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Dépistage des hyperhomocystéinémies modérées : adaptation d’une technique par chromatographie liquide


Annales de Biologie Clinique. Volume 55, Numéro 6, 619-22, Novembre - Décembre 1997, Pratique quotidienne


Résumé  

Auteur(s) : C. Philippe-Bourgeois, H. Levesque, B. Maitrot, .

Résumé : La concentration plasmatique en homocystéine dépend de l'équilibre entre synthèse cellulaire hépatique, métabolisme, reméthylation (figure 1) et libération dans le compartiment extracellulaire. La synthèse est de 20 mmoles par jour et seulement 10 µmoles par litre circulent dans le plasma. Dans le plasma, 70 % de l'homocystéine est lié à l'albumine, la fraction non liée minoritaire se compose d'homocystéine libre pour une très faible partie et essentiellement de dimères homocystéine-homocystéine (homocystine) et homocystéine-cystéine. La concentration très faible d'homocystéine libre, la redistribution des fonctions thiols entre dimères et protéines, imposent de doser l'homocystéine totale plasmatique après réduction des fonctions thiols [3]. Diverses anomalies du métabolisme de l'homocystéine, héréditaires ou acquises, impliquant enzymes ou cofacteurs (tableau 1), conduisent à l'accumulation d'homocystéine, responsable de lésions vasculaires artérielles ou veineuses [1, 2]. Dans le cas de certains déficits enzymatiques partiels, un test de charge en méthionine par voie orale (0,1 mg/kg) est nécessaire, le pic de méthionine est atteint en une heure suivi d'une augmentation de l'homocystéine totale dont le maximum se situe entre 4 et 6 h. Le dépistage des hyperhomocystéinémies modérées, facteur de risque cardiovasculaire, nécessite des méthodes d'analyse sensibles. Plusieurs techniques chromatographiques ont été décrites, associées à différents types de détection : radioenzymatique, fluorimétrique et électrochimique. La technique utilisée [4] est une chromatographie liquide avec détection fluorimétrique après marquage des fonctions thiols par un composé fluorescent : le SBD-F (ammonium-7-fluoro-2-benzo-2-oxa-1,3-diazole-4-sulfonate).

Illustrations

ARTICLE

La concentration plasmatique en homocystéine dépend de l'équilibre entre synthèse cellulaire hépatique, métabolisme, reméthylation (figure 1) et libération dans le compartiment extracellulaire. La synthèse est de 20 mmoles par jour et seulement 10 µmoles par litre circulent dans le plasma. Dans le plasma, 70 % de l'homocystéine est lié à l'albumine, la fraction non liée minoritaire se compose d'homocystéine libre pour une très faible partie et essentiellement de dimères homocystéine-homocystéine (homocystine) et homocystéine-cystéine. La concentration très faible d'homocystéine libre, la redistribution des fonctions thiols entre dimères et protéines, imposent de doser l'homocystéine totale plasmatique après réduction des fonctions thiols [3].

Diverses anomalies du métabolisme de l'homocystéine, héréditaires ou acquises, impliquant enzymes ou cofacteurs (tableau 1), conduisent à l'accumulation d'homocystéine, responsable de lésions vasculaires artérielles ou veineuses [1, 2]. Dans le cas de certains déficits enzymatiques partiels, un test de charge en méthionine par voie orale (0,1 mg/kg) est nécessaire, le pic de méthionine est atteint en une heure suivi d'une augmentation de l'homocystéine totale dont le maximum se situe entre 4 et 6 h.

Le dépistage des hyperhomocystéinémies modérées, facteur de risque cardiovasculaire, nécessite des méthodes d'analyse sensibles. Plusieurs techniques chromatographiques ont été décrites, associées à différents types de détection : radioenzymatique, fluorimétrique et électrochimique.

La technique utilisée [4] est une chromatographie liquide avec détection fluorimétrique après marquage des fonctions thiols par un composé fluorescent : le SBD-F (ammonium-7-fluoro-2-benzo-2-oxa-1,3-diazole-4-sulfonate).

Méthode

Réduction des ponts disulfures

La réduction des ponts disulfures entre dimères et protéines est effectuée par le tributyl phosphine (Fluka) à 10 % dans du diméthyl formamide, préparé extemporanément, pendant 30 min à 4 °C. Cette étape est suivie immédiatement par la précipitation des protéines par l'acide trichloracétique à 10 % en présence d'EDTA, 15 secondes au vortex, puis centrifugation 10 min à 4 000 tours par minute.

À partir de l'étape de réduction, tous les réactifs contiennent de l'EDTA afin d'éviter la réoxydation de l'homocystéine catalysée par de nombreux métaux, avant dérivatisation et détection.

Dérivatisation de l'homocystéine

Cette étape consiste à marquer la fonction thiol réduite par un composé fluorescent, le SBD-F (Sigma), spécifique des fonctions thiols. Sa réactivité vis-à-vis des fonctions thiols implique un temps de contact d'une heure dans des conditions de température et de pH extrêmes (60 °C, pH 9,5) et il permet d'obtenir un marquage très spécifique, des produits dérivés très stables et un réactif non fixé non fluorescent. À 100 µl du surnageant de précipitation, on ajoute 20 µl de NaOH 1,55 mmol/l, 250 µl de tampon borate 0,125 µmol/l contenant 4 mmol/l d'EDTA, pH 9,5 puis 100 µl de SBD-F à 1 mg/ml en tampon borate. Après une heure à 60 °C, l'échantillon est centrifugé, le surnageant peut être gardé 24 h avant d'être chromatographié, ce qui permet de préparer des séries d'échantillons et d'automatiser l'étape de chromatographie si l'on utilise un auto-injecteur.

Chromatographie

Les échantillons sont séparés sur une colonne Sphérisorb C18, 5 µ, 25 cm (Touzart et Matignon) à pH 2,1, en tampon phosphate/acétonitrile au débit de 1,8 ml/min (pompe HPLC 9001, détecteur fluorimétrique 9070, Autosampler Marathon, Intégrateur 4400, Varian). La détection fluorimétrique est réalisée avec une excitation à 384 nm et une émission à 516 nm. Les injections sont réalisées toutes les 7 minutes.

Quatre dérivés fluorescent sont séparés : la cystéine, la cystéinyl-glycine, l'homocystéine (temps de rétention : 4 min 20 s) et le glutathion (figure 2).

Calibration

La gamme de calibration, constituée de six points de 0 à 40 µmol/l, est réalisée par dilution d'une solution mère d'homocystéine (Sigma) à un pool sérique : les conditions du marquage par le SBD-F et de la chromatographie sont identiques pour les points de gamme et les échantillons. Le pool sérique est issu d'un donneur unique du centre de transfusion sanguine, il est utilisé aussi comme témoin de reproductibilité interséries.

Conditions de prélèvement

Les conditions de prélèvement et de conservation des échantillons doivent être rigoureusement standardisées pour l'interprétation d'études épidémiologiques [5].

Les hématies peuvent synthétiser et relarguer l'homocystéine dans le plasma, conduisant à des augmentations des taux, significatifs pour les valeurs normales (< 14 µmol/l). Cela impose le choix de l'anticoagulant, l'EDTA, et la séparation rapide des hématies du plasma, dans un délai inférieur à une heure à température ambiante ou dans un délai inférieur à 4 heures si le prélèvement est conservé dans la glace, ce qui bloque le métabolisme érythrocytaire.

Le plasma peut être conservé quelques jours à 4 °C ou congelé à - 20 °C pour des délais plus longs.

Critères de validation de la technique

La spécificité du dosage a été prouvée par ajout d'homocystéine à concentration croissante et observation de l'augmentation du pic concerné. La linéarité a été calculée de 0 à 100 µmol/l, le coefficient de corrélation de la droite aire des pics en fonction de la concentration d'homocystéine est de 0,997 (y = 4,6372 x- 14,18). Répétabilité (7,5 %) et reproductibilité (4,4 %) ont été calculées sur le pool sérique. La technique a été corrélée à une méthode radioenzymatique (Laboratoire de biochimie, Professeur Kamoun, hôpital Necker, Paris) (figure 3).

Les valeurs de référence de cette technique ont été calculées sur une population témoin de 16 personnes, âgées de 30 à 50 ans, à jeun et après épreuve de charge en méthionine, le délai de prélèvement choisi est de 5 heures. Elles sont de 11,85 µmol/l à jeun et de 37,05 µmol/l à T5 et correspondent à la moyenne plus 2 écarts-types de notre série témoin.

CONCLUSION

Parmi les techniques décrites de dosage de l'homocystéine, la technique choisie est simple, reproductible, sensible pour la détection des hyperhomocystéinémies modérées et partiellement automatisable pour l'adaptation aux grandes séries. Elle permet de proposer le dépistage systématique de ce facteur de risque et ce paramètre fait partie du bilan d'investigation des maladies vasculaires précoces, inexpliquées [6-8] et des thromboses veineuses ou artérielles du sujet jeune [9, 10]. Il semble également important de pouvoir dépister ce facteur dans des populations à haut risque vasculaire.

Une étude de la prévalence de ce facteur de risque est en cours dans deux groupes de patients : les diabétiques non insulinodépendants et les insuffisants rénaux. En effet, les hyperhomocystéinémies modérées peuvent être facilement corrigées par des mesures diététiques simples ; la supplémentation vitaminique en acide folique et vitamine B6 normalise les taux d'homocystéine.

REFERENCES

1. Quere I, Tobelem G. Homocystéine, athérosclérose et thrombose artérielle. Sang Thrombose, Vaisseaux 1993 ; 5 : 599-606.

2. Cacoub P, Gatel A, Sbai A, Piette JC, Godeau P. Hyperhomocystéinémies, athérosclérose et thromboses artérielles et veineuses. Ann Med Int 1996 ; 147 : 352-60.

3. Ueland PM, Refsum O, Stabler SP, Malinow MR, Anderson A, Allen A. Total homocysteine in plasma or serum : methods and clinical applications. Clin Chem 1993 ; 3919 : 1764-79.

4. Ubbink JB, Vermaak WJH, Bissbort S. Rapid high performance liquid chromatography assay for total homocysteine levels in human serum. J Chromatogr 1991 ; 565 : 441-6.

5. Ubbink JB, Wermaak WJH, Van der Merwe A, Becker PJ. The effect of blood sampleaging and food consumption on plasma total homocysteine levels. Clin Chim Acta 1992 ; 207 : 119-28.

6. Malinow MR, Nieto FJ, Szklo M, Chamless LE, Bond G. Carotid artery intimal-medial wall thickening and plasma homocysteine in asymptomatic adults. Circulation 1993 ; 87 : 1107-13.

7. Stampfer MJ, Malinow MR, Willett WC. A prospective study of plasma homocysteine and risk of myocardial infarction in US phycicians. JAMA 1992 ; 7 : 877-81.

8. Boushey CJ, Beresford SAA, Omenn GS, Motulsky AG. A quantitative assessment of plasma homocysteine as a risk factor for vascular disease. JAMA 1995 ; 274 : 1049-57.

9. D'Angelo SV, Fermo I, D'Angelo A. Investigation of congenital thrombophilia : a critical evaluation. J Intern Fed Clin Chem 1996 ; 8 : 102-8.

10. Fermo A, D'Angelo SV, Paroni R, Mazzola G, Calvi G, D'Angelo A. Prevalence of moderate hyperhomocysteinemia in patients with early-onset venous and arterial occlusive disease. Ann Intern Med 1995 ; 123 : 747-53.


 

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