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Les unités : en France, quel avenir ont-elles
?
R. Zender
2 rue du Marché, 2300 La Chaux-de-Fonds, Suisse
Concernant léditorial de Monsieur Philippe Gillery : À
la recherche de lunité (Ann Biol Clin 2002 ; 60 :
7-8) et la lettre de Madame Françoise Pontet : Cherchons lunité
: du rêve à la réalité (Ann Biol Clin 2002
; 60 : 371-2), jaurais quelques remarques ; vous accepterez sans
doute de men excuser. Le système métrologique, proposé
et souvent adopté dans nos disciplines il y a une vingtaine dannées,
pourrait être nommé système IFCC/IUPAC plutôt
que SI. Il comporte entre autres :
- le système SI, à lintention surtout de nos collègues
de langue anglaise, qui, en France, est le continuateur du système
métrique, en usage depuis plus dun siècle, en biologie
clinique également ;
- des principes de nomenclature, pour les grandeurs surtout (voir normes
ISO 31) ;
- la proposition dutiliser systématiquement, comme unité
de volume, le litre (SI non cohérent) plutôt que ses sous-unités
(particulièrement les dL, mL et (µL) ou encore que lunité
SI cohérente : le mètre cube ;
- lexhortation dutiliser et préférer, quand
cest possible, lunité SI de quantité de matière
plutôt que celle de masse, la mole plutôt que le kilogramme,
et cest possible plus souvent quon ne limagine Les unités
g comme mg/dL sont des unités SI (non cohérentes), même
si, pour la seconde, un puriste dira avec raison quil est préférable
de réserver le préfixe au numérateur et de nutiliser
quun seul préfixe par unité dérivée
; on préfèrera donc mg/L ou g/L selon les cas. Comme exemples
dunités en dehors du SI nous avons : les unités impériales,
le mm Hg, leq, latm, lÅ, le % et , le ppm
et autres, lU pour les enzymes, le bel et le neper, la min et lh,
etc. Certaines de ces unités sont pourtant admises, provisoirement
ou définitivement, pour être utilisées quotidiennement
ou occasionnellement avec le SI. Depuis lan 2000 le katal (kat)
est accepté, par la CGPM (Conférence générale
des poids et mesures), pour représenter, quand on exprime une activité
catalytique, lunité SI cohérente dérivée
mol/s. Dans les années septante et huitante, à ma connaissance,
le système IFCC/IUPAC a été adopté et largement
appliqué dans les pays scandinaves, les îles britanniques,
les Pays Bas, le Canada, lAustralie, lAfrique du Sud, la Suisse
et autres. Dans ces pays, lintroduction a généralement
été rapide et na pas posé de problème
particulier. En Suisse, je me souviens quelle fut simultanée
(heure et date) dans les hôpitaux publics, les cliniques privées
et les laboratoires privés. Au bout dune semaine, les anciennes
unités nétaient plus évoquées et surtout
plus jamais rapportées. Le système IFCC/IUPAC a été
adopté mais appliqué partiellement seulement dans des pays
latins, dont la France. Il est possible que la relativement laborieuse
introduction en France du système IFCC/IUPAC tienne en partie à
la détestable habitude, quasi institutionnalisée par nombre
de laboratoires, de rapporter les résultats à la fois dans
les nouvelles et, entre parenthèses, dans les anciennes unités.
Dans ces circonstances, les nouvelles unités ne sont pas, ne seront
jamais, lues. Il na été adopté ni aux États-Unis
et, malgré les normes EU, ni en Allemagne ! On agite souvent lépouvantail
du risque que feraient courir au patient les nouvelles unités lors
de leur introduction. Je nai, personnellement, entendu parler daucune
réalisation de ce risque depuis deux ou trois décennies
pour une population exposée dau moins cent millions dindividus.
En revanche le système binaire précédemment dénoncé
me semble autrement dangereux et source de confusions permanentes. Il
est vrai quon se souvient plus facilement de certains nombres que
dautres, de 1 g/L que de 5,5 mmol/L (glucose), mais aussi de 100
µmol/L que de 1,1 mg/L (créatinine) ou encore de 10 mmol/L que
de 161 g/L (hémoglobine). Le hasard des nombres apporte autant
davantages à un système quà lautre.
Je ne sais sil est réaliste denvisager une refonte
des systèmes dunités usités actuellement en
France. Il faudrait alors bien sûr prendre en compte ceux dEurope
et dailleurs ; ce ne serait pas facile, surtout pour ces pays qui,
eux, ont vraiment adopté le système IFCC/IUPAC. La seule
solution Ann Biol Clin, vol. 60, n° 6, novembre-décembre 2002
743 viable pourrait être de proposer des solutions universelles
nouvelles, qui offriraient des avantages indiscutables par rapport au
système IFCC/IUPAC. De telles solutions existent probablement mais
sont peut-être prématurées (on pourrait par exemple
ne plus utiliser que les unités dites cohérentes). Elles
seraient difficiles à mettre en uvre, comme toute entreprise
métrologique fondamentale ; un travail de longue durée,
mais pourquoi ne pas commencer dès maintenant ?
Carences en vitamine B12 chez ladulte :
données actuelles
E. Andrès, E. Noël, G. Kaltenbach, M. Noblet-Dick
et le Groupe détude des carences en vitamine B12 des Hôpitaux
universitaires de Strasbourg
Service de médecine interne, Clinique médicale
B, Hôpital civil, 1 place de lhôpital, 67091 Strasbourg
cedex, France.
Suite à la lettre publiée dans les Annales de Biologie
Clinique par Watine et al. [1], il nous a semblé intéressant
de commenter les données de ce papier à la lumière
de notre expérience et de préciser quelques données
actuelles sur les carences en vitamine B12 (B12) de ladulte. Premièrement,
nous voudrions souligner quil nexiste toujours pas, à
notre connaissance, une définition consensuelle des carences en
B12, les critères exigés pour définir une carence
en B12 étant plus ou moins strictes selon les auteurs [2]. Cependant
un consensus " mou " semble actuellement se dégager pour
exiger une concentration sérique de B12 < 200 pg/mL à
au moins deux reprises et/ou à une reprise en présence dune
homocystéinémie totale > 13 µmol/L [3]. Il faut toutefois
souligner que si cette définition a lavantage de cibler les
carences " vraies " ou tissulaires en B12 [4], elle présente
pour principal inconvénient une application pratique clinique aléatoire.
En effet, les normes de lhomocystéinémie ne sont pas
clairement définies notamment chez la personne âgée
(40 % de ces sujets ont une carence en B12) ou chez le sujet vasculaire
; le dosage de lhomocystéinémie nest pas toujours
disponible en pratique de ville et de plus, nest pas pris en compte
par la sécurité sociale (hors nomenclature). Deuxièmement,
il nous semble que lattitude de proposer un traitement dépreuve
de 2 à 3 mois par de la B12 per os, comme le proposent Watine
et al. [1] et comme nous lavions également proposée
[5], doit être discutée au cas par cas (sujets " fragiles
") et utilisée avec parcimonie. En effet, si cette attitude
a lavantage de la simplicité (pas dexplorations complémentaires
invasives ou coûteuses), elle ne permet pas en létat
actuel de nos connaissances détayer le diagnostic de carence
en B12, notamment en présence de manifestations neuropsychiatriques
qui sont assez souvent irréversibles [6], et/ou surtout de connaître
létiologie ce cette carence en B12 [7]. Hors ce dernier point
est fondamental, non pas tant sur le plan théorique que pratique,
car de nombreuses carences en B12 chez ladulte sont curables, appartenant
au groupe des non-dissociations de la B12 de ses protéines porteuses
[8-10]. De plus, méconnaître le diagnostic de maladie de
Biermer peut avoir pour conséquence dignorer un cancer de
lestomac à un stade débutant, voire certaines maladies
autoimmunes associées nécessitant une prise en charge spécifique
[11]. Dans notre expérience, plus que le traitement dépreuve,
il nous semble opportun de réaliser lors de lexploration
des carences en B12 au minimum : une enquête alimentaire, avec toutes
les difficultés dinterprétation de celle-ci ; une
recherche danticorps antifacteur intrinsèque dans le sérum
(sensibilité de 50 % et spécificité de 100 % dans
la maladie de Biermer) et pour être complet un test de Schilling,
malgré toutes les insuffisances liées à ce type dexamen
[12]. Enfin, malgré labsence dAMM pour la B12 per
os en traitement curatif des carences en B12 à lexception
des carences dapport (Vidal), nous voudrions souligner lefficacité
potentielle de ce type de traitement [13]. Ainsi dans notre expérience
(plus de 60 patients suivis), lutilisation de cyanocobalamine par
voie orale, à la posologie de 500 à 1 000 µg/jour pour une
durée de 1 à 3 mois, sest accompagnée dun
bénéfice clinique certain chez tous les patients : normalisation
des concentrations sériques de B12, des anomalies hématologiques,
voire amendement de la symptomatologie clinique [14, 15]. Il faut noter
que ces bons résultats sont confirmés par plusieurs études
randomisées [16], dont celle de Kuzminski et al. mais à
des posologies de cyanocobalamine de 2 000 µg/jour [17].
Références
1. Watine J, Berteau P, Hacini J. Diagnostiquer ou exclure une
carence en vitamine B12. Ann Biol Clin 2002 ; 60 : 238-40.
2 . Klee GG. Cobalamin and folate evaluation: measurements
of methylmalonic acid and homocystein vs vitamin B12 and folate. Clin
Chem 2000 ; 46 : 1277-83.
3. Snow C. Laboratory diagnosis of vitamin B12 and folate deficiency.
A guide for the primary care physician. Arch Intern Med 1999 ;
159 : 1289-98.
4. Savage DG, Lindenbaum J, Stabler SP, Allen RH. Sensitivity
of serum methylmalonic acid and total homocystein determinations for diagnosing
cobalamin and folate deficiencies. Am J Med 1994 ; 96 : 239-46.
5. Andrès E, Perrin AE, Kraemer JP, et al. Anémies
par carence en vitamine B12 chez le sujet âgé de plus de
75 ans : nouveaux concepts. À propos de 20 observations. Rev
Med Interne 2000 : 21 : 946-55.
6. Savage DG, Lindenbaum J. Neurological complications of aquired
cobalamin defi- ciency: clinical aspects. Baillieres Clin Haematol
1995 ; 8 : 657-78.
7. Pautas E, Chérin P, De Jaeger C. Godeau P. Carence en
vitamine B12 chez le sujet âgé. Presse Med 1999 ;
28 : 1767-70.
8. Carmel R. Malabsorption of foodcobalamin. Baillieres Clin
Haematol 1995 ; 8 : 639-55.
9. Andrès E, Goichot B, Schlienger JL. Foodcobalamin malabsorption:
a usual cause of vitamin B12 deficiency. Arch Intern Med 2000 ;
160 : 2061-2.
10. Andrès E, Kaltenbach G, Perrin AE, Kurtz JE, Schlienger
JL. Food-cobalamin malabsorption in the elderly. Am J Med 2002
; 113 : 351-2.
11. Toh BH, van Driel IR, Gleeson PA. Pernicious anemia. N
Engl J Med 1997 ; 337 : 1441-8.
12. Zittoun J, Zittoun R. Modern clinicat testing strategies in
cobalamin and folate defi- ciency. Semin Haematol 1999 ; 36 : 35-46.
13. Elia M. Oral or parenteral therapy for B12 deficiency. Lancet
1998 ; 352 : 1721-2.
14. Andrès E, Kurtz JE, Perrin AE, et al. Oral cobalamin
therapy for the treatment of patients with food-cobalamin malabsorption.
Am J Med 2001 ; 111 : 126-9.
15. Andrès E, Kaltenbach G, Noel E, Noblet- Dick M. Efficacy
of short-term oral cobalamin therapy for the treatment of food-cobalamin
malabsorption: a preliminary study of 15 patients. Ann Intern Med 2002
: sous presse.
16. Lane LA, Rojas-Fernandez C. Treatment of vitamin b(12)-deficiency
anemia: oral versus parenteral therapy. Ann Phamacother 2002 ;
36 : 1268-72.
17. Kuzminski AM, Del Giacco EJ, Allen RH, Stabler SP, Lindenbaum
J. Effective treatment of cobalamin deficiency with oral cobalamin. Blood
1998 ; 92 :1191-8.
Cannabis et Nifluril®
G. Forzy 1, C. Spyckerelle 2, M. Scalbert 2, M. Lhermitte
3, J.-L. Dhondt 1
1 Laboratoire, Hôpital Saint-Philibert, 115, rue
du Grand But, 5946
2 Lomme cedex, _ Centre hospitalier Saint-Antoine, Lille,
3 Laboratoire de toxicologie CHR de Lille
La période actuelle et le débat autour de lusage
du cannabis nous incitent à rapporter ce cas clinique. Yacine,
âgé de 4 ans et demi, est hospitalisé le 1er mai vers
7 heures du matin, en urgence, pour crise convulsive et hypoglycémie.
Il na pas dantécédents médicochirugicaux
particuliers. Les parents rapportent quils sont allés, la
veille, chercher lenfant à lécole et quil
semblait fatigué. Après avoir bu et consommé un biscuit,
lenfant sest endormi après avoir reçu un suppositoire
de 400 mg de Nifluril®. Le lendemain matin, au réveil, lenfant
a présenté un épisode de déviation des yeux
et de la tête vers la droite et un épisode tonicoclonique
avec dents serrées, sans émission durines. Cet épisode
a été suivi dun vomissement. À larrivée
à lhôpital, lenfant est somnolent, les yeux et
la tête déviés à droite. Il est stimulable
mais très ralenti. Il ny ni clonies ni signes de focalisation.
Les réflexes sont vifs et symétriques aux deux membres.
Il ny a pas de syndrome méningé, pas déruption,
pas de pétéchies et pas dhépatosplénomégalie.
La température est à 36,5 °C, le rythme cardiaque à
121/minute et la tension artérielle à 10/8 cmHg. La glycémie
capillaire est évaluée à lentrée à
1,9 mmol/L puis 1,4 mmol/L 30 minutes plus tard malgré une compensation
par du sérum glucosé à 30 %. Trois heures plus tard,
lexamen clinique est tout à fait satisfaisant et la glycémie
est normalisée. Les examens neurologiques pratiqués sont
tout à fait rassurants. Le bilan réalisé a comporté
également un dosage de carboxyhémoglobine (1,6 %), des recherches
sériques de tricycliques, barbituriques et benzodiazépines
dans le sang (tous négatifs) et enfin une recherche de toxiques
dans les urines (opiacés, cannabis, cocaïne). La recherche
de cannabis (méthode Triage 8® de BMD, test immunologique compétitif
et méthode DakoRapide ®, test immunochromatographique qualitatif
sur support solide en une étape) est retrouvée positive
alors que rien ne permettait de le suspecter (figure 1). Un contrôle
vers 18 heures le même jour est toujours positif alors que cette
recherche est négative chez les deux parents. Les deux prélèvements
de Yacine ont été envoyés pour vérification
au laboratoire de toxicologie du CHU de Lille qui les a trouvés
négatifs par dosage avec la trousse Abbott sur lAxym®
et na pas retrouvé de métabolites urinaires par chromatographie
en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse.
Soixante-douze heures plus tard la recherche de cannabis est négative.
Nous suspectons alors une interférence au niveau des deux méthodes
de dépistage et incriminons le Nifluril ® qui est le seul médicament
reçu par lenfant 12 heures avant son hospitalisation. Un
essai, avec la poudre contenue dans une gélule ou avec un suppositoire,
dilués dans leau physiologique retrouve la même positivité.
Cette contre épreuve ne nous permet pas daffirmer si la positivité
est due à lexcipient (glycérides hémisynthétiques
solides) ou au principe actif (morniflumate pour le suppositoire ou acide
niflumique pour la gélule). De même la différence
de structure entre le tétrahydrocannabinol, qui est normalement
mis en évidence dans lurine en cas de prise de cannabis,
et lacide niflumique ou le morniflumate rend peu probable lexistence
dune réaction croisée (figure 2). Pour vérifier
la réalité de cette interférence dans les deux méthodes
de dépistage nous avons effectué cette recherche chez trois
autres enfants du même âge traités par Ni- fluril®
et avons retrouvé la même positivité. Dans son livre
Effects of drugs on clinical laboratory tests, Young [1] névoque
pour le dépistage que la seule interférence de libuprofène,
dont la structure est également très éloignée
de celle du tétrahydrocannabinol (figure 2). Cette interférence
du Nifluril® mérite dêtre connue dautant
plus que son usage est très répandu.
Référence
1. Young DS. Effects of drugs on clinical laboratory tests. Washington
: AACC press, 2000 ; 60 : 3-16.
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Figure 1. Photographie
des supports (Triage8 BMD) de dépistage urinaire ; à
gauche : solution préparée à partir dun
suppositoire de Nifluril® ; à droite : urine de lenfant.
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Figure 2. Formules
comparées des molécules de tétrahydrocannabinol,
dibuprofène, dacide niflumique et de morniflumate. |
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