plus élevée pour la thrombine humaine. La réaction est rendue spécifique de la staphylocoagulase par ajout d'inhibiteurs de protéases au milieu de culture, comme l'a montré l'équipe de Wegrzynowicz et al. [10].

S. aureus est l'espèce pathogène dans le genre Staphylococcus, bien qu'il ait été décrit certaines espèces responsables de syndromes infectieux parmi les staphylocoques à coagulase négative (ostéomyélite à S. lugdunensis [11]). Il est donc nécessaire de l'identifier rapidement afin d'instaurer une antibiothérapie précoce. La méthode chromogénique que nous proposons est simple et ne nécessite aucun test complémentaire. Les résultats observés permettent de constater que cette méthode est : rapide (résultats obtenus en 2 h), sensible (99,4 % des souches de S. aureus sont détectées), spécifique (aucune des souches de staphylocoques à coagulase négative ne présente de fausse positivité). De plus, la souche de S. intermedius, possédant une coagulase libre, n'est pas confondue avec un S. aureus dans les conditions du test. Les performances de cette méthode sont similaires à celles de la galerie Rapidec® Staph [12]. Le test chromogénique offre un gain de temps de 24 h comparativement à la méthode de référence. En effet, cette dernière nécessite plus de 2 h d'incubation pour identifier 30 % des souches de S. aureus, et plus de 4 h pour 10 % d'entre elles.

La sensibilité de notre méthode, contrairement à celles des tests d'agglutination, n'est pas influencée par les souches de SARM. Cependant, la moitié de ces souches résistantes nécessite 2 h d'incubation, à l'inverse des SASM dont la majorité (94,7 %) est positive après seulement 1 h. Ce phénomène pourrait s'expliquer par une excrétion plus lente, ou une synthèse plus faible de la staphylocoagulase chez les SARM, ou encore par un encombrement stérique plus important lié au polysaccharide.

Nous proposons donc une méthode rapide et simple permettant l'identification de S. aureus en 2 h. Elle est bien corrélée à la recherche de la coagulase en plasma citraté de lapin, aux méthodes biochimiques et aux tests d'agglutination. Le coût de cette méthode, réalisable de façon unitaire, est faible car elle ne nécessite aucun test complémentaire.

Article reçu le 24 juin 1998, accepté le 10 novembre 1998.

REFERENCES

1. Fleurette J. Staphylocoque. La Lettre de l'Infectiologue 1995 ; 10 : 359-60.

2. Kawabata S, Morita T, Iwanaga S, Igarashi H. Enzymatic properties of staphylothrombin, an active molecular complex formed between staphylocoagulase and human prothrombin. J Biochem 1985 ; 98 : 1603-14.

3. Sperber WH, Tatini SR. Interpretation of the tube coagulase test for identification of Staphylococcus aureus. Appl Microbiol 1975 ; 9 : 502-5.

4. Engels W, Kamps MA, van Boven CP. Rapid and direct staphylocoagulase assay that uses a chromogenic substrate for identification of Staphylococcus aureus. J Clin Microbiol 1981 ; 14 : 496-500.

5. Geary C, Stevens M. A rapid test to detect the most clinically significant Staphylococcus species. Med Lab Sci 1991 ; 48 : 99-105.

6. Gemmell CG, Dawson JE. Identification of coagulase-negative staphylococci with the API Staph system. J Clin Microbiol 1982 ; 16 : 874-7.

7. Renneberg J, Rieneck K, Gutschik E. Evaluation of Staph ID 32 system and Staph-Zym system for identification of coagulase-negative staphylococci. J Clin Microbiol 1995 ; 33 : 1150-3.

8. Fournier JM, Bouvet A, Mathieu F, et al. New latex reagent using monoclonal antibodies to capsular polysaccharide for reliable identification of both oxacillin-susceptible and oxacillin-resistant Staphylococcus aureus. J Clin Microbiol 1993 ; 31 : 1342-4.

9. Martinoli JL, Contant G. New advances in synthetic substrate design. In : Triplett DA. Advances in coagulation testing : interpretation and application. Skokie, College of American Pathologists, 1986 : 449-55.

10. Wegrzynowicz Z, Heczko PB, Jeljaszewicz J, Neugebauer M, Pulverer G. Pseudocoagulase activity of staphylococci. J Clin Microbiol 1979 ; 9 : 15-9.

11. Murdoch DR, Everts RJ, Chambers ST, Cowan IA. Vertebral osteomyelitis due to Staphylococcus lugdunensis. J Clin Microbiol 1996 ; 34 : 993-4.

12. Janda WM, Ristow K, Novak D. Evaluation of Rapidec Staph for identification of Staphylococcus aureus, Staphylococcus epidermidis, and Staphylococcus saprophyticus. J Clin Microbiol 1994 ; 32 : 2056-9.


 

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